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	<title>La moindre plume</title>
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	<description>Et l'encre se fiança avec le vent</description>
	<pubDate>Fri, 05 Sep 2008 07:51:00 +0000</pubDate>
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		<itunes:summary>La moindre plume - Journal perso tres gay d un homo, essais d ecriture et de litterature</itunes:summary>
		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>E - 1/3 - Coming-out</title>
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		<pubDate>Sun, 17 Aug 2008 22:49:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[E - Coming-out]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-petithomme.jpg" width="35" height="30" alt="" title="E - Coming-out" /><br/>
C&#8217;est étrange. Le mois d&#8217;août, mois de mon anniversaire, a toujours été structurant dans ma vie. Chaque année, avec la régularité d&#8217;un métronome, il se passe toujours un événement crucial dans mon existence - comme une impulsion nouvelle (heureuse ou malheureuse mais toujours initiatrice) qui définit de nouveaux contours.
Ainsi, dans quelques jours, je fêterai au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-petithomme.jpg" width="35" height="30" alt="" title="E - Coming-out" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-petithomme.jpg" alt="Le petit homme" width="163" height="139" align="left" /></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">C&#8217;est étrange. Le mois d&#8217;août, mois de mon anniversaire, a toujours été structurant dans ma vie. Chaque année, avec la régularité d&#8217;un métronome, il se passe toujours un événement crucial dans mon existence - comme une impulsion nouvelle (heureuse ou malheureuse mais toujours initiatrice) qui définit de nouveaux contours.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Ainsi, dans quelques jours, je fêterai au jour près les 10 ans de mon premier coming-out. Moment crucial dans la vie de tout jeune homo, l&#8217;évènement commun à tous qui justifie à lui seul, au-delà des critères identitaires, l&#8217;existence d&#8217;une communauté de destin homosexuelle, aussi important – si ce n&#8217;est plus – que celui de la « première fois », le coming-out est cette sortie du placard, cette mise en avant de soi dans la foule anonyme, le lever de rideau sur la scène du monde, le premier cri hors de la coquille. « Je suis gay », « Je suis homo », « Je suis pédé », « J&#8217;aime les garçons ». Toutes ces formules qui se répondent les unes aux autres comme une seule et unique palabre qui fait saigner l&#8217;âme à coeur ouvert. Le coming-out.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Je venais de coucher pour <a title="Première fois" href="http://www.lamoindreplume.net/04-premiere-fois/">la première fois</a> de mon existence avec un garçon. Pas à la manière de l&#8217;enfant, du « <a title="Le petit homme" href="http://www.lamoindreplume.net/category/journal/le-petit-homme/">petit homme</a> », qui expérimente, mais du jeune homme qui sait ce qu&#8217;il fait, qui l&#8217;a désiré et qui l&#8217;a accompli. Le monde des possibles de la sexualité masculine, le goût de la peau salée, les poils qui excitent les doigts lorsqu&#8217;ils glissent sur la peau satinée de sueur, les premiers échanges de salive, toujours, de transpiration aussi, de larmes parfois, de sperme évidemment.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Il s&#8217;appelait Chris. Il avait 23 ans, j&#8217;en avais 17, presque 18. Il m&#8217;avait déposé à la gare de Nice, ce soir-là, parce que je voulais quitter l&#8217;antre où nous avions commis ce méfait, je voulais ne plus le revoir, je voulais l&#8217;oublier, l&#8217;effacer de ma mémoire, l&#8217;abandonner, j&#8217;étais perdu, oui, j&#8217;étais perdu, et je voulais redevenir cet enfant que je ne serai irrémédiablement plus.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Je m&#8217;étais jeté sur une cabine téléphonique car les portables étaient encore un luxe en 1998. J&#8217;avais appelé mon père pour qu&#8217;il vienne me chercher en voiture, prétextant quelque « mauvais plan » avec mes amis et un train inexistant. Cela m&#8217;avait laissé près de 40 min le temps qu&#8217;il arrive, suffisamment pour raccrocher, encore affolé par ce que je venais de faire et me confier au plus vite à mon meilleur ami de l&#8217;époque.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Il s&#8217;appelait Nathan. Il avait 17 ans comme moi. Bien que nous ne nous voyons que sporadiquement ces derniers temps parce que nous avons pris des chemins différents, c&#8217;est quelqu&#8217;un que j&#8217;apprécie absolument. Un garçon en qui ma confiance est aveugle encore aujourd&#8217;hui. Chaque fois que nous nous voyons, je le retrouve fidèle à lui-même. Non pas qu&#8217;il n&#8217;ait pas évolué mais plutôt que nous avons échangé en ces temps reculés des choses qui font qu&#8217;après un silence d&#8217;une ou deux années, nous nous retrouvons comme si nous nous étions quittés la veille, sans jugement, sans reproche, jamais. Il est une des rares personnes parmi mes amis que je ne penserai pas une seule seconde à critiquer. Avec qui nous finissons toujours par tomber d&#8217;accord malgré nos divergences de vue. Et, étrangement, sans que chacun ne baisse sa garde et avec qui je n&#8217;ai jamais eu en dix ans ne serait-ce qu&#8217;une engueulade superficielle. Peut-être cela vient-il du fait que nous nous connaissons suffisamment pour nous faire confiance les yeux fermés, et que malgré les zones obscures de nos existences qui se sont un brin séparées, nous nous sommes dit beaucoup de choses au fil du temps. Suffisamment en tout cas pour se respecter profondément, sans jamais aucune prétention ni domination l&#8217;un envers l&#8217;autre, en toute simplicité. J&#8217;ai appris avec lui – grâce à lui – et d&#8217;autres de ses compagnons ce qu&#8217;était l&#8217;amitié ; j&#8217;aurai l&#8217;occasion d&#8217;y revenir un jour ou l&#8217;autre.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">C&#8217;est le père de Nathan qui décrocha le téléphone ; il me le passa immédiatement :</p>
<p>- Nathan ?<br />
- Arnaud ?<br />
- J&#8217;ai fait une connerie, Nathan&#8230;<br />
- Qu&#8217;est-ce qui se passe&#8230; ?<br />
- Je suis à Nice, là. Je viens de coucher avec&#8230; une fille.<br />
- Avec une pute ?!<br />
- Hein&#8230; ? Non ! Elle a 23 ans. Elle s&#8217;appelle&#8230; Christelle. Elle est divorcée et elle a un gosse de 2 ans dont elle n&#8217;a pas la garde.<br />
- Merde&#8230; Et tu te sens comment, là ?<br />
- Je sais plus où j&#8217;en suis&#8230;<br />
<em>Je sentais les larmes perler nerveusement au coin de mes yeux.</em><br />
- Bon, ok, Arnaud, t&#8217;inquiète pas, tout va bien, je suis là, tu le sais, ça ?<br />
- Merci Nathan&#8230; (<em>reniflant</em>) J&#8217;aurais besoin d&#8217;en parler, tu comprends&#8230; ?<br />
- Oui, tu viens à la maison demain et tu dors chez moi. J&#8217;ai prévu une soirée, y aura Florence, Marie et Virginie. Ça ira ?<br />
- Oui, ok&#8230; Merci d&#8217;être là&#8230; J&#8217;avais juste besoin de me confier. Merci Nathan&#8230; Je te laisse, mon père vient me chercher d&#8217;ici quelques minutes.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Et je raccrochai.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Nathan et moi, cela faisait finalement peu de temps que nous nous connaissions, mais c&#8217;était une belle histoire. Une très belle histoire. Quelques mois auparavant, j&#8217;aurais pu dire que j&#8217;en étais tombé amoureux. Et Dieu sait que cela fait mal quand un homo tombe amoureux d&#8217;un hétéro. Seulement voilà, j&#8217;avais fini par dépasser cela parce que, Nathan et moi, c&#8217;était avant tout une histoire d&#8217;amitié. Une belle amitié. Une vraie amitié. Je ne dis pas ce mot en somnambule ou dans le « sommeil de la langue », comme aurait pu le souligner Christian Bobin. Non, pas une seule seconde.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Si l&#8217;on voulait remplacer « amitié » par autre chose, on pourrait dire que Nathan et moi, cela a toujours été une histoire de « sincérité », de bout en bout, sans aucun faux semblant, du « à la vie, à la mort » qui a encore sa pleine valeur aujourd&#8217;hui. Si Nathan venait me trouver demain les mains ensanglantées et un cadavre dans le coffre de sa voiture, je prendrai une pelle et le suivrai pour aller l&#8217;enterrer sans piper mot. J&#8217;ai dans ma courte vie eu la désillusion de connaître l&#8217;amour tardivement, sous des formes variées ; seulement, je peux me targuer d&#8217;avoir eu une toute autre chance : avoir connu l&#8217;amitié dans son élan passionnel adolescent et l&#8217;avoir conservé.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Il est vrai que nos chemins respectifs nous ont un peu éloignés. Certes, il y a trois ans à peine, je participai à son déménagement parisien avec entrain, et – depuis – sans doute parce qu&#8217;il habite de l&#8217;autre côté du périph à l&#8217;autre bout de la ville, nous ne nous sommes pas beaucoup vus. La présence de sa petite amie (que j&#8217;apprécie beaucoup ceci dit) a aussi donné un autre relief à l&#8217;intimité de notre relation. Seulement, il y a un peu plus d&#8217;un an, je me souviens d&#8217;une discussion que nous avions eu sur MSN. Sur le fait de se retrouver l&#8217;un face à l&#8217;autre. Pour un sujet de discussion dont le sujet futile m&#8217;échappe aujourd&#8217;hui (mais qui n&#8217;a pas d&#8217;intérêt), nous nous étions retrouvés en phase en l&#8217;espace de quelques minutes, comme à notre habitude. Et à cet instant, l&#8217;émotion était au comble de son intensité. Je me souviens que nous nous étions confié l&#8217;un à l&#8217;autre dans l&#8217;anonymat de nos clavier et écran respectifs, sur le fait qu&#8217;il était dommage qu&#8217;on ne se prenne pas dans les bras plus souvent parce que les corps peuvent échanger des choses sans dire un mot, et que les standards de la virilité masculine hétérosexuelle du refus de cette proximité des corps de deux hommes était un beau gâchis. Mais qu&#8217;il tenait à ce que je sache qu&#8217;il ne rechignerait pas à me prendre dans ses bras dans la pureté innocente de l&#8217;amitié. Tout simplement.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Nathan, une belle histoire, donc.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Je m&#8217;étais retrouvé chez lui le lendemain de ma première fois. Nous avions passé la journée ensemble dans sa maison, tous les deux. Assez peu parlé de celui que j&#8217;avais nommé « <em>Christelle</em> », finalement, si ce n&#8217;était que je ne savais pas quoi faire : « <em>la</em> » revoir ou ne plus « <em>la</em> » rappeler. Nathan m&#8217;écoutait en silence, toujours là pour me réconforter mais sans s&#8217;apitoyer, jamais pour me juger, ne tentant pas de me faire parler mais plutôt de me changer les idées, me faisant découvrir sa  musique, ses groupes de rock préférés, projetant ensemble nos avenirs respectifs, de ce que nous allions faire pendant ce mois d&#8217;août alors que le Bac était derrière nous et la fac à notre portée. Il le faisait avec douceur et sans inquiétude, toujours avec ce petit sourire qu&#8217;il avait, qui n&#8217;était ni forcé, ni de circonstance, mais simplement complice et bienveillant. Si on y réfléchit, rares sont ces sourires-là dans la vie de tous les jours. La plupart sont artificiels comme ceux de toutes ces pubs de consommation courante où les protagonistes semblent toujours ravis de déguster tel yaourt ou de souscrire à telle nouvelle assurance-vie. Beaucoup sont moqueurs, pas forcément méchants lorsqu&#8217;ils viennent de camarades mais rarement compréhensifs. Ce n&#8217;est pas non plus le sourire qui dissimule les véritables pensées, le sourire de l&#8217;hypocrisie sociale qui mêle à la fois fausse compassion et pitié, parfois prétention et mépris. Ni celui automatique de la politesse qu&#8217;on trouve chez le boulanger ou le serveur bien luné, réclamé même sur certains panneaux insipides au détour d&#8217;un des nombreux aléas du quotidien (je me souviendrai toujours d&#8217;une postière qui affichait sur son guichet à l&#8217;attention des clients : « <em>Un sourire ne coûte rien et peut éclairer une journée durant. Offrez votre sourire !</em> » - cela partait d&#8217;un bon sentiment, ceci dit).</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Non, le sourire de Nathan ne faisait pas partie de ceux-là ; c&#8217;était un sourire précieux.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Le soir, à l&#8217;extérieur de sa villa. Marie, Florence et Virginie nous avaient rejoints, comme prévu. Nous nous étions retrouvés au bord de la piscine, étendus tous ensemble sur des transats. Il était 21h00 passées, le soleil s&#8217;était couché, la nuit nous enrobait, avec les chants nocturnes des criquets provençaux comme accompagnement. Chacun ou presque avait sa clope au bec – je fumais encore des Philipp Morris à l&#8217;époque – et je jouais entre mes doigts avec le bijou que Chris – ce premier amant – m&#8217;avait offert la veille, un pendentif en or du signe astrologique de la Vierge.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Je ne pouvais m&#8217;empêcher de soupirer en repensant à lui, devant les regards circonspects des filles qui nous avaient rejoints, qui ne comprenaient pas pourquoi – alors que je pensais à « <em>elle</em> » - j&#8217;étais là à me morfondre sur cette relation débutante. « C&#8217;est compliqué », ne cessais-je de répéter, ne pouvant évidemment confier le terrible secret. Je découvrais en ces temps mon homosexualité de manière véritable : coucher avec un garçon avait été pour moi l&#8217;incarnation réelle et concrète de ce qui n&#8217;était jusqu&#8217;à présent qu&#8217;un fantasme. Elaboré depuis plusieurs années, certes, mais un fantasme tout de même. Et c&#8217;est cela qui me révolutionnait le corps et le coeur : si Chris me répugnait par certains aspects de sa personnalité – et, ne nous leurrons pas, par le fait qu&#8217;il incarnait aussi cette part d&#8217;ombre que je n&#8217;assumais pas encore et qui m&#8217;obscurcissait depuis mes 12 ans – il m&#8217;attirait aussi dangereusement, parce qu&#8217;il incarnait tous les possibles de la découverte interdite.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Lorsque sur les coups d&#8217;1h00 du matin Florence, Marie et Virginie nous avaient quittés, nous nous étions retrouvés à nouveau seuls, Nathan et moi. Nous nous étions installés à une petite table de jardin en plastique, l&#8217;un en face de l&#8217;autre, fumant nos cigarettes. Mine de rien, Nathan habitant dans les collines de l&#8217;arrière-pays niçois, il ne faisait pas très chaud, même si nous étions en août. Habillé à peine d&#8217;un T-shirt, même, je grelottais. Et Nathan aussi.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Nous nous mîmes à reparler de « <em>Christelle</em> ». Le fait de mentir à Nathan me gênait un peu, lui qui était si attentif depuis que je l&#8217;avais appelé la veille. Justifier mon mal-être par la situation « glauque » d&#8217;une jeune femme divorcée et maman d&#8217;un gamin de 2 ans était sans doute crédible, mais le fait qu&#8217;il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;une jeune femme mais d&#8217;un jeune <em>homme</em> divorcé et <em>papa</em> d&#8217;un gamin de 2 ans avait tout de suite beaucoup plus de relief !</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Je savais que Nathan sentait que quelque chose ne tournait pas rond. Il avait compris qu&#8217;un élément lui échappait dont je n&#8217;avais pas encore parlé, mais il ignorait lequel.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Je mourrais d&#8217;envie de lui parler. J&#8217;en mourrais d&#8217;envie mais, en même temps, j&#8217;en crevais de trouille. Les vieilles angoisses rassérénées depuis des années remontaient comme d&#8217;habitude à la surface : comment va-t-il réagir ? Et s&#8217;il ne l&#8217;acceptait pas ? Et s&#8217;il me détestait? Et s&#8217;il allait me frapper ? Et s&#8217;il allait le dire à tout le monde ? Est-ce que je perdrais tous mes amis ? Et s&#8217;il avait cette horrible réaction tant de fois angoissée de le voir réagir avec véhémence, me rejetant violemment, vociférant d&#8217;un air dégoûté : « <em>Aaah ! Ne me touche plus jamais, sale pédé !!!</em> » ?</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Et puis, tremblant au plus haut point, ne sachant pas si le froid en était responsable ou si l&#8217;émotion intense faisait son office, sentant mon coeur se mettre à battre la chamade, il y eût quelque chose, un silence peut-être, un instant d&#8217;hésitation préludant un long monologue – jamais préparé et pourtant tant de fois anticipé – puis soudain une vomissure d&#8217;émotion intense, un flot de souffrance, de libération, de larmes et le désir brûlant d&#8217;une épaule accueillante et bienveillante, un don de soi plein d&#8217;espoir, que l&#8217;autre soit là, que l&#8217;autre écoute, que l&#8217;autre veuille bien nous recevoir.</p>
<p>- En fait, pour tout te dire, Christelle ne s&#8217;appelle pas « <em>Christelle</em> »&#8230;.<br />
- &#8230; Ah ?<br />
- Oui, en fait, elle&#8230; Elle s&#8217;appelle « <em>Christophe</em> ».<br />
- &#8230;<br />
- Oui.<br />
- &#8230; J&#8217;ai pas tout compris ?<br />
- Je suis homo, Nathan.<br />
- &#8230;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Un silence, une attente, je cherche son regard que je distingue à peine dans l&#8217;obscurité du dehors : au-dessus de la table de jardin en plastique, seules luisent nos mains où se reflètent nos braises de cigarettes.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">- Je m&#8217;en doutais pas mais sache que 	j&#8217;ai aucun problème avec ça, finit-il par répondre.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Les larmes me viennent aux yeux, je tremble de tout mon corps, le froid et l&#8217;émotion se conjuguent alors que pour la première fois de mon existence toute entière se réchauffe mon coeur à la flamme chaleureuse d&#8217;une amitié entière et nue. Je serai toujours là pour lui, comme lui est là pour moi ; à cet instant je le sais.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Alors je lui raconte tout depuis les origines. Il écoute religieusement, me laisse parler, pose sa main sur la mienne lorsqu&#8217;il voit que l&#8217;émotion me submerge jusqu&#8217;aux yeux pour me calmer et m&#8217;apaiser avec bienveillance le temps de reprendre mon discours. Il n&#8217;a jamais eu les mains douces, plutôt un peu rugueuses, la peau trop fine et trop sèche ; pourtant, son contact me fait l&#8217;effet d&#8217;un baiser doux et chaud, plein de compassion. Quelque chose qui touche à l&#8217;instant de grâce.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Je ne peux m&#8217;empêcher de parler, déballant le tout comme un poids malheureux que je lui confie avec soulagement : je le sais depuis mes 12 ans, non, ça ne veut pas dire que je suis une folle, non, je n&#8217;ai jamais été intéressé par les filles, oui, j&#8217;aime les garçons et je ne sais pas d&#8217;où ça vient, je me suis détesté pendant longtemps, tu sais, et j&#8217;en ai souffert, j&#8217;en ai souffert à en chialer tous les soirs dans le noir de mon lit, et puis j&#8217;avais tellement peur de te perdre, de vous perdre, mes amis. Oui, tu es la première personne à qui j&#8217;en parle&#8230; Tu comprends mieux pourquoi je t&#8217;ai appelé hier, hein ? Oui, je me sens tellement mal, tu sais&#8230;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Tout tremblant, encore sous le coup de l&#8217;émotion, les frissons de froid entrecoupés de frissons de peur et de larmes de soulagement, je me retrouve là devant cet ami qui est resté bien silencieux et tout à l&#8217;écoute. Soudain, il sort la réplique ultime qui brise cet instant plus que romantique, avec tout le pragmatisme bienveillant dont il a toujours su faire preuve :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">- En tout cas, c&#8217;est cool, parce que 	j&#8217;ai toujours rêvé d&#8217;avoir un copain Drag Queen ! Ils 	me font délirer !<br />
- &#8230; Qu&#8230; Que ? Quoi ? Ah mais 	attends, Nathan, je suis homo, pas une Drag Queen, hein !<br />
- &#8230; Oui, oui, je sais, j&#8217;ai 	compris, mais c&#8217;est cool quand même !<br />
- &#8230; Ah, heu&#8230; &#8230; D&#8217;accord &#8230; &#8230; Merci&#8230;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Il me répond par un sourire.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Je n&#8217;ai jamais su s&#8217;il était sincère dans sa réflexion drag queenesque touchante de naïveté, ou si c&#8217;était pour lui l&#8217;occasion de briser le dramatique de la soirée en me soulageant par une pirouette d&#8217;un trop plein débordant d&#8217;émotions.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Quel que soit le vrai, cela n&#8217;avait aucune importance : j&#8217;étais sûr d&#8217;avoir un ami. Et jamais depuis lors n&#8217;ai-je regretté de lui avoir confié ce poids depuis si longtemps porté. On peut dire qu&#8217;il y a entre nous un amour certain, mais il n&#8217;est pas sexuel, quoiqu&#8217;il pourrait être physique. C&#8217;est un amour fraternel. C&#8217;est cela qui – fils unique que je suis – me relie à lui, encore aujourd&#8217;hui, quelle que soit la fréquence de nos rencontres et de nos échanges.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Nathan, mon ami, mon frère. Merci.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Deux jours plus tard, alors que j&#8217;étais encore chez Nathan chez qui j&#8217;allais passer trois jours en tout et pour tout, Chris qui n&#8217;avait aucun nouvelle de moi essaya de me joindre chez mes parents. Ma mère lui donna le numéro de téléphone de Nathan, croyant bien faire. C&#8217;est le père de Nathan qui me le passa au téléphone, alors que la petite famille était installée à table pour le dîner. Chris me fit une scène pour cette rupture soudaine de communication. Pendu au téléphone à écouter silencieusement ses reproches, les yeux perdus sur le mur, je finis par lui dire que je ne souhaitais plus le revoir parce que c&#8217;était trop difficile pour moi. Il me raccrocha au nez.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">J&#8217;étais remonté à l&#8217;étage, rejoindre Nathan dans sa chambre. Je lui racontai ma conversation. J&#8217;avais le souffle coupé, je me sentais mal, une horrible boule au creux du ventre. Il prononça les mots magiques :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">- Tu sais, tu as le droit de pleurer, si tu veux.</p>
<p>J&#8217;éclatai en sanglots dans ses bras.</p>
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		<title>Ces objets qui nous possèdent</title>
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		<pubDate>Sat, 16 Aug 2008 09:50:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<category><![CDATA[reflex]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Instants choisis" /><br/>Il y a dans l&#8217;objet que l&#8217;on chérit quelque chose qui touche à l&#8217;aliénation. C&#8217;est cette réflexion (très classique) qui me taraudait, ce matin, sur le chemin pour aller bosser à mon job d&#8217;été.
Depuis quelques semaines, mon esprit est occupé par un achat matériel assez conséquent : un nouvel appareil photo numérique. A l&#8217;origine, l&#8217;idée était [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Instants choisis" /><br/><p>Il y a dans l&#8217;objet que l&#8217;on chérit quelque chose qui touche à l&#8217;aliénation. C&#8217;est cette réflexion (très classique) qui me taraudait, ce matin, sur le chemin pour aller bosser à mon job d&#8217;été.</p>
<p>Depuis quelques semaines, mon esprit est occupé par un achat matériel assez conséquent : un nouvel appareil photo numérique. A l&#8217;origine, l&#8217;idée était d&#8217;acheter un appareil photo compact. « Quitte à ce que ce soit le plus cher de tous », m&#8217;étais-je dit, comme si le prix avait une quelconque relation automatique avec la qualité du matériel. Conseil clef pour tout achat électronique : « A caractéristiques égales, prends le plus cher », m&#8217;avait un jour dit un ami ; j&#8217;avais appliqué son conseil en oubliant que – lui – avait les moyens. Maman m&#8217;avait pourtant prévenu d&#8217;éviter de fréquenter des riches ; peine perdue, la plupart de mes amis sont des bourgeois dont les préoccupations sont bien éloignées du milieu ouvrier. Cela a son avantage (profiter de la piscine au bord de la villa en été) mais aussi ses inconvénients (vivre clairement au-dessus de ses moyens).</p>
<p>Quoiqu&#8217;il en soit, après avoir hésité longtemps entre un compact et un bridge (un appareil photo intermédiaire entre un compact et un reflex), j&#8217;ai fini par m&#8217;orienter vers un bridge (plus cher, évidemment), hésitant entre une poignée d&#8217;appareils.</p>
<p>Aparté. Je tiens à remercier mon compagnon au pragmatisme éclairé, pour cette seconde phase délicate. Au terme d&#8217;un long monologue insoluble (pour résumer : « Mais tu comprends, un Bridge, en voyage, ça risque d&#8217;être encombrant ; mais en même temps, avec un Compact, la qualité photo est beaucoup moins bonne »), il m&#8217;a offert la clef ultime, fortement agacé par mes soliloques incontinents (« Tu dois définir une priorité : soit la compacité, soit la qualité d&#8217;images, et tu t&#8217;y tiens, parce que tu ne pourras pas avoir les deux »). Avec ses propres mots, il a résolu mon dilemme céphalique d&#8217;une dizaine de jours, illustrant à sa manière et par sa compréhension intuitive de la chose, le problème du syllogisme des philosophes grecs de l&#8217;Antiquité : on ne peut pas comparer des oranges avec des pommes en utilisant la couleur pour les unes et le goût pour les autres, car ce serait absurde. Dire « La compacité est aux Compacts ce que le piqué d&#8217;image est au Bridge » ne veut strictement rien dire car on pourra dire beaucoup de choses sur ce qu&#8217;est la compacité d&#8217;un Compact, et cela ne nous éclaire pas une seule seconde sur ce qu&#8217;est le piqué d&#8217;image pour un Bridge ; sans compter que ce raisonnement par analogie n&#8217;apporte rien en terme de « vérité » si ce n&#8217;est celle du discours du locuteur à proprement parler ; bref, c&#8217;est nul, et, de toute façon, Aristote l&#8217;avait dit à son époque : « Prendre un Bridge, c&#8217;est mieux pour les focales ».</p>
<p>Problème essentiel : j&#8217;ai décidé de mettre une priorité à la qualité de l&#8217;image par rapport à la capacité. Un Bridge, donc. C&#8217;est là que je suis tombé dans le piège des comparatifs disponibles sur le net et dans les magazines : si ma priorité est l&#8217;image, pourquoi acheter un Bridge, alors que je peux&#8230; acheter un Reflex ?</p>
<p>Et voici que de fil en aiguille, je me suis retrouvé à passer d&#8217;un un appareil photo compact d&#8217;excellente qualité (autour des 300 €) à un appareil photo réflex de plutôt bonne qualité (870 €) - boîtier nu, évidemment, auquel il faudra ajouter une ou deux optiques (500 € pièce pour avoir de la qualité), une sacoche fourre-tout, un filtre UV et la pléthore de cartes mémoire affiliées. Passer de 300 € à 1300 €, y a pas à dire, ça a du bon de fréquenter des riches (et pourtant, Maman m&#8217;avait prévenu)&#8230;</p>
<p>Excité par ce nouvel achat qui m&#8217;ouvrira prochainement des perspectives intéressantes (pouvoir enfin m&#8217;essayer à mon vieux fantasme de la photo en sortant du cadre des photos-souvenirs automatiquement et platement «tout est net » des appareils compacts), j&#8217;ai cependant été de nouveau confronté à ma première hésitation mais sous un autre aspect. Certes, un Reflex donne beaucoup plus de libertés et d&#8217;opportunités pour essayer des petits bijoux de photos ; et c&#8217;est tout de même drôlement encombrant. Mais surtout, c&#8217;est fragile. Et cher. Et ce qui est fragile et cher promet une certaine dose d&#8217;angoisse pour les paranoïaques comme moi.</p>
<p>Or, c&#8217;est à l&#8217;instant précis où j&#8217;ai songé à cela (un Reflex risque davantage de casse qu&#8217;un Compact, car c&#8217;est gros et donc plus exposé) que je me suis dit que le véritable problème de l&#8217;encombrement d&#8217;un tel objet n&#8217;était pas une question « physique » mais en réalité une question « psychologique ».</p>
<p>Cet objet pendu autour de mon cou serait peut-être prochainement, dans mon voyage dans un pays très particulier, une barrière pour ma communication sociale avec mon prochain. Ne serait-ce que parce que, spontanément, on rechigne moins à exposer un appareil photo à 300 euros qu&#8217;un autre à 1300 €&#8230; A l&#8217;instant où cette pensée est venue à mon esprit, je me suis imaginé plongé dans une rue bondée de ce pays étranger et avoir peur d&#8217;abîmer mon appareil photo Reflex, m&#8217;empêchant de ce fait d&#8217;apprécier ce contact avec les autochtones, et craindre qu&#8217;on ne le casse, qu&#8217;on ne le vole, cet objet « si cher, et si fragile, et donc si important » - ô divine possession qui nous possède !</p>
<p>J&#8217;ai couplé immédiatement cette réflexion à une autre pensée qui m&#8217;avait submergé un temps jadis, alors que mon compagnon me proposait de quitter éventuellement Paris pour s&#8217;installer à l&#8217;étranger. Dans l&#8217;absolu, je n&#8217;étais pas du tout contre à cette idée, et même plutôt intéressé par un changement de paysage, de culture, de population. Seulement, la première idée qui m&#8217;était venue à l&#8217;esprit n&#8217;était pas celle-ci mais plutôt : « Si je déménage à Londres ou à New York, qu&#8217;est-ce que je vais faire de mon téléviseur LCD 102 cm ? Et de mon appareil à charge guidée et ses poids de 80 kg ? ». Bref, l&#8217;attachement à – et de – la possession qui venait m&#8217;entraver comme un poids vissé au pied de mon esprit&#8230; Ridicule, finalement, puisque qu&#8217;en quoi la possession d&#8217;un gros téléviseur viendrait remettre en question un déménagement à l&#8217;étranger, on se le demande&#8230;</p>
<p>J&#8217;ai donc tenté d&#8217;élargir la vision. Quelque part, posséder un objet est une entrave. D&#8217;abord pour l&#8217;acte d&#8217;achat : c&#8217;est un sacrifice matériel sur l&#8217;autel sacré de son portefeuille. Puis, selon la taille de l&#8217;objet, c&#8217;est un volume ou un poids physique à proprement parler qui empêche un déplacement aisé. Et enfin c&#8217;est la peur développée à l&#8217;occasion de sa conservation, de sa protection, de son entretien : l&#8217;angoisse du « bon fonctionnement ». Sans compter l&#8217;angoisse jumelle de la perte : la dépossession, l&#8217;amputation, disons-le : la castration. Quelle liberté peut-on alors revendiquer vis-à-vis d&#8217;un objet qui nous possède ? La plus grande s&#8217;il est relégué à l&#8217;état d&#8217;outil (c&#8217;est l&#8217;idéal) ; mais la moindre s&#8217;il n&#8217;a d&#8217;intérêt que pour lui-même.</p>
<p>Affirmer cela, au passage, c&#8217;est s&#8217;éloigner très loin de l&#8217;éloge du design qui sous couvert d&#8217;insérer l&#8217;Art (ou du moins sa dimension plastique) dans tout objet d&#8217;une certaine gamme de consommation, finit tant par tuer la caractéristique « utilitaire » de l&#8217;outil que de banaliser l&#8217;Art dans sa dimension bêtement plastique. Car l&#8217;engin utile enfant du design devient une sorte de bâtard schizophrène propre à donner des vertiges : la démarche artistique de « l&#8217;objet d&#8217;Art » est effacée car n&#8217;est conservée que la dimension plastique (une régression par rapport à l&#8217;Art Contemporain ?) alors que l&#8217; « utilitarité » (pour ne pas utiliser le concept d&#8217;utilité, trop marqué par le courant de l&#8217;utilitarisme) de l&#8217;objet est relativisée par cette pseudo dimension artistique de la décoration. L&#8217;outil n&#8217;est plus seulement qu&#8217;un outil : c&#8217;est un concentré d&#8217;attention <em>per sé</em>. Et voici que se profile « le beurre et l&#8217;argent du beurre », mélangés ensemble, au prix du cul du crémier. Pour ma part, je n&#8217;ai jamais apprécié trouver des confettis de billets de 500 EUROS dans une plaquette de beurre demi-sel ; j&#8217;ai du mal à le digérer.</p>
<p>Alors, quelque part, j&#8217;ai fini par me dire que, dans cet avenir si proche, si mon appareil photo hors de prix se retrouvait confronté à une foule immense, cela ne devait avoir aucune importance. Il n&#8217;y a en effet qu&#8217;une porte de sortie venant réconcilier le tout : je devrai tuer cette peur en tuant la possession. Tuer la possession, ce n&#8217;est pas refuser de posséder mais plutôt se détacher de la possession qu&#8217;a l&#8217;objet sur nous dès l&#8217;instant où on le possède.</p>
<p>Le souvenir d&#8217;une époque s&#8217;amenuise à mesure que l&#8217;époque s&#8217;éloigne, c&#8217;est l&#8217;<em>Anamnesis</em>. La mémoire, elle, <em>Mneme</em>, procède à l&#8217;inverse : elle prétend que l&#8217;objet de son attention est derrière elle alors qu&#8217;il se trouve devant, elle crée son objet au lieu d&#8217;en procéder comme le souvenir. Quelque part, se déposséder d&#8217;un objet que l&#8217;on possède, cela implique d&#8217;abord de le posséder, puis, ensuite, dès la signature apposée en bas d&#8217;un chèque, de le reléguer à l&#8217;état de souvenir, en devenir amnésique. Et se retrouver nu – soi confronté à soi-même.</p>
<p>Faire le deuil d&#8217;une possession, c&#8217;est comme faire le deuil d&#8217;un amour qu&#8217;on croit pouvoir enfermer entre ses doigts recroquevillés : faire un pas de plus vers une certaine libération.</p>
<p>Gautama Siddharta le Bouddha avait donc bel et bien raison. Il n&#8217;en a jamais parlé parce qu&#8217;il s&#8217;en était dépossédé, mais c&#8217;est une certitude : il devait posséder un Reflex. Je me demande si c&#8217;était un Canon, un Nikon ou un Pentax ?</p>
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		<title>07/x - Le Rayon Jaune</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jul 2008 09:04:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Le Rayon Jaune]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/>
Je restai bouche bée devant cette manifeste ubiquité. Comment ça : « Mathilde au bout du fil » ?! Et la Mathilde assise à ma table, alors ?! Je jetai rapidement un coup d&#8217;œil à mon téléphone : un numéro de téléphone portable qui n&#8217;était pas dans mon répertoire, visiblement.
Mon interlocutrice à l&#8217;autre bout du combiné était-elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/rayonjaune.jpg" alt="Le Rayon Jaune" align="left" /></p>
<p>Je restai bouche bée devant cette manifeste <strong>ubiquité</strong>. Comment ça : « Mathilde au bout du fil » ?! Et la Mathilde assise à ma table, alors ?! Je jetai rapidement un coup d&#8217;œil à mon téléphone : un numéro de téléphone portable qui n&#8217;était pas dans mon répertoire, visiblement.</p>
<p>Mon interlocutrice à l&#8217;autre bout du combiné était-elle seulement Mathilde ou quelqu&#8217;un qui se faisait passer pour elle ? Qui était la véritable Mathilde ? Celle qui me parlait au téléphone ou la femme qui était assise en face de moi ? Non, ça ne pouvait pas être cette femme au téléphone : la femme avec qui je venais de discuter de longues minutes semblait tellement sympathique ! Et puis, elle paraissait tout savoir de ma famille&#8230; Non, ça ne pouvait pas être elle, l&#8217;usurpatrice.</p>
<p>Pourtant, je me refusais à prendre le moindre risque : je ne savais pas à quoi m&#8217;en tenir. Mon cœur s&#8217;était mis à s&#8217;emballer et j&#8217;étais mort de trouille face à cette situation ubuesque. Qu&#8217;est-ce que tout cela signifiait ?</p>
<p>Je faillis me lever de table et m&#8217;absenter un instant pour répondre au téléphone en toute tranquillité ; seulement, si la femme en face de moi était l&#8217;usurpatrice, je ne pouvais pas prendre le risque de laisser mes affaires – carnet d&#8217;Edmond et lampe à huile – à sa portée. J&#8217;étais donc coincé.</p>
<p>Je fis un signe à la Mathilde en face de moi, et lui chuchotai un nouveau mensonge (<em>« Ma-directrice-de-mémoire »</em>) pour la faire patienter le temps de cet échange téléphonique. Je devais la jouer fine : elle ne devait pas se douter un seul instant de la personne que j&#8217;avais au bout du fil&#8230; ou bien du fait qu&#8217;on essayait de se faire passer pour elle.</p>
<p>Je repris la conversation téléphonique, les yeux rivés sur le visage de la vieille dame devant moi, observant ses moindres faits et gestes :</p>
<p>- Ah&#8230; ! Bonjour ! Je vous remercie de m&#8217;avoir rappelé&#8230;<br />
- Je vous en prie, Arnaud, c&#8217;est tout naturel, siffla l&#8217;écouteur de mon portable. Mais je dois dire que vous avez beaucoup de chance !<br />
- Ah oui ?<br />
- Pour tout vous dire, je n&#8217;étais pas supposée être à Paris en ce moment. Depuis que j&#8217;ai pris ma retraite, je vis surtout à Londres et je ne reviens passer trois mois dans mon appartement parisien qu&#8217;à l&#8217;automne.<br />
- Oh ? &#8230; Et comment se fait-il&#8230; (<em>je réfléchis en un éclair à comment poser ma question sans éveiller les soupçons de la femme en face de moi</em>)&#8230; que vous soyez disponible ?<br />
- Que je sois disponible&#8230; ? Ah, que je sois à Paris, vous voulez dire ? Figurez-vous que j&#8217;ai reçu ce matin un coup de fil de ma voisine du dessous. C&#8217;est une amie. Elle connaît un terrible dégât des eaux. Une infiltration venant de ma salle de bains apparemment. Alors j&#8217;ai accouru chez moi dès que j&#8217;ai pu pour faire réparer cela le plus vite possible. Avec l&#8217;Eurostar, ce n&#8217;est désormais pas bien compliqué, vous savez&#8230;<br />
- Je comprends. Alors, j&#8217;ai de la chance, si j&#8217;ose dire&#8230;<br />
- On peut dire les choses ainsi ! Je viens à peine d&#8217;écouter votre message sur mon répondeur. Mon Dieu&#8230; La dernière fois que j&#8217;ai eu Odile au téléphone, vous étiez encore un enfant. Et dire que vous êtes déjà un jeune homme&#8230; Cela ne me rajeunit pas ! Quoiqu&#8217;il en soit, je serais ravie de faire votre connaissance.<br />
- Moi aussi, répondis-je. Avec grand plaisir, ajoutai-je, en me demandant après coup si ce semblant de familiarité n&#8217;allait pas éveiller l&#8217;attention de la femme assise devant moi.<br />
- Vous avez fait bon voyage ? Vous êtes de retour à la capitale ?<br />
- Oui, je suis arrivé tout à l&#8217;heure.<br />
- Dans ce cas, nous allons pouvoir nous voir. Je vais être assez occupée aujourd&#8217;hui pour trouver un plombier. Alors je vous propose que nous nous voyons dans la semaine. A moins que vous ayez des cours ou que vous soyez occupé ?<br />
- Non, non, pas de problème. Je suis disponible quand vous le désirez&#8230;<br />
- Alors pourquoi ne dirions-nous pas demain à mon appartement pour prendre une tasse de thé ?<br />
- Ah ! Eh bien, ce sera parfait !<br />
- Disons à 16h. Je préfère que nous nous voyons chez moi, si jamais mon plombier commence les travaux demain. Je n&#8217;aime pas laisser des ouvriers travailler chez moi en mon absence. Et puis, ce sera l&#8217;occasion de vous montrer des photos de ma famille, et de vous parler un peu de mes parents.<br />
- C&#8217;est une excellente idée, Ma&#8230;dame. (<em>je faillis dire son prénom – je me rattrapai in extremis, alors que mon coeur se mit à battre la chamade de ma presque bourde</em>).<br />
- Vous pouvez m&#8217;appeler Mathilde, vous savez. Bon, alors, demain, 16 h. Je vais vous dire où j&#8217;habite. Vous avez de quoi noter ?<br />
- Je vous écoute&#8230;</p>
<p>Ce faisant, mon interlocutrice me dicta son adresse. Je tâchai de l&#8217;apprendre par cœur en espérant ne pas l&#8217;oublier. Il m&#8217;était impossible de la noter sur un morceau de papier : si l&#8217;usurpatrice était la femme en face de moi, elle devait savoir d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre où habitait Mathilde. Je ne pouvais donc pas prendre ce risque.</p>
<p>Alors que ma correspondante téléphonique me salua d&#8217;un « A demain ! » auquel je répondis par un « Merci ! », j&#8217;attendis quelques secondes le temps qu&#8217;elle raccrochât, avant de faire semblant de me raviser immédiatement, comme si quelque chose m&#8217;était revenu en mémoire :<br />
- Oh ! Allo ?! Attendez, j&#8217;oubliais ! Qu&#8217;est-ce que je dois prendre, comme ouvrages pour le rendez-vous ?</p>
<p>Et je fis semblant de poursuivre une discussion universitaire avec ma soit-disante directrice de mémoire, alors que mon interlocutrice avait déjà raccroché. Le téléphone collé sur la joue, ponctuant ma fausse conversation par des remarques brèves et laconiques (« <em>Daccord.</em> », « <em>C&#8217;est noté.</em> », « <em>Très bien !</em> »), je priai intérieurement pour qu&#8217;un ami n&#8217;ait pas l&#8217;idée de m&#8217;appeler à ce moment-là, ce qui aurait grillé ma mascarade.</p>
<p>Cela me laissait tout de même un peu de temps pour réfléchir à la situation.</p>
<p>La femme que j&#8217;avais eu au bout du fil allait me recevoir chez elle et me montrer des photos familiales. C&#8217;était sans doute elle la véritable Mathilde.</p>
<p>Certes, la drôle de coïncidence d&#8217;un dégât des eaux m&#8217;intriguait. Je me fis pourtant la réflexion qu&#8217;un tel état de fait serait facile à vérifier, une fois sur place : un passage éclair chez la voisine du dessous, l&#8217;intervention du plombier, les travaux dans la salle de bains&#8230; Non, manifestement, il devait vraiment s&#8217;agir d&#8217;une authentique coïncidence. Une mystificatrice n&#8217;aurait pas pris le risque d&#8217;un mensonge aussi aisément vérifiable. Surtout que c&#8217;était l&#8217;élément clef pour expliquer les différents éléments que j&#8217;avais en main.</p>
<p>En effet, je posai tout d&#8217;abord l&#8217;hypothèse que ma correspondante au téléphone était l&#8217;imposteur. En me proposant une rencontre le lendemain (voire dans la semaine) et pas le jour même, cela me laissait largement le temps d&#8217;avoir une éventuelle conversation avec ma grand-mère et de vérifier des faits comme l&#8217;adresse du domicile de Mathilde. Et cela laissait également largement le temps à la véritable Mathilde de m&#8217;appeler le cas échéant. Si cette femme au téléphone était l&#8217;usurpatrice, elle n&#8217;aurait pas pris ce risque.</p>
<p>De plus, postuler que la femme au téléphone était l&#8217;auteur d&#8217;une telle perfidie n&#8217;expliquait pas pourquoi la véritable Mathilde – la femme en face de moi – avait voulu me rencontrer dans l&#8217;urgence de mon arrivée à Paris, dans un salon de thé inconnu : cette urgence de la rencontre que j&#8217;avais d&#8217;abord pris comme une aubaine me devenait soudain très suspecte.</p>
<p>Alors, l&#8217;hypothèse que la femme en face de moi était en fait une usurpatrice se précisa d&#8217;avantage. Pourquoi cette urgence d&#8217;une rencontre – dans un salon de thé qui plus est et pas chez elle – si ce n&#8217;était l&#8217;opportunité de minimiser les risques que j&#8217;entre en contact avec la véritable Mathilde ?</p>
<p>Certes, cela n&#8217;expliquait pas pourquoi elle avait risqué de me rencontrer directement à visage découvert&#8230; Seulement, si on ajoutait le fait que la véritable Mathilde – la femme au téléphone – habitait normalement à Londres et n&#8217;aurait pu consulter son répondeur parisien qu&#8217;en automne (nous étions au printemps), cela laissait à la fausse Mathilde – la femme en face de moi – tout le temps nécessaire pour me rencontrer sans prendre le risque d&#8217;être découverte.</p>
<p>Sauf que l&#8217;imposteur ne pouvait pas prévoir un dégât des eaux et un retour précipité de la véritable Mathilde. Elle ne pouvait donc pas se douter que la personne que j&#8217;avais au bout du fil était Mathilde en personne, la croyant encore à Londres pour quelques mois. Cela me donnait une avance sur elle.</p>
<p>Je reposai mon téléphone après avoir congédié ma correspondante imaginaire. Puis, je portai la tasse de thé à mes lèvres en prenant mon temps pour la boire lentement : c&#8217;était quelques secondes de gagnées pour poursuivre ma réflexion. La lenteur de mes gestes en silence était à l&#8217;extrême opposé de la vivacité de mon esprit, occupé à résoudre mille questions en même temps.</p>
<p>La femme en face de moi était une mystificatrice. Qui était elle ? Pourquoi se faisait-elle passer pour Mathilde ? Pourquoi prendre un tel risque de me rencontrer en face à face ? Comment avait-elle eu mon numéro de téléphone ? Comment savait-elle que je cherchais à rencontrer la cousine de ma grand-mère ? Avait-elle pu écouter le message sur le répondeur de Mathilde ? Est-ce que tout ce qu&#8217;elle venait de me raconter sur Mathilde et son père était vrai ?  Que désirait-elle ? Le carnet ? Etait-elle seulement au courant de la lampe ? Que voulait-elle ? Peut-être était-elle dangereuse ?</p>
<p>Je me concentrai en silence, buvant lentement mon thé, gorgée après gorgée, une boule dans le ventre, alors que la femme en face de moi restait impassible. On eut dit qu&#8217;il y avait dans l&#8217;air du petit salon une sorte de flottement insaisissable : je plongeai mon regard dans celui de la femme qui était en face de moi et dont j&#8217;ignorais tout. Elle souriait en silence. Je reposai ma tasse de thé vide et lui répondis par un sourire tout aussi silencieux.</p>
<p>Je pris une grande inspiration et plantai mon regard dans ses yeux comme un poignard aiguisé :</p>
<p>- Maintenant, vous allez me dire qui vous êtes vraiment et ce que vous désirez de moi.</p>
<p>Elle ne réagit pas et continua de sourire en silence. Nous nous regardâmes l&#8217;un et l&#8217;autre, mon rythme cardiaque s&#8217;accéléra, je guettai la moindre de ses réactions. Un ange passa.</p>
<p>Quand, soudain, je basculai la tête à l&#8217;envers !</p>
<p>Tout se passa très vite : la femme avait renversé la table sur moi en bondissant hors de sa chaise, dans un acte brutal d&#8217;une incroyable rapidité ! La planche s&#8217;écrasa sur mon menton, ma chaise valdingua en arrière, je perdis l&#8217;équilibre, me cognai la nuque sur le sol, les tasses se brisèrent avec fracas et je me retrouvai étalé de tout mon long, à terre, écrasé par le mobilier. Je tournai la tête sur le côté, hébété, le torse oppressé par la plaque de bois, et j&#8217;eus à peine le temps d&#8217;apercevoir la vieille femme courir en direction de la sortie, mon sac à dos sous le bras !</p>
<p>Je me levai tant bien que mal, titubant – mon menton me faisait terriblement souffrir – et m&#8217;élançai maladroitement mais à toute hâte à sa poursuite. Je manquai presque de me cogner la tête en m&#8217;engageant dans le premier boyau sinueux séparant le « petit salon » de la salle le précédant.</p>
<p>La vieille dame détalait comme un lapin ! Je débouchais à peine dans une des salles de ce chapelet architectural que je la voyais la quittant déjà par le petit couloir suivant. Elle avait mon carnet, elle avait la lampe à huile, c&#8217;était donc ça qui l&#8217;intéressait ?!</p>
<p>Salle suivante, ambiance jaunâtre, elle se faufilait avec aisance, je l&#8217;entendis distinctement crier « Extraction ! », je bousculai un serveur qui laissa tomber son plateau, les yeux des clients rivés sur moi, se demandant ce qui arrivait, « Dégagez ! Arrêtez-la ! Arrêtez-la ! », vite, vite, précipitation, putain de chaise au milieu, « Bouge de là, toi ! », je gagnais du terrain, un autre serveur, un coin de table dans la hanche, douleur vivace, la voilà qui s&#8217;engouffrait par la porte d&#8217;entrée.</p>
<p>Je me précipitai au dehors à sa suite, la porte encore ouverte, plissai les yeux habitués à l&#8217;ambiance sombre qui retrouvaient la lumière aveuglante du jour, un regard à gauche, un regard à droite, c&#8217;était elle, elle courrait encore !</p>
<p>Je m&#8217;engageai à sa poursuite, poussant les passants le long de la rue heureusement peu fréquentée. La femme avait beau être véloce, j&#8217;étais tout de même plus rapide qu&#8217;elle et la rattrapai enfin au coin d&#8217;une ruelle. « Arrête toi, connasse ! », lançai-je, à gorge déployée. Quand sortie de nulle part, une voiture gris argent – une Mégane me sembla-t-il – freina brusquement devant elle alors que la porte arrière s&#8217;ouvrit pour l&#8217;accueillir : elle avait des complices !</p>
<p>Je bondis en avant, fondant sur elle, les bras tendues et les mains ouvertes s&#8217;apprêtant à se refermer sur sa robe, sur son corps, sur sa chair, comme un oiseau de proie, alors qu&#8217;elle tentait de plonger sur les sièges arrière de la voiture, hurlant un « Démarre ! » au chauffeur que je ne voyais pas. Ma main droite se referma sur mon sac à dos que j&#8217;eus la chance de saisir. La voiture démarra en trombes, j&#8217;agrippai mon sac qu&#8217;elle tenait encore et basculai en arrière lorsqu&#8217;elle finit par lâcher prise. Le temps de relever la tête, le véhicule filait déjà au loin dans un crissement de pneus tout hollywoodien, me laissant assis sur le bitume, mon sac à dos sur les genoux, sous le regard éberlué des passants parisiens habituellement blasés par les mésaventures du quidam.</p>
<p>Je me relevai difficilement, me touchai le menton – pas de sang malgré la douleur vive – regardai au bout de la rue la voiture disparaître et tentai de reprendre mes esprits.</p>
<p>J&#8217;ouvrai le sac à dos, inquiet : ouf ! Le carnet d&#8217;Edmond et la lampe à huile étaient toujours là. J&#8217;inspectai la lampe pour vérifier qu&#8217;elle ne fut pas brisée, malgré le bout d&#8217;étoffe dans lequel je l&#8217;avais protégée. Elle semblait bel et bien intacte.</p>
<p>Je restai quelques minutes ainsi, debout, sur le trottoir, complètement sonné par cet intermède. Mais qui diable étaient cette femme et ses complices ?! Et comment avait-elle pu être au courant de ma possession du carnet ? Savait-elle seulement que je possédais la lampe ?</p>
<p>Je décidai de rentrer au salon de thé récupérer ma veste, espérant en apprendre davantage sur cette vieille femme auprès des serveurs du lieu&#8230; et ne pas avoir à payer pour les dégâts occasionnés par cette course poursuite aussi brève qu&#8217;intense.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>Lector in fabula</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Jul 2008 22:51:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Instants choisis]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Instants choisis" /><br/>Ecrire, c&#8217;est prendre le risque d&#8217;une confrontation.
Dans un sens, c&#8217;est une confrontation à soi. On cherche à isoler en soi les contours de sa pensée, à définir les circonvolutions de son esprit, à extraire la quintessence de son oeuvre intérieur. Puis, c&#8217;est l&#8217;histoire de se précipiter soi-même, de se distiller et de se fondre dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Instants choisis" /><br/><p>Ecrire, c&#8217;est prendre le risque d&#8217;une confrontation.</p>
<p>Dans un sens, c&#8217;est une confrontation à soi. On cherche à isoler en soi les contours de sa pensée, à définir les circonvolutions de son esprit, à extraire la quintessence de son oeuvre intérieur. Puis, c&#8217;est l&#8217;histoire de se précipiter soi-même, de se distiller et de se fondre dans l&#8217;athanor pour modeler ce qui sera sa pierre philosophale.</p>
<p>Dans un autre sens, c&#8217;est une confrontation à l&#8217;autre. A son regard et à son appréhension, à sa capacité à comprendre et intégrer l&#8217;image élaborée qu&#8217;on lui mettra devant les yeux, dans le fol espoir - avorté dès l&#8217;origine - de le voir ingérer l&#8217;intégralité de ce que l&#8217;on aura mis en forme. Une mise en forme qui se retrouvera ensuite prise dans le tourbillon de son esprit, analysant, synthétisant, isolant pour lui-même ce que son esprit aura saisi de ce qu&#8217;on lui aura proposé.</p>
<p>Ecrire est donc une infinité de reflets de deux miroirs, placés l&#8217;un au devant de l&#8217;autre, l&#8217;un affrontant l&#8217;autre, mais légèrement décalés l&#8217;un de l&#8217;autre, comme si, tour à tour, l&#8217;un se mettait en avant pendant que l&#8217;autre se mettait en retrait, le premier reflétant le second, reflétant le premier reflétant le second, reflétant le premier reflétant le second reflétant le premier reflétant le second.</p>
<p>Parce qu&#8217;écrire, c&#8217;est d&#8217;abord se mettre hors de soi (ou en-soi) pour façonner sa pensée et en fixer une image.</p>
<p>Puis, c&#8217;est la mettre en forme sous l&#8217;aspect d&#8217;un texte, d&#8217;un écrit à proprement parler, d&#8217;une succession de mots et de phrases qui seront forcément en décalage avec la fulgurance de sa pensée : <em>l&#8217;image de l&#8217;image</em>.</p>
<p>On confronte ensuite cette image écrite au regard du lecteur qui lira et comprendra, ressentira, touchera, goûtera cet écrit en fonction de ses capacités cognitives, de ses goûts et de son expérience. &#8220;L&#8217;image de <em>l&#8217;image de l&#8217;image&#8221;</em>.</p>
<p>Enfin, cette &#8220;image de <em>l&#8217;image de l&#8217;image&#8221;</em>, nous ayant totalement échappée, la voici qui interpelle le lecteur, qui la fait sienne et la médite, qui en fait un noeud de réflexion, de réaction de sensibilité, d&#8217;interprétation. C&#8217;est l&#8217;image de &#8220;l&#8217;image de <em>l&#8217;image de l&#8217;image</em>&#8220;.</p>
<p>Ecrire, c&#8217;est donc se déposséder de sa pensée pour l&#8217;offrir à l&#8217;autre - aux autres, même - tout en en réclamant la paternité. Alors, tel une grande fille autonome, il lui reviendra de faire son propre chemin dans le monde, sous le regard critique de ceux qui s&#8217;en saisiront pour la faire vivre, sous les yeux désemparés du géniteur qui s&#8217;en ressentira toujours responsable.</p>
<p>Du père aux pairs, l&#8217;écriture est une mise en abîme.</p>
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		<title>06/x - Le Rayon Jaune</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jun 2008 01:03:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Le Rayon Jaune]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/>
J’avais tout juste eu le temps de jeter mes affaires chez moi et de m’engouffrer dans la bouche de métro la plus proche, tout en conservant le carnet d&#8217;Edmond et la lampe à huile dans mon sac à dos. Un rapide coup d’œil sur mon plan de la capitale – objet indispensable pour tout parisien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/rayonjaune.jpg" alt="Le Rayon Jaune" align="left" /></p>
<p>J’avais tout juste eu le temps de jeter mes affaires chez moi et de m’engouffrer dans la bouche de métro la plus proche, tout en conservant le carnet d&#8217;Edmond et la lampe à huile dans mon sac à dos. Un rapide coup d’œil sur mon plan de la capitale – objet indispensable pour tout parisien d’adoption – et j&#8217;avais su immédiatement comment me rendre au salon de thé désigné. Quelques dizaines de minutes plus tard, je me retrouvai planté sur le trottoir, face à la devanture.</p>
<p>Il s’agissait d’un petit salon de thé huppé du 7ème arrondissement, dans une ruelle parallèle au Boulevard Saint-Germain, dont l’entrée, discrète et qui échappait presque à l’attention, était bien vite rattrapée par une enseigne puant l’opulence aux caractères dorés : « La Pangée ». Un nom étrange pour un salon de thé en plein dans le quartier des bourgeois de la capitale. On ne voyait rien par la fenêtre adjacente de la porte, et je me fis la réflexion que, spontanément, je n&#8217;aurais jamais mis les pieds dans l&#8217;endroit s&#8217;il m&#8217;avait pris l&#8217;idée de me balader dans le coin.</p>
<p>Une fois à l’intérieur, l&#8217;inhabituel des lieux arrachait le regard : je me retrouvai dans une petite salle qui ne comportait aucune fenêtre donnant sur la rue. Quoique ce serait mentir : celle que j&#8217;avais aperçue au dehors était en fait recouverte par un panneau d&#8217;un bois approximatif, sans doute pour laisser les ombres jouer avec les éclairages intérieurs, nombreux et colorés. Ils se répondaient avec disharmonie : les angles des plafonds étaient éclairés par des spots rouges en lumière indirecte qui tranchaient clairement avec l’éclairage ambiant de la pièce, touchant lui au jaunâtre artificiel.</p>
<p>Après avoir fait quelques pas, je me rendis compte que le salon comportait non pas une mais quatre petites salles qui se succédaient les unes aux autres, de tailles variables et aux formes incertaines (j&#8217;eus été incapable de dire s&#8217;il s&#8217;agissait de rectangles, de triangles ou de quoique ce soit d&#8217;autres, sortes de polygones déstructurés greffés par endroits à des petits arcs de cercle). Les quatre salles étaient enfilées les unes à la suite des autres par des petits couloirs exigus et sinueux aux plafonds bas qui m’obligeaient à me courber pour pouvoir passer, moi et mes 1m90. Bref, le rêve psychédélique d’un architecte sous acides.</p>
<p>La seconde petite salle où je débouchai comportait elle aussi les spots rouges mais l&#8217;ambiance lumineuse y était cette fois bleutée. Tout un assemblage hétéroclite de mauvais-goût – comble de l’avant-garde peut-être ? – tranchait avec les jeux de lumière de ces recoins obscures : en pénétrant dans cette succession de petites salles biscornues, je finis ainsi par comprendre le nom de la boutique ; un ensemble disparate de tableaux, cornes d’éléphants, fusils, peaux de bêtes, masques africains et autres vestiges du second-empire, ornaient les murs dans un style tout à fait colonial.</p>
<p>Dans ce drôle de lieu propre à créer des vocations de décorateurs d&#8217;intérieur, des mignons s’agitaient dans tous les sens, apportant des desserts sans nul doute hors de prix, charlottes à la rose et autres tartes au jasmin, laissant derrière leurs allées et venues les effluves sucrées et fleuries de leurs délices servis dans des gestes précieux. Des tables de toutes sortes, petites et grandes, rondes, rectangulaires ou carrées, rappelant quelques fois la simple brasserie et d’autres le restaurant chic avec banquettes en cuir détourées de bordures en ronces de noyer, occupaient les coins des différentes pièces, ici et là, avec une anarchie sans doute toute ordonnée.</p>
<p>Quant aux clients, il me semblait qu’ils se faisaient presque rares, quoique l’assemblage de l’endroit ne permettait guère d’avoir une vision d’ensemble. J’avais pour ma part rendez-vous au « petit salon » : c’était la dernière salle au fond, de ce que Mathilde m’en avait dit.</p>
<p>Une fois passé devant le comptoir où des clients attendaient pour régler leur addition, je m’engouffrai dans la salle suivante - la troisième donc - ricochant d’une sur l’autre au travers des maigres boyaux qu’on aurait pensé creusés à même la roche (ce qui manifestement n&#8217;était pas possible puisqu&#8217;il s&#8217;agissait de béton) ; je me retrouvai enfin devant le fameux salon. L’ambiance y était bleutée, les tables y étaient petites et rondes, l’endroit était désert : bref, ce « petit salon » plutôt que d’un salon de thé ressemblait d’avantage aux recoins glauques d’un piano-bar – la fumée en moins – ou à une backroom d’une boîte gay du Marais – le silence en plus. A peine engagé et une espèce d’arche miniature franchie (discrètement ornée d’un panneau indiquant « Petit salon », elle surplombait l’entrée de la petite pièce), un serveur – au ton obséquieux et décidé – se jeta sur moi :</p>
<p>- Vos affaires, monsieur.<br />
<em>Il m&#8217;avait pris par surprise. J’avais eu du mal à réaliser.</em><br />
- Mes… affaires ?<br />
- Votre veste, monsieur, répondit-il avec un grand sourire. Et votre sac. Que je puisse les déposer au vestiaire.<br />
- Oh !<br />
Je ne me sentais pas très à l’aise. C’est que j’étais fils de prolétaires, moi, et j’étais souvent troublé par les us et coutumes du beau monde sur lequel je jetais un regard critique tout en me pliant pourtant à ses règles lorsque, décontenancé, j&#8217;y étais confronté. Machinalement, je retirai mon manteau et lui tendis. Puis, alors que je m’apprêtais à lui donner aussi mon sac, je le conservai :<br />
- Je crois que je vais garder mon sac. <em>Un temps.</em> Heu, je vous remercie.<br />
- C’est pour faciliter le passage des serveurs, monsieur, et afin de ne pas vous encombrer, précisa-t-il, toujours avec un grand sourire.<br />
Je ne pus m’empêcher de penser à la lampe à huile et au journal d’Edmond que j’avais conservés dans mon sac. Je jetai un œil au petit salon autour de moi et constatai qu’il était bel et bien désert, à l’exception d’une table occupée par une vieille dame qui regardait dans ma direction. Mathilde ! Je reposai mon regard sur le serveur :<br />
- Il n’y a pas foule, ça n’encombrera rien du tout. Je vais garder mon sac avec moi, merci, répondis-je, avec un peu plus d&#8217;assurance, affichant moi-même un grand sourire.<br />
- Vous en êtes sûr, monsieur ? Vous serez plus à votre aise, vous le reprendrez en partant, et…<br />
Je le coupai un peu agacé :<br />
- Merci, je vais le garder !<br />
- Hum, très bien, monsieur, finit-il par répondre, visiblement déçu.<br />
Ce serveur était bien insistant ! Ou comment le « petit personnel » dans les manières de ce monde « d&#8217;au-dessus » reproduisait dans ses pratiques toute la domination sociale des règles de convenance.</p>
<p>Je me dirigeai auprès de la vieille dame attablée. Une permanente tirant sur le blond, cheveux mi-longs et impeccables, des boucles d’oreille en formes de petites boules dorées suspendues à quelques maillons, et une paire de lunettes rondes sur le nez. Un peu de maquillage pour s’entretenir, pas trop me semblait-il de ce que j&#8217;en percevais dans l&#8217;éclairage bleuté incertain, et un sourire esquissé sur un visage dur et renfrogné. Peut-être ma grand-mère version chic et huppée.<br />
- Mathilde ? demandai-je. Elle me répondit en souriant :<br />
- Arnaud. Je vous en prie, installez-vous, fit-elle en m&#8217;invitant à m&#8217;asseoir de la main.<br />
- Enchanté de faire votre connaissance. Et merci de m&#8217;avoir rappelé aussi vite après mon coup de fil !, lançai-je, en m&#8217;asseyant en face d&#8217;elle.<br />
- Oh, vous savez, je ne suis pas très occupée, je suis à la retraite. J&#8217;ai été intriguée par votre coup de fil qui mentionnait des recherches généalogiques.<br />
- Ah&#8230; Heu, oui, en effet, je me penche sur mon passé familial, j&#8217;essaye de connaître un peu mieux mes racines&#8230;<br />
- Je vois, je vois, répondit-elle, toujours aussi souriante. Alors mais dîtes-moi, qu&#8217;est-ce que vous faîtes dans la vie ?<br />
- Eh bien, je suis étudiant. En sciences-économiques, à Paris donc.<br />
- Comme c&#8217;est intéressant ! Et pour déboucher sur quoi ?<br />
- Je ne sais pas encore, à vrai dire. La recherche, peut-être, je veux dire, enseignant-chercheur à l&#8217;université.<br />
- Je vois&#8230;<br />
Le serveur nous interrompit, nous commandâmes tous deux un thé à la mûre, « la spécialité des lieux » précisa Mathilde.<br />
- Alors, ces recherches généalogiques, dîtes m&#8217;en plus, mon jeune ami&#8230;<br />
- Oh, eh bien, en fait, le but est d&#8217;essayer de connaître un peu mieux mes ancêtres, savoir ce qu&#8217;ils faisaient dans la vie, leurs aspirations, etc. Ce n&#8217;est pas qu&#8217;une bête recherche administrative, j&#8217;ai envie de dire, précisai-je, en souriant à mon tour.<br />
- Je comprends. Et c&#8217;est très louable de votre part.<br />
- Déjà, Mathilde, je ne vous connais pas vraiment (<em>doux euphémisme, avais-je envie d&#8217;ajouter mais je me retins pour ne pas la froisser</em>). Ma grand-mère, votre cousine Odile, n&#8217;a jamais été très bavarde !, précisai-je, en feintant un éclat de rire.<br />
- Oui, nous n&#8217;avons pas beaucoup de contacts, répondit-elle, d&#8217;un air entendu.<br />
- C&#8217;est ce que j&#8217;ai cru comprendre. Du coup, dîtes m&#8217;en plus à votre sujet : qu&#8217;est-ce que vous faîtes dans la vie ?<br />
- Voyons&#8230; Que vous dire&#8230; Je m&#8217;appelle Mathilde Soliard, mais cela vous le savez déjà, j&#8217;ai 77 ans cette année, je suis à la retraite, et je tenais un petit magasin d&#8217;antiquités autrefois que j&#8217;avais hérité de mes parents.<br />
- Ah, vos parents étaient antiquaires ?<br />
- Oui. Enfin, mon père – Guillaume – l&#8217;était.<br />
- Je vois. Et Guillaume – enfin  votre père – est donc décédé ?<br />
- Oui, il y a plus de 20 ans, maintenant, à 90 ans.<br />
- Il a vécu vieux. Et donc il était antiquaire ?<br />
- En effet. Il tenait un magasin dont j&#8217;ai hérité très tôt. En fait, pour tout vous dire&#8230;<br />
Mathilde fit une pause, poussa un soupir et poursuivit :<br />
- Pour tout vous dire, mon père a été interné dans un hôpital psychiatrique peu de temps après que le père d&#8217;Odile ait décidé de faire sa vie. Odile a dû vous en parler ?<br />
Guillaume interné dans un hôpital psychiatrique ? Première nouvelle.<br />
- Heu&#8230; Non, ma grand-mère ne m&#8217;en a jamais parlé ?<br />
- Vraiment ? Eh bien, la disparition de son frère Edmond a été un choc pour lui. Ils étaient très proches, de ce que ma mère me disait. Et il n&#8217;a pas supporté ce départ. Car personne ne sait ce qu&#8217;il est devenu, il a coupé les ponts avec toute la famille.<br />
- Je vois&#8230; Je savais qu&#8217;Edmond avait abandonné sa femme et sa fille mais pour le reste&#8230;<br />
- Du coup, j&#8217;ai été élevé par ma mère, qui tenait aux origines la comptabilité de la boutique pour mon père. Mais elle n&#8217;a jamais vraiment apprécié le métier des antiquités. Et finalement, lorsque j&#8217;ai eu 21 ans, j&#8217;ai pris en main la boutique.<br />
- Je vois&#8230; Et votre mère ?<br />
- Elle est décédée également, elle a été emportée par une mauvaise grippe, en 1970. Elle avait&#8230; voyons&#8230; 61 ans. Oui, c&#8217;est cela, 61 ans.<br />
- D&#8217;accord, je vois.<br />
Tout cela me mettait un peu mal à l&#8217;aise. Je me devais d&#8217;embrayer.<br />
- Pour en revenir au magasin d&#8217;antiquités. De quoi s&#8217;agissait-il exactement ?<br />
- C&#8217;était une boutique spécialisées dans les antiquités orientales, objets d&#8217;art et artisanat indiens essentiellement. J&#8217;avais suivi la ligne de mon père qui avait ses clients et ses fournisseurs. En fait, plus que d&#8217;antiquités, on aurait pu dire qu&#8217;il s&#8217;agissait même d&#8217;une entreprise d&#8217;import-export.<br />
- D&#8217;artisanat indien ? C&#8217;est intéressant&#8230; Comment votre père s&#8217;était retrouvé à se spécialiser dans ce domaine ?<br />
- Mon père avait toujours eu une sensibilité pour l&#8217;Orient et il était passionné par les Indes. Enfin, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il s&#8217;enferme dans sa douleur, en tout cas&#8230;<br />
- Je vois.<br />
C&#8217;était difficile pour moi d&#8217;essayer de poser des questions sur Guillaume alors que le pauvre homme s&#8217;était retrouvé interné en hôpital psychiatrique. J&#8217;avais peur de mettre Mathilde mal à l&#8217;aise. Pourtant, j&#8217;étais là pour ça. Et Mathilde semblait tout à fait prête à répondre à mes multiples questions. J&#8217;essayai d&#8217;en apprendre plus et d&#8217;arriver au coeur du sujet<br />
- Dîtes-moi, Mathilde&#8230; Votre père&#8230; Est-ce qu&#8217;il avait des&#8230; croyances particulières ? (<em>j&#8217;hésitai et tentai de noyer le poisson</em>) Je veux dire, quel était son rapport à la religion, par exemple ?<br />
- Il croyait en Dieu, il me semble. Il était catholique, assez peu pratiquant mais croyant, oui. Pourquoi cette question ?<br />
- Heu, en fait, je suis curieux, j&#8217;essaye de comprendre qui il était, d&#8217;en apprendre d&#8217;avantage sur lui.<br />
- Ah, je comprends&#8230;<br />
Mathilde semblait intriguée. Je devais pourtant en avoir le coeur net. Je précisai ma pensée :<br />
- Une question qui va sans doute vous semble bizarre mais&#8230; est-ce qu&#8217;il était intéressé par des choses touchant à l&#8217;ésotérisme ? Enfin, ce genre de choses ?<br />
Mathilde écarquilla grands les yeux avant d&#8217;éclater de rire :<br />
- Eh bien ! En voilà une question ! Non, pas que je sache. Vous m&#8217;intriguez, Arnaud, pourquoi ces questions ? Qu&#8217;est-ce qui vous fait croire ça ?<br />
- Oh, eh bien, c&#8217;est que je suis très curieux, je vous l&#8217;ai dit&#8230;<br />
Vu sa réaction, Mathilde ne semblait pas au courant – je décidai pour l&#8217;instant de ne pas rentrer dans les détails.<br />
- En fait, on m&#8217;a dit que mon arrière-grand-père, Edmond&#8230; (<em>Devais-je lui parler du carnet ? Je décidai de lancer la piste de la société secrète sans avoir l&#8217;air d&#8217;y toucher.</em>) Enfin, comment vous dire&#8230; J&#8217;ai trouvé des livres sur&#8230; la franc-maçonnerie dans la bibliothèque d&#8217;Edmond, donc je me suis demandé s&#8217;il ne l&#8217;avait pas été&#8230; Et peut-être que son frère aussi, étant donné qu&#8217;ils étaient très proches, comme vous l&#8217;avez dit&#8230;<br />
- La franc-maçonnerie ? Non, pas que je sache. Mais cela m&#8217;étonnerait qu&#8217;il en ait fait partie.<br />
- Je vois. Hum&#8230; Et est-ce qu&#8217;il avait des affaires, des documents personnels que vous auriez conservé ?<br />
- Qu&#8217;est-ce que vous entendez par documents personnels ?<br />
- Eh bien, je ne sais pas, des écrits personnels, par exemple, vu qu&#8217;il semblait lettré&#8230;<br />
- Il l&#8217;était, en effet, mais pourtant&#8230; <em>Elle marqua une pause.</em> J&#8217;ai l&#8217;impression que vous ne dîtes pas tout ?<br />
- En fait, je me demandais si&#8230; (<em>Peut-être fallait-il être plus précis ?</em>)  Si Guillaume aurait tenu par exemple, mettons&#8230; un journal intime.<br />
- Un journal intime ? (<em>Elle avait l&#8217;air surprise</em>) Eh bien, c&#8217;est étonnant ! Pourquoi un journal intime? Qu&#8217;est-ce qui vous a mis cette idée en tête ?<br />
- Eh bien&#8230; Hum&#8230; Je ne sais pas, une idée comme ça&#8230;<br />
- Etrange idée. A moins que&#8230; (<em>Elle marqua de nouveau une pause et sembla me juger du regard.</em>)&#8230; A moins que n&#8217;ayez trouvé un journal intime écrit par Edmond, peut-être ? Cela ne serait pas ça ?<br />
Un frisson me parcourut l&#8217;échine, je ne pus réprimer un regard étonné ; l&#8217;air de rien, Mathilde semblait vraiment une femme perspicace ! En avais-je trop dit, pour lui mettre ainsi la puce à l&#8217;oreille ?<br />
- Heu ! (<em>Pris de cours, je finis par répondre par l&#8217;affirmative</em>) Hum, oui, vous avez vu juste&#8230; C&#8217;est bien cela&#8230; Et je me demandais si son frère, votre père, n&#8217;aurait pas fait la même chose.<br />
- Je n&#8217;ai pas le souvenir d&#8217;une telle chose du vivant de mon père, en tout cas&#8230; Et je n&#8217;ai rien dans les quelques rares affaires qu&#8217;il me reste de lui qui y ressemble de près ou de loin. Mais parlez-moi de ce journal d&#8217;Edmond&#8230;<br />
- Eh bien&#8230; Oh, c&#8217;est un journal intime, rien de particulier en fait&#8230;<br />
- Et de quoi parle-t-il dans ce journal ?<br />
- Eh bien, disons que&#8230; heu&#8230; Ce sont plus des réflexions sur la vie&#8230; Des pensées qu&#8217;il avait. Mais rien de concret.<br />
- Oh ! C&#8217;est drôlement intéressant, ça&#8230; Et il parle de la franc-maçonnerie dedans ?<br />
- Heu, non, non, rien de tout cela (<em>Je réalisai que la discussion m&#8217;échappait - c &#8216;était elle qui posait les questions, désormais.</em>).<br />
- Et il me serait possible de le voir ?<br />
- Heu&#8230; Oui, bien sûr, à l&#8217;occasion, pourquoi pas ? (<em>Je me demandai, affolé, comment j&#8217;allais m&#8217;en sortir.</em>)<br />
- Ah vous ne l&#8217;avez pas sur vous ?<br />
- (<em>Je devais absolument trouver un échappatoire !</em>) Heu, non, je l&#8217;ai laissé dans ma valise dans mon appartement, répondis-je, tout en songeant au carnet qui sommeillait dans mon sac à dos.<br />
- Oh, quel dommage&#8230; J&#8217;aimerais beaucoup y jeter un oeil. (<em>Elle marqua un silence</em>)&#8230; Oui, je ne connaissais pas Edmond et je me dis que, peut-être, ceci pourrait me permettre de comprendre ce qui a entraîné la déchéance de mon père, vous comprenez ?<br />
- Ah, heu, eh bien, à l&#8217;occasion, d&#8217;accord&#8230; (<em>J&#8217;étais sauvé pour le moment mais il fallait que je réfléchisse à la façon d&#8217;enrober le bonbon pour éviter qu&#8217;elle ne consultât ce journal à l&#8217;avenir</em>)<br />
- Bon, eh bien, et sinon&#8230; Comment va votre grand-mère ? Cela fait tellement longtemps que je n&#8217;ai pas eu de ses nouvelles&#8230;<br />
- Oh, eh bien, elle va bien&#8230; Enfin, elle a quelques soucis d&#8217;arthrite en ce moment qui la font souffrir et&#8230;</p>
<p>Soudain, mon téléphone sonna ; l&#8217;occasion était trop belle pour couper court à la conversation : Mathilde aurait peut-être pu m&#8217;en apprendre davantage mais j&#8217;avais commis l&#8217;erreur de lui parler du carnet.<br />
- Oh pardon, excusez-moi, on m&#8217;appelle, lançai-je, soulagé. (<em>Je décrochai mon téléphone, sans même regarder le numéro de téléphone affiché</em>) :</p>
<p>« - Arnaud ? Arnaud Seldon ? cracha l&#8217;écouteur.<br />
- Oui, c&#8217;est moi ? répondis-je.</p>
<p>En l&#8217;espace d&#8217;un instant, mon visage se crispa. Je pris une grande inspiration avant d&#8217;avoir le souffle coupé, mille questions surgirent dans mon esprit, toutes tournant autour d&#8217;une seule et même interrogation. Incrédule, figé, foudroyé sur place, je plongeai mon regard dans les yeux de la femme qui était assise en face de moi. Cette femme avec qui je venais de tenir une conversation depuis plus d&#8217;une dizaine de minutes. Mon interlocuteur au téléphone était une interlocutrice :</p>
<p>- Bonjour Arnaud. C&#8217;est Mathilde au bout de fil. Je viens d&#8217;écouter votre message sur mon répondeur, à propos de vos recherches généalogiques. Et donc, je vous rappelle. »</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>Histoire d&#8217;une balle - Jimmy Sabater</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Mar 2008 14:31:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/>Suite des lectures de nouvelles de Jimmy Sabater. On embraye avec Histoire d&#8217;une balle, à la chute détonnante :

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			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/><p>Suite des lectures de nouvelles de <a href="http://www.lamoindreplume.net/nouvelles-jimmy-sabater/">Jimmy Sabater</a>. On embraye avec <strong>Histoire d&#8217;une balle</strong>, à la chute détonnante :</p>
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		<title>Ephémères - Jimmy Sabater</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Mar 2008 14:30:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<title>L&#8217;esprit de Noël - Jimmy Sabater</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Mar 2008 14:29:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/>Suite des lectures de nouvelles de Jimmy Sabater. On continue avec la jubilatoire L&#8217;esprit de Noël :

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			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/><p>Suite des lectures de nouvelles de <a href="http://www.lamoindreplume.net/nouvelles-jimmy-sabater/">Jimmy Sabater</a>. On continue avec la jubilatoire <strong>L&#8217;esprit de Noël</strong> :</p>
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		<itunes:summary>Suite des lectures de nouvelles de Jimmy Sabater. On continue avec la jubilatoire L'esprit de Noeuml;l :


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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>Nouvelles - Jimmy Sabater</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Mar 2008 14:28:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Nouvelles (J.Sabater)]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/>
Voici quelques nouvelles de la plume volubile et exquise, souvent drôle et parfois grinçante, de Jimmy Sabater. Celui-ci nous a contacté en nous proposant d&#8217;essayer des enregistrements de lecture de quelques uns de ses essais de plume et nous avons accepté avec plaisir. Les textes ne sont pas reproduits ici.
On commence par Alice dans le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/jimmysabater.png" alt="Jimmy Sabater" align="left" /><br />
Voici quelques nouvelles de la plume volubile et exquise, souvent drôle et parfois grinçante, de <a title="Jimmy Sabater" href="http://www.jimmysabater.com/">Jimmy Sabater</a>. Celui-ci nous a contacté en nous proposant d&#8217;essayer des enregistrements de lecture de quelques uns de ses essais de plume et nous avons accepté avec plaisir. Les textes ne sont pas reproduits ici.</p>
<p>On commence par <strong>Alice dans le miroir</strong> :<br />
<br />
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<p>Pour d&#8217;autres nouvelles lues, c&#8217;est <a title="L'esprit de Noël - Jimmy Sabater" href="http://www.lamoindreplume.net/lesprit-de-noel-jimmy-sabater/">par ici</a>, <a title="Histoire d'une balle - Jimmy Sabater" href="http://www.lamoindreplume.net/histoire-dune-balle-jimmy-sabater/">par là</a> ou encore <a title="Ephémères - Jimmy Sabater" href="http://www.lamoindreplume.net/ephemeres-jimmy-sabater/">par là</a>.</p>
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		<title>2/x - Lui</title>
		<link>http://www.lamoindreplume.net/lui-partie-2/</link>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 18:10:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Lui]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/> 
Il était tard à l’heure où je rentrais chez moi. Mes parents s’étaient absentés pendant quelques jours – du moins, je l’imaginais car, de toute façon, je l’ignorais. Ca ne m’intéressait pas. Ce qui m’intéressait, c’était Lui. Ce garçon qui partageait ma vie depuis peu. Ce garçon qui à chaque instant m’apportait une lumière [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" /> </p>
<p>Il était tard à l’heure où je rentrais chez moi. Mes parents s’étaient absentés pendant quelques jours – du moins, je l’imaginais car, de toute façon, je l’ignorais. Ca ne m’intéressait pas. Ce qui m’intéressait, c’était Lui. Ce garçon qui partageait ma vie depuis peu. Ce garçon qui à chaque instant m’apportait une lumière dans cette vie bien sombre que je menais depuis des années.</p>
<p>Il habitait à deux pâtés de maisons de mon appartement.</p>
<p>C’est amusant, quand j’y pense&#8230; Dans l’existence, il se présente à nous des coïncidences que nous nous empressons d’interpréter comme des signes. Surtout quand cela nous arrange, surtout comme ça nous arrange.</p>
<p>Pour lui et moi, cela tenait à peu de choses. Il y en avait deux, en fait. Le premier signe, c’est qu’il habitait à 50 m de chez moi depuis des années. Je savais précisément où il habitait mais je n’avais jamais eu le droit d’y aller – sa mère, <em>homophobe et mauvaise</em>, m’avait-il dit. D’ailleurs, il venait toujours chez moi, et chez mes « parents adorables », me disait-il. En tout cas, je trouvais au moins amusant que nous ayons pu nous croiser tous les jours dans la rue pendant des années sans jamais nous « rencontrer ». Le second signe, c’était nos numéros de téléphone. Nous avions les mêmes numéros mais dans le désordre. C’est dire : nous étions faits pour finir ensemble.</p>
<p>Le problème, avec les signes, c’est que lorsqu’on les remarque, on ne sait pas toujours les interpréter correctement. On a bien trop tendance à les interpréter comme ça nous arrange, alors que si on y prêtait plus attention, ces étranges coïncidences pourraient tout aussi bien être des avertissements. Bref…</p>
<p>Ce soir là, j&#8217;étais donc rentré chez moi vers 23h00. J’avais eu cours très tard à la fac et j’étais allé dîner avec un ami étudiant. Je n’avais pas vu mon petit-ami de la journée, alors qu’il étudiait en fac avec moi. Cela m’avait intrigué et j’avais essayé de le joindre sur son portable - en vain. Alors, ce soir là, rentrant chez moi, j’avais décidé de prendre mon courage à deux mains et de lui rendre directement visite. Au pire, s’il n’était pas là et que je tombais sur sa mère, je m’étais dit que je me présenterais comme un collègue de fac venant apporter les cours à son ami.</p>
<p>Je m’étais retrouvé devant la porte de son immeuble, un vieil immeuble à même la rue, avec une petite mais vieille et lourde porte en bois, et des vieux murs de pierre qui sentent la vieille humidité froide. Et un interphone encastré dans le pan de mur. Neuf, l’interphone, pour le coup. J’avais sonné. Il m’avait répondu et il était descendu. Il était habillé chaudement avec un anorak : il semblait avoir prévu de sortir.</p>
<p>Il s’en était suivi une scène surréaliste. Il m&#8217;avait demandé sèchement pourquoi j’étais venu le voir alors qu’il me l’avait interdit. Puis, il avait commencé à s’énerver, s&#8217;était mis à hurler devant le pas de la porte de l’immeuble, m&#8217;avait dit que j’avais tout gâché, qu’après m’avoir vu il ne pouvait sortir, que ça ne marcherait pas, qu’il ne pourrait pas le faire, que j’étais sa parenthèse de tranquillité, son havre de paix, et que je venais de tout gâcher. Il avait fini par me claquer la porte au nez et était remonté dans son appartement.</p>
<p>Je m’étais retrouvé seul devant le pas de la porte de son immeuble, à moitié hébété, à moitié dégoûté.</p>
<p>Puis j’étais rentré chez moi et j’avais pleuré. Toute la nuit, j&#8217;avais pleuré. Je ne savais pas vraiment ce que j’avais fait mais j’avais tout gâché. J’avais cassé quelque chose, une magie qui existait entre nous, ou que sais-je encore. Et jamais plus je ne le reverrais. C’était fini, connement fini, pour une action inconsidérée dont je ne mesurais aucune conséquence. Mon rayon de soleil, ce garçon qui me gardait en vie depuis un, deux ou trois mois, m’avait échappé. Ce serait la dernière fois que je le verrais. Du moins, ce soir là, j’en étais persuadé&#8230;</p>
<p>Car, le lendemain matin, il s&#8217;était tranquillement présenté chez moi avec un grand sourire et m&#8217;avait proposé d’aller me balader au bord de mer. C’est qu’il faisait beau, ce jour là : c’était bien un jour pour se balader.</p>
<p>Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Mais ça ne l’avait pas fait. Car quand on est amoureux, qu’on pense avoir tout perdu en une nuit, mais qu’on se rend compte qu’on se trompait, on ferme les yeux. On ferme les yeux et on ne cherche pas à comprendre. On savoure l&#8217;objet perdu qu&#8217;on vient de retrouver, sans rien dire, et on se tait. Et c’est ce que j’avais fait.</p>
<p>L’amour rend aveugle, dit-on. Mais j’étais bien loin d’imaginer que c’était à ce point.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:summary>Il eacute;tait tard agrave; lrsquo;heure ougrave; je rentrais chez moi. Mes parents srsquo;eacute;taient absenteacute;s pendant quelques jours ndash; du moins, je lrsquo;imaginais car, de toute faccedil;on, je lrsquo;ignorais. Ca ne mrsquo;inteacute;ressait pas. Ce qui mrsquo;inteacute;ressait, crsquo;eacute;tait Lui. Ce garccedil;on qui partageait ma vie depuis peu. Ce garccedil;on qui agrave; chaque instant mrsquo;apportait une lumiegrave;re dans cette vie bien sombre que je menais depuis des anneacute;es.

Il habitait agrave; deux pacirc;teacute;s de maisons de mon appartement.

Crsquo;est amusant, quand jrsquo;y pense... Dans lrsquo;existence, il se preacute;sente agrave; nous des coiuml;ncidences que nous nous empressons drsquo;interpreacute;ter comme des signes. Surtout quand cela nous arrange, surtout comme ccedil;a nous arrange.

Pour lui et moi, cela tenait agrave; peu de choses. Il y en avait deux, en fait. Le premier signe, crsquo;est qursquo;il habitait agrave; 50 m de chez moi depuis des anneacute;es. Je savais preacute;ciseacute;ment ougrave; il habitait mais je nrsquo;avais jamais eu le droit drsquo;y aller ndash; sa megrave;re, homophobe et mauvaise, mrsquo;avait-il dit. Drsquo;ailleurs, il venait toujours chez moi, et chez mes laquo; parents adorables raquo;, me disait-il. En tout cas, je trouvais au moins amusant que nous ayons pu nous croiser tous les jours dans la rue pendant des anneacute;es sans jamais nous laquo; rencontrer raquo;. Le second signe, crsquo;eacute;tait nos numeacute;ros de teacute;leacute;phone. Nous avions les mecirc;mes numeacute;ros mais dans le deacute;sordre. Crsquo;est dire : nous eacute;tions faits pour finir ensemble.

Le problegrave;me, avec les signes, crsquo;est que lorsqursquo;on les remarque, on ne sait pas toujours les interpreacute;ter correctement. On a bien trop tendance agrave; les interpreacute;ter comme ccedil;a nous arrange, alors que si on y precirc;tait plus attention, ces eacute;tranges coiuml;ncidences pourraient tout aussi bien ecirc;tre des avertissements. Brefhellip;

Ce soir lagrave;, j'eacute;tais donc rentreacute; chez moi vers 23h00. Jrsquo;avais eu cours tregrave;s tard agrave; la fac et jrsquo;eacute;tais alleacute; dicirc;ner avec un ami eacute;tudiant. Je nrsquo;avais pas vu mon petit-ami de la journeacute;e, alors qursquo;il eacute;tudiait en fac avec moi. Cela mrsquo;avait intrigueacute; et jrsquo;avais essayeacute; de le joindre sur son portable - en vain. Alors, ce soir lagrave;, rentrant chez moi, jrsquo;avais deacute;cideacute; de prendre mon courage agrave; deux mains et de lui rendre directement visite. Au pire, srsquo;il nrsquo;eacute;tait pas lagrave; et que je tombais sur sa megrave;re, je mrsquo;eacute;tais dit que je me preacute;senterais comme un collegrave;gue de fac venant apporter les cours agrave; son ami.

Je mrsquo;eacute;tais retrouveacute; devant la porte de son immeuble, un vieil immeuble agrave; mecirc;me la rue, avec une petite mais vieille et lourde porte en bois, et des vieux murs de pierre qui sentent la vieille humiditeacute; froide. Et un interphone encastreacute; dans le pan de mur. Neuf, lrsquo;interphone, pour le coup. Jrsquo;avais sonneacute;. Il mrsquo;avait reacute;pondu et il eacute;tait descendu. Il eacute;tait habilleacute; chaudement avec un anorak : il semblait avoir preacute;vu de sortir.

Il srsquo;en eacute;tait suivi une scegrave;ne surreacute;aliste. Il m'avait demandeacute; segrave;chement pourquoi jrsquo;eacute;tais venu le voir alors qursquo;il me lrsquo;avait interdit. Puis, il avait commenceacute; agrave; srsquo;eacute;nerver, s'eacute;tait mis agrave; hurler devant le pas de la porte de lrsquo;immeuble, m'avait dit que jrsquo;avais tout gacirc;cheacute;, qursquo;apregrave;s mrsquo;avoir vu il ne pouvait sortir, que ccedil;a ne marcherait pas, qursquo;il ne pourrait pas le faire, que jrsquo;eacute;tais sa parenthegrave;se de tranquilliteacute;, son havre de paix, et que je venais de tout...</itunes:summary>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 18:09:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/> 
- Tu es sûr que c’est la solution ? me demanda-t-il.
- Oui, je le crains. finis-je par lui répondre, après un instant d’hésitation.
Il se tût un instant, me regarda de ses grands yeux bleus et finit par tourner les talons. Quelques instants plus tard, il était dehors. Il avait claqué la porte.
Je ne sais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" /> </p>
<p>- <em>Tu es sûr que c’est la solution ?</em> me demanda-t-il.</p>
<p>- <em>Oui, je le crains</em>. finis-je par lui répondre, après un instant d’hésitation.</p>
<p>Il se tût un instant, me regarda de ses grands yeux bleus et finit par tourner les talons. Quelques instants plus tard, il était dehors. Il avait claqué la porte.</p>
<p>Je ne sais pas depuis combien de temps nous sortions ensemble : un mois, deux mois, peut-être trois ? Quand j’étais avec lui, je me sentais vivre. Je ne voyais pas le temps passer. Ce n’est pas anodin si je ne me souviens toujours pas, aujourd’hui, combien de temps nous étions restés ensemble. Ses grands yeux bleus, ses cheveux bruns courts, et son sourire radieux. Je m’en souviens encore aujourd’hui. Il avait un visage qu’on ne pouvait pas oublier. De ceux que, lorsqu’on les regarde, on se dit qu’on a vu une des plus belles choses du monde et que la grâce a fondu sur nous.</p>
<p>Mais il m’avait trompé. J&#8217;aurais dû le savoir dès le début : je n’étais pas assez beau pour lui, et puis trop intelligent. Cela aurait dû me mettre la puce à l&#8217;oreille. Et pourtant&#8230;</p>
<p>Je me souviens que lorsque je commençais à partir en live, il se mettait à sourire en silence et me mettait un doigt sur la bouche. C’était un jouisseur de la vie, pas un découvreur comme moi je l’étais – et le suis encore. Quand nous sortions au-dehors et que nous respirions le soleil et les effluves iodées du bord de mer, je ne pouvais m’empêcher d’entrouvrir mes lèvres et de commenter mes sentiments. Je crois qu’il ne le supportait pas. Parce que lui, c’est en silence que son esprit voyageait. C’est en silence qu’il attrapait les nuages et qu’il se laissait pénétrer des rayons dorés du plus vieil astre de notre monde. Je me demande encore pourquoi il m’avait souri la première fois. Et pourquoi il m’avait embrassé. S’était-il mis avec moi par erreur ? Etait-il resté par pitié ?</p>
<p>Il était mannequin. Ou du moins souhaitait-il le devenir. Grand, musclé, imberbe, un fin trait de pilosité venait s&#8217;enfouir de son nombril jusque dans son entre-cuisses. Je crois que ce qui était le plus effrayant, chez lui, c’était son insolente beauté. Celle de ses grands yeux bleus qui faisait fondre tout pédé qu’on croisait ici ou là. Celle de sa petite fossette au milieu du menton qui changeait de forme quand il souriait. Celle de ses belles dents blanches qu’il découvrait sans retenue lorsqu’il riait à gorge déployée.</p>
<p>Mais un jour, il m’avait trompé. Il ne m’avait rien dit. C’est moi qui l’avais découvert. Comme ça, du jour au lendemain. Tout était là depuis le début, devant mes yeux. Tout tenait dans ses virées nocturnes sur lesquelles je ne posais aucune question, ayant trop peur de ce qu’elles impliquaient. Et un beau jour, le hasard me révéla la vérité. Un beau jour, je découvrai par hasard qu’il était lié à toute cette histoire. Et ce, pour mon plus grand désespoir&#8230;</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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- Oui, je le crains. finis-je par lui reacute;pondre, apregrave;s un instant drsquo;heacute;sitation.

Il se ...</itunes:subtitle>
		<itunes:summary>- Tu es sucirc;r que crsquo;est la solution ? me demanda-t-il.

- Oui, je le crains. finis-je par lui reacute;pondre, apregrave;s un instant drsquo;heacute;sitation.

Il se tucirc;t un instant, me regarda de ses grands yeux bleus et finit par tourner les talons. Quelques instants plus tard, il eacute;tait dehors. Il avait claqueacute; la porte.

Je ne sais pas depuis combien de temps nous sortions ensemble : un mois, deux mois, peut-ecirc;tre trois ? Quand jrsquo;eacute;tais avec lui, je me sentais vivre. Je ne voyais pas le temps passer. Ce nrsquo;est pas anodin si je ne me souviens toujours pas, aujourdrsquo;hui, combien de temps nous eacute;tions resteacute;s ensemble. Ses grands yeux bleus, ses cheveux bruns courts, et son sourire radieux. Je mrsquo;en souviens encore aujourdrsquo;hui. Il avait un visage qursquo;on ne pouvait pas oublier. De ceux que, lorsqursquo;on les regarde, on se dit qursquo;on a vu une des plus belles choses du monde et que la gracirc;ce a fondu sur nous.

Mais il mrsquo;avait trompeacute;. J'aurais ducirc; le savoir degrave;s le deacute;but : je nrsquo;eacute;tais pas assez beau pour lui, et puis trop intelligent. Cela aurait ducirc; me mettre la puce agrave; l'oreille. Et pourtant...

Je me souviens que lorsque je commenccedil;ais agrave; partir en live, il se mettait agrave; sourire en silence et me mettait un doigt sur la bouche. Crsquo;eacute;tait un jouisseur de la vie, pas un deacute;couvreur comme moi je lrsquo;eacute;tais ndash; et le suis encore. Quand nous sortions au-dehors et que nous respirions le soleil et les effluves iodeacute;es du bord de mer, je ne pouvais mrsquo;empecirc;cher drsquo;entrouvrir mes legrave;vres et de commenter mes sentiments. Je crois qursquo;il ne le supportait pas. Parce que lui, crsquo;est en silence que son esprit voyageait. Crsquo;est en silence qursquo;il attrapait les nuages et qursquo;il se laissait peacute;neacute;trer des rayons doreacute;s du plus vieil astre de notre monde. Je me demande encore pourquoi il mrsquo;avait souri la premiegrave;re fois. Et pourquoi il mrsquo;avait embrasseacute;. Srsquo;eacute;tait-il mis avec moi par erreur ? Etait-il resteacute; par pitieacute; ?

Il eacute;tait mannequin. Ou du moins souhaitait-il le devenir. Grand, muscleacute;, imberbe, un fin trait de pilositeacute; venait s'enfouir de son nombril jusque dans son entre-cuisses. Je crois que ce qui eacute;tait le plus effrayant, chez lui, crsquo;eacute;tait son insolente beauteacute;. Celle de ses grands yeux bleus qui faisait fondre tout peacute;deacute; qursquo;on croisait ici ou lagrave;. Celle de sa petite fossette au milieu du menton qui changeait de forme quand il souriait. Celle de ses belles dents blanches qursquo;il deacute;couvrait sans retenue lorsqursquo;il riait agrave; gorge deacute;ployeacute;e.

Mais un jour, il mrsquo;avait trompeacute;. Il ne mrsquo;avait rien dit. Crsquo;est moi qui lrsquo;avais deacute;couvert. Comme ccedil;a, du jour au lendemain. Tout eacute;tait lagrave; depuis le deacute;but, devant mes yeux. Tout tenait dans ses vireacute;es nocturnes sur lesquelles je ne posais aucune question, ayant trop peur de ce qursquo;elles impliquaient. Et un beau jour, le hasard me reacute;veacute;la la veacute;riteacute;. Un beau jour, je deacute;couvrai par hasard qursquo;il eacute;tait lieacute; agrave; toute cette histoire. Et ce, pour mon plus grand deacute;sespoir...

(agrave; suivre)</itunes:summary>
		<itunes:keywords>Lui</itunes:keywords>
		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>3/3 - L&#8217;émissaire</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 16:11:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[L'émissaire]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-emissaire.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'émissaire" /><br/>
La petite salle était aménagée en salon. Ici, des tapis usés mal entretenus s&#8217;étalaient sur le sol ; là, accrochées aux murs, des tapisseries improbables depuis longtemps abimées. De part et d&#8217;autre de la pièce, de étagères en bois sombre présentaient des ouvrages obscures aux couvertures de cuir, dont les titres aux lettres d&#8217;or avaient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-emissaire.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'émissaire" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/echecs.jpg" alt="L'émissaire" align="left" /><br />
La petite salle était aménagée en salon. Ici, des tapis usés mal entretenus s&#8217;étalaient sur le sol ; là, accrochées aux murs, des tapisseries improbables depuis longtemps abimées. De part et d&#8217;autre de la pièce, de étagères en bois sombre présentaient des ouvrages obscures aux couvertures de cuir, dont les titres aux lettres d&#8217;or avaient été effacés par le temps. Quelques flammes crépitaient dans l&#8217;âtre d&#8217;une vieille cheminée, devant laquelle reposaient des fauteuils Louis XV inoccupés. A l&#8217;exception d&#8217;un seul, où était assis le jeune homme.</p>
<p>Cela faisait plus d&#8217;une heure qu&#8217;il attendait ici et il commençait à trouver le temps long. Sur un côté de la pièce, une grande double porte en bois sculptée attendait d&#8217;être ouverte. Durant son attente, il avait largement eu le temps d&#8217;en détailler les gravures qui l&#8217;avaient un rien intrigué : le battant droit était orné d&#8217;un berger qui, muni d&#8217;un long bâton dans une main et d&#8217;une lanterne dans l&#8217;autre, guidait son troupeau de moutons. Les bêtes étaient toutes tournées vers lui alors que, au-dessus du personnage, resplendissait un soleil dont les rayons s&#8217;écartaient jusqu&#8217;aux bords de l&#8217;encadrure. Sur l&#8217;autre battant – le gauche – un personnage aux yeux bandés tendait les mains en avant comme pour se diriger alors qu&#8217;un second, identique au premier mais sans bandeau, semblait le guider à ses côtés. De part et d&#8217;autre de la porte, deux hommes d&#8217;une quarantaine d&#8217;année en costumes sombres gardaient l&#8217;entrée, le regard perdu dans le plancher.</p>
<p>Soudain, trois coups retentirent de l&#8217;autre côté de la porte. Le jeune homme se leva de son fauteuil. Les deux gardiens saisirent chacun une poignée en fer à l&#8217;horizontal de la porte, qu&#8217;ils tirèrent en même temps, laissant entendre un bruyant cliquetis. Puis, les deux battants s&#8217;ouvrirent, laissant percevoir une pièce plongée dans l&#8217;obscurité. Le jeune homme s&#8217;avança, hésitant, se tourna vers l&#8217;un des gardiens en demandant « Je peux entrer ? » mais il n&#8217;obtint en réponse qu&#8217;un hochement de tête sans même que l&#8217;homme ne croisa son regard. Il pénétra donc dans la grande salle d&#8217;un pas mal assuré.</p>
<p>« - Approchez, mon jeune ami ».</p>
<p>La voix résonnait comme dans une église. Le jeune homme s&#8217;avança dans cette vaste et sombre pièce vide recouverte de dalles en pierre. Il s&#8217;étonna de l&#8217;absence de fenêtres en cette grande pièce obscure et songea, mal à l&#8217;aise, au caractère théâtral de l&#8217;endroit : les trois hommes se tenaient devant lui, au bout de la pièce, assis à une large table en marbre blanc mal éclairée, alors que d&#8217;insaisissables faisceaux de lumière partaient du plafond pour éclairer du dessus ses interlocuteurs. Non, pas du plafond : de grosses colonnes sombres qui se dressaient, majestueuses, derrière les trois personnages.</p>
<p>Il reconnut au milieu l&#8217;homme de la quarantaine avec qui il s&#8217;était déjà entretenu à plusieurs reprises – Georges – avec qui il avait convenu de ce rendez-vous. Il ne connaissait pas les deux autres hommes, plus âgés, qui le scrutaient en silence, les mains reposées sur la table. Le jeune homme s&#8217;approcha du groupe et se tint debout d&#8217;un air solennel. Georges prit la parole, en arborant un large sourire :</p>
<p>- Si vous vous trouvez devant nous aujourd&#8217;hui, c&#8217;est parce que nous fondons de grands espoirs en vous. Notre collaboration nous permettra de réaliser de grandes choses et nous avons foi en votre capacité à nous aider à les réaliser.</p>
<p>- Pourquoi moi ? demanda le jeune homme, un peu hésitant.</p>
<p>- Parce que nous avons pu observer votre verve et votre dévouement, mon jeune ami, répondit Alexandre. Vous savez manier le verbe et vous savez le faire avec conviction.</p>
<p>- Et que nous avons besoin de forces vives qui défendent haut et fort les véritables valeurs de la République, ajouta François à la suite.</p>
<p>- Je vois&#8230; répondit le jeune homme, flatté qu&#8217;on reconnaisse les qualités qu&#8217;il se savait avoir.</p>
<p>- Nous vous aiderons dans votre démarche parce que nous croyons que vous pourriez être en mesure de remettre notre pays sur les rails, souligna Georges, qui avait remarqué que la flatterie ne le laissait pas indifférent.</p>
<p>Alexandre s&#8217;éclaircit la gorge et poursuivit :</p>
<p>- La France d&#8217;aujourd&#8217;hui connaît certaines entorses à la famille traditionnelle qui risquent d&#8217;être un danger pour l&#8217;avenir de notre si beau pays. Les femmes sont précipitées dans un tourbillon de malheur social qui les empêche de remplir leurs prérogatives et leur désir de fonder une famille. Et puis je dois avouer, au risque de paraître vieux jeu, que nous ne voyons pas d&#8217;un très bon oeil la prise de parole publique des&#8230; (il marqua une pause)&#8230; des homosexuels.</p>
<p>- Si cela peut vous rassurer, les pédés n&#8217;ont jamais été ma tasse de thé, monsieur, plaisanta le jeune homme, qui se demanda un instant s&#8217;il pouvait se permettre un accès de familiarité. Il fut vite rassuré lorsque Alexandre lui répondit par un sourire :</p>
<p>- Je vois que nous nous comprenons.</p>
<p>François poursuivit :</p>
<p>- En sus de ces difficultés que connaît la famille s&#8217;ajoutent celles d&#8217;une plus grande famille. Je veux parler de notre Nation. Je dois confier notre inquiétude quant à certains brassages et mouvements de population qui risquent de mettre en péril l&#8217;intégrité de notre pays et des valeurs que partagent nos concitoyens. Nous n&#8217;en voyons peut-être pas encore les effets aujourd&#8217;hui mais je crois qu&#8217;il faudra être vigilant de ce côté. (Il s&#8217;interrompit, puis ajouta : ) Même si je ne doute pas que je prêche un converti, puisque vous avez déjà prouvé votre grande capacité à percevoir et défendre ce genre d&#8217;enjeux, jeune homme brillant que vous êtes.</p>
<p>- Il ne saurait en être autrement, monsieur, répondit le jeune homme, qui jubilait intérieurement.</p>
<p>- Quant aux réformes fondamentales que réclame notre si beau pays, continua Georges, il sera indispensable de les mener à bien avec rigueur et sérénité. C&#8217;est cela, le véritable progrès et la défense des véritables libertés. D&#8217;abord pour lutter contre le péril communiste et surtout pour s&#8217;assurer que l&#8217;économie française abreuve le monde de toute sa grandeur. La France est une lumière pour les autres nations du monde, et doit resplendir dans sa toute puissance économique. De nombreuses entreprises comptent sur notre action – et donc sur votre action – pour défendre leurs intérêts. Or, nous pensons qu&#8217;en se reposant sur vos grandes capacités, nous pourrons ensemble élaborer et concrétiser un monde meilleur pour tous.</p>
<p>- Il n&#8217;y a pour moi de tâche plus noble que celle-ci, monsieur, répondit le jeune homme plein d&#8217;emphase. La candeur de la réponse ne manqua pas d&#8217;émouvoir François et Alexandre qui se laissèrent aller à un large sourire.</p>
<p>- Pour ce faire, reprit Georges, comme je vous l&#8217;ai déjà dit, vous disposerez de tous nos moyens matériels et financiers pour mener à bien cette noble entreprise. Nous croyons en vous et en votre capacité à devenir un homme très important dans l&#8217;avenir ; et nous mettrons tout en œuvre pour que cette prophétie se réalise.</p>
<p>- Vous pourrez également compter, ajouta François, sur de nombreux soutiens politiques et institutionnels, car nous ne sommes que les représentants visibles de groupes d&#8217;intérêt qui attendent celui qui sera capable de brandir les couleurs d&#8217;un monde idéal pour le futur de la France. Cet homme providentiel, ce jeune homme plein d&#8217;avenir, nous pensons que cela sera vous. Et nous ferons tout pour nous assurer que cela se concrétise.</p>
<p>Le jeune homme sentait monter en lui une agréable sensation de puissance matinée d&#8217;une douce béatitude tissée dans des rêves de grandeur ; il se sentait pousser des ailes, il eut été capable de saisir le monde entier sur ses épaules si seulement ils les avaient eues assez larges.</p>
<p>- Inutile de préciser que vous profiterez également de certains avantages conséquents, matériels et autres, ajouta Alexandre, manquant cependant de conviction.</p>
<p>Georges s&#8217;en rendit compte et rattrapa son comparse en forçant un clin d&#8217;œil :</p>
<p>- En somme, le pouvoir et l&#8217;argent : ce qui guide le monde !</p>
<p>Georges ponctua sa remarque d&#8217;un grand éclat de rire, partagé par les deux autres hommes. Le jeune homme qui se sentait en confiance les accompagna bien volontiers.</p>
<p>- Alors, demanda l&#8217;homme d&#8217;affaires, voulez-vous travailler avec nous pour construire l&#8217;avenir ?</p>
<p>- Je crois que je serais bien mal avisé de décliner cette offre ! répondit le jeune homme avec un large sourire. Il se fit la réflexion qu&#8217;il pénétrait enfin dans la cour des grands.</p>
<p>- A la bonne heure ! reprit Georges.</p>
<p>- Voilà une heureuse nouvelle, enchérit François. Nous nous rencontrerons donc régulièrement à l&#8217;avenir pour déterminer quels seront les modalités que nous devrons défendre ensemble dans la sphère publique. En contrepartie, nous serons disponibles pour vos différentes doléances et les obstacles qui se dresseront sur votre route.</p>
<p>- Puisse cette collaboration être source de réussites, pour préserver l&#8217;intégrité et la grandeur de notre pays, ajouta le prêtre. Nous comptons sur vous pour que de véritables réformes puissent être tenues par le futur.</p>
<p>- Il serait sans doute malvenu de ma part de vous confier combien je considère l&#8217;honneur que vous me faîtes, répondit le jeune homme qui avait du mal, surexcité qu&#8217;il était, à cacher son emballement. Mais le cœur y est !</p>
<p>Les trois hommes esquissèrent simultanément un sourire.</p>
<p>- Une dernière chose, ajouta Georges. Comme je vous l&#8217;ai déjà dit, notre collaboration devra demeurer discrète, pour ne pas dire secrète. Notre soutien officieux vous permettra de vous assurer une plus grande marge de manœuvres par le futur.</p>
<p>Le jeune homme acquiesça de la tête avec un air grave.</p>
<p>- Nous vous recontacterons prochainement, précisa François, pour définir le protocole pour entrer en contact et pour que vous puissiez nous rejoindre lorsque nous tiendrons nos réunions.</p>
<p>- C&#8217;est noté, j&#8217;attendrai que vous me contactiez, répondit le jeune homme, le sourire aux lèvres.</p>
<p>- Qu&#8217;il en soit ainsi, conclut le prêtre. A bientôt, <em>Monsieur Sarkozy</em>.</p>
<p>Et le jeune homme prit congé des trois hommes jusqu&#8217;à leur prochaine rencontre.</p>
<p>(<em>Fin</em>)</p>
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		<title>2/3 - L&#8217;émissaire</title>
		<link>http://www.lamoindreplume.net/lemissaire-partie-2/</link>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 16:10:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[L'émissaire]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-emissaire.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'émissaire" /><br/>
Georges profita du trajet pour jeter un dernier coup d&#8217;œil au dossier : s&#8217;agissait-il de la personne adéquate ? Certes, il avait appris à reconnaître la valeur des hommes dès les premiers échanges, mais comment pouvait-il en avoir la certitude ? Et les enjeux étaient trop importants pour tolérer la moindre erreur. Il finit par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-emissaire.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'émissaire" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/echecs.jpg" alt="L'émissaire" align="left" /><br />
Georges profita du trajet pour jeter un dernier coup d&#8217;œil au dossier : s&#8217;agissait-il de la personne adéquate ? Certes, il avait appris à reconnaître la valeur des hommes dès les premiers échanges, mais comment pouvait-il en avoir la certitude ? Et les enjeux étaient trop importants pour tolérer la moindre erreur. Il finit par s&#8217;assoupir sur le siège arrière alors que le soleil commençait à descendre à l&#8217;horizon.</p>
<p>Quelques heures plus tard, roulant le long d&#8217;une ancienne route de campagne mal goudronnée, la voiture arriva à destination. Elle s&#8217;arrêta un instant devant un imposant portail en fer forgé avant de s&#8217;engager sur une longue allée de gravier qui courait entre deux parterres de pelouse bien entretenus, jusqu&#8217;au pied d&#8217;un vieux manoir. Georges descendit de la DS alors que le chauffeur s&#8217;éloignait pour se garer au parking adjacent, sous le porche de ce qui avait sans doute été des écuries.</p>
<p>Le portier accueillit l&#8217;homme d&#8217;affaires en se penchant respectueusement en avant, sans rien dire. Il franchit les lourdes portes en bois et déboucha dans le grand hall ; deux grands escaliers de part et d&#8217;autre se rejoignaient pour mener à l&#8217;étage. Il attendit quelques instants, le temps que ses yeux s&#8217;habituent au défaut d&#8217;éclairage : seuls quelques grands chandeliers aux bougies dégoulinantes de cire dispensaient un peu de lumière. Il jeta un œil au grand lustre en cristal qui perçait au milieu de la coupole du plafond : les bougies n&#8217;étaient pas allumées. « Quel gâchis », se dit-il, en lui-même. Il en convint de glisser un mot à l&#8217;intendant à la prochaine assemblée pour relier le lustre au courant électrique.</p>
<p>Il fit quelques pas pour monter à l&#8217;étage quand s&#8217;approcha de lui un vieil homme aux cheveux gris et avec un costume sobre, qui attendait au pied des escaliers. Il salua l&#8217;homme d&#8217;affaires en se penchant en avant, sans lever les yeux sur lui :</p>
<p>- Bonjour, monsieur. Votre visiteur est arrivé, lui confia-t-il, à voix basse.</p>
<p>- Merci, répondit Georges sèchement, en ne lui adressant pas même un regard.</p>
<p>Il gravit les grands escaliers en marbre mal éclairés pour se rendre à l&#8217;étage. Il connaissait si bien les lieux qu&#8217;il ne faisait plus attention aux différentes peintures qui ornaient les murs ; divers représentations classiques inspirées de scènes des enfers de Dante Alighieri.</p>
<p>En haut des marches, il jeta un rapide coup d&#8217;oeil à sa gauche puis à sa droite : de chaque côté du corridor qui surplombait le hall d&#8217;entrée, une petite porte était gardée par un appariteur. Il se dirigea sur la droite, salua le gardien d&#8217;un signe de tête qui se pencha silencieusement en avant, et franchit la porte qu&#8217;il venait d&#8217;ouvrir pour lui.</p>
<p>Puis, il s&#8217;engagea dans un long couloir froid et sombre ; bien qu&#8217;il avait l&#8217;habitude des lieux, il frissonna en maudissant les vieilles demeures mal isolées et se frotta les mains l&#8217;une contre l&#8217;autre comme pour les réchauffer. Le bruit de ses pas résonnaient sur le dallage noir ; les flammes des candélabres latéraux dansaient à son passage et dessinaient en mouvance son ombre sur les murs. Au bout du couloir, il gagna enfin la petite porte en bois travaillé qui débouchait sur la grande salle. On avait gravé sur le cadre, tout autour, les vingt-six lettres de l&#8217;alphabet ; quant à la porte en elle-même, on pouvait y observer sculptée une représentation de la Mort personnifiée qui tenait sa faux dans une main et une lanterne dans l&#8217;autre. A ses pieds, un sablier renversé et brisé étalait son sable sur le sol. « La Fin du Temps » murmura Georges en poussant la petite porte qu&#8217;il ne connaissait que trop bien.</p>
<p>Il pénétra enfin dans la pièce par l&#8217;arrière. Il s&#8217;agissait d&#8217;une grande salle carrée presque vide de plus d&#8217;une vingtaine de mètres de haut, sans aucune fenêtre ou ouvertures latérales, précipitée dans l&#8217;obscurité. Il était délicat d&#8217;en percevoir le plafond qui se perdait dans l&#8217;ombre. Quant à la surface réelle, qui devait avoisiner les 300 m², elle était incertaine car l&#8217;absence de lumière d&#8217;ensemble trompait les sens et jouait avec les murs jusqu&#8217;à donner à l&#8217;endroit des dimensions irréelles. A l&#8217;arrière de la pièce (où Georges se trouvait pour l&#8217;heure car il était entré par la petite porte arrière des officiants), deux gigantesques colonnes de 3 m de diamètre, recouvertes de plaques en marbre gris sombre, à la surface lisse, se perdaient dans le plafond. Seul endroit vraiment éclairé, au milieu de la salle, devant les colonnes, une table aux pieds en fer forgé et en m