2/4 - After Hours

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

 
 After Hours - partie 2 [17:42m]: Play Now | Play in Popup | Download

Sombre nuit. Sombre et délicate nuit. Précipitation dans un univers parallèle. Dans une dimension faite d’ombres et de souvenirs. Derrière le miroir de Lewis Carol, qui jouerait avec sa petite poupée indécise – je suis Alice aux Pays des Merveilles. Sauf que les Merveilles, elles n’ont rien de merveilleux, pour le coup. C’est Arnaud au Pays de la Nuit. Pas la Nuit festive des Drag Queens parisiennes, des clubbers extatiques, ni des clubs de jazz qui vous chantent le groove. La Vraie Nuit. Celle qui étend les bras de son long manteau pour recouvrir nos repères habituels. Celle qui habite l’esprit morbide des hommes depuis ses origines. Celle qui réveille la fange de notre exclusion. Celle qui régnait au fond des âges préhistoriques où les premiers meurtres étaient commis. Celle qui résonnait dans tous les recoins de l’Univers lorsque les vieilles Forces Cosmiques de l’Ombre s’animaient dans l’Age des Ténèbres. La Vraie Nuit. Celle de nos tourments. De notre décrépitude. De notre petitesse.

Au milieu d’elle, ses règles, ses habitudes, ses gens, sa population, ses fous, ses absurdités. Nul besoin d’en appeler aux fantômes et aux sorcières : la réalité des hommes est bien pire lorsque la chape de plomb nocturne se pose sur nos villes. Nos doubles nocturnes nous remplacent lorsque nous dormons, ils marchent comme des ombres qui glissent sur les pavés autrefois tumultueux de nos cités. Nous entrons dans le monde de notre inconscient.

Je me retrouvai sur le parvis de la gare. Tout autour de moi, un silence. Un silence étouffant qui prenait aux tripes. Je regardai tous ces vieux bâtiments morts et froids, toutes ces fenêtres éteintes, comme si leurs habitants avaient disparu pour un temps. Comme s’ils n’existaient plus. Moi qui, d’habitude, me sentais libre, vraiment libre, lorsque j’étais seul au milieu des rues nocturnes, j’étais maintenant pris au piège. Au piège de ces grands immeubles froids, monuments de mon sursis passager. Au piège de ma bêtise, de mon manque de prévoyance, de mes erreurs. Plus d’argent, plus de téléphone, dépossédé de ma consistance d’homme moderne, j’étais nu et sans les armes nocturnes que je ne connaissais pas, ni ne voulais connaître. J’allais m’en rendre compte.

Il y avait bien cette cabine téléphonique d’où j’avais voulu appeler les pompiers. Mais c’était trop tard pour les pompiers, maintenant. J’avais le fol espoir que le 18 aurait peut-être été encore gratuit, si cette cabine fonctionnait. Cependant, non seulement la question ne se posait plus désormais, mais, surtout, ce n’était pas avec le 18 que j’allais pouvoir appeler mes parents, seul numéro que j’avais encore en mémoire. Les autres, ceux de mes amis, je ne m’en souvenais pas. Mon annuaire était dans mon portable. Qui était HS : plus de batterie.

J’allais donc voir la prostituée.

Elle me remarqua à peine, dans un premier temps. Elle ne commença à réagir que lorsque j’étais suffisamment proche d’elle. C’était une jeune femme. Très jeune femme. 17, 18 ou 19 ans à peine. Le visage de poupée de porcelaine fardé à l’extrême par du maquillage de supermarché que lui avait dégoté son maq’, sans doute. Une jeune femme blonde, un manteau en fausse fourrure blanche posé nonchalamment sur un corps nu. J’observais innocemment sa peau qu’on devinait : blanche, fragile. Elle finit pas se rendre compte que je m’approchais d’elle, mais ses yeux semblaient troublés, comme si elle regardait les rues derrière moi à travers moi, me regardant sans me voir. Je pris la parole, encore sous le choc :

- Heu… bonsoir, mademoiselle… voilà, j’ai un problème, j’aimerais rentrer chez moi j’ai raté mon train, j’ai vu une voiture en feu… mais je n’ai plus d’argent, pas de téléphone, et… heu… j’aurais besoin de téléphoner… vous auriez un téléphone portable s’il vous plaît ?

Pas de réponse. La jeune femme continuait de me regarder, impassible, d’un visage qui mêlait l’inexpressif à l’incompréhension. Elle parlait français, au moins ? Nonchalamment, je regardais sur ma gauche : nous n’étions pas seuls. Sur le parvis de la gare, allongé, parterre, à côté de litrons de rouge vidés, entre des cartons, des sacs poubelle et des couvertures, il y avait un clochard qui avait trouvé refuge. Il dormait. Je ne l’avais pas vu tout de suite dans son bordel. Je remarquai qu’il portait un pantalon vert clair. Etrange couleur de pantalon, pensais-je. Un pantalon vert… Je revenais à la fille :

- Heu… mademoiselle, vous me comprenez ? Téléphone ? lui fis-je avec un geste de la main vers mon oreille.

Elle cligna des yeux comme si elle venait de comprendre, comme si son cerveau venait de se mettre en marche – elle, cet étrange automate de la nuit, machine de plaisir automatique sans âme que les frustrés de leur existence venaient animer dans leurs virées nocturnes.

- Oui, j’ai compris…

Une voix douce. Une voix terriblement douce. Une voix de jeune femme, ou de jeune adolescente. Une voix avec un léger accent d’Europe de l’Est. Une voix éthérée qui chantait les évidences. Et pourtant, une voix pleine de lourdeur, de blessures. Elle m’avait compris. Mais ce qui était clair, c’est qu’elle était shootée jusqu’aux tréfonds de ses narines…

Lentement, très lentement, elle me regarda de haut en bas, de bas en haut, pencha la tête sur le côté, regarda autour d’elle comme si elle cherchait quelque chose du regard, regarda derrière elle, puis me regarda de nouveau :

- … Quelle heure il est… ?

- Heu… il est … 3h15 passées, dis-je, après avoir regardé ma montre.

Elle sembla hésiter un instant, mais, difficilement, elle sortit quelques mots :

- T’as l’air… d’avoir passé une sale soirée, toi… J’ai pas de portable… mais viens, j’habite derrière la gare… j’ai un téléphone…

Je ne savais pas trop quoi penser, en cet instant. Il y avait cette jeune femme avec cette voix si douce, ce visage si jeune, qui était en fait une prostituée, qui me proposait de venir chez elle pour téléphoner… Je sentis mon cœur s’accélérer… Aller chez cette femme, cette… prostituée ? Allez chez elle ? Faire quoi ? Téléphoner ?

Je regrettais mon geste. Je voulais m’enfuir en courant. Mais je ne pouvais pas faire ça. Pas maintenant que je lui avais demandé de me rendre un service. Ca n’était pas correct. Seulement, ce que je ne savais pas encore, c’est que la nuit, les règles changent, tout comme les gens changent. Ca, je ne le savais pas encore. Pour l’heure, je me devais de trouver une solution :

- Heu… mais… heu… je voudrais pas, heu… enfin, que vous vous déplaciez, si vous attendez ici, et heu… qu’il y a un… client, enfin, heu… je voudrais pas…

Elle me coupa net, fait étrange alors que son cerveau fonctionnait au ralenti une minute auparavant :

- Tard…. Il est tard… je reviens d’un rendez-vous… avec un client… bon pour ce soir…

Mon sang ne refit qu’un tour. A nouveau, je me figeais sur place, me glaçait sur le champ. Cette femme allait m’aider mais je ne voulais pas qu’elle m’aide. Je voulais un téléphone portable. Pas aller chez elle. Non, pas aller chez elle. Qui sait ce que j’allais découvrir ? Rien, sans doute, mais pas une prostituée, pitié, pas une prostituée… Non, non, non, j’allais mettre les pieds dans un autre monde… Le miroir, je ne voulais pas le traverser… Et si j’allais chez une prostituée… Non, tout ça était surréaliste… Et si les flics passaient… Et s’ils me voyaient… Ils m’embarqueraient tout de suite… Et je devrais leur expliquer, la voiture, la tenancière de bar mal famé, le téléphone, mais je suis homosexuel, monsieur l’agent, je peux pas coucher avec une femme de toute façon, non monsieur l’agent, je veux rentrer chez moi, j’ai pas d’argent, s’il vous plaît et…

- O… Ok…

J’avais accepté… Connement, bêtement, penaud, imbécile, naïf, manipulé par mon éducation, pris à mon propre piège, j’avais accepté… Je laissais parler ma morale, mon sens des valeurs, mon éthique… Après tout, c’était une femme comme les autres, et puis, je suis homosexuel, il n’y a pas d’ambiguïté, surtout que je vois pas comment je pourrais refuser alors que je lui ai demandé de m’aider… Le piège s’était donc refermé. Je voulais téléphoner mais pas comme ça, pas chez elle, pas chez cette femme… et, pourtant, j’avais accepté.

Je la suivis jusqu’à chez elle, passant par de petites ruelles, la suivant de pas trop près. J’avais peur qu’on me voit avec elle. J’avais peur qu’on me prenne pour un de ses clients. J’avais peur qu’on sache que j’allais avec une prostituée. Et si on me voyait, vous rendez-vous compte ?

Connerie de quand dira-t-on… Je n’habitais plus sur la Côte depuis des mois, je n’avais croisé personne d’autre dans les rues depuis plus d’une heure, quel quand dira-t-on ? Peu importait… Je marchais dans la rue avec une prostituée pour aller chez elle… Plusieurs fois, sur le chemin, la regardant titubant à moitié, semblant s’appuyer sur les murs des petites ruelles pour s’aider à marcher, semblant parfois simplement les frôler comme le font les petites filles qui s’amusent de tout, je m’étais dit que j’allais faire demi-tour. Plusieurs fois, je m’étais dit : je vais le lui dire, je vais lui dire au revoir, que finalement j’ai changé d’avis, attends tu n’est pas une lopette, tu es un adulte, tu peux changer d’avis, tu as le droit, tu ne lui dois rien, tu trouveras un autre moyen, tu dormiras sur la plage, tu attendras 6h00 du matin, tu rentreras chez toi, et tu n’as pas à te justifier, il n’y a pas à se justifier, après tout, c’est une prostituée, elle en a vu d’autres, tu peux pas faire du social tout le temps, tu n’as pas à avoir honte, et…

- C’est… là…

Nous y étions. Une petite ruelle derrière la gare, un vieil immeuble décrépi, une entrée mal éclairée, loin des lampadaires. Je rentrai avec elle. Un vieil ascenseur, exigu, une cage transparente, des grilles noires rouillées depuis longtemps.

Dans ce petit lieu qui nous amenait à un étage quelconque, les secondes duraient des heures. J’étais là, aux yeux de tous, au milieu de la nuit, éclairé par la lumière des couloirs qui ressemblaient à des néons glauques, à 10 cm d’une femme nue habillée d’un manteau en fausse fourrure blanche, complètement shootée. Et, je m’en rendis compte, qui sentait mauvais. Elle sentait l’eau de Cologne mais elle sentait mauvais. L’odeur de la ville sale. Ou pire encore. Qu’est-ce qui m’attendait ?

Nous étions à l’étage. Je reculais d’un pas : sur le mur, là, à côté d’une porte d’appartement miteux, un gros et fatigué cafard noir se tapait un somme. Non, non, non, j’ai une phobie des cafards, non, non, non, c’est pas possible, il n’y en a pas chez elle, non, non, non, je vous en supplie, pas de cafards chez elle, j’ai peur, je vous en prie, mon Dieu, donnez moi la force, je sais que vous m’entendez, je vous en prie, pas de cafards, pas de cafards.

Un cliquetis. Une porte qui s’ouvre. Nous étions à l’intérieur.

C’était un appartement composé de deux pièces. Deux pièces seulement. Une pièce avec une cuisine dans un coin, une table appuyée au mur, un banc en bois devant elle, un lit, des posters, des vêtements de femmes, partout, parterre, des vêtements de femme, un miroir, des produis de beauté sur la table, des dizaines, partout. Et pas de cafards. Non, pas de cafards. C’était le bordel, mais ça n’était pas sale. Ca sentait une odeur de renfermé, comme quand des gens ont dormi dans une chambre toute une nuit et qu’ils n’ont pas ouvert la fenêtre pour aérer. Ca sentait le lit. Ca sentait la femme. Mais ça n’était pas sale. J’étais presque rassuré.

Ca ne dura qu’un instant : jusqu’au moment où j’entrais dans la seconde pièce.

Elle était beaucoup plus petite. Il y avait une sorte de meuble qui ressemblait à un coffre à vêtements. Là encore, des vêtements partout. Mais aussi des boîtes et des cartons. Des cartons empilés les uns sur les autres, avec des dessins de magnétoscopes dessinés dessus. Des flocons de polystyrène, parterre, aussi. Et des bouteilles. Des bouteilles de bière, des bouteilles d’alcool. Et des flacons. D’étranges petits flacons comme ceux d’alcool à 90, vides, éparpillés sur le sol. Et dans un coin de la pièce, un petit matelas. Et sur le matelas, une chose.

Je ne pensais plus au téléphone. Non, plus du tout au téléphone. Il y avait cette chose qui dormait. Une chose recroquevillée dans un coin, sur le matelas. Une chose, mélangée avec les draps, laissait dépasser des pieds, des bras, et une tignasse de cheveux noirs. C’était une femme. C’était une autre femme. Une autre prostituée, j’en étais sûr. J’étais venu téléphoner, et je me retrouvais chez deux putes qui faisait de la colocation.

Elle dormait. Pour l’instant, elle dormait. Elle émanait une étrange odeur. Chimique. Industrielle. Quelque chose qui sentait fort. Qui sentait mauvais. C’était la même odeur que celle qui m’avait accueilli, mais en plus fort encore. C’était elle qui l’émanait. Et, là, je me rendis compte qu’il y avait quelque chose sur elle. Un liquide. Il y avait un liquide sur tout son corps. Un liquide transparent, visqueux, comme du gel. Sur tout ce que je voyais de son corps, il y avait cet étrange liquide. Qu’est-ce que c’était ? Bordel, c’est quoi, ce liquide, pourquoi ça pue autant, putain, qu’est-ce que je fais là, mais qu’est-ce que je fais là, mais je suis con, pourquoi je suis venu, pourquoi je suis venu ! Crise de panique. Bienvenue au Pays des Horreurs, Alice. Bienvenue au Pays des Horreurs.

Mon hôtesse posa son sac sur une chaise, alors que je restais debout, droit comme un « i » pour éviter de toucher à quoique ce soit. Elle commença à déplacer des vêtements : elle cherchait quelque chose :

- Téléphone… hmmm… où il est…

Oui, le téléphone ! J’allais enfin pouvoir téléphoner ! Un simple coup de fil, un simple coup de fil et tout serait fini ! Merci madame, au revoir madame, j’ai pas d’argent mais si je vous recroise, un jour, une nuit, je vous donnerai 20 euros, oui madame, sans coucher, je suis homosexuel vous savez, non, non, je vous assure, merci beaucoup, au revoir madame, et surtout adieu !

Seulement, 5 minutes plus tard, elle cherchait encore le téléphone. Je remarquais sur le coffre à vêtements une base de téléphone sans fil. Allez savoir où était le combiné… Putain, mais sale conne, tu vas le trouver, ce téléphone, putain ?! Je veux me casser d’ici, moi, je veux me casser d’ici !

Et là, soudain, comme orchestré dans une pièce de théâtre, comme dans un rituel organisé avec perfection, devant l’œil ébahi des spectateurs, Kafka devant mes yeux s’incarna. Kafka, Franz de son prénom, le maître de l’absurde, nous fit une petite visite.

Un cliquetis. La porte d’entrée qui s’ouvra dans la pièce d’à côté. Des bruits de pas lourds. La prostituée qui se retourna vers la porte de la pièce. Regard de panique dans ses yeux. Incompréhension dans les miens. Une ombre fit irruption dans la pièce. Un homme, bien bâti, une trentaine d’années, châtain clair, cheveux coupés courts, la peau du visage picorée de petits trous, fit irruption dans la pièce. Il me regarda, étonné. Je ne savais pas quoi dire.

La prostituée commença à dire des mots en russe ou dans une langue de cet acabit, tout doucement. Il éleva la voix. Il l’engueula, elle recula, les mains en avant, elle continua de parler doucement en russe. Il gueula davantage, en lançant vers moi des gestes violents des mains sans me regarder, lui demandant sans doute ce que je faisais ici. J’étais tétanisé. Je n’arrivais pas à bouger. Je n’arrivais pas à parler. Il allait me tuer. J’en étais sûr, il allait me tuer. Il avait un flingue sur lui, un couteau, il allait me frapper, il allait me tuer. Il continua de crier fort. La chose sur le matelas se réveilla, elle hurla : « Putaaaain… ta gueuuule ! » Il hurla encore, la prostituée tremblait de peur, j’étais tétanisé, je devais partir d’ici, je devais partir d’ici, et je n’arrivais pas à bouger. J’avais peur, maman, j’avais peur, il allait me tuer, il allait me tuer, il allait me tuer !

Il m’attrapa soudainement par le bras, je fis un geste en arrière, je le repoussai, il s’énerva davantage, la prostituée lui cria dessus, suppliante, je reculai encore, je cognai contre une chaise, je manquai de tomber parterre. Il m’attrapa à nouveau par le bras d’une poigne monstrueuse, me jeta dans la première pièce. Je tombai, déséquilibré par le poids de ma sacoche, et je me cognai la hanche sur le coin de la table. Douleur, déséquilibré. Je me cognai la tête contre le banc en bois, mes lunettes valsèrent, je m’étalai parterre. J’avais peur, j’étais totalement tétanisé, j’avais envie de pleurer. Il continua d’hurler. Il finit par dire en français : « Dégage ! »

En toute hâte, je ramassai mes lunettes, elles n’étaient pas cassées, je remis vite ma besace, je touchai mon front, j’avais mal, je pris mes jambes à mon cou, je sortis de l’appartement, je fonçai dans les escaliers, je les descendis quatre par quatre, je courrai, les étages n’en finissaient plus, je me mis à pleurer en courant, j’avais envie d’hurler de peur, j’avais peur, j’allais mourir, j’allais mourir… Je sortis de l’immeuble manquant de glisser sur les dernière marches en marbre et de tomber encore, je courai dans les ruelles, je courai encore et encore, je pleurai sans pouvoir m’arrêter, j’avais la peur de ma vie.

Quelques minutes plus tard, je me retrouvai dans un endroit familier. Je ne savais pas exactement comment j’avais fait, mais j’étais à nouveau à mon point de départ. Le parvis de la gare. Seul à nouveau.

Je regardai ma montre. Il était 3h45 du matin. Seul, à nouveau. Je me touchai le visage. Rien de cassé. Non, rien de cassé. Je remontais ma chemise. Elle n’était pas déchirée, mais ma hanche, elle, avait une sacrée éraflure. Je me touchai le front, il semblait juste éraflé. J’allais avoir une grosse bosse, mais pas de sang. Ca ne saignait pas. C’était déjà ça.

Je me retrouvais seul, sur le parvis de la gare, retour au point de départ.

Un souvenir. Un souvenir me revint en tête. Un clochard. Il y avait un clochard, tout à l’heure. Je regardai dans le coin. Toujours des cartons et des sacs poubelle. Toujours des bouteilles de pinard. Renversées, cette fois. Toujours des couvertures. Tirées, cette fois. Mais plus de clochard. Il n’était plus là.

A sa place, un pantalon. Un pantalon vert. Et là, je me dis que ce n’était pas possible. Là, je me dis qu’il devait y avoir quelque chose. Que quelque part, là-haut, on m’en voulait. Je ne savais pas ce que j’avais fait, mais on m’en voulait.

Car la première chose qui me traversa l’esprit, après tout ce qui m’était arrivé, c’était que rien n’était encore terminé. C’était qu’un clochard bourré était dans le coin, quelque part, pas loin de moi. Que je ne le voyais pas, mais qu’il était là. Et qu’il se baladait, à 3h45 du matin, dans les rues de Nice, déambulant à demi nu, sans pantalon pour l’habiller.

(à suivre)

Une réponse à “2/4 - After Hours”

  1. Hé bien tu nous as fait languir mais quel retour fracassant !
    2005-03-26 14:48:57 de Gluon


    La suite, la suite…
    Quelle impatience!
    2005-03-30 16:50:18 de Sekhmet

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