Il y a désormais quelques années - je ne sais plus à quel moment précisément - j'avais décidé une migration de mon blog un peu particulière. L'idée avait été de créer "une autre sorte de blog", en abandonnant mon ancien pseudonyme et en abandonnant la précédente forme de mon blog, qui s'intitulait "Journal d'un homo en quête de sens".
A vrai dire, la dimension "journal intime" me pesait.
Déjà, j'avais commis une grosse erreur en communiquant l'adresse de mon blog à des proches et je n'avais plus cette si suave liberté que procure l'anonymat. Ensuite, l'aspect très "sexuel" de certains de mes billets (rares, cela dit)... me choquait presque, arf ! Comme si, les années aidant, mon manque de pudeur des premiers temps me rattrapait soudain. Enfin, je voulais me concentrer essentiellement sur l'activité d'écriture qui, quoique rencontrant moins de succès auprès des lecteurs que l'aspect journal intime du blog, m'amusait beaucoup.
Donc, très logiquement, j'avais migré du "Journal d'un homo en quête de sens" à "La moindre plume", sorte de blog crypto-littéraire ou de proto-écriture, quittant Dotclear pour Wordpress par la même occasion.
Et ce fut un échec.
Un échec, d'abord, parce que le lectorat n'avait pas vraiment suivi : il faut dire que j'avais découragé les lecteurs en ne voulant pas que l'ancien blog oriente sur le nouveau blog, avec l'instauration dans un premier temps d'un jeu d'énigmes où je m'étais drôlement amusé pour indiquer la nouvelle adresse. Puis, finalement, compte-tendu des nombreuses protestations par mail, j'avais fini par indiquer la nouvelle adresse sur l'ancien blog.
Mais la vraie raison de l'échec était... que j'en avais tout simplement marre de publier sur mon blog. Or, comme toujours dans ma vie, j'ai laissé le machin pourrir tout seul, me refusant à trancher en le fermant, préférant le laisser s'éteindre. Que cela soit pour les préparations de concours administratifs, pour ma thèse ou pour certaines de mes relations de couples sans intérêt, j'ai toujours fonctionné pareil : je laisse pourrir et on finit, à la fin, par tout jeter à la poubelle. Résultat, le changement de flacon qu'était ce nouveau blog n'y avait évidemment rien fait : ce n'est pas en changeant la bouteille d'un vin aigre que celui-ci deviendra buvable.
Bref, j'avais passé un peu de temps à peaufiner l'apparence du blog (qui ne m'avait jamais vraiment satisfait) et puis... presque plus rien. Un billet par-ci, un billet par-là, l'écriture d'une ou deux parties ensuite pour "Le Rayon Jaune", quelques autres pour la petite nouvelle "Lui" et puis plus rien. En fait, sur ce nouveau blog, je ne me suis jamais senti "chez moi". Avec l'impression d'avoir cassé quelque chose, d'être seul, de ne pas être lu et - finalement - de combler du vide avec du vide.
Il faut dire que, dans le même temps, les événements de ma vie n'avaient pas été très folichons. Quoique je me refuse à appeler cela une dépression, je pense que je n'en étais pas loin.
Le motif essentiel était que je ne savais pas quoi faire de ma vie professionnelle. Après des études longues et prestigieuses, en économie et en science-politique, j'avais l'impression de gâcher mon temps avec ma thèse, que j'aurais dû abandonner en cours de route. Mais, paradoxalement, plus les mois (et années) passaient, plus l'impérieuse nécessité de rendre des comptes devenait pressante (aussi bien d'un point de vue global que vis-à-vis de mon directeur de thèse) ; et plus le gâchis de temps engagé dans la thèse me semblait important. Abandonner en cours de route consistait à la fois à reconnaître un échec, à reconnaître un gâchis de temps et à faire face à mes responsabilités. Par conséquent, comme toujours dans ma vie, j'avais laissé pourrir car je refuse systématiquement de regarder les choses en face. Et finalement, je n'achevai pas ma thèse qui - malgré quelques lectures - n'avait sans doute jamais vraiment commencé. Au bout de 3 ans et la nécessité de justifier une demande de dérogation pour la prolonger d'une année supplémentaire, je décidai de la laisser tomber purement et simplement.
Il convient d'ajouter que c'était pour moi la source d'une terrible angoisse. J'ai toujours, depuis ma plus tendre enfance, été taraudé par des peurs diverses. Je suis l'incarnation même de la petite peur. Du noir aux insectes volants, en passant par les cafards ou l'eau profonde, les lieux inconnus jusqu'aux entretiens d'embauche, je suis pétri d'une somme faramineuse d'angoisses en tous genres qui dessinent ma personnalité de tous les jours et m'occasionnent bien des tracas. Et la mésestime de soi que j'avais cultivée pendant 3 ans de pseudo-thèse après l'obtention de mon dernier diplôme de Master ne m'encourageait pas dans le bon sens. J'avais la singulière impression d'être un râté, d'être inapte, d'être sans intérêt, incapable d'oeuvrer pour la société ou de trouver ma place, d'être dans une impasse et d'être trop vieux et surdiplômé (sans compétences particulières pour autant) pour le moindre emploi.
Autant dire que ces impressions et cette mésestime profonde de soi n'aidaient pas mes éventuelles démarches pour trouver un emploi - bien au contraire. Là encore, j'avais quelque part "laissé pourrir" cette pseudo-recherche car je ne supportais pas l'idée de devoir envoyer des CV et des lettres de motivation (alors que j'étais profondément démotivé) car cela m'exposait au risque d'avoir en retour un refus ou un silence méprisant, et de prendre conscience de mon inaptitude à la société. Ce qui aurait été concrétiser mes angoisses paranoïaques les plus profondes et par conséquent les plus pernicieuses.
Quoi qu'il en soit, mis devant le fait accompli, je décidai de laisser tomber ma thèse. Cela fut l'occasion d'organiser une rupture avec mes parents, du moins une coupure du cordon ombilical qui me reliait à eux depuis tant et tant d'années. En effet, l'essentiel de mes revenus, à quelques exceptions près, provenait de mes parents, qui s'étaient sacrifiés pour me permettre de m'engager dans cette thèse ; une pression sociale qui, de façon totalement paradoxale, m'invitait à la fois à poursuivre ma thèse compte-tenu du sacrifice engagé et m'angoissait terriblement quant au résultat, exacerbant ce faisant mes angoisses de perfectionnisme qui finissent par devenir paralysantes. Un ami m'a un jour décrit ce perfectionnisme paralysant par une petite métaphore : c'est comme si j'étais planté devant une porte que je devais simplement ouvrir mais que, obnubilé par la perfection de l'acte d'ouverture, je prenais un temps infini à me décrire en pensée tous les détails de la porte, de ses dimensions à sa couleur, de l'aspect chromé de la poignée à la forme subtile de la serrure, ainsi que l'acte d'ouverture de la porte, de la façon de saisir la poignée jusqu'à l'inclinaison de la main refermée pour actionner l'ouverture. Sans jamais ouvrir la porte. Bref : l'angoisse de perfection paralysante.
Au terme d'une crise parents-enfant qui s'est achevée avec des larmes et des pulsions de mort terrifiantes (le temps d'une soirée, d'une nuit et d'une matinée particulièrement éprouvante), j'en arrivai finalement à la conclusion suivante : je devais trouver un boulot, quel qu'il fut, et - ultérieurement - je finirais éventuellement ma thèse, le temps de m'assurer une vraie stabilité financière et matérielle. Et donc une certaine autonomie. Et, pour ce faire, j'allais préparer ce qui s'apparentait le plus à mes facilités naturelles tout le long de ma scolarité : les concours administratifs. C'était aussi l'occasion d'avoir une vraie rémunération qui pourrait préparer le terrain à un emménagement à deux avec mon copain du moment : nous l'avions évoqué quelques mois auparavant et cela me semblait une issue heureuse. Trouver un boulot, gagner un salaire, et emménager avec mon copain : une jolie façon de rentrer dans la vie active.
Pourtant, au lendemain de cette décision d'engagement dans les concours, avec l'espoir futur de trouver un boulot plus facilement que via le marché du travail classique car me permettant d'affirmer mon "droit" à obtenir un poste, mon ancien petit-ami, égoïstement centré sur lui-même, prit la décision - on ne pouvait plus à propos - de me larguer.
Il est vrai que notre relation de 2 années n'avait plus grand intérêt : elle était d'une quiétude effrayante. Même si, sans doute, elle l'avait été depuis le début. Seulement, elle m'apportait une vraie tranquillité par rapport à mes angoisses dans les autres pans de ma vie. Ainsi, sur les derniers mois, nous ne couchions plus ensemble ; pas de mon fait mais du sien, sa libido étant amoindrie. Cela dit, même si cette rupture s'est faite sans heurts, je lui en ai particulièrement voulu. A la fois parce que je n'avais rien vu venir mais surtout parce que ma relation de couple m'offrait une stabilité qui était le dernier pilier de mon existence que je croyais solide. Je me retrouvai donc, début juillet 2009, nouvellement célibataire, ayant abandonné ma thèse et préparant officiellement des concours administratifs.
Cette situation fut pourtant de courte durée : de manière presque incroyable, 5 jours à peine après avoir été largué, je reprenais contact avec un garçon croisé dans une soirée quelques mois auparavant (j'y reviendrai peut-être un jour) et nous passions la nuit ensemble. Point de temps de faire le moindre deuil de ma relation précédente, je passai ainsi avec une facilité déconcertante de ma précédente relation - de deux années, plate et morne, quoique rassurante - à une nouvelle histoire, qui perdure encore aujourd'hui, une histoire d'amour sans hésiter, avec un garçon intelligent, brillant, cultivé, sexy, gentil, moral, aimant, attentionné... Bref, la perle rare ! Et un rayon de lumière certain dans mon existence qui serait le prélude à une sortie de la tête de l'eau.
Ainsi, les mois passèrent, entre fin 2009 et cette année 2010. Je n'étais pas très motivé par les préparations de concours administratifs pour autant, bien qu'il fallait que je m'y mette. Alors, sans grande conviction, je faisais le minimum syndical, au dernier moment, dans l'urgence, comme je l'avais toujours fait pour mes examens au cours de ma scolarité. De façon purement scandaleuse et injuste, fort de mes facilités d'apprentissage et de mémorisation que j'avais exercées lors des nombreux examens passés auparavant, j'obtins la quasi totalité des écrits à tous les concours de catégorie A préparés (alors que je découvrais les matières quelques jours avant les épreuves, hum...). Et, finalement, je refusai le bénéfice des concours de la plupart d'entre eux pour préférer un autre dont j'avais réussi l'oral.
Je suis ainsi devenu officiellement un fonctionnaire heureux, depuis désormais quelques mois et, quoique mon activité soit particulièrement intense (une cinquantaine d'heures par semaine, quand même !), je m'éclate dans ma fonction. Je n'en dirai pas d'avantage, cela dit, car il y a eu suffisamment d'histoires de contradictions entre des blogs et le devoir de réserve vis-à-vis de son administration (et de sa fonction), pour que je m'amuse à ce genre d'exercice potentiellement répréhensible.
Revenons-en au blog.
L'un des derniers billets que j'ai publiés sur la précédente mouture de "La moindre plume" était un billet évoquant une photographie de calendrier où je posais nu. N'étant décidément pas à l'abri des paradoxes, je décidai en effet de contredire ma circonspection sur mes billets "sexualisés"... en posant nu, comme dans une sorte d'acte sacrificiel désespéré qui entrait en accord avec mes angoisses existentielles sur le fait d'obtenir une place dans la société. Me mettre à nu au sens propre, cet exhibitionnisme décalé, c'était pour moi une tentative symbolique de déshabiller mes angoisses, d'exposer une espèce de simplicité et un désir de table-rase, un trop plein d'apparences et de convenances. Et pourtant, quelque part, c'était aussi sans doute, dans le même temps et inconsciemment, en contradiction complète avec l'enrobage intellectuel que je viens d'énoncer, une tentative désespérée... de séduction ! Séduction d'un lectorat avec l'idée que la sexualité serait une manière de s'attirer des lecteurs. Ridicule et pathétique tentative. Il n'est sans doute pas anodin que le billet fut le dernier publié depuis novembre 2009 jusqu'à ce jour.
J'ai supprimé ce billet qui n'avait aucun intérêt ainsi d'ailleurs que les billets relatant des histoires de sexualité d'adultes. Ces histoires-là me semblent aujourd'hui purement anecdotiques et ne représentent plus rien. Seules celles parlant de la découverte de la sexualité en tant que jeune homo me semblent encore pertinentes pour le moment, pour l'aspect innocent qu'elles représentent ; je verrai un jour si elles nécessitent d'être conservées en l'état ou si elles doivent finir par disparaître à leur tour.
Quoiqu'il en soit, grosse lassitude vis-à-vis du blog. Grosse lassitude, refus d'écrire, disparition du plaisir de jeter des mots sur le papier virtuel, essentiellement de par la sensation de ne plus être lu, de ne plus plaire, et par conséquent vanité de l'acte d'écriture. J'ai en effet découvert le fait certain que mon plaisir d'écrire sur un blog (qui est différent de celui d'écrire pour moi, certainement) a toujours été animé par le désir secret de plaire et d'être aimé. Désir très égocentrique du paraître.
Cela a longtemps guidé nombre de mes actes, d'ailleurs : le désir d'être aimé. Le besoin vital d'être apprécié. Même vis-à-vis de mes amis, de mes études, de mon boulot actuel : j'aime rendre service parce que je suis en quête d'amour. Je n'ai jamais été aussi performant (dans mes études ou dans mon boulot) qu'en introduisant une dimension affective dans le rapport au travail. Non pas accomplir le travail pour le simple travail mais l'accomplir dans le secret espoir d'obtenir un sourire, un remerciement, un encouragement, une gratitude. C'est totalement contradictoire avec la quête de sagesse qui anime ma vie depuis mon adolescence mais je me rends compte que je me nourris de cela. Je pense que je devrai travailler sur cet aspect-là, un jour, afin d'en extraire la quintessence de la motivation intrinsèque. Motivation qui me permettra, en la comprenant, de sortir de cette spirale affective, de la transcender avec Raison. Mais pour l'heure, l'essentiel de mes motivations doit quelque part entrer en écho avec cette motivation du secret espoir d'être aimé...
Quoi qu'il en soit, me rendant compte que les commentaires sur mon blog se faisaient de plus en plus rares (faute de billets intéressants sans doute), j'ai fini par le laisser mourir sans en affirmer la fin. Le plaisir d'écrire (pour plaire) avait disparu : je n'avais simplement plus rien à dire et mon mutisme n'avait d'égal que mes angoisses étouffantes de doctorant frustré : de quoi aurais-je pu parler, si ce n'était de mon angoisse existentielle permanente, désespoir étouffant et désir de mort sociale ? Non, encore une fois saisi dans mes considérations paradoxales : je me refusais de faire de mon blog un de ces sempiternels journaux intimes de désespérés qui crient leur mal-être à qui veut l'entendre. Je préférais me réfugier dans un silence public pour savourer une souffrance lancinante. Le blog s'est naturellement éteint.
Et puis, fort de ma nouvelle fonction, j'ai pu prendre quelques jours de congés en ce mois d'août. J'ai profité de mon salaire désormais confortable pour faire de la déco dans mon appart' : nouvelle table basse, ré-agencement des meubles, renouvellement de mon linge de maison... Et en correspondance directe avec cet effort d'aménagement de mon intérieur, celui de faire quelque chose avec cette pomme pourrie de "La moindre plume" qui reposait depuis trop de temps dans ma corbeille à fruits.
J'aurais pu le fermer silencieusement, en catimini. Pourtant, je pense que je peux encore en faire quelque chose d'attrayant. Même si je n'ai jamais achevé "Le Rayon Jaune", j'ai imaginé une trame complète qui mériterait que j'en poursuive un jour la rédaction et je jubile régulièrement à l'idée que de futurs lecteurs puissent prendre plaisir à être excités par son suspens. Et puis, il y a l'actualité et des aspects de la société qui, si mon point de vue n'a sans doute rien d'original, continuent de m'interpeler régulièrement.
Bref, jamais convaincu par Wordpress, je viens d'effectuer une migration vers Dotclear 2, retrouvant ce faisant mes premières amours dotcleariennes ; un logiciel de blog qui m'enchante par sa simplicité épurée et sa communauté francophone si sympathique. En ayant nettoyé ma base des billets qui n'entrent plus en correspondance avec mon sentiment présent, ré-agencé les catégories avec quelque chose d'un peu différent, je relance donc présentement mon blog avec un peu plus de simplicité. J'ai à nouveau envie de me confier, de parler d'aspects de la société, d'en retrouver l'aspect "journal intime", même de façon sporadique. Et on verra bien pour l'écriture "fictionnelle".
Le fait d'avoir rompu la spirale infernale pleine d'inertie de mes 3 années de thèse n'y est sans doute pas étranger : enfin libéré de mes angoisses professionnelles, amoureux d'un garçon formidable, je me dis qu'à défaut d'être intéressants, mes billets ne seront au moins plus le reflet d'une monomanie désespérée.
Tel le phoenix, que revive "La moindre plume", espérant retrouver l'étincelle plaisante et enjouée d'un "Journal d'un homo en quête de Sens" !
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