B - 1/3 - Deux évènements

Je reprends la plume après tant de temps. Mes souvenirs sont parvenus à se resituer avec précision. Je me souviens désormais des visages et des événements que j’ai reclassés dans leur véritable ordre chronologique. Deux choses particulières me sont revenues à l’esprit.
La première, c’est que ce n’est pas à 12 ans que j’ai eu ma première jouissance mais peu après mes 11 ans, lorsque je suis rentré en 6ème. Et les cours de bandage et l’éveil aux sens et aux petits jeux sexuels allaient se profiler dans cette année d’entrée au collège. La 6ème et, étant né fin août, l’année de mes 11 ans, serait donc l’année de ma découverte de « ma chose » et de toutes ses implications.
La seconde subtilité qui m’est revenue à l’esprit est plus particulièrement poignante. Et c’est sur celle-ci que je vais me concentrer pour les paroles d’aujourd’hui. Je vais faire un petit retour en arrière. Nulle découverte sexuelle encore avant ce mois de septembre 1991 où j’allais découvrir la première projection de soi dans l’univers de la post-enfance. Nulle interrogation du plaisir à découvrir et des rituels à mettre en place pour en savourer toute la teneur. Nulle question du rapport à l’autre et de son identité sexuelle comme définition de mes propres goûts et attirances. Nulle question de tout cela. Juste une première incompréhension et la prise de conscience d’une première différence, qui prendrait tout son sens dans les années qui suivraient.
Les événements s’étaient déroulé en quelques années. Deux événements clefs qui, s’ils me reviennent à l’esprit, ne peuvent pas être anodins. Je commencerai par le second, l’année de mes 10 ans, en 1990.
J’étais alors en CM2. L’événement totalement erratique qui allait se réaliser – et qui reste, encore aujourd’hui, dans ma mémoire – est une étrange première prise de conscience qu’une différence avec les autres existe. Et cet événement qui a lieu chez un ami de l’époque, m’a montré combien l’identité sexuelle pouvait tenir à peu de choses. Car, contrairement au premier événement que je m’apprête à relater demain, ce second événement est une prise de conscience d’une différence personnelle.
Je venais de passer la journée chez un excellent ami de l’époque, Laurent P. Il était, tout comme moi, un très bon élève – nous faisions même partis du trio de tête, entrant tous deux en compétition pour la première place, que j’avais fini par obtenir. Je me souviens de ce garçon avec sympathie et, pourtant, j’entends encore ma mère me dire, il y a quelques années, qu’elle ne le supportait pas, ce « gosse de riche prétentieux ». J’imagine qu’elle n’avait pas tout à fait tort mais, dans tous les cas, je n’en avais guère conscience à l’époque.
Le soir où j’ai dormi chez lui, Laurent m’avait montré un magazine particulièrement étonnant pour le jeune candide que j’étais : un magazine pour adolescents. Et, en couverture, ainsi que dans des positions relativement dénudées (dans la limite de l’acceptable pour l’adolescent, bien sûr), une star de la chanson dont je n’avais jamais entendu parler : elle s’appelait Killie Minogue. Il faut dire que ce magazine changeait vraiment des Picsou Magazines et autres Journal de Mickey que je collectionnais avec extase à cette période. Et Laurent m’annonça que, cette superbe jeune femme aux formes avantageuses, il en était amoureux. Il me fit écouter ses musiques, m’en montra quelques photos, et me demanda ce que j’en pensais. « Elle est jolie », lui avais-je répondu. Et à sa question de savoir si, moi aussi, j’étais attaché à une star particulière, je lui avais répondu que je n’en avais aucune.
L’événement anodin ne l’était pas, en réalité. Je venais de prendre conscience qu’il existait une différence entre Laurent et moi. Lui était amoureux d’une star et, moi, cela ne m’était jamais venu à l’esprit. Tomber amoureux d’une star de la chanson ? Quelle idée bizarre : jamais je n’avais ressenti une telle attirance pour une chanteuse, fut-elle jolie (j’identifiais la beauté de Killie par son visage plus que par ses formes, qui me laissait évidemment de marbre). Je m’étais alors dit que Laurent était un cœur d’artichaud, comme j’avais entendu mon instituteur en parler. Car, m’étais-je dit à cet instant précis, c’est vrai qu’il avait été amoureux de la fameuse Perrine B., cette petite blonde qui était avec nous deux en CE2, que je trouvais imbuvable de timidité et d’excellence et qui nous avait toujours passé devant, dans le trio de tête de classe. Perrine B., j’en avais toujours été jaloux ; Laurent, lui, en avait toujours été amoureux. Et moi, alors, de qui avais-je été amoureux ? De la petite blonde Ludivine en CE1, lorsque nous étions toujours collés ensemble ? Définitivement pas puisque cela avait toujours été une très bonne copine alors qu’Arnaud – un ami d’enfance que je fréquente encore aujourd’hui – en était follement amoureux… Je prenais conscience que je n’avais jamais été amoureux de personne. Et que je ne savais pas ce qu’était être amoureux.
Pourtant…
(à suivre)




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