4/4 - After Hours
Un léger bruit se fit entendre du dehors. Comme une rafale. Comme un claquement. Il n’y en avait jamais, à Nice. Du vent. Jamais il n’y avait de vent. Juste quand il pleuvait. Et là, dans cette petite pièce à la lumière rose tamisée, sans fenêtres sur l’extérieur ni vitres transparentes pour les passants curieux, je ne pouvais pas savoir s’il s’était mis à pleuvoir au dehors.
Je me retrouvai donc en haut de ces escaliers qui menaient à quelques antichambre secrète dont seuls les riches propriétaires avaient le secret.
Je devais aller vite. Descendre les escaliers, aller dans la salle principale, repérer l’hôtesse d’accueil, lui demander le téléphone, appeler mon père, et sortir. Vite. Sortir. Avant que le propriétaire de la Mercedes ne vienne révéler mon mensonge par omission. Voilà ce que je devais faire. Vite. En un éclair. Quelques minutes tout au plus. Et le problème serait réglé.
Une nouvelle rafale de vent se fit entendre au-dehors. Le vent ou quelque cadavre dans un placard, vint fouetter la lourde porte d’entrée par où j’étais arrivé, où seul transparaissait un petit judas. Je tressaillis.
Les escaliers faisaient dans les un mètre de large. Ils descendaient en colimaçon sur la gauche. En haut de ces escaliers, à côté d’où je me trouvais, il y avait une barrière en bois, contre laquelle une grosse plante grasse dans un pot s’appuyait.
Je m’engageai.
Sur les murs, des tableaux et des photos. Toujours en harmonie avec la couleur rosacée sombre du hall, et qui envahissait aussi le chemin de l’escalier, dont je n’étais pas parvenu à percevoir la source lumineuse. Des tableaux et des photos, donc. Des tableaux d’art contemporain de quelque origine inconnue. Des photos de flous aux couleurs rose, jaune, orange et ocre. Cela donnait aux lieux une dimension chaleureuse par ces couleurs chaudes, mais, par le dépouillement d’un style moderne, une sensation d’endroit distingué.
J’arrivais en bas des escaliers. Un couloir. La couleur avait changé. Elle avait cédé la place à une sorte de bleuâtre sombre, qui émanaient de lampes halogènes aux murs et au plafond que j’identifiais cette fois distinctement. Une telle froideur était étonnante, par rapport à l’ambiance chaleureuse de l’accueil. Ca en était presque mystérieux. Sur les murs, rien d’autre que ces lampes halogènes espacées avec la régularité d’un métronome. Point de tableaux ni de photos. J’étais clairement autre part.
Et au bout du couloir, une porte. Je ne sus pas exactement pourquoi mais j’eus un mauvais pressentiment. Une appréhension. L’impression que… que quelque chose allait se passer. Que j’allais découvrir quelque chose. Que j’allais mettre les pieds quelque part où je ne devais pas être présent.
La porte se présentait devant moi, blanche ou bleu ciel, bleuie de toute façon par la lumière des halogènes. Les basses d’une musique rythmée mais lente, à consonance de jazz, perçaient difficilement l’épaisseur de la porte. Le cœur palpitant, la sueur froide glissant malgré moi le long de ma tempe, je posai la main sur la poignée. Métallique et pourtant chaude. Comme si une main l’avait actionnée quelques secondes auparavant. J’ouvrai la porte.
La musique, familière, retentissait dans les baffles discrètement disséminées. Derrière la porte, je me retrouvai sur une plateforme en marbre, qui trônait en haut de larges escaliers qui descendaient. Quatre marches plus bas, une ambiance tamisée bleue et noire, sombre.
J’avançai un peu, guidé par cette mélodie familière, et regardai autour de moi.
Un plafond bas. Des plantes grasses ici et là. Et une grande et vaste salle, le plancher satiné de moquette aux carreaux bleu sombre et noir. Des canapés liés les uns aux autres qui entouraient des tables basses diverses. Des cocktails, des bouteilles, des verres, s’entrechoquaient sur leurs surfaces. Un peu plus loin, une salle fermée, mais dont les murs percés de fenêtres laissaient transparaître une lumière plus claire, était entourée de sièges disposés comme pour… regarder ce qui se passait dans la pièce. Je ne compris pas sur l’instant, mais…
Mais là, devant moi, juste devant moi, là… l’horreur… l’horreur était devant moi…
Une orgie. J’étais devant une orgie. Moi, jeune homme plein d’innocence, comme découvrant le monde pour la première fois, je voyais des corps de tous âges se mélanger avec horreur sur les canapés. Des corps d’hommes. Des corps de femmes. De 20, 30, 40, 50 ans. Dans un coin, sur un canapé, un homme d’une cinquantaine d’années faisait un cunnilingus à une jeune femme blonde qui ne devait pas dépasser la vingtaine. Dans un autre, une vieille baronne distinguée proche de la soixantaine pompait allégrement le dard d’un jeune homme plus proche de la vingtaine que de la trentaine.
Malaise. Profond malaise. Ma tête me tournait. J’étais pris de dégoût. Je n’osais plus bouger. Je n’osais plus bouger. Je vacillai. Je perdais pied. A nouveau, j’avais traversé le miroir.
Chercher l’hôtesse ? Mais comment pouvais-je avancer dans cet endroit de perdition ? Comment pouvais-je oser m’avancer ? Les sons se mélangeaient aux rythmes des actes de ces créatures perdues, où les genres brillaient d’un soleil sombre au côté des autres genres… Je croyais deviner, ici, des hommes se caresser, là, des femmes se toucher…
C’était inconcevable… C’était purement inconcevable… Je venais chercher un téléphone… Un simple téléphone… Et encore une fois, il allait m’échapper. Encore une fois, il allait m’être retiré, privé de tous repères que j’étais… Je croyais avoir traversé le miroir d’Alice, et je m’étais trompé : je n’en avais encore apprécié que le reflet.
Et voilà… que la lumière sombre s’offrait à moi, dans le stupre et la luxure. Monde dépravé de la bourgeoisie niçoise. Monde dépravé des apparences de la bonne et due forme qui s’effaçait, derrière les murs de chair grasse et de la sueur dégoulinante… La bouche grande ouverte de l’absurdité, de l’absence de sens, qui me montait jusqu’aux tréfonds de ma cervelle, jusqu’aux tréfonds de mon âme…
Et quelques minutes plus tôt, je remerciai la Providence. Quelques minutes plus tôt, je m’amusais, sûr de moi, à jouer les jeunes friqués condescendants et nobles… Alors que là, je n’étais plus qu’un enfant perdu qui découvrait – parce que trop jeune et trop naïf – un film porno grandeur nature et qui cherchait du regard son père ou sa mère, pour qu’ils viennent le sauver. Papa ? Maman ? Où êtes-vous ? Où êtes-vous ? Où êtes-vous ?! Perdu. J’étais à nouveau complètement perdu. Et affolé.
Mais surtout, j’étais coincé. Que pouvais-je faire ? Avancer dans ce monde, au risque d’être happé par ces tentacules de chair suintante de purulence, pour trouver une hôtesse ? Ou remonter les marches et sortir d’ici au plus vite, au risque de tomber le masque devant le majordome à l’étage ? Le doute. J’hésitai. Et j’étais donc pris au piège.
Je ne savais pas quoi faire. Alors je restai planté là. Planté là, constatant ce spectacle fascinant d’horreur, la musique résonnant dans mes oreilles.
Et pourtant, l’horreur ne s’arrêtait pas là.
Quelle était cette salle, dans l’arrière de la pièce ? Quelle était cette salle carrée, on où pouvait rentrer par une porte ? Et où les quatre murs étaient percés de larges fenêtres ? Cette salle qui émanait une lumière plus claire, d’un bleu ciel qui, dans cette semi-obscurité étouffante, faisait l’effet d’un soleil éclatant ? Pourquoi des chaises réunies autour de ces murs ? Pourquoi des hommes assis sur ces chaises en regardant au travers des vitres ?
Guidé par quelque malsain désir et par une curiosité dévorante – cherchant, il faut bien le comprendre, à trouver la moindre parcelle de réalité pleine de sens dans ce lieu qui n’en avait aucun – je m’étais avancé. Je m’étais avancé vers la pièce, repérant un endroit où il n’y avait pas de vieille de 60 berges se faisant sodomiser allégrement par quelque vieux mâle de 50 ans qui venait de prendre son tour, dans la file d’attente.
Ils se masturbaient. Sur ces chaises, disposées autour de la salle, les hommes – les vieux hommes, dégoûtants – se masturbaient.
Au milieu de la pièce, que je découvrais être habillée d’un simple matelas posé sur un sommier rudimentaire, un magnifique jeune homme d’une vingtaine d’années, au magnétisme sexuel, était entrain de baiser violemment une jeune femme non moins bien formée. Je ne pouvais m’empêcher de regarder ce jeune homme, qui devait avoir mon âge, au corps glabre et lisse, brillant de la sueur de l’effort, les cheveux noirs et mouillés, les yeux plissés de plaisir, exposant son torse dessiné aux tétons fébriles, au-dessus de son ventre plat dont un fin trait de pilosité venait rejoindre son organe, qui était en pleine activité. J’étais fasciné. Je sentais en moi un mélange d’excitation et de profond dégoût. Et au fond de la pièce, des miroirs.
J’avais compris. Mon esprit s’anima avec vélocité, découvrant le sens de toute cette mascarade. La pièce était couverte de miroirs sans teint. Ce jeune couple exhibitionniste baisait devant de vieux pervers qui se branlaient en les regardant de l’autre côté des miroirs. Les coups de reins énergiques du jeune éphèbe trouvaient alors un écho tant dans les gémissements de sa moitié que dans les bruits réguliers et extatiques de la branlette des voyeurs.
Je m’apprêtai à détourner le regard pour m’enfuir d’ici. Je m’apprêtai à partir de ce lieu qui ne me correspondait pas. Qui n’était pas moi. Qui n’était pas ce que j’étais. J’étais pris la main dans le sac et je devais partir. Partir loin d’ici. Partir, au plus loin, oublier ce que j’avais vu, oublier ce que j’avais compris, oublier ce lieu, oublier ce club, oublier jusqu’à son emplacement, jusqu’à son nom, même. Oublier, oublier tout cela. Oublier, définitivement, poser le voile de l’oubli sur la dépravation humaine.
Pourtant, l’éphèbe exhibitionniste m’interpella du regard. Non, ce n’était pas possible, c’était un miroir sans teint, j’en étais sûr. Comment pouvait-il me regarder ? Non, il se regardait dans le miroir. Il se regardait baiser sa femme. Il se regardait baiser sa femme et il ne croisait pas vraiment mon regard. Non, ce n’était pas possible. Non, c’était inconcevable.
Et là, il se mit à sourire. Et à parler. Je l’entendis distinctement. Etrangement, malgré l’impossibilité, malgré que la pièce était fermée, je l’entendis parler. Comme si j’étais à côté de lui. Comme s’il parlait à côté de moi :
- Tu n’étais pas encore arrivé. Il fallait bien que je m’occupe, en attendant.
Mais qu’est-ce que ça voulait dire ?! Je me retournai pour voir s’il parlait à quelqu’un d’autre : derrière moi, seuls les corps mélangés et troubles des créatures de perdition laissaient échapper leurs murmures et leurs gémissements à peine audibles. Je retournai mon regard devant moi.
Et là, soudain, je compris. Je compris tout. Ce garçon, je le connaissais. Je le connaissais depuis longtemps. Je le connaissais depuis toujours. Ce n’était pas Arnaud, mon petit-ami, ce n’était pas un de mes ex, ce n’était pas un ami, un collègue ou que sais-je encore. C’était Lui. C’était celui que j’aimais. C’était lui avec qui j’avais déjà partagé mon corps. C’était celui qui était l’Unique. C’était celui qui avait pris mon cœur. C’était Lui. Enfin, c’était Lui. C’était celui que j’attendais. Et il m’attendait. C’était Le Garçon.
Soudain, je compris.
Pris d’une soudaine panique mais aussi – ENFIN – d’un éclair de lucidité, je fis demi-tour. Je tournai les talons, courai sans me soucier un instant des créatures de tous âges, encore gémissantes autour de moi, montai les quatre marches jusqu’à la plateforme de marbre, retraversai le couloir bleuté, remontai les marches de l’escalier rosacé, et me retrouvai à l’accueil. Là, le majordome me regarda un instant, sans rien dire, alors que le possesseur de la Mercedes était adossé au comptoir. Le garde du corps m’ouvra naturellement la porte, comme si l’évidence était enfin de mise.
Je me retrouvai à nouveau dehors, mais le froid ne me faisait plus rien. La pluie avait commencé à tomber, mais je n’en sentais plus les gouttes.
La plage, tel était mon but.
Je courai à travers les grandes rues de Nice, me rapprochant encore de la fameuse plage, en face de la mer sombre que j’anticipai. Ici, je croisai le maquereau qui m’avait attaqué. Là, la prostituée qui m’avait accueilli pour un instant dans son antre. A un carrefour, sans rien dire, la tenancière du bar malfamé me regardait marcher d’un pas agile et décidé, pendant qu’à un feu rouge, le policier, silencieux, tournait la tête vers moi sans la moindre expression.
La plage. J’étais sur la plage. Et sur les galets niçois, éclairé par les lampadaires de la Promenade des Anglais à quelques mètres, un clochard. Un clochard à demi-nu m’attendait. Un clochard, qui n’avait plus son pantalon vert. Tranquillement assis, le regard perdu dans la nuit noire, à siroter les effluves marines qui remontaient jusqu’à nous avec le bruit des vagues.
Il était celui que je devais rencontrer. Le fil conducteur de toute cette absurdité.
- C’est un rêve, n’est-ce pas ?
Il tourna la tête vers moi et sourit. Dans ce sourire, le soulagement mental que je ressentis alors, était à la mesure de la colère que je me mis à sortir de m’être ainsi fait trompé :
- Mais quel sens à cette absurdité ?! Je veux bien apprendre à être conscient d’un rêve… Je veux bien apprendre à découvrir le sens, directement, au cœur de mes propres rêves… Mais pourquoi ? Pourquoi ces absurdités ?! Pourquoi ces choses dégoûtantes ?! Pourquoi ces choses qui ne sont pas moi ? Pourquoi cet abîme de perdition où j’ai été plongé ? Pourquoi Celui qui est mon Amour que je retrouve ainsi dans une posture si dérangeante ? Pourquoi ces immondices qui s’acharnent à détruire ce que je suis ? Pourquoi cette incommensurable sensation de m’être fait roulé dans la farine ? Quel sens à tout cela ? Quel sens dans cette absence de sens ? Quel sens dans toute cette absurdité ainsi présente ?!
Là, le vieux clochard à demi-nu dont je ne pensais même pas à regarder la partie basse, toussa. Dans ce rêve qui, soudain, était devenu conscient. Dans ce rêve qui, après m’avoir laissé appréhender les détails, les sons, les musiques, les odeurs, les couleurs, les voix, les sensations, les sentiments, et les nombres – dans ce rêve, disais-je, qui était devenu conscient. Il toussa. Et il me répondit :
- Parce qu’il fallait que tu appréhendes l’autre partie de toi !
Je ne dis mot à cet être que je ne savais s’il était vraiment émané de mon inconscient encore endormi, dans le lit niçois que j’avais retrouvé, raccompagné quelques heures plus tôt de ce bar de jazz, par une amie qui possédait une voiture. Il enchaîna :
- Comment veux-tu rencontrer celui qui est ton Autre, si tu joues sans cesses avec tes sentiments ? Comment veux-tu appréhender vraiment celui que tu rencontreras si tu voiles une partie de toi ? Comment veux-tu rencontrer celui qui t’aimera comme tu l’aimeras si tu n’oses pas rompre avec ton petit-ami ? Comment veux-tu vivre pleinement ton existence si, sans cesse, tu te trompes toi-même ?
Je baissai mentalement la tête tout en continuant de le regarder, fasciné :
- Mais alors, dis-je, suis-je un dépravé ?
Il secoua la tête, regarda un instant les étoiles que je savais briller dans ce ciel que je ne faisais qu’imaginer, comme s’il tentait d’en tirer quelque sagesse, et il me regarda à nouveau :
- Tout cela n’est que métaphores… Il fallait bien que tu puisses baisser ta garde pour toucher le cœur de ton être…
- Mais alors, demandai-je, inquiet, est-ce que je le rencontrerai un jour, cet Amour ?
Il répondit en ajoutant l’ultime parole :
- Authenticité. Uniquement si tu apprends l’authenticité. Et à devenir ce que tu as toujours été.
Et là, je me réveillai.
Ah, mystère et grandeur des rêves conscients…
[FIN]




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wow je suis épaté par cette série de texes, c’est si bien dis, si bien raconté… J’admire encore, une fois de plus ton don pour l’écriture. Franchement chapeau
2005-04-16 03:04:59 de Jérôme
C’est vrai que c’est magnifique. Et derangeant, un peu. Les mots me manquent.
Maintenant, j’attends la reaction de Pascal sur les reves concscients.
2005-04-16 07:54:52 de TarValanion
Pourquoi : Pascal en est un spécialiste ? :o)
2005-04-16 10:51:56 de Arnaud Seldon
Géant!
2005-04-16 11:22:44 de Gluon
Merci pour cette fin impatiemment attendue !
Au début on hésite entre fiction et réalité pour finir dans le rêve, c’est vraiment trop bien (d)écrit.
Sans remettre en question tes talents d’orateur, je préfère d’ailleurs toujours lire, une vraie boulimie.
2005-04-16 16:59:12 de rocambole
kel beau texte en audio ca rend encore plus, on est pratiquement fixé à tes lèvres (qui sont belle soups :-p)
on en redemande
2005-04-18 18:19:09 de KITT67 duc de la plaine de Kittania
Merci, Kitt (rhaaa, mais quel dragueur ! ;o) ) J’ai des trucs en préparation… mais, heuuu… avec mon gros rhube, c’est pas génial génial, pour les trucs audio, pour l’instant :op
2005-04-18 18:53:45 de Arnaud Seldon
Pkoi, tu as la voie de dédé le camioneur?
2005-04-18 22:00:17 de KITT67 duc de la plaine de Kittania
Plutôt de Donald le canard, en fait, dans le genre nasillard… :oD
2005-04-18 23:19:19 de Arnaud Seldon
so sexy Arnaud Seldon, tient va faire un tour sur mon blogg, un truc pour toi
2005-04-19 10:18:01 de KITT67 duc de la plaine de Kittania
Joli texte.
Et bonne idée que de mettre ses textes en mp3 (cf la note de Kitt).
2005-04-19 10:23:12 de juju