A - 1/2 - Premiers souvenirs

Arnaud Seldon le 2 juin 2004

Le petit homme

 
 Le petit homme - 01 - Premiers souvenirs - (partie 1/2) [5:46m]: Play Now | Play in Popup | Download

C’est drôle… Je me souviens de cette époque comme si c’était hier. Du haut de mes quelques 23 années, bientôt 24, je me replonge parfois dans mes souvenirs, histoire d’en tirer quelque expérience. Il est amusant de revoir ces histoires passées qui ont construit celui que l’on est aujourd’hui, et d’y jeter un autre regard. D’observer ainsi, à la faveur de sa propre lumière actuelle, les zones d’ombre qui ont occulté nos sentiments d’hier.

Je me souviens de ces années de collège, passées à m’interroger sur la nature de mes attirances hors normes. J’ai su que j’étais homo lorsque mes hormones commençaient à batifoler dans mon corps, vers l’âge de mes 12 ans. Je dis cela mais je me demande si je savais ce qu’être homosexuel voulait dire. Ou si je mesurais vraiment ce que signifiait ce mot. Car ce que j’appris vers l’âge de mes 12 ans, c’était en quoi consistait mes attirances. Je ne reliais pas encore cela à l’homosexualité, ni à ce qu’impliquait d’être homosexuel.

Etre homosexuel, cela signifiait pour moi, à cette époque, coucher avec un homme. Un adulte. Coucher avec un adulte lorsqu’on était adulte. Le mot comme le concept “homosexuel” était étranger à mon univers personnel.

Avant mes 12 ans, mes hormones n’étaient pas encore réveillées. Et n’ayant pas d’attirances sexuelles véritables, je ne pouvais imaginer ce qu’être homosexuel signifiait vraiment. Je ne pouvais donc me définir ainsi. Car il y a une vraie différence entre savoir comment faire un bébé, et savoir qu’on peut avoir des rapports pour du plaisir. Or, le plaisir sexuel était une chose que je ne connaissais pas encore.

Pourtant, même lorsque je découvris le plaisir sexuel, je ne pouvais encore faire le rapprochement avec l’homosexualité. C’était encore trop lointain dans mon esprit. Trop éloigné de moi. Il faut dire que la question était excessivement peu médiatisée et qu’être homosexuel n’avait pas vraiment de sens, si ce n’était quelques images disparates comme “La cage aux folles”.

Bref, la subtilité, c’est que lorsque mes hormones s’étaient réveillées, elles ne m’avaient pas orienté vers les filles mais vers les garçons - mes copains de l’époque, avec qui je découvrais les premières expériences de l’auto-sexualité.

L’auto-sexualité, c’était ces “cours de bandage”, comme nous disions, que nous nous donnions à demi-mot, en pouffant comme les jeunes filles peuvent le faire, lorsqu’en groupe, elles croisent un joli garçon de leur âge. Comment se donner au mieux du plaisir dans le fantasme ? Que faire avec son zizi ? Contre le matelas en se tortillant d’avant en arrière, dos au plafond ? En jouant de sa main hésitante, à l’endroit ou à l’envers, pour simuler un vagin ? En usant de ses doigts mouillés de salive, pour mieux exciter les zones sensibles ? Quelle meilleure technique appliquer ? Chaque manière de faire avait ses partisans, et, finalement, chaque partisan avait sa manière de faire. Cette époque, c’était celle où nous étions dans les 12 ans, en 6ème, et où encore aucun d’entre nous n’avait de sperme dans ses réserves.

Je me souviens encore de ma première jouissance, que j’avais eue au début de cette année d’école. Je ne connaissais pas encore les “cours de bandage” que nous allions élaborer les mois qui suivraient : nous étions en tout début d’année.

Ma première jouissance, c’était un mercredi. Il y a une raison à ce que je me souvienne du jour. Mercredi, c’était le jour où je n’avais pas école et où, jusqu’à cette époque, j’allais en centre-aéré. Mais j’étais un grand, désormais, et je pouvais rester seul à la maison. Seul à la maison… Quelle folie m’avait habitée ! Pour la première fois, je goûtais à la liberté d’être seul et responsable de moi-même. Et de faire tout ce que je désirais dans le secret de ma propre indépendance. Une journée entière pour profiter de moi et m’amuser sans présence dans une pièce à côté. Ah, le goût délicat de la première vraie liberté d’autonomie…

Excité par ce pouvoir nouveau que je venais d’acquérir, je me souviens que je m’étais retrouvé aux toilettes. Pour faire des grosses commissions, puisque je me revois assis sur la cuvette, dans cette petite pièce qu’étaient mes WC. Et là, soudainement, cette chose pendant devant moi. Cette chose qui me servait à faire pipi habituellement qui m’appartenait pour la première fois dans la toute solitude de l’autonomie de soi. Cette chose que j’avais depuis ma naissance, je la possédais pour la première fois pleinement. J’étais seul, et je pouvais faire ce que je désirais.

Je m’étais donc saisi de la chose qui s’était mise à grandir.

“Tiens, on pouvait se donner du plaisir avec… Mais comment faire exactement ? Et il faut sans doute fermer les yeux et imaginer… Imaginer quoi ? Bon, alors, je mets ma chose dans un trou… Et ce trou, c’est le vagin d’une fille. La plus jolie fille, c’est qui ? Ah oui, c’est Magalie, tous les garçons de la classe en sont amoureux…”

Et d’office en office, de mouvements en mouvements, imitant de ma main gauche un creuset pour accueillir ma chose et de ma main droite de quoi simuler le geste, le tout humidifié de ma salive, j’avais fini par avoir ma première jouissance, sèche de toute semence car je n’en avais pas encore - le tout en imaginant Magalie, la plus jolie fille de ma classe de l’époque, dont les garçons étaient amoureux.

A cette époque, je ne savais pas encore que j’étais homosexuel. En fait, je ne savais rien. Mais je n’étais pas hétérosexuel. Je l’expliquerai bientôt.

Cette première jouissance, je m’en souviens comme si c’était hier. Je regarde, avec une ironie complice, l’innocence dont je faisais preuve dans ma tentative maladroite de reconstituer un “trou-vagin” de mes deux mains malhabiles. Mais je me rends compte aussi que cette journée, ce fameux mercredi, si elle m’avait donné le premier goût de la liberté, et si je m’étais régalé de sa saveur, était bien loin de m’en avoir donné toute la réalité.

Car, pour ma première jouissance, pour cette première expression de soi dans la réalité du monde, pour cette première expulsion de mon identité dans le vaste et trouble univers de la post-enfance (j’apprendrais qu’il serait trouble dans les années qui suivraient) - pour ma première jouissance de la liberté, disais-je, malgré mes désirs que je ne savais pas être homosexuels mais qui l’étaient en leur coeur, je me conformais à la norme sociale de la jouissance d’un homme avec une femme. De la forme (les mains cherchant à immiter un vagin) jusqu’au fond (imaginer la fille qu’on sait être la plus belle parce que tous les autres en sont amoureux, les autres auxquels on s’identifie parce qu’on est un garçon).

Ma première prise en main de l’autonomie de soi n’était donc encore qu’une vague illusion.

(à suivre)

Une réponse à “A - 1/2 - Premiers souvenirs”

  1. j’hésite : drôle ? touchant ? émouvant ? … en tout cas, un beau texte. impatient de la suite …
    2004-06-02 11:36:22 de wam


    Excellent ! Superbe post en effet ! (par contre le mp3 fonctionne pas chez oime…)
    2004-06-02 16:45:53 de Matoo


    (ah si ça y est, j’ai entendu le récit audio lol)
    2004-06-02 16:46:45 de Matoo


    Tu gagnes un lecteur avec une histoire (hilarante, si si j’insiste) de poisson… et tu le séduis avec un post des plus attachant et merveilleusement bien écrit (et bien lu)… tu sais y faire toi :-) Vivement la suite…
    2004-06-02 20:10:07 de Curtis Newton


    quand je pense que j’allais écrire un post sur le thème: “j’en ai marre des blogs”….merci merci merci j’en frétille encore.

    on attend la suite avec impatience; que ce premier épisode est dangereuresement hétérosexuel ;-)
    2004-06-02 22:33:17 de zvezdo


    La suite suivra incessament sous peu. Je dois terminer de recopier un cours pour un examen qui aura lieu la semaine prochaine, et, dans les jours qui viennent, je posterai la suite.

    Content que ça plaise. :o)
    2004-06-03 05:51:29 de Arnaud Seldon


    tu as un certain talent d’ecrivain!! J apprecie ton style et tes sujets sont d’actualité!! felicitation J’attends la suite avec impatience
    2004-12-09 10:43:33 de olivier


    Bonjour, olivier. Merci pour le commentaire. J’ai un style un peu tarabiscoté, mais j’essaye de me soigner… Quoique la dernière note (Première fois) ne plaide pas, à mon goût, en ma faveur… :-/

    Mais enfin, en tout cas, tu peux lire la suite de cette note à partir de la colonne de gauche sur mon site : “Aparté sur un hier oublié”, “Deux événements” (parties 1, 2 et 3) et “Première fois”. D’autres suivront, d’ailleurs, en temps et en heure. :o)
    2004-12-09 13:37:16 de Arnaud Seldon


    J’aime beaucoup, tout simplement ! :)
    2004-12-30 16:13:25 de Lady.M.


    j’aime beaucoup le dernier paragraphe et…la prise en main de l’autonomie !
    2005-02-01 09:36:57 de ennairam


    C’est superbement bien écrit. Je ne me souviens pas de ma première jouissance. Je sais juste qu’elle intervenue bien avant les 12 ans. Je me souviens juste de la première semence. Un mélange de fierté d’être enfin un homme et la confusion d’avoir taché mon pyjama. Et surtout après, il fallait faire attention à ne pas laisser de trace, à chaque fois que je me donnais du plaisir. C’est à dire souvent. Je n’avais pas compris que la montée du liquide dans mon pylone faisait partie de la jouissance.

    2005-06-08 06:08:45 de Farfalino

    C’est magnifique. Aussi bien l’écrit que l’oral. J’ai 40 ans, bisexuel, … et je suis très impressionné par le phénomène blog et les trésors intimes que l’on y trouve. Personnellement, après avoir compris que j’étais né dans une familles de coincés, j’ai appris des choses très précises de la sexualité dans le dictionnaire familial. Quelques réponse aussi par les copains, mais peu car j’étais beaucoup plus jeune que les autres. Mais qu’est ce que j’aurais aimé disposer de ces témoignages à cette époque !!! Et pourtant, une question : ne va t-on pas dans un excès inverse susceptible de tuer le “grand mystère” de la découverte de l’autre ?

    A méditer, mais j’ai mis ton blog dans mes favoris !!! roseau38

    PS : ma première jouissance était aussi un mercredi, sur le canapé du salon (personne à la maison exceptionnellement). J’ai eu très peur … mais c’est une autre histoire …
    2005-08-28 09:48:19 de roseau38

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