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	<title>La moindre plume</title>
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	<description>Et l'encre se fiança avec le vent</description>
	<pubDate>Thu, 12 Nov 2009 11:52:32 +0000</pubDate>
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		<category>Sexualite</category>
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		<itunes:summary>La moindre plume - Journal perso tres gay d un homo, essais d ecriture et de litterature</itunes:summary>
		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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			<title>La moindre plume</title>
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		<title>Le nounours et la tasse de café</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Nov 2009 01:55:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 286, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/> Le petit ourson le regardait d&#8217;un air circonspect :
- Dis, dis, dis, Arnaud, c&#8217;est quoi que tu lis, là, dis, dis, c&#8217;est quoi que tu lis ?!
- « Introduction à la psychanalyse ». C&#8217;est de Freud.
- Ouaaaah&#8230; Et alors, et alors, c&#8217;est quoi l&#8217;histoire ?!
- Ce n&#8217;est pas un roman. C&#8217;est un essai.
- Ouaaaaah&#8230; Et alors, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 286, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/nounours.jpg" alt="Humeurs" align="left" /> Le petit ourson le regardait d&#8217;un air circonspect :</p>
<p>- Dis, dis, dis, Arnaud, c&#8217;est quoi que tu lis, là, dis, dis, c&#8217;est quoi que tu lis ?!<br />
- « Introduction à la psychanalyse ». C&#8217;est de Freud.<br />
- Ouaaaah&#8230; Et alors, et alors, c&#8217;est quoi l&#8217;histoire ?!<br />
- Ce n&#8217;est pas un roman. C&#8217;est un essai.<br />
- Ouaaaaah&#8230; Et alors, et alors, c&#8217;est quoi l&#8217;histoire de l&#8217;essai ?<br />
- Cela parle d&#8217;un homme qui fait un acte manqué en rêvant de ses névroses.<br />
- Ouaaaaaaaah&#8230; Et alors, et alors, c&#8217;est quoi, ses névroses ?<br />
- Elles sont nombreuses. Toutes guidées par son narcissisme, sans doute.<br />
- Ouaaaaaaaah&#8230; Et alors, et alors, cet homme, c&#8217;est Freud ?<br />
- Non. Cet homme, c&#8217;est moi.<br />
- Ouaaaaaaaaaah&#8230; T&#8217;es dans le livre ?! C&#8217;est mieux que « L&#8217;histoire sans fin » !<br />
- On peut dire ça. Mais c&#8217;est ce que sont les blogs, tu sais. « L&#8217;histoire sans fin » déclinée à l&#8217;infini.<br />
- Hmmmm&#8230; Mouais, ben, d&#8217;ailleurs, il est un peu beaucoup beaucoup mort, ton blog, en ce moment&#8230;<br />
- C&#8217;est que je n&#8217;ai pas le temps d&#8217;écrire.<br />
- Mmmmmmouais&#8230; T&#8217;as pas le temps ou tu l&#8217;prends pô ?<br />
- J&#8217;ai pas le temps. Je prépare des concours.<br />
- Ah, tu prépares un concours de psi-caca-nalyse ?<br />
- Non. Le livre illustre simplement une mise à nue. C&#8217;est ça, un blog : une mise à nue narcissique.<br />
- Ouaaaaaaaaah&#8230; Alors c&#8217;est pour ça que t&#8217;es tout nuuuuu&#8230;<br />
- Tu as tout compris : le sens propre et le sens figuré.<br />
- Heuuuuu&#8230; C&#8217;est ça ou c&#8217;est passque t&#8217;aimes bien montrer ta bite ?!<br />
- Disons qu&#8217;un pédéblogueur sans bite, ce n&#8217;est pas tout à fait un pédéblogueur.<br />
- Ah ouais, j&#8217;vois l&#8217;machin ! Enfin&#8230; heuuu&#8230; j&#8217;veux dire que j&#8217;ai compris&#8230; Ah, attends&#8230;. ! Mais alors&#8230; pourquoi que tu bois un café ?!<br />
- Parce que cette mise à nue narcissique pousse jusqu&#8217;à présenter au monde la banalité de son quotidien en croyant que ça intéresse quelqu&#8217;un ou que c&#8217;est intelligent. Comme boire son café.<br />
- Ouaaaaaah&#8230; Tu critiques trop bien le système, t&#8217;es trop fooooort&#8230; Dommage qu&#8217;on voit pas ta tête&#8230;<br />
- N&#8217;as-tu pas saisi la subtilité ? C&#8217;est parce que c&#8217;est là toute la subtilité d&#8217;un blog : montrer le coeur de l&#8217;intime tout en restant dans un confortable anonymat. D&#8217;où cette couette confortable et ma tête coupée. Une assez bonne représentation qu&#8217;on peut se faire de la schizophrénie, d&#8217;ailleurs. Freud n&#8217;est à nouveau plus très loin.<br />
- Ouaaaaaaaaaaaaaah&#8230; Arnaud, t&#8217;es cro cro intelligent&#8230; Chui amoureux de toi&#8230;<br />
- Désolé, nounours : je suis déjà amoureux.<br />
- Ouaaaaaaaaah, trop bien ! C&#8217;est la nouvelle du jour, ça ! J&#8217;étais resté sur ta rupture avec l&#8217;aut&#8217;, là ! Vas-y, raconte, raconte, raconte !<br />
- On réservera ça pour un futur billet, quand j&#8217;aurai un peu de temps. Mais je te promets de te raconter.<br />
- Ouaaaaaaaaaaaaais ! J&#8217;ai hâââââte ! &#8230; Et, heuuuu&#8230; en attendant, tu m&#8217;f'ras quand même des bisous ?!!</p>
<p>Silencieusement, Arnaud sourit et déposa un baiser sur le front de la peluche qui ne put s&#8217;empêcher de rugir de plaisir : définitivement, on est schizophrène ou on ne l&#8217;est pas. Arnaud l&#8217;était. A n&#8217;en point douter.</p>
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		<title>Célibat, lassitude et retour à la case départ</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Jul 2009 00:37:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 280, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/> Jour de deuil pour moi. A croire qu&#8217;il y a des périodes où tout va mal et que les situations dégénèrent de mal en pis. Alors que le dernier pilier de stabilité dans ma vie me semblait tenir le choc face à mon effondrement et conservait une note d&#8217;espoir pour mon avenir (&#8221;Lorsque tu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 280, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs14.jpg" alt="Humeurs" align="left" /> Jour de deuil pour moi. A croire qu&#8217;il y a des périodes où tout va mal et que les situations dégénèrent de mal en pis. Alors que le dernier pilier de stabilité dans ma vie me semblait tenir le choc face à mon effondrement et conservait une note d&#8217;espoir pour mon avenir (&#8221;<em>Lorsque tu auras trouvé un emploi stable, tu pourras envisager ce dont vous avez déjà parlé avec ton copain : emménager ensemble.</em>&#8220;), c&#8217;est en plein dans la figure que la décision unilatérale a été prise.</p>
<p>En clair : me voilà de nouveau largué. On prend les mêmes et on recommence.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas qu&#8217;il ne m&#8217;appréciait plus ; c&#8217;est que son désir sexuel pour moi, me disait-il, avait disparu ces derniers mois. Les crises de libido existent, dans les couples ; simplement, celle-ci a dûré de son côté et il n&#8217;a pas souhaité la résoudre. Je ne peux pas lui en tenir rigueur : en quoi serait-il responsable si son attirance vis-à-vis de moi a changé ? Ou bien si son désir sexuel disparaît ?</p>
<p>Mais peu importe, je perçois ce caractère inéluctable, je courbe l&#8217;échine et je m&#8217;incline : je suis de nouveau largué.</p>
<p>Et les dieux dans le ciel étoilé que de se gausser devant tant d&#8217;errance : &#8220;<em>L&#8217;opération destruction d&#8217;Arnaud a été lancée ; annihilons tout ce à quoi il appartient et apprenons-lui la dépossession. Biens, finances, avenir professionnel et histoire de coeur : détruisons tout et voyons s&#8217;il est capable de se relever. </em>&#8221;</p>
<p>Lorsque Nietzsche, le &#8220;trop de fois cité&#8221; Nietzsche, disait &#8220;<em>Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort</em>&#8220;, il n&#8217;envisageait peut-être pas que les ruptures et les crises dans la vie, qu&#8217;elles soient financières ou amoureuses, étaient en soi autant de petites morts ajoutées les unes aux autres. Alors, finalement, la phrase si connue qui prétend justifier la résistance perd toute sa saveur car nombreux sont ces &#8220;<em>Tout</em>&#8221; qui à défaut de nous rendre plus fort, doucement nous tuent.</p>
<p>Voici la souffrance, voici la langueur, voici la flamme qui lentement s&#8217;essouffle, vacille et puis s&#8217;éteint.</p>
<p>Mais là où Nietzsche percevait avec pertinence le monde, c&#8217;est dans cet éternel retour, obsession peut-être même, du recommencement. Et c&#8217;est ce qui m&#8217;agace le plus dans cette histoire qui, de nouveau, s&#8217;achève. Pas tant le fait de le perdre lui en tant que personne mais plutôt le goût amer de la vanité. Deux ans d&#8217;investissement dans une relation à laquelle on a crû et tout cela pour ça ? Tout cela pour en arriver exactement au même point qu&#8217;auparavant ? Vanité que tout cela ! Vanité, tout est vanité !</p>
<p>Pour l&#8217;heure, dégoûté encore une fois de cette nouvelle mort et de ce deuil forcé qui s&#8217;ajoute à un mal-être lancinant de plusieurs semaines, je me retrouve las.</p>
<p>Je crois que jamais dans ma vie un mot n&#8217;a aussi bien correspondu à mon état d&#8217;âme : <strong>lassitude</strong>. Je suis las de vivre. Je suis véritablement las de vivre. Je suis las de devoir préparer des concours pour prouver mes compétences à une administration insipide alors que j&#8217;ai un cursus prestigieux derrière moi qui devrait suffire à m&#8217;ouvrir des portes closes. Je suis las d&#8217;être confronté aux mêmes obstacles et aux mêmes histoires que celles déjà vécues et de les voir s&#8217;achever toujours de la même manière. Je suis las de voir chaque rayon d&#8217;espoir sur un avenir heureux systématiquement transformé en désespérance assaisonnée à la sauce désillusion.</p>
<p>Je suis las de devoir recommencer encore une fois une histoire à zéro. Je suis las de devoir réapparendre à connaître un nouveau garçon, d&#8217;abord la rencontre, les hésitations et excitations des premiers instants qui désormais ne m&#8217;amusent guère plus de temps qu&#8217;il n&#8217;en a fallu pour qu&#8217;elles apparaissent, puis les premiers émois pour l&#8217;autre, et ensuite la longue pente à gravir pour construire quelque chose à deux, &#8220;<em>Je dors chez toi ce soir, est-ce qu&#8217;on se voit demain ?</em>&#8220;, &#8220;<em>J&#8217;ai amené une brosse à dents, ce sera plus pratique</em>&#8220;, &#8220;<em>Tiens, je te le mets là, ce sera ton t-shirt pour dormir</em>&#8220;, &#8220;<em>Et si on partait en week-end rien que tous les deux ?</em>&#8220;, &#8220;<em>Je te présente mes amis, ce seront désormais les tiens</em>&#8220;, &#8220;<em>Je crois que je t&#8217;aime, m&#8217;as-tu déjà aimé ?</em>&#8220;, &#8220;<em>Je ne sais pas encore mais je ne veux pas de chien</em>&#8220;.</p>
<p>Le pire dans cette histoire ? Ce n&#8217;est pas le sentiment d&#8217;avoir complètement gâché à tous les niveaux les dernières années de ma vie. Ni le fait que c&#8217;est précisément ces projets de vie à deux hypothétique qui m&#8217;ont lentement incliné ces derniers mois vers un abandon de ma thèse et une tentative de professionnalisation. Non, ce n&#8217;est pas cela le pire. Le pire, c&#8217;est le clin d&#8217;oeil des dieux hilares tranquillement installés dans le ciel étoilé : angoissante période de l&#8217;année. Mon copain m&#8217;a largué le 8 juillet. Or, c&#8217;est un 5 juillet que lors de ma précédente histoire d&#8217;amour qui a compté, et qui s&#8217;achevait il y a 2 ans <a title="Les maux d'amour" href="http://www.lamoindreplume.net/les-maux-damour/">souvenez-vous</a>, je me suis retrouvé le coeur déchiré de larmes.</p>
<p>C&#8217;est désormais décidé : début juillet sera mon antithèse personnelle du 14 février, une Anti-Valentin se prolongeant sur quelques jours d&#8217;écho macabre. Ce seront 4 jours, du 5 au 8 juillet, comme la Fête du Cinéma mais ce sera la Fête des Divorcés. On y célèbrera le Thanatos du coeur plutôt que l&#8217;Eros cupidonesque. Alors, chaque année je verrai poindre ce festival avec angoisse lors d&#8217;éventuelles histoires d&#8217;amour futures. Dans l&#8217;absolu, il est facile de dire qu&#8217;il y en aura, bien sûr. Mais ai-je vraiment envie, encore une fois, de perdre mon temps pour rien d&#8217;autre que des souvenirs mélangés à des cendres pleines d&#8217;amertume ?</p>
<p>Rencontrerai-je un jour celui pour lequel je pourrai dire qu&#8217;il est &#8220;<em>le bon</em>&#8221; ? <strong>Et surtout, aurai-je encore assez d&#8217;espérance pour le prendre par la main avec insouciance ? </strong></p>
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		<title>8/x - Lui</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Jun 2009 00:11:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 278, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/> Je me retrouvai devant la porte de son immeuble. Un vieil immeuble à même la rue, avec une petite mais vieille et lourde porte en bois, et des vieux murs de pierre qui sentaient la vieille humidité froide. Et un interphone encastré dans le pan de mur. Neuf, l’interphone, pour le coup. J’avais sonné. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 278, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" /> Je me retrouvai devant la porte de son immeuble. Un vieil immeuble à même la rue, avec une petite mais vieille et lourde porte en bois, et des vieux murs de pierre qui sentaient la vieille humidité froide. Et un interphone encastré dans le pan de mur. Neuf, l’interphone, pour le coup. J’avais sonné. Mais il n&#8217;avait pas répondu. Il était presque 21h : était-ce trop tard ? Lui et sa mère, que je n&#8217;avais toujours pas rencontrée, étaient-ils en train de dîner ? Est-ce que je devais faire demi-tour ? J&#8217;hésitai et attendis un instant devant la porte, ne sachant exactement que faire. </p>
<p>Alors qu&#8217;à l&#8217;horizon le soleil inexistant en ce jour assombri semblait se dissimuler derrière de noirs nuages, les oiseaux de nuit commençaient leur litanie lugubre pour avertir les passants de la fin de la journée. Une petite brise presque tiède vint me faire regretter de ne pas avoir prévu, malgré la chaleur, une veste légère pour accompagner mon escapade de début de soirée. </p>
<p>Je jetai rapidement un oeil autour de moi : alors que se profilait la période estivale en cette fin de juin, il n&#8217;y avait nulle âme qui vive dans les rues de notre petite bourgade de la banlieue niçoise. Une habitude pour cette ville résidentielle qui s&#8217;endormait bien tôt tout au long de l&#8217;année dès l&#8217;instant que les commerces abaissaient leurs rideaux de fer. L&#8217;esprit embrumé par l&#8217;alcool, le silence environnant ne se faisait pas rassurant ; un hoquet indélicat d&#8217;une bière de trop vint d&#8217;ailleurs me rappeler un souvenir d&#8217;un instant auparavant, lorsque je partageais avec mes collègues étudiants quelques éclats dorés d&#8217;orge liquide : et si le meurtre de Nathan n&#8217;était pas isolé mais le fait d&#8217;un serial killer ? Si l&#8217;hypothèse farfelue nous avait occasionné quelques frissons de rire, le ciel menaçant et lourd qui accompagnait le silence pesant contribua à la rendre - tout compte fait - un brin inquiétante. </p>
<p>Soudain, un coup de tonnerre tonitruant me fit sursauter ; les alarmes de quelques voitures garées dans une rue voisine se mirent à retentir, les vitres sans doute choquées par un éclair tombé pas très loin. Et alors qu&#8217;un petit bruit sec et répétitif montait doucement des alentours, je compris bien vite quelle en était la teneur lorsque l&#8217;odeur suave et écoeurante du bitume mouillé de grosses gouttes me parvint jusqu&#8217;aux narines. Si je restais devant la porte de cet immeuble, je finirais rapidement trempé par cet orage de chaleur en moins de temps qu&#8217;il n&#8217;eut fallu pour dire « ouf ! ». </p>
<p>La porte s&#8217;ouvrit à cet instant et un homme d&#8217;une trentaine d&#8217;années en émergea. Profitant qu&#8217;il me tenait la porte, je m&#8217;engouffrai dans le hall en le saluant d&#8217;un « merci » rapide, bien trop heureux d&#8217;échapper à la pluie violente qui s&#8217;abattait au dehors. J&#8217;étais ainsi seul dans cette entrée humide mal éclairée et à l&#8217;odeur de cave et profitait de l&#8217;aubaine pour poser le regard sur les boîtes aux lettres. Je ne mis pas longtemps à identifier celle qui Lui appartenait, son nom de famille inscrit sur l&#8217;étiquette, au milieu des quelques autres qui scandaient ses voisins au sein de cet immeuble à taille humaine. L&#8217;étage n&#8217;était pas indiqué mais étant donné qu&#8217;il ne devait y en avoir que trois ou quatre au maximum, l&#8217;occasion méritait bien une ultime tentative avant de m&#8217;en retourner chez moi. </p>
<p>Et ce fut au quatrième et dernier étage, après avoir sonné trois fois dans un dernier acte d&#8217;individu imbibé et donc nécessairement bien décidé, que la porte finit par s&#8217;ouvrir. Alors, c&#8217;était donc là qu&#8217;Il habitait&#8230; </p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>7/x - Lui</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Jun 2009 18:07:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 276, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/> C&#8217;est à ce moment précis que les événements échappèrent à mon contrôle. Il est troublant de constater (avec effroi, même) combien la vie, par un ensemble d&#8217;éléments anodins, est en mesure de vous retirer toute capacité de gestion du flux du temps à partir d&#8217;un moment particulier auquel vous ne vous attendiez pas. Dépossédé, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 276, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" /> C&#8217;est à ce moment précis que les événements échappèrent à mon contrôle. Il est troublant de constater (avec effroi, même) combien la vie, par un ensemble d&#8217;éléments anodins, est en mesure de vous retirer toute capacité de gestion du flux du temps à partir d&#8217;un moment particulier auquel vous ne vous attendiez pas. Dépossédé, vous vous retrouvez confronté à des machines, à des rouages, à des enchaînements imbriqués et plus ou moins bien huilés, au sein desquels de toute façon le moindre grain de sable à défaut de ralentir la progression inéluctable des engrenages ne pourrait être que broyé. </p>
<p>Ce que je ne savais pas, au moment où Il claqua la porte, c&#8217;est que la machine était déjà en route et que les événements étaient sur le point de se dérouler en dehors de ma participation. </p>
<p>Pourtant, je m&#8217;étais acharné à vouloir en être un spectateur impuissant placé aux premières loges, sorte de démiurge fantasmé proprement incapable de modifier quoi que ce fut dans le déroulement du mauvais film qui était projeté devant mes yeux. </p>
<p>* * * </p>
<p>Je m&#8217;étais toujours demandé pourquoi il était amoureux de moi. Ou plutôt, pour être tout à fait exact, pourquoi il sortait avec moi alors qu&#8217;il pouvait avoir tous les garçons qu&#8217;il désirait. Je ne me trouvais pas « beau » ; et je pourrais même confesser sans honte mais sans fierté que j&#8217;étais tout à fait « moche ». </p>
<p>Toutefois, ce que j&#8217;ai appris, au travers de cette histoire, c&#8217;est que les motivations des uns et des autres, et en particulier les motivations amoureuses, échappent très largement à la logique habituelle qu&#8217;on peut leur donner. Dans ce cas précis, ce qui est objectivement, esthétiquement et plastiquement « beau » n&#8217;est pas forcément ce qui est « attirant » pour tout le monde. Et quelque part, à bien y réfléchir, on recherche toujours ce qui nous fait défaut. Si c&#8217;est bien le cas, la laideur était ce qui l&#8217;intéressait dans la vie, Lui qui était un monstre de beauté plastique. Il en était même un véritable artisan. </p>
<p>* * * </p>
<p>Cela faisait deux semaines que je n&#8217;avais pas eu de nouvelles de Lui. Il n&#8217;était plus venu à la fac depuis ce jour où il avait claqué la porte. Il ne répondait pas sur son téléphone et, à vrai dire, même si j&#8217;étais convaincu qu&#8217;il était innocent, je ne pouvais m&#8217;empêcher de penser qu&#8217;il était en fait retenu par la police judiciaire. </p>
<p>Pourtant, de ce que nous en savions officiellement, l&#8217;enquête piétinait. Sophie, qui prenait l&#8217;affaire très à coeur, semblait être en contact avec un des officiers en charge de l&#8217;affaire – à un tel point d&#8217;ailleurs que les rumeurs allaient bon train sur sa relation « intime » avec les forces de police. Quoi qu&#8217;il en soit, elles ne semblaient pas avoir le moindre suspect sur leurs listes. Et si cela me rassurait un brin quant au devenir de mon petit-ami et à sa présence indélicate auprès de Nathan peu de temps avant le meurtre, son silence soudain me désespérait. Le doute s&#8217;immisça insidieusement dans mon esprit : avais-je fait quelque chose de mal pour qu&#8217;il ne me rappelle pas ? </p>
<p>Je n&#8217;arrêtais pas de ressasser à l&#8217;esprit la dernière discussion que nous avions eu. Et plus les jours passaient, plus une de ses phrases sonnait bizarrement : « <em>Alors, nous en sommes là</em> ». Au début, j&#8217;avais interprété ceci comme s&#8217;Il apprenait qu&#8217;il avait été vu par un témoin et se sentait donc obligé de faire face à ses responsabilités devant les forces de police ; « <em>Nous en sommes là</em> » : l&#8217;affaire en est là, donc. </p>
<p>Mais son silence et son refus de me rappeler donnait au fil du temps un relief passé d&#8217;abord inaperçu à cette discussion : et si le « <em>nous</em> » auquel il faisait référence n&#8217;était pas du tout sa situation par rapport à cette affaire mais&#8230; « <em>notre</em> » situation, en tant que « <em>couple</em> » par rapport à autre chose ? Par rapport aux griefs que je lui avais fait, par exemple ? Oui parce que, quelque part, je lui avais demandé d&#8217;aller voir la police, de cesser d&#8217;être un gamin inconsistant ou un « <em>je m&#8217;en foutiste</em> » comme il se comportait à son habitude. Et peut-être que cette affirmation qu&#8217;il avait eu signifiait en réalité : « <em>Alors voici où, nous, toi et moi, nous sommes dans notre relation : ça y est, nous avons atteint ce point particulier</em> ». </p>
<p>Pourtant, si tel était le sens de cette affirmation, je ne comprenais toujours pas ce que cela impliquait. Quel était ce « <em>point particulier</em> » ? Et puis, je ne saisissais toujours pas quel était le rapport avec mon injonction d&#8217;aller voir la police. Est-ce que, d&#8217;une quelconque façon, il m&#8217;en voulait ? Est-ce que ce silence soudain était un rappel de cette fois où, m&#8217;étant rendu chez lui, il m&#8217;avait fait une véritable sortie propre à me faire pleurer pour des heures pour un abandon que j&#8217;avais crû définitif ? Est-ce que cela voulait dire que nous avions atteint un point de retour où je l&#8217;avais agacé définitivement ? </p>
<p>Alors, l&#8217;affaire avec Nathan n&#8217;importait plus ; toute cette histoire me semblait bel et bien secondaire. Ce qui importait, c&#8217;est que cela faisait deux semaines que je n&#8217;avais pas de nouvelles de Lui. Que je commençais à m&#8217;en sentir responsable et que son absence me faisait l&#8217;effet d&#8217;un trou béant dans le ventre. </p>
<p>Il fallait que j&#8217;en ai le coeur net, il fallait que je sache ce qu&#8217;il en était. Et un soir où, déprimé de ne plus avoir de nouvelles de Lui, j&#8217;avais bu une bière de trop en compagnie de mes collègues de fac, j&#8217;avais pris la décision d&#8217;aller directement chez lui pour enfin gagner un peu en certitude. L&#8217;alcool aidant, j&#8217;affrontai mon appréhension en bravant l&#8217;interdit qu&#8217;il avait fixé tout au long de ces quelques mois que nous étions sortis ensemble : sonner en bas de son immeuble et le confronter en <em>direct live</em> dans son appartement. </p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>Au pire, je m&#8217;engage dans l&#8217;armée</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Jun 2009 17:06:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 273, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/>
« Mais qu&#8217;est-ce que vous avez, avec l&#8217;armée, tous les mecs ?! » me demandait avec presque de l&#8217;agacement mon amie Dolorès hier après-midi. Après de longues heures d&#8217;incontinence désespérée sur un avenir incertain, j&#8217;avais lâché comme un leitmotiv :
&#8220;Au pire, je plaque tout et je m&#8217;engage dans l&#8217;armée.&#8221; Etrange phrase et - au-delà de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 273, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs13.jpg" alt="Humeurs" align="left" /></p>
<p>« Mais qu&#8217;est-ce que vous avez, avec l&#8217;armée, tous les mecs ?! » me demandait avec presque de l&#8217;agacement mon amie Dolorès hier après-midi. Après de longues heures d&#8217;incontinence désespérée sur un avenir incertain, j&#8217;avais lâché comme un leitmotiv :</p>
<p>&#8220;<em>Au pire, je plaque tout et je m&#8217;engage dans l&#8217;armée.</em>&#8221; Etrange phrase et - au-delà de la forme - étrange idée que voilà.</p>
<p>Comme si le fait de s&#8217;engager dans l&#8217;armée (sous-entendu sans doute au grade de troufion ou de soldat de base) consistait en une cassure complète et totale avec &#8220;<em>la vraie vie qui est faite de turpitudes</em>&#8220;.</p>
<p>Est-ce la dimension décérébrée qu&#8217;on veut souligner (avec une condescendance exagérée et méprisante, très certainement) ? L&#8217;aspect de soumission totale à une autorité supérieure nous empêchant de penser à nos responsabilités personnelles ? L&#8217;incarnation du &#8220;<em>je ne suis qu&#8217;un instrument au service d&#8217;autre chose qui dépasse mon individualité</em>&#8221; ? Fantasmons-nous, nous <em>hommes mâles masculins virils</em> sur cette décorporation de soi et de l&#8217;abandon des responsabilités qui y est attachée ?</p>
<p>Ou bien cet appel à la référence militaire est une sorte de souvenance, un rappel intemporel d&#8217;un mythe pseudo-originel de la fusion virile avec l&#8217;entité nationale, incarnée merveilleusement par le principe de la &#8220;Légion étrangère&#8221; qui efface les données individuelles pour donner une toute nouvelle identité dans le cadre de la défense de la Nation en péril ? Et, attaché à ce mythe, la dimension aventurière qui consiste à tout quitter, à abandonner la terre d&#8217;origine pour découvrir d&#8217;autres peuples, d&#8217;autres lieux, &#8220;<em>Vous verrez du pays, qu&#8217;i&#8217; disaient</em>&#8221; ? Tout cela avec ces données fondamentales de l&#8217;affrontement du danger, de la peur, de la mort, tous ces vieux obstacles traditionnels qui &#8220;<em>rendent vivant</em>&#8221; au sens restreint, corporel et physique du terme ?</p>
<p>Y aurait-il alors une contradiction entre cette déresponsabilisation, cet effacement, cette soumission individuelle à une autorité autre, et cette paradoxale découverte de mondes nouveaux, d&#8217;horizons lointains, de peurs et de dangers nous attendant à chaque coin de rue, de jungle ou de brousse qui nous rappellent notre existence en tant qu&#8217;homme (avec un petit &#8220;<em>h</em>&#8221; comme dans &#8220;<em>pénis</em>&#8220;) ?</p>
<p>Sans doute pas, à bien y réfléchir, tant cette référence militaire incarne une sorte de réincarnation individuelle. Une table rase des errances et des échecs qu&#8217;on constate avoir agrégé dans sa petite existence et dont on souhaite se débarrasser pour recommencer une vie qu&#8217;on espère différente.</p>
<p>Alors, dans le fantasme de ce mythe de l&#8217;armée salvatrice, on retrouve quelque part l&#8217;idéal du Chevalier reconquérant son honneur d&#8217;homme (&#8221;<em>un homme, un vrai</em>&#8220;) au travers d&#8217;une quête d&#8217;un graal mythique désiré de tous. Catalysant les angoisses de l&#8217;homme-individu égaré dans la société contemporaine, cette armée-qui-sauve incarnerait quelque part une forme de suicide public presque christique.</p>
<p>Est-ce une des raisons non pas logiques, historiques ou philosophiques mais émotionnellement <em>tripantes</em> pour lesquelles le christianisme a su animer des foules de dévotion guerrière au fil des siècles ?</p>
<p>Et surtout : <strong>existe-il un équivalent à cet &#8220;engagement dans l&#8217;armée&#8221; pour nos amies féminines ? </strong> M&#8217;est idée que cela pourrait être : &#8220;<em>J&#8217;épouse le premier venu et je lui fais trois gosses&#8221;</em>.</p>
<p>Si c&#8217;est bien le cas, on pourrait en conclure deux choses, pas forcément exclusives l&#8217;une de l&#8217;autre :</p>
<ul>
<li> cet engagement pour des activités qui signifieraient la négation de nos angoisses d&#8217;individus serait en réalité un rappel de logiques traditionnelles sécurisantes, c&#8217;est-à-dire des mythes traditionnels de l&#8217;attachement national (l&#8217;armée salvatrice et le mariage-poupons) ;</li>
</ul>
<ul>
<li> ces mythes traditionnels de la construction des nationalismes sont particulièrement puissants et persistants (et donc brillants !) parce que se fondant sur les angoisses de l&#8217;individu confronté à la société inégalitaire et injuste (et donc désespérante) et proposent une &#8220;sortie de soi&#8221; qui incarne un salut de l&#8217;âme moderne façon christianisme augustinien.</li>
</ul>
<p>A réfléchir&#8230;</p>
<p>Cela étant dit, dans tous les cas évoqués et quelles que soient les hypothèses considérées, la même logique sous-jacente semble se dessiner : c&#8217;est le défaut de <strong>sens existentiel</strong> (au sens de &#8220;<em>signification</em>&#8221; et au sens de &#8220;<em>direction</em>&#8220;) qui exciterait les foules à s&#8217;animer, afin de combler ce vide intrinsèquement insupportable.</p>
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		<title>La peur du vide ou le complexe de Tanguy</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Jun 2009 14:22:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 271, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/> J&#8217;ai toujours détesté le film éponyme alors que je n&#8217;en ai jamais vu que la bande-annonce. C&#8217;est que j&#8217;ai bien trop peur de m&#8217;y reconnaître et d&#8217;y percevoir, désespérantes, mes angoisses du moment.
J&#8217;ai pris une décision il y a quelques semaines (je devrais dire quelques mois) et je suis sur le point de l&#8217;annoncer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 271, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs09.jpg" alt="Humeurs" align="left" /> J&#8217;ai toujours détesté le film éponyme alors que je n&#8217;en ai jamais vu que la bande-annonce. C&#8217;est que j&#8217;ai bien trop peur de m&#8217;y reconnaître et d&#8217;y percevoir, désespérantes, mes angoisses du moment.</p>
<p>J&#8217;ai pris une décision il y a quelques semaines (je devrais dire quelques mois) et je suis sur le point de l&#8217;annoncer à ma mère, même si j&#8217;ai préparé le terrain : <strong>j&#8217;abandonne ma thèse</strong>.</p>
<p>Après trois années d&#8217;errances difficiles, de mauvaise organisation, d&#8217;angoisses et de peurs en tous genres sur un avenir professionnel bien trop incertain, je jette l&#8217;éponge. Non seulement la précarité matérielle m&#8217;est de plus en plus difficile à vivre, non seulement se profile - thèse en poche ou pas - le même état de fait sur les difficultés d&#8217;insertion professionnelle post-doctorat, non seulement mon sujet me sort par les yeux et mon objet d&#8217;étude doit se dérober au moins pendant un temps à mon regard d&#8217;aveugle, mais surtout j&#8217;ai besoin d&#8217;être rassuré sur des opportunités d&#8217;avenir professionnel.</p>
<p>L&#8217;ennui est que ce qui se profile m&#8217;engage inéluctablement vers des difficultés croissantes, de ce côté-là. Mon père prend sa retraite en janvier 2010 et, à partir de ce moment-là, mes parents ne seront plus en mesure de me donner le coup de pouce financier sur lequel je pouvais compter jusqu&#8217;à présent.</p>
<p>J&#8217;ai donc pris les résolutions suivantes :</p>
<ul>
<li>préparer les concours administratifs de catégorie A et de catégorie B qui me sont accessibles pour espérer accéder à un poste intéressant d&#8217;ici mi-2010 ;</li>
<li>chercher un job alimentaire pas trop inintéressant d&#8217;ici septembre 2009 ;</li>
<li>trouver, à défaut de job alimentaire, un stage quelconque pas trop inintéressant qui soit un minimum rémunéré (merci le statut étudiant conservé jusqu&#8217;en décembre et renouvelable en janvier pour une ultime année) grâce à une convention de stage avec l&#8217;université - au moins pour parvenir à payer le plus gros de mon loyer (705 €, mein gott) ;</li>
<li>trouver des activités annexes rémunératrices en cas de stage (cours de soutien à domicile ?).</li>
</ul>
<p>Il est délicat de faire le deuil d&#8217;une activité intellectuelle mais celle-ci, au cours de ces années de thèse, avait beaucoup trop tendance à entrer en contradiction avec mes angoisses du matériel systématiquement présentes, enivrantes et lancinantes.</p>
<p>Avec le recul, je me dis que quitter Paris pourrait être une solution. Retourner vivre dans le Sud de la France, en retrouvant ma chambre perso chez mes parents, par exemple. Cette solution serait séduisante s&#8217;il n&#8217;y avait trois problèmes fondamentaux :</p>
<ol>
<li>je ne crois pas que mes parents voient ce retour à la case départ d&#8217;un très bon oeil (cf. réflexion ci-après) ;</li>
<li>retrouver une chambre d&#8217;adolescent (que j&#8217;ai entièrement réaménagée il y a à peu près un an) après avoir vécu 5 ans seul dans un studio est une régression personnelle insupportable ;</li>
<li>mon petit-ami, avec qui nous fêterons nos deux ans en septembre 2009, habite Paris et ne peut pas quitter la capitale (et ses environs) dans son cadre professionnel (ni dans ses désirs personnels, d&#8217;ailleurs).</li>
</ol>
<p>En clair, je suis supposé, donc, faire avec cette idée de vivre à Paris en gagnant très peu d&#8217;argent et en payant un loyer très élevé. Pire : compte tenu de l&#8217;évolution du marché de la location et de la stabilité relative de mon loyer depuis 4 ans, je ne suis même pas sûr qu&#8217;habiter en banlieue proche soit financièrement intéressant par rapport à mon loyer actuel.</p>
<p>Le plus angoissant, dans cette histoire, hormis le fait de ce changement de vie, de perspectives d&#8217;avenir, de projections dans le futur et d&#8217;incertitudes matérielles renouvelées (qui ne viennent, ceci dit, que se superposer à celles anticipées depuis des mois et des mois), c&#8217;est que je me retrouve à soupirer avec angoisse comme un enfant. Comme Tanguy l&#8217;adulescent qui ne parvient à se détacher de ses parents.</p>
<p>Car dans tout cela, toute cette question de l&#8217;abandon de la thèse, de la tentative personnelle de trouver une activité professionnelle solide dans un avenir proche, de l&#8217;aspiration à obtenir une vraie (même minime) autonomie financière, ne représentent  en réalité qu&#8217;une seule et même chose : <strong>le fait de couper le cordon avec ma mère</strong>. Et je ne m&#8217;en étais jamais rendu compte, jusqu&#8217;à présent.</p>
<p>J&#8217;ai prévu ce soir d&#8217;annoncer à ma mère, au téléphone, l&#8217;abandon définitif de ma thèse, pour laquelle mes parents se sont pourtant saignés pour m&#8217;aider à la tenir. J&#8217;ai appris, en fin de semaine dernière, que mon père aurait pu (et voulu) partir en CFC (Congé de Fin de Carrière) si je n&#8217;avais pas commencé une thèse&#8230; Et je n&#8217;en avais pas conscience jusqu&#8217;à présent&#8230; Alors, dans ce sens, l&#8217;annonce de l&#8217;abandon de la thèse promet d&#8217;être particulièrement douloureux pour notre famille et pour ce qu&#8217;il implique pour la suite des événements.</p>
<p>Est-ce cela, devenir adulte ? Assumer ses responsabilités face à un échec et couper effectivement le cordon rassurant avec ses parents ?</p>
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		<title>Le Rayon Jaune ou mon grand-père fume des joints en cachette</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Mar 2009 18:41:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

		<category><![CDATA[alzheimer]]></category>

		<category><![CDATA[écriture]]></category>

		<category><![CDATA[grand-parents]]></category>

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		<category><![CDATA[rayon jaune]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 269, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/> Quelques nouvelles de transition. Je viens de passer 4 jours à Vichy pour voir ma famille et faire une pause dans mon travail de thèse qui occupe le plus clair de mon temps en ce moment, hormis peut-être le week-end où je m&#8217;accorde de quoi souffler un peu en écrivant. 
J&#8217;ai profité de mon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 269, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs12.jpg" alt="Humeurs" align="left" /> Quelques nouvelles de transition. Je viens de passer 4 jours à Vichy pour voir ma famille et faire une pause dans mon travail de thèse qui occupe le plus clair de mon temps en ce moment, hormis peut-être le week-end où je m&#8217;accorde de quoi souffler un peu en écrivant. </p>
<p>J&#8217;ai profité de mon séjour pour vérifier un certain nombre de données historiques qui vont m&#8217;être utiles dans la suite du <em><a href="http://www.lamoindreplume.net/category/feuilletons/le-rayon-jaune/">Rayon Jaune</a></em>. Cela m&#8217;obligera d&#8217;ailleurs à réécrire la moitié de la <a href="http://www.lamoindreplume.net/le-rayon-jaune-partie-3/">partie 3</a> du feuilleton car quelques informations collant plus à la réalité « du terrain » vont m&#8217;obliger à faire quelques corrections mineures (rien d&#8217;important, rassurez-vous). Entre autres choses, j&#8217;ai fait une escapade « <em>place Frantz Glénard </em>» (en faisant plein de photos) et, après avoir enquêté au musée municipal, j&#8217;ai passé une journée entière à la médiathèque vichyssoise pour consulter ouvrages archéologiques et archives locales afin que l&#8217;histoire du <em>Rayon Jaune</em> s&#8217;inscrive au mieux dans la réalité historique des lieux. Une véritable enquête historico-archéologique des plus passionnantes qui – fait amusant – ressemble quelque part à mon travail de thèse, fouillant dans des archives qui n&#8217;intéressent à peu près personne d&#8217;autre que moi. </p>
<p>Cela me permet de glisser l&#8217;info que la suite du <em>Rayon Jaune</em> ne devrait pas tarder, ayant pu m&#8217;y consacrer exclusivement pendant ces quelques jours passés à Vichy. </p>
<p>Mon séjour a été aussi l&#8217;occasion de rendre visite à mon grand-père, 86 ans. S&#8217;il fatigue un peu plus qu&#8217;il y a quelques années – c&#8217;est ma foi très logique – il est globalement en bonne santé. J&#8217;ai juste été un peu attristé de constater qu&#8217;il commençait à avoir quelques absences, perdant ses repères temporels de court terme. A titre d&#8217;exemple, il y a deux jours, nous regardions en famille « <em>Des racines et des ailes</em> » et, à un moment donné, alors qu&#8217;une scène filmée se déroulait (depuis plusieurs minutes) la nuit, il a commenté, étonné : « <em>Tiens ? Le soleil est bien pâle ?</em> ». Et c&#8217;est avec une patience apaisée que ma grand-mère lui a précisé qu&#8217;il s&#8217;agissait de la lune. Mon oncle – son fils – lui a également répondu avec inquiétude qu&#8217;il était propriétaire d&#8217;une maison depuis 10 ans lorsque mon grand-père lui a demandé de lui rappeler combien il payait de loyer&#8230; Et ceci trouve écho dans le fait que, lors du repas, mon grand-père a proposé du vin une dizaine de fois à mon père alors que celui-ci a systématiquement précisé qu&#8217;il ne buvait que de l&#8217;eau. </p>
<p>Ainsi, alors que, globalement, il était capable de discuter tout à fait naturellement, de nous raconter certains de ses vieux souvenirs, de reconnaître des camarades sur une vieille photo de classe remontant des années 30 dans un petit village du coin, il avait parfois ces étranges absences, comme si sa mémoire de court terme était altérée. Peut-être est-ce un début de la maladie d&#8217;Alzheimer. On en entend souvent parler à la télévision ou dans son entourage mais cela fait bizarre quand on constate que quelqu&#8217;un qu&#8217;on aime et connaît depuis longtemps pourrait en être frappé. </p>
<p>J&#8217;ai eu la chance – j&#8217;imagine – de ne jamais être touché par la mort d&#8217;un proche. J&#8217;ai encore mes grand-parents, des deux côtés, et personne de ma famille n&#8217;est pour l&#8217;instant décédé depuis ma naissance. Ainsi, inéluctablement, chaque année qui passe – et désormais chaque mois – me rapproche de cette certitude implacable, fatidique, et je ne sais pas comment j&#8217;y réagirai. </p>
<p>Pour l&#8217;heure, je me rassure en me disant que mon grand-père va très bien. Comme il en a toujours été depuis que je suis né. Et que s&#8217;il a quelques altérations de la mémoire de court terme, c&#8217;est tout simplement parce qu&#8217;il retrouve ses jeunes années, découvrant soudainement le haschich en fumant son premier pétard avant un repas de famille. La vieillesse serait alors un retour aux sources qui prendrait des contours surprenants. Oui, cela doit être ça : mon grand-père fume des joints en cachette et il n&#8217;a pas osé l&#8217;avouer à ses descendants. </p>
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		<title>6/x - Lui</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Mar 2009 06:42:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 267, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/> Un silence pesant s&#8217;installa dans la pièce. J&#8217;avais le souffle coupé et l&#8217;estomac retourné. Ses paroles me firent l&#8217;effet d&#8217;un coup de poing violent qui me déchiquetait sur place. Je comprenais au moins pourquoi il avait été aperçu la veille, entrant dans le bâtiment principal, Lui avec sa chemise jaune et blanche. Mais pourtant&#8230; [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 267, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" /> Un silence pesant s&#8217;installa dans la pièce. J&#8217;avais le souffle coupé et l&#8217;estomac retourné. Ses paroles me firent l&#8217;effet d&#8217;un coup de poing violent qui me déchiquetait sur place. Je comprenais au moins pourquoi il avait été aperçu la veille, entrant dans le bâtiment principal, Lui avec sa chemise jaune et blanche. Mais pourtant&#8230; &#8230; Alors comme ça, il lui&#8230; avait défoncé le&#8230; ?</p>
<p>- Qu&#8230; Qu&#8217;est-ce que tu viens de dire ? &#8230;</p>
<p>Il termina en silence de mâcher ce qu&#8217;il avait dans la bouche, l&#8217;avala et reprit la parole, visiblement calmé :</p>
<p>- J&#8217;avais rendez-vous hier soir avec Nathan dans les toilettes pour un plan cul&#8230; (<em>Il sembla hésiter et ajouta :</em>) Je ne savais pas ce qui allait lui arriver par la suite.<br />
- Tu&#8230; Tu m&#8217;as trompé ?<br />
- S&#8217;il te plaît, épargne-moi une scène&#8230; Tu voulais savoir ce que je faisais hier soir ? Maintenant tu sais. Mange, ça va être froid.<br />
- Je&#8230; Mais comment&#8230;</p>
<p>J&#8217;avais besoin de me détacher raisonnablement de tout cela. De prendre une distance. Comme ces gens qui, au Sri Lanka, avaient saisi leurs caméscopes amateurs et leurs appareil-photos au moment du tsunami de 2004. Pour avoir un regard détaché sur les choses. Pour rationaliser en faisant un pas en arrière de leur corps et ainsi éviter de céder à la panique. Et d&#8217;être submergé. Au moins par les émotions.</p>
<p>Mon tsunami perso, ce fut cet instant où mon coeur trahi s&#8217;apprêtait à chavirer sous une déferlante terrifiante, une lame de fond qui viendrait sous peu plus que m&#8217;embrumer le regard ; et pour l&#8217;heure, un sanglot que je savais être à venir commençait à m&#8217;agacer les dents et j&#8217;avais envie de vomir.</p>
<p>- Mais&#8230; Pourquoi&#8230; tu as couché avec lui ?<br />
Il marqua un bref silence et répondit :<br />
- Parce que j&#8217;en avais l&#8217;opportunité&#8230; Tu te souviens de la petite discussion qu&#8217;on a eu hier après-midi à son sujet ? Eh bien, je voulais vérifier si j&#8217;avais tort ou raison. Je suis allé le voir après la fin du cours, alors que tu étais déjà parti ; il était à la bibliothèque.<br />
J&#8217;écoutais silencieusement, visualisant la scène, les deux mâchoires grinçant l&#8217;une contre l&#8217;autre :<br />
- Je lui ai proposé directement de coucher avec lui, en lui disant que j&#8217;avais une grosse envie de baiser. Il a éclaté de rire. Alors je lui ai mis la main sur la queue, impassible. Et quand il a vu que j&#8217;étais sérieux, il a dit qu&#8217;il était d&#8217;accord.<br />
- Et&#8230; (<em>Je devais rester calme, posé, détaché, rationaliser, prendre le caméscope, il fallait prendre le caméscope&#8230; Je voulais savoir&#8230;</em>)&#8230; Et vous êtes allé directement&#8230; dans les toilettes ?<br />
- Non, il avait&#8230; (<em>il pouffa de rire</em>)&#8230; rendez-vous avec sa petite amie. Je ne savais même pas. Qui l&#8217;eut cru, hein ? Alors, on s&#8217;est donnés rendez-vous un peu après 20h00, dans les toilettes du bâtiment principal. Une fois qu&#8217;on a baisé, je suis rentré chez moi.<br />
- Et il a été&#8230; tué&#8230; juste après&#8230;<br />
- Ouais, voilà, fin de l&#8217;histoire. Ca y est, tu es content, tu sais tout, on peut manger maintenant ?</p>
<p>Je laissai aller un râle d&#8217;incompréhension. Il avait toujours été particulièrement gonflé mais, là, il dépassait les bornes. Cette fois-ci, c&#8217;était moi qui m&#8217;étais mis en colère :</p>
<p>- Non mais, tu plaisantes ? Tu me racontes l&#8217;air de rien que tu m&#8217;as trompé la veille avec un mec qui a été poignardé juste après t&#8217;avoir servi de vide-couilles et tu veux te servir en riz cantonnais ?!<br />
- J&#8217;ai faim. (<em>répliqua-t-il laconiquement</em>).<br />
- Je rêve&#8230; Non mais je rêve complètement ! &#8230; Et elle en pense quoi, la police ?<br />
- Rien, très certainement (<em>répondit-il du tac-au-tac, en se servant effectivement de riz cantonnais</em>).<br />
- Comment ça : « <em>rien</em> » ?<br />
- Elle ne sait pas que nous avons couché ensemble. E-vi-dem-ment (<em>scanda-t-il, détachant chaque syllabe, en me lançant en biais un regard noir</em>).<br />
- Quoi ? T&#8217;as rien dit à la police ? T&#8217;es le dernier mec à l&#8217;avoir vu vivant et t&#8217;as encore rien dit à la police ?!<br />
D&#8217;un geste brusque, il posa bruyamment ses baguettes en bois sur la table basse.<br />
- Tu crois quoi ? Que je vais m&#8217;amener comme une fleur auprès des flics et leur balancer : « <em>Eh, inspecteur, le sperme que vous avez trouvé dans la bouche de la victime, c&#8217;est le mien. Et sinon, l&#8217;enquête, ça avance ? </em>»<br />
- &#8230; C&#8217;est une plaisanterie ?<br />
- &#8230; Oh, c&#8217;est vrai, j&#8217;ai oublié de te dire : oui, j&#8217;ai joui dans sa bouche.<br />
- Non mais putain, pas ça ! Tu n&#8217;as rien dit à la police ?<br />
- Eh bien non. Et je crois bien que je vais m&#8217;abstenir. Et tu commences sérieusement à me casser les couilles, avec cette histoire de Nathan&#8230;<br />
- &#8230; On t&#8217;a vu aller au bâtiment principal, hier soir, imbécile ! (<em>lançai-je, hors de moi</em>)<br />
- &#8230;<br />
- Oui, on t&#8217;a vu hier soir. Un étudiant avec une « <em>chemise jaune et blanche</em> ». Ca te dit quelque chose ?<br />
- &#8230; On m&#8217;a vu hier soir ?<br />
- On t&#8217;a vu hier soir (<em>répétai-je encore, dans l&#8217;espoir qu&#8217;il comprenne</em>). Alors tu ferais mieux d&#8217;aller voir les flics avant qu&#8217;ils te découvrent par leurs propres moyens.<br />
Il ne répondit pas. Il posa doucement ses baguettes sur la table, porta la serviette en papier à sa bouche et s&#8217;essuya les commissures au coin des lèvres. Il resta silencieux un petit moment, visiblement pensif, et finit enfin par me regarder dans les yeux :<br />
- Alors, nous en sommes là ?<br />
Le fait qu&#8217;il venait de me tromper me retournait le ventre mais je découvrais combien j&#8217;étais faible et combien mon amour propre était somme toute très relatif. C&#8217;était la première fois depuis que nous sortions ensemble qu&#8217;il affichait ce regard inquiet. Jamais il n&#8217;avait été aussi beau. Alors, peu m&#8217;importait ce qu&#8217;il avait fait : je ne voulais pas qu&#8217;il m&#8217;échappe. Je fondais littéralement en sa présence ; je voulais l&#8217;enlacer, je voulais qu&#8217;il se perde pour une fois dans mes bras comme moi jadis je m&#8217;étais perdu dans les siens :<br />
- Tout va bien se passer&#8230; <em>répondis-je doucement</em>.<br />
- Même si ça fait de moi le suspect principal ?<br />
- Tu ne peux pas faire autrement : ils finiront par savoir, forcément&#8230; Tu sais ce qu&#8217;il te reste à faire&#8230;<br />
Il se leva du canapé sans me regarder et se dirigea vers la porte d&#8217;entrée. Mais il se retourna, le regard implorant, comme un enfant qui attend qu&#8217;on le sauve d&#8217;une tâche qu&#8217;il doit pourtant faire ; il aurait pu dire : « <em>Je suis vraiment vraiment obligé ?</em> », mais à la place :<br />
- Tu es sûr que c&#8217;est la solution ? <em>me demanda-t-il</em>.<br />
- Oui, je le crains, <em>finis-je par lui répondre, après un instant d&#8217;hésitation</em>.</p>
<p>Il se tût, me regarda de ses grands yeux bleus et finit par tourner les talons. Quelques instants plus tard, il était dehors. Il avait claqué la porte.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>5/x - Lui</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Mar 2009 12:47:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 266, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/>  J&#8217;étais tombé sur son répondeur. J&#8217;avais laissé un message laconique sans dire quoique ce fut si ce n&#8217;était un vague « Rappelle-moi ». Et 10 minutes plus tard, il m&#8217;avait rappelé. Il était en voiture, ne pouvait pas rester au bout du fil mais proposait de passer chez moi, il apporterait du chinois pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 266, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" />  J&#8217;étais tombé sur son répondeur. J&#8217;avais laissé un message laconique sans dire quoique ce fut si ce n&#8217;était un vague « <em>Rappelle-moi</em> ». Et 10 minutes plus tard, il m&#8217;avait rappelé. Il était en voiture, ne pouvait pas rester au bout du fil mais proposait de passer chez moi, il apporterait du chinois pour le midi. Je ressentais une certaine appréhension (« <em>Une chemise jaune et blanche ? </em>») mais j&#8217;avais accepté.</p>
<p>On sonna à la porte de l&#8217;appartement. J&#8217;allais ouvrir, laissai la porte entrouverte et m&#8217;installai sur le canapé du salon de mes parents. C&#8217;était Lui. Il était tout sourire, son sac en plastique odorant le glutamate asiatique entre les mains. J&#8217;eus voulu faire davantage preuve de précautions avant d&#8217;amener le sujet mais, en voyant son visage radieux, je ne pus m&#8217;en empêcher :</p>
<p>- Tu es au courant, pour Nathan ?<br />
Il perdit son sourire, posa le repas sur la table basse et laissa s&#8217;échapper un petit soupir, visiblement de déception.<br />
- Oui, je suis au courant. Je t&#8217;ai pris des nems.<br />
- Heu, merci. &#8230; Comment tu sais ?<br />
- Sophie m&#8217;a appelé ce matin. Il y a du boeuf aux champignons noirs et du riz cantonnais.<br />
- Elle m&#8217;a appelé aussi. Je suis allé à la fac ce matin, du coup. Elle était toute retournée&#8230;<br />
- Elle en avait l&#8217;air, au téléphone. Bon&#8230; On mange ?<br />
- J&#8217;ai pas très faim&#8230; Tu te rends compte qu&#8217;il a été&#8230; poignardé ? Comme ça craint ?<br />
Il ne répondit pas, les yeux perdus dans sa barquette en plastique, la bouche pleine, en train de mâcher le nem qu&#8217;il venait d&#8217;ingurgiter. J&#8217;hésitai un instant, et décidai maladroitement de me lancer :<br />
- J&#8217;arrive pas à réaliser&#8230; Le cours s&#8217;est fini à 18h00, il a quitté la salle comme nous, et après&#8230;<br />
J&#8217;attendais une réaction de sa part ; peine perdue. Je poursuivis :<br />
- J&#8217;ai fait un tour à la Fnac, en sortant du cours, et après je suis rentré chez moi&#8230; Et pendant ce temps, lui, si ça se trouve&#8230; (<em>Je marquai une pause.</em>) Et toi, tu faisais quoi, pendant qu&#8217;il était&#8230; ?<br />
Il lâcha le nem qu&#8217;il avait entre les mains dans sa barquette, le jetant presque, tout en sifflant un soupir bruyant et bref qui fleurait bon, cette fois, l&#8217;exaspération :<br />
- Mais bordel, on va parler de Nathan toute la journée ?! <em>lança-t-il</em>.<br />
- Hum, non, mais&#8230; Mais quand même, il est mort&#8230; !<br />
- Oui, il est mort ! Et alors ? Cela devrait m&#8217;empêcher de manger ?<br />
- Quoi ? Mais pourquoi tu te mets dans des états pareils ? Je te demandais juste&#8230; (<em>j&#8217;hésitai un instant compte tenu de son agacement</em>)&#8230; où tu étais hier soir, c&#8217;est tout ?<br />
- Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on en a à foutre, d&#8217;où j&#8217;étais hier soir ?! Il est mort ? Il est mort ! Il aurait pu tout aussi bien être écrasé par une voiture ou partir d&#8217;un cancer des poumons dans 20 ans, vu comme il puait la clope, ça change rien à l&#8217;affaire&#8230; Je peux finir mes nems, maintenant ?<br />
Il engouffra à nouveau un nem dans sa bouche. Je ne réagis pas, ne comprenant pas sa réaction. Ou craignant plutôt de trop bien la comprendre. Etait-ce son égoïsme habituel qui parlait ou était-ce autre chose (« <em>Une chemise jaune et blanche </em>») ? Je devais en avoir le coeur net&#8230;<br />
- Inutile de réagir comme ça&#8230; C&#8217;est juste que&#8230; Je voulais juste savoir ce que tu faisais hier soir quand il est mort, c&#8217;est tout&#8230;<br />
Il me foudroya du regard :<br />
- Ah tu veux vraiment parler de ça ?! Tu veux vraiment parler de Nathan ?! De ce que je faisais hier soir ?! C&#8217;est ça que tu veux ?!<br />
Je gardai le silence, les yeux fixés dans les siens, figé de peur et appréhendant sa réponse. Elle ne tarda pas à venir :<br />
- Hier soir, je lui défonçais le cul dans les chiottes, à ton Nathan&#8230; (<em>Il marqua une pause</em>) Peu de temps avant qu&#8217;il ait été tué, j&#8217;imagine&#8230;</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:subtitle>J'eacute;tais tombeacute; sur son reacute;pondeur. J'avais laisseacute; un message laconique sans dire quoique ce fut si ce n'eacute;tait un vague laquo;nbsp;Rappelle-moi raquo;. Et ...</itunes:subtitle>
		<itunes:summary>J'eacute;tais tombeacute; sur son reacute;pondeur. J'avais laisseacute; un message laconique sans dire quoique ce fut si ce n'eacute;tait un vague laquo;nbsp;Rappelle-moi raquo;. Et 10 minutes plus tard, il m'avait rappeleacute;. Il eacute;tait en voiture, ne pouvait pas rester au bout du fil mais proposait de passer chez moi, il apporterait du chinois pour le midi. Je ressentais une certaine appreacute;hension (laquo;nbsp;Une chemise jaune et blanche ? raquo;) mais j'avais accepteacute;.

On sonna agrave; la porte de l'appartement. J'allais ouvrir, laissai la porte entrouverte et m'installai sur le canapeacute; du salon de mes parents. C'eacute;tait Lui. Il eacute;tait tout sourire, son sac en plastique odorant le glutamate asiatique entre les mains. J'eus voulu faire davantage preuve de preacute;cautions avant d'amener le sujet mais, en voyant son visage radieux, je ne pus m'en empecirc;cher :

- Tu es au courant, pour Nathan ?
Il perdit son sourire, posa le repas sur la table basse et laissa s'eacute;chapper un petit soupir, visiblement de deacute;ception.
- Oui, je suis au courant. Je t'ai pris des nems.
- Heu, merci. ... Comment tu sais ?
- Sophie m'a appeleacute; ce matin. Il y a du boeuf aux champignons noirs et du riz cantonnais.
- Elle m'a appeleacute; aussi. Je suis alleacute; agrave; la fac ce matin, du coup. Elle eacute;tait toute retourneacute;e...
- Elle en avait l'air, au teacute;leacute;phone. Bon... On mange ?
- J'ai pas tregrave;s faim... Tu te rends compte qu'il a eacute;teacute;... poignardeacute; ? Comme ccedil;a craint ?
Il ne reacute;pondit pas, les yeux perdus dans sa barquette en plastique, la bouche pleine, en train de macirc;cher le nem qu'il venait d'ingurgiter. J'heacute;sitai un instant, et deacute;cidai maladroitement de me lancer :
- J'arrive pas agrave; reacute;aliser... Le cours s'est fini agrave; 18h00, il a quitteacute; la salle comme nous, et apregrave;s...
J'attendais une reacute;action de sa part ; peine perdue. Je poursuivis :
- J'ai fait un tour agrave; la Fnac, en sortant du cours, et apregrave;s je suis rentreacute; chez moi... Et pendant ce temps, lui, si ccedil;a se trouve... (Je marquai une pause.) Et toi, tu faisais quoi, pendant qu'il eacute;tait... ?
Il lacirc;cha le nem qu'il avait entre les mains dans sa barquette, le jetant presque, tout en sifflant un soupir bruyant et bref qui fleurait bon, cette fois, l'exaspeacute;ration :
- Mais bordel, on va parler de Nathan toute la journeacute;e ?! lanccedil;a-t-il.
- Hum, non, mais... Mais quand mecirc;me, il est mort... !
- Oui, il est mort ! Et alors ? Cela devrait m'empecirc;cher de manger ?
- Quoi ? Mais pourquoi tu te mets dans des eacute;tats pareils ? Je te demandais juste... (j'heacute;sitai un instant compte tenu de son agacement)... ougrave; tu eacute;tais hier soir, c'est tout ?
- Qu'est-ce qu'on en a agrave; foutre, d'ougrave; j'eacute;tais hier soir ?! Il est mort ? Il est mort ! Il aurait pu tout aussi bien ecirc;tre eacute;craseacute; par une voiture ou partir d'un cancer des poumons dans 20 ans, vu comme il puait la clope, ccedil;a change rien agrave; l'affaire... Je peux finir mes nems, maintenant ?
Il engouffra agrave; nouveau un nem dans sa bouche. Je ne reacute;agis pas, ne comprenant pas sa reacute;action. Ou craignant plutocirc;t de trop bien la comprendre. Etait-ce son eacute;goiuml;sme habituel qui parlait ou eacute;tait-ce autre chose (laquo;nbsp;Une chemise jaune et blanche raquo;) ? Je devais en avoir le coeur net...
- Inutile de reacute;agir comme ccedil;a... C'est juste que... Je voulais juste savoir ce que tu faisais hier soir quand il est mort, c'est tout...
Il me foudroya du regard :
- Ah tu veux vraiment parler de ccedil;a ?! Tu veux vraiment parler de Nathan ?! De ce que je faisais hier soir ?! C'est ccedil;a que tu veux ?!
Je gardai le silence, les yeux fixeacute;s dans les siens, figeacute; de peur et appreacute;hendant sa reacute;ponse. Elle ne tarda pas agrave; venir ...</itunes:summary>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>4/x - Lui</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Feb 2009 08:04:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 263, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/>  Le téléphone s&#8217;était mis à sonner. Je n&#8217;avais pas entendu les premières sonneries mais seulement les suivantes, à partir de la troisième ou de la quatrième. J&#8217;avais difficilement ouvert les yeux, la lumière du soleil matinal perçait timidement les persiennes. Alors, j&#8217;avais saisi l&#8217;instrument de mon tourment – ce portable qui s&#8217;agitait au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 263, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" />  Le téléphone s&#8217;était mis à sonner. Je n&#8217;avais pas entendu les premières sonneries mais seulement les suivantes, à partir de la troisième ou de la quatrième. J&#8217;avais difficilement ouvert les yeux, la lumière du soleil matinal perçait timidement les persiennes. Alors, j&#8217;avais saisi l&#8217;instrument de mon tourment – ce portable qui s&#8217;agitait au matin en me sortant de mes rêveries – regardé qui en était l&#8217;appelant (« <em>Tiens&#8230; ? Sophie de mon groupe de TD du mardi&#8230; ? </em>»), m&#8217;étais essuyé la bave encore tiède qui avait coulé sur ma joue dans mon sommeil, et finalement vite raclé la gorge en prenant une grande inspiration, et en espérant conserver toute ma dignité en donnant à mes paroles un peu de contenance :</p>
<p>« <em>Alleauuuuu&#8230; ? </em>». Ma voix d&#8217;outre-tombe m&#8217;avait trahi : Sophie s&#8217;excusait déjà de me réveiller.</p>
<p>Entre deux bâillements, essayant de réaliser ce qu&#8217;elle me racontait, me frottant les yeux avec le secret espoir de sortir de ma léthargie (« <em>Ou bien de retourner me coucher très vite&#8230; Non, ce ne serait pas raisonnable&#8230; </em>»), j&#8217;essayais de comprendre pourquoi elle m&#8217;avait appelé. J&#8217;étais le troisième sur sa liste de contacts, elle s&#8217;était dit qu&#8217;il fallait prévenir tous ceux qui étaient en cours avec lui.</p>
<p>Lui ? Lui, c&#8217;était Nathan et il avait été assassiné. La presse régionale allait en faire ses choux gras pour les jours à venir (<em>cf. <a href="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/article-nice-matin-meurtre-nathan.jpg">cette coupure de presse</a> de l&#8217;époque</em>).</p>
<p>Deux heures après le coup de fil de Sophie, après m&#8217;être vaguement débarbouillé, j&#8217;arrivai sur le site du campus.</p>
<p>J&#8217;avais hésité. Au début, non, je m&#8217;étais dit que c&#8217;était la meilleure chose à faire, rencontrer les enquêteurs directement sans attendre qu&#8217;ils me contactent, essayer de leur donner des renseignements quelconques même si je ne savais rien de particulier, prendre un peu la température auprès des autres étudiants, voir l&#8217;agitation des autorités et puis – qui sait – jeter un oeil au lieu du crime, juste pour voir, en espérant qu&#8217;il n&#8217;avait pas été nettoyé ?</p>
<p>Et puis, alors que j&#8217;étais en train de m&#8217;habiller, je m&#8217;étais soudain interrompu : et s&#8217;ils cherchaient le meurtrier parmi les étudiants ? Dans ce cas, est-ce que le fait de me rendre à la fac pour les rencontrer n&#8217;était pas un comportement suspect ? Celui d&#8217;un agresseur qui ferait semblant de désirer aider et d&#8217;être disponible pour mieux voiler sa culpabilité ?</p>
<p>D&#8217;un autre côté, est-ce que le fait de rester chez moi, sans réagir, alors que cette Sophie m&#8217;avait prévenu était un comportement suspect ? Et puis, imaginons qu&#8217;elle mentait ? Que je faisais partie des suspects pour une obscure raison et que la police lui avait demandé de m&#8217;appeler pour me faire venir ? Qu&#8217;elle n&#8217;avait appelé personne d&#8217;autre, en fait ? &#8230;</p>
<p>J&#8217;avais secoué la tête, avalé d&#8217;un trait l&#8217;expresso que je venais de me faire et m&#8217;étais fait la réflexion&#8230; que je réfléchissais trop, justement.</p>
<p>Sur place, c&#8217;était un peu la déception : point d&#8217;agitation particulière mais au contraire une absence de réaction. Une cellule psychologique avait été installée dans une grande salle où, habituellement, la fac affichait les résultats d&#8217;examens mais aucun étudiant ne s&#8217;y trouvait. Le crime avait eu lieu dans les toilettes pour homme ; je m&#8217;en étais rendu compte par moi-même en passant à proximité, constatant qu&#8217;ils avaient été barrés par des rubans jaunes « <em>Do not cross </em>» comme dans les films américains sauf que, pour le coup, les rubans étaient bien français et arboraient « <em>Zone interdite – Police technique et scientifique</em> ». Il était impossible de voir quoi que ce fut depuis le couloir où le quidam essayait de regarder. Bref, vu que les cours avaient été annulés pour la journée et que nous étions vendredi, j&#8217;imagine que la majorité des étudiants qui n&#8217;étaient pas des curieux avides de sang étaient heureux de l&#8217;aubaine du long week-end de 3 jours qui s&#8217;offrait à eux.</p>
<p>J&#8217;avais retrouvé Sophie et trois autres étudiants de ma promo dans un café en contre-bas de la faculté. Elle travaillait à la bibliothèque ce matin pour un exposé qui aurait dû avoir lieu dans l&#8217;après-midi. C&#8217;est la raison pour laquelle elle se trouvait à la fac. La plupart des gens de notre promo n&#8217;étaient pas présents puisque nous n&#8217;aurions dû avoir cours qu&#8217;à partir de 14h00.</p>
<p>Elle nous avait expliqué comment tout s&#8217;était passé. Un étudiant avait découvert le corps de Nathan dans les toilettes au petit matin, plusieurs coups de couteau d&#8217;après ce qu&#8217;elle avait compris. Pas de témoin, cela avait dû se passer dans la nuit ou dans la soirée, après le passage des équipes de nettoyage, qui passaient vers 19h00. Elle était sous le choc, même si Nathan, elle ne le connaissait pas vraiment.  Elle était catholique, elle ne comprenait pas comment on pouvait tuer quelqu&#8217;un avec autant de violence, c&#8217;était horrible, il y avait du sang partout d&#8217;après ce que disaient ceux qui avaient découvert le corps. Elle avait pleuré un peu, une de ses copines aussi en conséquence, les deux autres étudiants et moi les avions réconfortées, même si nous n&#8217;en menions pas large non plus.</p>
<p>Une fois calmée, elle avait bien voulu nous parler plus en détails de ce qu&#8217;elle savait. Personne n&#8217;avait vu Nathan aller aux toilettes la veille. Par contre, un autre étudiant lui avait dit qu&#8217;une secrétaire de la bibliothèque – qui fermait à 19h45 – avait vu, en sortant, un jeune homme entrer dans le bâtiment principal.</p>
<p>Il s&#8217;agissait là d&#8217;un élément important. Dans cette faculté, le bâtiment principal n&#8217;accueillait normalement plus de cours à partir de 18h ; les cours tardifs (qui pouvaient avoir lieu jusqu&#8217;à 21h00) se déroulaient exclusivement dans les bâtiments annexes. Seul le service de nettoyage se retrouvait dans les couloirs du bâtiment principal jusqu&#8217;à 19h30 environ, avant que les grilles d&#8217;accès au campus ne soient fermées aux alentours de 21h30.</p>
<p>Par conséquent, si un étudiant avait été aperçu aux alentours de 20h00 entrant dans le bâtiment principal, il pouvait s&#8217;agir d&#8217;un suspect.</p>
<p>Mais lorsque j&#8217;appris que, d&#8217;après cette rumeur, la secrétaire de la bibliothèque, si elle n&#8217;avait pu voir le visage de l&#8217;étudiant à distance, avait cependant pu remarquer qu&#8217;il portait une chemise jaune et blanche, un frisson m&#8217;avait parcouru l&#8217;échine.</p>
<p>Jaune et blanche ?</p>
<p>J&#8217;avais pris congé de mes camarades, allumé mon téléphone à peine sorti du bar et composé son numéro.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:subtitle>Le teacute;leacute;phone s'eacute;tait mis agrave; sonner. Je n'avais pas entendu les premiegrave;res sonneries mais seulement les suivantes, agrave; partir de la troisiegrave;me ou ...</itunes:subtitle>
		<itunes:summary>Le teacute;leacute;phone s'eacute;tait mis agrave; sonner. Je n'avais pas entendu les premiegrave;res sonneries mais seulement les suivantes, agrave; partir de la troisiegrave;me ou de la quatriegrave;me. J'avais difficilement ouvert les yeux, la lumiegrave;re du soleil matinal perccedil;ait timidement les persiennes. Alors, j'avais saisi l'instrument de mon tourment ndash; ce portable qui s'agitait au matin en me sortant de mes recirc;veries ndash; regardeacute; qui en eacute;tait l'appelant (laquo;nbsp;Tiens... ? Sophie de mon groupe de TD du mardi... ? raquo;), m'eacute;tais essuyeacute; la bave encore tiegrave;de qui avait couleacute; sur ma joue dans mon sommeil, et finalement vite racleacute; la gorge en prenant une grande inspiration, et en espeacute;rant conserver toute ma digniteacute; en donnant agrave; mes paroles un peu de contenance :

laquo;nbsp;Alleauuuuu... ? raquo;. Ma voix d'outre-tombe m'avait trahi : Sophie s'excusait deacute;jagrave; de me reacute;veiller.

Entre deux bacirc;illements, essayant de reacute;aliser ce qu'elle me racontait, me frottant les yeux avec le secret espoir de sortir de ma leacute;thargie (laquo;nbsp;Ou bien de retourner me coucher tregrave;s vite... Non, ce ne serait pas raisonnable... raquo;), j'essayais de comprendre pourquoi elle m'avait appeleacute;. J'eacute;tais le troisiegrave;me sur sa liste de contacts, elle s'eacute;tait dit qu'il fallait preacute;venir tous ceux qui eacute;taient en cours avec lui.

Lui ? Lui, c'eacute;tait Nathan et il avait eacute;teacute; assassineacute;. La presse reacute;gionale allait en faire ses choux gras pour les jours agrave; venir (cf. cette coupure de presse de l'eacute;poque).

Deux heures apregrave;s le coup de fil de Sophie, apregrave;s m'ecirc;tre vaguement deacute;barbouilleacute;, j'arrivai sur le site du campus.

J'avais heacute;siteacute;. Au deacute;but, non, je m'eacute;tais dit que c'eacute;tait la meilleure chose agrave; faire, rencontrer les enquecirc;teurs directement sans attendre qu'ils me contactent, essayer de leur donner des renseignements quelconques mecirc;me si je ne savais rien de particulier, prendre un peu la tempeacute;rature aupregrave;s des autres eacute;tudiants, voir l'agitation des autoriteacute;s et puis ndash; qui sait ndash; jeter un oeil au lieu du crime, juste pour voir, en espeacute;rant qu'il n'avait pas eacute;teacute; nettoyeacute; ?

Et puis, alors que j'eacute;tais en train de m'habiller, je m'eacute;tais soudain interrompu : et s'ils cherchaient le meurtrier parmi les eacute;tudiants ? Dans ce cas, est-ce que le fait de me rendre agrave; la fac pour les rencontrer n'eacute;tait pas un comportement suspect ? Celui d'un agresseur qui ferait semblant de deacute;sirer aider et d'ecirc;tre disponible pour mieux voiler sa culpabiliteacute; ?

D'un autre cocirc;teacute;, est-ce que le fait de rester chez moi, sans reacute;agir, alors que cette Sophie m'avait preacute;venu eacute;tait un comportement suspect ? Et puis, imaginons qu'elle mentait ? Que je faisais partie des suspects pour une obscure raison et que la police lui avait demandeacute; de m'appeler pour me faire venir ? Qu'elle n'avait appeleacute; personne d'autre, en fait ? ...

J'avais secoueacute; la tecirc;te, avaleacute; d'un trait l'expresso que je venais de me faire et m'eacute;tais fait la reacute;flexion... que je reacute;fleacute;chissais trop, justement.

Sur place, c'eacute;tait un peu la deacute;ception : point d'agitation particuliegrave;re mais au contraire une absence de reacute;action. Une cellule psychologique avait eacute;teacute; installeacute;e dans une grande salle ougrave;, habituellement, la fac affichait les reacute;sultats d'examens mais aucun eacute;tudiant ne s'y trouvait. Le crime avait eu lieu dans les toilettes pour homme ; je m'en eacute;tais rendu compte par moi-mecirc;me en passant agrave; proximiteacute;, constatant qu'ils avaient eacute;teacute; barreacute;s par des rubans jaunes laquo;nbsp;Do...</itunes:summary>
		<itunes:keywords>Lui</itunes:keywords>
		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>3/x - Lui</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Feb 2009 05:03:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Lui]]></category>

		<category><![CDATA[écriture]]></category>

		<category><![CDATA[gay]]></category>

		<category><![CDATA[littéraire]]></category>

		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>

		<category><![CDATA[policier]]></category>

		<category><![CDATA[thriller]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 261, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/>  « J&#8217;aime sentir ton foutre dans mon cul. Sur mon visage aussi. »
Cela n&#8217;était qu&#8217;un fantasme comme les autres. Une pratique sexuelle comme une autre parmi un large panel de pratiques, des plus régulières et inoffensives, aux plus&#8230; hétérodoxes et exotiques. Et Dieu sait combien les hommes – a fortiori les homos – sont capables [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 261, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" />  « <em>J&#8217;aime sentir ton foutre dans mon cul. Sur mon visage aussi. </em>»</p>
<p>Cela n&#8217;était qu&#8217;un fantasme comme les autres. Une pratique sexuelle comme une autre parmi un large panel de pratiques, des plus régulières et inoffensives, aux plus&#8230; hétérodoxes et exotiques. Et Dieu sait combien les hommes – a fortiori les homos – sont capables d&#8217;inventivité en matière de jeux sexuels ! </p>
<p>Pourtant, chez lui, ce n&#8217;était pas un jeu. Ou plutôt, je devrais dire que ce n&#8217;était pas qu&#8217;un simple fantasme. Avec les années et les partenaires, j&#8217;ai pu me rendre compte que certains appréciaient de jouer avec le sperme à un moment particulier de l&#8217;acte sexuel mais en étaient pourtant détachés (voire même dégoûtés) une fois l&#8217;état de satisfaction atteint. Sauf qu&#8217;à l&#8217;époque de mon histoire avec « Lui », je l&#8217;ignorais encore. Et le fait qu&#8217;il voyait dans le sperme non pas le symbole du plaisir de l&#8217;autre mais le vecteur d&#8217;une salissure – ma salissure – était tout sauf anodin. Surtout si on prenait en compte le fait que cette salissure le fascinait et l&#8217;excitait. </p>
<p>J&#8217;en avais eu la certitude lors d&#8217;une discussion qui avait eu lieu quelques jours après le semblant de rupture que nous avions vécu. Une rupture qui n&#8217;avait finalement pas été consommée, ne sachant ni les raisons qui l&#8217;avaient mis dans une rage folle, ni celles qui l&#8217;avaient poussé à finalement revenir auprès de moi comme si de rien n&#8217;était. </p>
<p>Cet après-midi là, nous étions assis l&#8217;un à côté de l&#8217;autre et avions un cours d&#8217;amphi qui ne me passionnait guère. Dans ces cas-là, je faisais toujours un effort la première heure mais, la démotivation aidant, je finissais par reposer mon plume avec résignation et à me laisser aller à regarder mes copains étudiants. Et ce que j&#8217;appréciais, dans un amphi, c&#8217;était la somme colossale de jeunes mecs qu&#8217;il était possible de mater tout autour de soi avec délectation. </p>
<p>Et puis, il y avait toujours le garçon. Celui qui attirait notre attention plus que de mesure, pour une nuque délicate, un regard fondant, des lèvres tendres ou des pectoraux simplement dessinés derrière un t-shirt. Dans ce cours-ci, c&#8217;était Nathan. Avant de sortir avec « Lui », Nathan avait toujours fait parti de mes fantasmes d&#8217;étudiant. Et je n&#8217;étais jamais parvenu à savoir s&#8217;il était hétéro ou homo. Je m&#8217;étais donc laissé aller ce jour-là à baver sur Nathan comme nombreuses de mes soeurs hétérosexuelles en mal d&#8217;amour. Et sans doute aussi en mal d&#8217;une nuit de baise – enfin (elles en étaient désespérées) – mémorable. </p>
<p>Cela ne « Lui » avait pas plu. Il ne l&#8217;avait pas dit explicitement mais c&#8217;était tout comme. Nous nous étions retrouvés à la pause pour fumer une cigarette, à l&#8217;extérieur de l&#8217;amphi. Il avait enfilé sa petite veste en velours beige parce qu&#8217;il ne portait qu&#8217;une chemise hawaïenne jaune et blanche et que le vent soufflait fort. Le temps d&#8217;approcher ses mains de sa bouche pour aider la flamme du briquet à réveiller la braise de sa clope, qu&#8217;il m&#8217;informait qu&#8217;il n&#8217;était pas aveugle : </p>
<p>- N&#8217;y pense même pas, avait-il lancé.<br />
- Pardon ?<br />
- Avec Nathan. N&#8217;y pense même pas.<br />
- Hein ? &#8230; (<em>J&#8217;étais pris la main dans le sac</em>). De quoi tu parles ?<br />
- Ne nie pas. De toute façon, ce n&#8217;est pas quelqu&#8217;un pour toi.<br />
- Attends&#8230; De toute façon, tu es mon copain&#8230; Et puis c&#8217;est pas parce que je regarde que&#8230;<br />
- Je suis une exception, Arnaud.<br />
- &#8230; Une exception ? Je ne comprends pas ?<br />
- Nathan n&#8217;est pas quelqu&#8217;un pour toi. Vous ne faîtes pas partis du même monde.<br />
- Je ne comprends pas&#8230; ? (<em>Je ne voyais pas où il voulait en venir.</em>)<br />
Il soupira :<br />
- Tu es laid, Arnaud. Lui ne l&#8217;est pas.</p>
<p>Et cela m&#8217;avait fait l&#8217;effet d&#8217;une douche froide. N&#8217;importe qui ayant suffisamment confiance en lui aurait sans doute réagi en riant sincèrement. Cela n&#8217;avait pas été mon cas. Car jamais je ne m&#8217;étais aimé. Et que j&#8217;avais toujours souffert de ce désamour que j&#8217;adressais tous les jours à mon miroir. Alors, lorsque « Lui » n&#8217;avait pas hésité une seule seconde à souligner ces questions d&#8217;estime personnelle, je m&#8217;étais retrouvé cloué sur place, rabaissé, silencieux, misérable. </p>
<p>Avec le recul, je comprends aujourd&#8217;hui que c&#8217;est sans doute cette différence de beauté physique – les plus hypocrites auraient dit que je ne rentrais pas dans les canons classiques de l&#8217;esthétique – qui  tout à la fois nous séparaient, « Lui » et moi, mais aussi nous réunissaient. Autant, « Lui » incarnait cette beauté inaccessible à laquelle j&#8217;avais la chance de pouvoir goûter, autant – moi – j&#8217;incarnais cette laideur qui l&#8217;excitait tant et tant, quand il réclamait que je lui jouisse au visage. </p>
<p>Me rabaisser physiquement faisait sans doute partie de ce jeu particulier qu&#8217;il affectionnait tant ; plus j&#8217;étais persuadé de cette laideur, plus je l&#8217;exprimais dans sa simplicité toute naturelle, informé par le regard de l&#8217;autre que mon image relevait du dégoût. Alors, je me résignais à être laid, « Lui » triomphait de cette empire, et hurlait ses orgasmes lorsque je giclais benoîtement dans sa bouche. </p>
<p>Etre aimé pour une laideur tout en se désaimant pour la même raison. Il y avait là un écartèlement malsain entre l&#8217;amour propre et l&#8217;amour de soi qui aurait pu me mettre la puce à l&#8217;oreille, si seulement j&#8217;avais été un lecteur de Rousseau à cette époque. Malheureusement, on ne se découvre souvent un intérêt pour l&#8217;intelligence des classiques qu&#8217;à partir d&#8217;un moment où l&#8217;on n&#8217;est plus en mesure d&#8217;en recevoir toute la portée des enseignements ; sans doute parce qu&#8217;on n&#8217;en saisit l&#8217;intérêt personnel qu&#8217;à rebours, lorsque l&#8217;expérience vient avec ses blessures qu&#8217;il est indispensable de panser. </p>
<p>Mais il est des évènements qui suscitent bien d&#8217;avantage d&#8217;interrogation que le plus pertinent des écrits de philosophe. Et ce fut le cas le lendemain de cet épisode d&#8217;humiliation universitaire : le corps de Nathan avait été retrouvé poignardé, au matin, dans les toilettes du bâtiment principal&#8230;</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:subtitle>laquo;nbsp;J'aime sentir ton foutre dans mon cul. Sur mon visage aussi.nbsp;raquo;

Cela n'eacute;tait qu'un fantasme comme les autres. Une pratique sexuelle comme une autre ...</itunes:subtitle>
		<itunes:summary>laquo;nbsp;J'aime sentir ton foutre dans mon cul. Sur mon visage aussi.nbsp;raquo;

Cela n'eacute;tait qu'un fantasme comme les autres. Une pratique sexuelle comme une autre parmi un large panel de pratiques, des plus reacute;guliegrave;res et inoffensives, aux plus... heacute;teacute;rodoxes et exotiques. Et Dieu sait combien les hommes ndash; a fortiori les homos ndash; sont capables d'inventiviteacute; en matiegrave;re de jeux sexuels ! 

Pourtant, chez lui, ce n'eacute;tait pas un jeu. Ou plutocirc;t, je devrais dire que ce n'eacute;tait pas qu'un simple fantasme. Avec les anneacute;es et les partenaires, j'ai pu me rendre compte que certains appreacute;ciaient de jouer avec le sperme agrave; un moment particulier de l'acte sexuel mais en eacute;taient pourtant deacute;tacheacute;s (voire mecirc;me deacute;goucirc;teacute;s) une fois l'eacute;tat de satisfaction atteint. Sauf qu'agrave; l'eacute;poque de mon histoire avec laquo;nbsp;Luinbsp;raquo;, je l'ignorais encore. Et le fait qu'il voyait dans le sperme non pas le symbole du plaisir de l'autre mais le vecteur d'une salissure ndash; ma salissure ndash; eacute;tait tout sauf anodin. Surtout si on prenait en compte le fait que cette salissure le fascinait et l'excitait. 

J'en avais eu la certitude lors d'une discussion qui avait eu lieu quelques jours apregrave;s le semblant de rupture que nous avions veacute;cu. Une rupture qui n'avait finalement pas eacute;teacute; consommeacute;e, ne sachant ni les raisons qui l'avaient mis dans une rage folle, ni celles qui l'avaient pousseacute; agrave; finalement revenir aupregrave;s de moi comme si de rien n'eacute;tait. 

Cet apregrave;s-midi lagrave;, nous eacute;tions assis l'un agrave; cocirc;teacute; de l'autre et avions un cours d'amphi qui ne me passionnait guegrave;re. Dans ces cas-lagrave;, je faisais toujours un effort la premiegrave;re heure mais, la deacute;motivation aidant, je finissais par reposer mon plume avec reacute;signation et agrave; me laisser aller agrave; regarder mes copains eacute;tudiants. Et ce que j'appreacute;ciais, dans un amphi, c'eacute;tait la somme colossale de jeunes mecs qu'il eacute;tait possible de mater tout autour de soi avec deacute;lectation. 

Et puis, il y avait toujours le garccedil;on. Celui qui attirait notre attention plus que de mesure, pour une nuque deacute;licate, un regard fondant, des legrave;vres tendres ou des pectoraux simplement dessineacute;s derriegrave;re un t-shirt. Dans ce cours-ci, c'eacute;tait Nathan. Avant de sortir avec laquo;nbsp;Luinbsp;raquo;, Nathan avait toujours fait parti de mes fantasmes d'eacute;tudiant. Et je n'eacute;tais jamais parvenu agrave; savoir s'il eacute;tait heacute;teacute;ro ou homo. Je m'eacute;tais donc laisseacute; aller ce jour-lagrave; agrave; baver sur Nathan comme nombreuses de mes soeurs heacute;teacute;rosexuelles en mal d'amour. Et sans doute aussi en mal d'une nuit de baise ndash; enfin (elles en eacute;taient deacute;sespeacute;reacute;es) ndash; meacute;morable. 

Cela ne laquo;nbsp;Luinbsp;raquo; avait pas plu. Il ne l'avait pas dit explicitement mais c'eacute;tait tout comme. Nous nous eacute;tions retrouveacute;s agrave; la pause pour fumer une cigarette, agrave; l'exteacute;rieur de l'amphi. Il avait enfileacute; sa petite veste en velours beige parce qu'il ne portait qu'une chemise hawaiuml;enne jaune et blanche et que le vent soufflait fort. Le temps d'approcher ses mains de sa bouche pour aider la flamme du briquet agrave; reacute;veiller la braise de sa clope, qu'il m'informait qu'il n'eacute;tait pas aveugle : 

- N'y pense mecirc;me pas, avait-il lanceacute;. 
- Pardon ? 
- Avec Nathan. N'y pense mecirc;me pas.
- Hein ? ... (J'eacute;tais pris la main dans le sac). De quoi tu parles ?
- Ne nie pas. De toute faccedil;on, ce n'est pas quelqu'un pour toi.
- Attends... De toute faccedil;on, tu es mon copain... Et puis c'est pas parce que je regarde que...
- Je suis une exception, Arnaud.
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>Le 11 septembre et le mariage gay</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Feb 2009 21:22:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

		<category><![CDATA[11 septembre]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 259, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/>
« Prenez votre revanche sur le 11 septembre : défendez le mariage gay ! 
Les gens diront, &#8220;Cela n&#8217;a aucun sens - qu&#8217;est-ce que l&#8217;un a à voir avec l&#8217;autre ?&#8221; Ce qui réclame une explication : 
Nous ne connaissons pas qui sont les commanditaires - peut-être des fanatiques Musulmans, peut-être des fanatiques Chrétiens (supporters [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 259, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs11.jpg" alt="Humeurs" align="left" /><br />
<blockquote>« Prenez votre revanche sur le 11 septembre : défendez le mariage gay ! </p>
<p>Les gens diront, &#8220;Cela n&#8217;a aucun sens - qu&#8217;est-ce que l&#8217;un a à voir avec l&#8217;autre ?&#8221; Ce qui réclame une explication : </p>
<p>Nous ne connaissons pas qui sont les commanditaires - peut-être des fanatiques Musulmans, peut-être des fanatiques Chrétiens (supporters du régime de Bush), peut-être des deux. Il est délicat de prendre sa revanche sur des gens quand vous ne pouvez les identifier. Que pouvons-nous faire dans ce cas ? </p>
<p>Ces deux groupes détestent les gays et s&#8217;opposent aux droits des homosexuels. Par conséquent, défendre le mariage gay nous donne l&#8217;opportunité d&#8217;être sûrs de rendre les commanditaires misérables, quels qu&#8217;ils soient. » </p></blockquote>
<p>(traduction d&#8217;une des &#8220;<em>Long-term action items</em>&#8221; - du <a href="http://www.stallman.org/">blog libertaire</a> de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Stallman">Richard Stallman</a>, chantre du logiciel libre) </p>
<p>Au-delà de la boutade, j&#8217;ignorais que la thèse conspirationiste façon <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Thierry_Meyssan">Meyssan</a> pouvait avoir un écho chez Stallman. </p>
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		<title>Sauvé, ce blog ! La pelle aux dons</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Feb 2009 01:21:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 257, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/>Bonjour à tous.
Bon, je ne vous cacherai pas mes difficultés financières actuelles : c&#8217;est la mouise ! L&#8217;hébergement de mon site web arrivant à échéance mi-mars, je ne sais pas si je vais parvenir à le payer cette année.
Je suis doctorant, sans allocation de recherche, et travaille sporadiquement pour des petits CDD divers payés au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 257, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs09.jpg" alt="Humeurs" align="left" />Bonjour à tous.</p>
<p>Bon, je ne vous cacherai pas mes difficultés financières actuelles : c&#8217;est la mouise ! L&#8217;hébergement de mon site web arrivant à échéance mi-mars, je ne sais pas si je vais parvenir à le payer cette année.</p>
<p>Je suis doctorant, sans allocation de recherche, et travaille sporadiquement pour des petits CDD divers payés au lance-pierres afin d&#8217;assurer le loyer de mon studio parisien élevé (plus de 700 € par mois). Je touche une allocation logement qui, depuis ce début février, a été revalorisée à 50 € de moins pour des raisons encore obscures (<em>pour résumer : il semble que parce que j&#8217;ai travaillé une semaine de plus - payée au SMIC - dans un boulot d&#8217;été il y a deux ans, en 2007, je sois passé dans la tranche au-dessus. Ce petit aléas tronque mon allocation logement de 50 € tous les mois pour 2009. Dommage : j&#8217;avais besoin de ces 50 € mensuels pour boucler mon budget.</em>).</p>
<p>Or, bien que j&#8217;ai arrêté de fumer depuis 3 mois essentiellement pour des raisons financières, ce nouveau coup dur m&#8217;oblige à repenser mon budget mensuel qui était déjà très <strong>très</strong> serré.</p>
<p>L&#8217;hébergement de ce site internet me coûte (hébergeur + nom de domaine) précisément <strong>124 €</strong> par an [<em>je viens en effet de faire la conversion dollars =&gt; euros, mon hébergeur étant américain : j'étais optimiste avec mes précédents 100 € annoncés</em>]. Il se trouve que le renouvellement mensuel a lieu <strong>début mars 2009</strong> et je crains, compte tenu de ma situation financière actuelle, de devoir faire une coupe franche dans mon budget en ne renouvelant pas mon abonnement chez mon hébergeur.</p>
<p>Par conséquent, je suis obligé de faire appel à <strong>vous</strong>, amis lecteurs.</p>
<p>- Si vous aimez ce blog,<br />
- Si vous avez apprécié certains modestes essais de ma plume durant ces 5 dernières années,<br />
- Et si vous désirez que je continue d&#8217;alimenter ce blog autant que faire se peut à l&#8217;avenir,</p>
<p>je vous remercierai grandement de me donner un petit coup de pouce pour payer mon abonnement annuel. Que cela soit 5 €, 10 €, 15 € ou 20 €, la moindre aide de votre part sera la bienvenue pour le paiement de la facture d&#8217;ici la mi-mars.</p>
<p>Je mets donc en place un système de paiement sécurisé par <strong>PAYPAL</strong> à l&#8217;adresse <strong>arnaud.seldon[AT]free.fr</strong></p>
<p><a href="https://www.paypal.com/cgi-bin/webscr?cmd=_donations&amp;business=69SU95FJ6ZGXC&amp;lc=FR&amp;item_name=La%20moindre%20plume&amp;currency_code=EUR&amp;bn=PP%2dDonationsBF%3adons%2ejpg%3aNonHosted"><img class="alignnone" style="border: 1px solid black;" title="Don par Paypal" src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/dons-arnaudseldon-100.jpg" alt="" width="300" height="250" /></a></p>
<p><strong><span style="color: #ff0000;">Mise à jour express</span></strong> : grâce à vous, nous avons atteint les 100 % de paiement de la facture ! Ce blog sera sauvé par votre générosité en 2009 !</p>
<p>Votre dévoué,</p>
<p>Arnaud Seldon</p>
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		<title>Doctorant fauché encore plus fauché !</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Feb 2009 16:18:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 255, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/> Une petite brève juste pour le plaisir. Je viens de me rendre compte que mon allocation logement étudiante payée par la CAF a ENCORE baissé de 50 € (c&#8217;était déjà arrivé il y a deux ans de cela quand, la bourse sociale n&#8217;existant plus en thèse, la CAF m&#8217;avait expliqué que, n&#8217;étant plus boursier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 255, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs09.jpg" alt="Humeurs" align="left" /> Une petite brève juste pour le plaisir. Je viens de me rendre compte que mon allocation logement étudiante payée par la CAF a ENCORE baissé de 50 € (c&#8217;était déjà arrivé il y a deux ans de cela quand, la bourse sociale n&#8217;existant plus en thèse, la CAF m&#8217;avait expliqué que, n&#8217;étant plus boursier - de fait - je perdrais 50 € sur mon allocation logement).</p>
<p>Alors pourquoi cette nouvelle baisse de 50 € par mois ? Eh bien, apparemment, j&#8217;aurais travaillé un peu trop en 2007 dans un job d&#8217;été et, par conséquent, pendant toute l&#8217;année 2009, j&#8217;aurai 50 € de moins par mois.</p>
<p>Donc, concrètement, j&#8217;ai bossé un peu plus il y a 2 ans pour payer mon loyer (genre : une semaine payée au SMIC, peut-être ?) et je me retrouve à recevoir 600 € de moins sur l&#8217;année.</p>
<p>Non, mais il faut faire quoi, pour s&#8217;en sortir dans cette société de m**** ? Braquer des bagnoles ? Se prostituer ? Faire pousser du haschich dans la salle de bains et le revendre aux petites vieilles du quartier ? Ou guetter les mêmes petites vieilles à la sortie des banques pour leur arracher leur sac ?</p>
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		<title>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un geek ?</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Feb 2009 17:53:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 253, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/> Nombreuses sont les définitions possibles de ce que peut être un geek. Disons que c&#8217;est un personnage bizarre qui a une sous-culture particulière. Ce n&#8217;est pas, contrairement à ce que l&#8217;on peut croire, un simple &#8220;techno-fan&#8221; de nouvelles technologies, mouillant son pantalon devant un Palm Pre (l&#8217;iPhone killer ?), un lecteur Blu-Ray ou le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 253, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs10.jpg" alt="Humeurs" align="left" /> Nombreuses sont les définitions possibles de ce que peut être un geek. Disons que c&#8217;est un personnage bizarre qui a une sous-culture particulière. Ce n&#8217;est pas, contrairement à ce que l&#8217;on peut croire, un simple &#8220;techno-fan&#8221; de nouvelles technologies, mouillant son pantalon devant un <a href="http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2009/01/30/Gadgets-electroniques">Palm Pre</a> (l&#8217;iPhone killer ?), un lecteur Blu-Ray ou le <a href="http://www.presence-pc.com/actualite/Sapphire-FireStream-9270-33474/">benchmark de la dernière carte graphique HD-truc</a> en circulation. Ce n&#8217;est pas non plus ce fan émerveillé des techniques holographiques et à écran tactile utilisées par CNN <a href="http://bienbienbien.net/2008/11/05/hier-sur-cnn-la-vraie-star-avait-des-gros-processeurs/">lors des dernières élections présidentielles américaines</a>.</p>
<p>Non, ça, je l&#8217;ai déjà dit, c&#8217;est un &#8220;techno-fan&#8221;.</p>
<p>Un geek, c&#8217;est tout ça auquel vous pouvez ajouter la dimension culturelle : un gros saladier dans lequel vous mélangerez Star Wars, le Seigneur des Anneaux, la collection complète des écrits d&#8217;Isaac Asimov, de Philip. K. Dick et de Frank Herbert, les meilleurs super-héros des Comics américains, quelques mangas de référence tels que Akira, Ghost in the Shell et autres Death Note, Star Trek évidemment, X-Files, Buffy contre les Vampires et Heroes pour les séries télé, sans oublier tout ce qui ressemble de près ou de loin à une fiche de personnage de guerrier niveau 5 avec deux anneaux magiques donnant un bonus de +10 en classe d&#8217;armure.</p>
<p>Mais un geek artiste, cela peut ressembler à quelque chose comme ça :</p>
<div><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="480" height="381" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.dailymotion.com/swf/k3Q3EUiVOhPFBOQj1i&amp;related=1" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="381" src="http://www.dailymotion.com/swf/k3Q3EUiVOhPFBOQj1i&amp;related=1" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object><br />
<strong><a href="http://www.dailymotion.com/video/x7f6yk_star-wars-an-a-cappella-tribute-to_music">&#8220;Star Wars&#8221; - an a cappella tribute to John Williams</a></strong><br />
<em>envoyé par <a href="http://www.dailymotion.com/thunder72fr">thunder72fr</a></em></div>
<p>(<em>source : <a href="http://bienbienbien.net/2008/11/04/fanboy-star-wars-john-williams-4-minutes-de-bonheur/">Bienbienbien</a></em>)</p>
<p>Je ne sais pas vous mais, moi, je ne m&#8217;en lasse pas. Cette suite de grands classiques musicaux de John Williams interprétés a cappella grâce à des citations tirées des films de Star Wars est tout simplement géniale. Ceci dit, pour information, j&#8217;ai découvert qu&#8217;il ne s&#8217;agit que d&#8217;un &#8220;<em>lip sync</em>&#8221; à partir du travail (admirable) des Moosebutter (<a href="http://www.moosebutter.com/lyrics.php?fromstore=1&amp;song=3">voir ici</a>). Et c&#8217;est intéressant de voir la différence d&#8217;audience qu&#8217;a eu la vidéo entre proposée par un jeunot (mignon) de 21 ans et la version originale d&#8217;un quatuor a capella (les Moosebutter). Comme quoi, l&#8217;image, hein&#8230;</p>
<p>A noter que la WARNER, major pleine de poésie, a fait retirer cette vidéo de Youtube comme contrevenant aux droits de propriété intellectuelle. Je ne suis pas un spécialiste du droit américain, loin s&#8217;en faut, mais il y a fort à parier que la démarche artistique de ce fanboy (Corey Vidal de son patronyme) relève du droit à la parodie et ne contrevient donc pas à l&#8217;exploitation commerciale des droits intellectuels attachés aux oeuvres. Cela dit, signe des temps sans doute, ni Warner ni Youtube ne semblent intéressés par ce genre de subtilités juridiques&#8230;</p>
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		<title>Souvenirs numériques</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Feb 2009 02:51:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 251, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/> Cela fait un petit moment que je farfouille dans des archives que j&#8217;ai faites au fil des dernières années. C&#8217;est assez terrifiant, ma capacité à archiver tout et n&#8217;importe quoi. Le numérique m&#8217;aide particulièrement puisqu&#8217;il est véritablement aisé de sauvegarder à peu près n&#8217;importe quelle information sous n&#8217;importe quelle forme grâce à trois clics [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 251, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs01.jpg" alt="Humeurs" align="left" /> Cela fait un petit moment que je farfouille dans des archives que j&#8217;ai faites au fil des dernières années. C&#8217;est assez terrifiant, ma capacité à archiver tout et n&#8217;importe quoi. Le numérique m&#8217;aide particulièrement puisqu&#8217;il est véritablement aisé de sauvegarder à peu près n&#8217;importe quelle information sous n&#8217;importe quelle forme grâce à trois clics de souris bien placés.</p>
<p>En faisant un peu de rangement chez moi, je suis tombé sur un DVD qui était le backup d&#8217;un vieux disque dur que j&#8217;avais possédé et qui est mort il y a environ 5 ans de cela. C&#8217;est amusant de retomber sur des vieux cours d&#8217;une discipline que je ne pratique plus car j&#8217;ai changé entre temps de voie universitaire. Mais ce qui est encore plus plaisant, c&#8217;est surtout de retrouver un ensemble de souvenirs personnels.</p>
<p>Hier, je constatais avec étonnement sur le <a href="http://www.rouge-cerise.net/blog/index.php?post/2009/01/25/4-ans">blog de Rouge-Cerise</a> que cela faisait 5 ans que j&#8217;avais ouvert mon premier blog. Il y aurait quelques subtilités à raconter. Mais j&#8217;y reviendrai un de ces jours, même si ce « cinquième anniversaire » (je n&#8217;ai jamais fêté l&#8217;anniversaire de mon blog) est passé depuis quelques jours (cf. ce « <a href="http://www.lamoindreplume.net/souvenir-premier-billet/">premier billet</a> »).</p>
<p>Pour l&#8217;heure, je suis plutôt amusé de retrouver des textes écrits quand j&#8217;avais à peine la vingtaine, avec une certaine fraîcheur grandiloquente et en même temps une certaine pertinence dans les propos, sans pleinement réaliser à l&#8217;époque toute la portée de ce qui était dit. Surtout qu&#8217;à 20 ans, on fait des trucs bizarres, parfois. On a une pensée fugace qu&#8217;on tient pour très profonde, et on la trouve tellement géniale qu&#8217;on la note.</p>
<p>A une époque, on l&#8217;aurait gribouillée sur un coin de table, derrière la couverture d&#8217;un agenda. Mais comme on était déjà à l&#8217;ère numérique (si, si, ils le disaient à la télé), j&#8217;ouvrais déjà vite, vite, pour ne pas l&#8217;oublier, un fichier .doc et j&#8217;écrivais la phrase avant de sauvegarder le document.</p>
<p>Et encore ! S&#8217;il n&#8217;y avait que ces pensées sporadiques&#8230; Mais on trouve là un véritable capharnaüm merveilleux de choses qui ont occupé mon esprit d&#8217;hier et qui, à la lumière de ce jour, apparaissent comme des trésors d&#8217;une futilité bien nécessaire ! Je me retrouve ainsi aujourd&#8217;hui avec ces archives personnelles sans queue ni tête, sorte de medley insondable de pensées éparses mais aussi de photos échangées sur Internet avec de parfaits inconnus, de morceaux de conversations MSN ou de chats de discussion archivées parce que sans doute intéressantes sur l&#8217;instant, des documents, des archives, des images, des liens orientant vers des sites internet divers qui n&#8217;existent plus depuis longtemps ou qui ont migré vers d&#8217;autres serveurs&#8230;</p>
<p>Bref : c&#8217;est là une symphonie de documents offline et online en tous genres qui, bientôt, auront 10 ans d&#8217;existence.</p>
<p>Je m&#8217;amuse de ce .doc écrit avec Microsoft Word 2000 et qui ne comporte qu&#8217;une phrase :</p>
<blockquote><p>« Retrouver une aspiration d&#8217;hier, c&#8217;est peut-être trouver une réponse à une question qu&#8217;on se pose aujourd&#8217;hui ? »</p></blockquote>
<p>Une ironie toute visionnaire à ma démarche de ces heures&#8230;</p>
<p>Je rigole en trouvant les interrogations d&#8217;un début de roman que j&#8217;ai laissé tomber (ou mis de côté pour l&#8217;heure ?) et qui commençait par ce paragraphe :</p>
<blockquote><p>«  L&#8217;Ame Soeur. J’avais reposé le magazine et je m’étais plongé sur Internet avec nonchalance pour en apprendre davantage. Ici, un site rappelait en quelques mots qu’un philosophe grec l’avait mise en avant. C’était Socrate, peut-être Platon, on ne savait pas trop, mais c’était un de ces gugusses de l’époque qui avait inventé la philosophie. Là, on expliquait avec désenchantement que l’Ame Sœur nuisait pour la santé mentale et que seule une sexualité débridée, doublée d’une pratique assidue de la psychanalyse, parviendrait à procurer le bonheur dans l’épanouissement de l’éphémère généralisé. Entre les deux, une page personnelle d’une pauvre fille de 15 ans exposait son désarroi parce que Stéphane, qu’elle avait toujours aimé – en tout cas pendant la semaine qu’ils étaient ensemble – l’avait trompée puis quittée pour Maria, sa meilleure amie, et que l’Ame Sœur, elle n’y croyait plus, du moins jusqu’à ce qu’elle la rencontrerait à nouveau. Elle finissait par un « Carpe Diem » peu convaincant. »</p></blockquote>
<p>Et la longue litanie des interrogations superficielles cédait la place à encore plus d&#8217;ironie quand on se rappelait qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un garçon de 20 ans qui écrivait quelques phrases plus loin :</p>
<blockquote><p>« D’un geste désabusé, je m’allumai une cigarette. Silence. Les clameurs de la ville perçaient à peine ma fenêtre, fermée, à grands coups de klaxons et de brouhaha bourdonnant. J’aimais fumer ma Chesterfield dans ce faux silence urbain. C’était rassurant. Au moins n’avais-je pas la sensation d’être seul : ma Chesterfield, la ville et moi. Voilà l’harmonie. »</p></blockquote>
<p>C&#8217;était pas si mal, finalement.</p>
<p>Dans d&#8217;autres dossiers et répertoires, la cohorte d&#8217;ex&#8217;s et autres plans cul laisse évidemment les traces de ces pseudonymes fugaces et photographies nombreuses, ces visages autrefois aimés, pour une nuit de passage ou une après-midi occupée, pour une semaine intense ou pour une année moribonde, des regards, des sourires, de la provocation et des souvenirs derrière ces images. On pourrait se dire que ces photos numériques – à l&#8217;inverse des photographies tirées dans un laboratoire – ne seront sans doute jamais délavées. Et pourtant, à bien y réfléchir, elles le sont déjà par les souvenirs datés et achevés qu&#8217;elles rappellent à elles.</p>
<p>Je trouve aussi une photo prise d&#8217;une caricature parue dans un magazine en 2003, « <em>Le Virus Informatique</em> » - j&#8217;ignore s&#8217;il existe encore. C&#8217;est une illustration de Bellamy (qui récemment, je l&#8217;ai découvert par hasard dans l&#8217;émission « <a href="http://www.publicsenat.fr/emissions/un_monde_de_bulles/">Un monde de bulles</a> » du <a href="http://www.publicsenat.fr/cms/video-a-la-demande/vod.html?idE=60521">16 janvier 2009</a> sur la chaîne Public Senat, a participé à la conception de statuettes provocatrices de ses petits bouts de femmes, les <a href="http://showergate.net/blog/?p=444">Bellaminettes</a>). Si vous avez du mal à lire le texte qui est d&#8217;une contemporanéité affolante, je l&#8217;ai retranscrit sous la photo :</p>
<p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/virusinfo2003.jpg" alt="Virus Informatique - 2003" /></p>
<blockquote><p>« - L&#8217;internet, c&#8217;est le vecteur de la démocratie du futur ! Grâce à la pluralité d&#8217;informations, les gens vont enfin développer leur esprit critique et atteindre une forme de conscience collective qui va réveiller en eux un puissant et sincère élan de civilisation&#8230;<br />
- Voyons voir&#8230; Philosophie politique, histoire des religions, crise économique et crise de conscience, culture et dictature, analyse transactionnelle, ah ! Voilà : sexe, cul, et gros nichons. Je vais enfin pouvoir développer mon esprit critique&#8230; »</p></blockquote>
<p>Un poncif efficace. J&#8217;adore.</p>
<p>Et enfin, il y a bien sûr la somme conséquente de souvenirs qui n&#8217;ont aucun intérêt à être partagés sur un site internet, fût-il un « parfois-journal intime public ».</p>
<p>Et c&#8217;est comme cela que j&#8217;ai constaté avec effroi que j&#8217;avais archivé – faut-il être masochiste ou stupide ?! – ma conversation de rupture par MSN avec celui que j&#8217;avais nommé « Arnaud » sur un ancien blog aujourd&#8217;hui disparu, ce garçon avec qui j&#8217;avais fait un bout de chemin pendant presque trois longues années. Dommage qu&#8217;on ne puisse pas effacer les fichiers gravés sur un DVD. Quoique. Peut-être parviendrai-je à la relire dans 10 ans pour me rappeler cette époque douce-amère où j&#8217;étais encore un « vingtenaire » ?</p>
<p>Bref.</p>
<p>Pendant ce temps, mon copain est aux Etats-Unis depuis plus de trois semaines et, du fait de mon intermède niçois des fêtes de fin d&#8217;année, nous ne nous sommes vus que 48 heures les huit dernières semaines. Il me manque cruellement&#8230; Sa présence est structurante et m&#8217;aide à avancer dans mon travail ; sans lui, j&#8217;ai l&#8217;impression de tourner en rond comme un chien pouilleux dans sa niche.</p>
<p>C&#8217;est dingue que cela soit quand l&#8217;autre est loin qu&#8217;on en ressent l&#8217;impérieuse absence&#8230; Dépêche-toi de revenir, j&#8217;ai besoin de toi !</p>
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		<title>Redondance absurde</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Jan 2009 20:05:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 247, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/>C&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;un homme et d&#8217;une femme qui s&#8217;entrevoient. Pour l&#8217;illustrer, l&#8217;homme dit :
- Chérie, on va tout changer et faire un virage à 360° !
Elle lui répond :
- Darling, c&#8217;est un tête à queue que tu proposes&#8230;
- Et une queue à tête, ajoute-il, pour finir le mouvement.
- Ce n&#8217;est pas raisonnable, tu ne tournes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 247, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs02.jpg" alt="Humeurs" align="left" />C&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;un homme et d&#8217;une femme qui s&#8217;entrevoient. Pour l&#8217;illustrer, l&#8217;homme dit :<br />
- Chérie, on va tout changer et faire un virage à 360° !<br />
Elle lui répond :<br />
- Darling, c&#8217;est un tête à queue que tu proposes&#8230;<br />
- Et une queue à tête, ajoute-il, pour finir le mouvement.<br />
- Ce n&#8217;est pas raisonnable, tu ne tournes pas rond, rechigne-t-elle.<br />
- En rond. Je tourne en rond, objecte-il.<br />
Alors, ils décident d&#8217;un commun accord de finir sur un 69. Ou tout du moins de s&#8217;en tenir là et de laisser les choses en l&#8217;état.</p>
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		<title>L&#8217;érudit et le dilettante : vers une aristocratisation de la Recherche</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Jan 2009 19:02:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 221, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/> 
Que soit béni le temps jadis où la connaissance régnait sur le monde des hommes ! Seules comptent aujourd&#8217;hui, dans la société française de 2009, les recherches scientifiques dont l&#8217;intérêt économique profitable peut être évalué à quelques mois à peine. Exit la Recherche Fondamentale, exit les sciences sociales, exit la réflexion intellectuelle qui interroge [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 221, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs.jpg" alt="Humeurs" align="left" /> <br />
Que soit béni le temps jadis où la connaissance régnait sur le monde des hommes ! Seules comptent aujourd&#8217;hui, dans la société française de 2009, les recherches scientifiques dont l&#8217;intérêt économique profitable peut être évalué à quelques mois à peine. Exit la Recherche Fondamentale, exit les sciences sociales, exit la réflexion intellectuelle qui interroge le sens profond de l&#8217;évolution d&#8217;une société. </p>
<p>Avec la disparition progressive des postes à l&#8217;Université, avec les bourses / allocations de recherche / sources de financements diverses qui fondent comme neige au soleil, et avec paradoxalement une augmentation conséquente du coût de la vie, la Recherche scientifique française s&#8217;oriente progressivement vers une mort démocratique. </p>
<p>Votre serviteur n&#8217;a guère le temps de se perdre en une argumentation trop détaillée. Alors, il se cantonnera à la valeur d&#8217;exemple qui – il le sait très bien – n&#8217;a aucune vocation à être force de loi. </p>
<p>Prenons un doctorant quelconque (au hasard) qui, pour des raisons X ou Y, n&#8217;a pas obtenu d&#8217;allocation de recherche (inutile d&#8217;aller jusqu&#8217;à mentionner le nombre hyper restreint d&#8217;allocations disponibles pour les doctorants : qu&#8217;il suffise de parler d&#8217;une inscription administrative tardive l&#8217;empêchant tout simplement de remplir un dossier en temps et en heure). </p>
<p>Ce doctorant habite Paris. Il est obligé de travailler sporadiquement à côté de sa thèse en étant sous-payé pour parvenir à payer difficilement 700 € de loyer mensuel – et accessoirement pour manger (oui parce que c&#8217;est important, de manger). </p>
<p>Ce doctorant était boursier social quand il était étudiant : manque de pot, la bourse sociale n&#8217;existe plus en thèse. Il se la voit donc supprimée. Et doit aligner rubis sur l&#8217;ongle près de 600 € par an d&#8217;inscription en doctorat. Quant à la CAF qu&#8217;il peut toucher mensuellement, celle-ci lui a retiré 50 € par mois depuis son inscription en thèse. Pourquoi ? Parce qu&#8217;il les touchait auparavant gracieusement au titre de statut de boursier. Comme la bourse sociale n&#8217;existe plus en thèse, la CAF considère que le doctorant n&#8217;est plus boursier et abaisse donc d&#8217;autant son allocation logement. </p>
<p>Evidemment, pendant le même temps, son loyer, lui, augmente tranquillement et silencieusement chaque année, indexé désormais sur le niveau général des prix (ça tombe bien, ses revenus, lui, ne sont indexés sur rien du tout). D&#8217;ailleurs, le fait qu&#8217;il travaille à côté va sans doute l&#8217;inviter à prolonger sa thèse d&#8217;une ou deux années supplémentaires, prolongeant par là même sa situation de précarité. </p>
<p>Ce petit exemple n&#8217;a rien d&#8217;exceptionnel. Seulement, si on ajoute à cela le fait que notre doctorant est un doctorant en sciences-sociales (peu importe laquelle), on se rend compte que son avenir professionnel est à la limite de l&#8217;inquiétant. Très peu de postes créés à l&#8217;Université, diplôme « Bac + 8 » qui fait peur aux employeurs potentiels, expérience professionnelle limitée&#8230; Bref, notre doctorant prend lentement mais sûrement la direction du statut de « Chercheur d&#8217;Emploi » plutôt que de « Chercheur en Sciences Sociales ». </p>
<p>Dans d&#8217;autres pays (européens ou américains), le système universitaire est différent. Les recherches des doctorants peuvent par exemple être financées grâce à des fondations issues du privé qui viennent jouer un rôle que l&#8217;Etat n&#8217;assure pas. En France, l&#8217;Etat se désengage de la Recherche universitaire mais le système des fondations est trop embryonnaire pour être véritablement efficace. </p>
<p>Bref, concrètement, d&#8217;ici quelques années, il ne demeurera que peu de doctorants et/ou chercheurs en sciences sociales capables de faire de la Recherche sur leur environnement social sans que les applications commerciales soient existantes à court terme. </p>
<p>En fait, il émergera peut-être d&#8217;ici quelques années deux formes de chercheurs en sciences sociales (par extension : de sociologues, de théoriciens, de philosophes, de penseurs) : l&#8217;<strong>érudit</strong> et le <strong>dilettante</strong>. </p>
<p>Le <strong>dilettante</strong> sera ce type de chercheur qui a des moyens matériels propres pour financer ses recherches, en faisant appel à des sources de revenus qui ne sont pas générées par la Recherche en elle-même. On songe à des enfants de milieux aisés, aux héritiers de famille friquée, aux rentiers dont le mari ou l&#8217;épouse gagne suffisamment bien sa vie pour assurer le train de vie familial. Le dilettante pense le monde avec détachement parce que le matériel ne le touche pas, lui qui ne tire aucun revenu de son activité intellectuelle. </p>
<p>De l&#8217;autre côté, pouvant d&#8217;ailleurs sans problème se superposer au premier, voici que se profile l&#8217;<strong>érudit</strong>. Recevant d&#8217;éventuels dividendes parce que charismatique et / ou médiatique, invité sur des plateaux télé, personnage forcément parisien et fréquentant les bons cercles sociaux, le voici capable de disserter sur à peu près n&#8217;importe quel sujet, avec une égale pertinence, référant ultime commun à tous les journalistes et animateurs désirant un « expert » dans la discipline concernée, taillée au couteau en grandes sphères géographiques ou en vagues concepts généralistes. L&#8217;expert médiatique sera tout au contraire l&#8217;érudit « d&#8217;un peu de tout » mais surtout « de peu », capable de parler de la pluie et du beau temps, de l&#8217;histoire à la sociologie électorale en passant par les relations internationales.  </p>
<p>A côté de ces deux formes majeures, deux autres types mineurs de chercheurs en sciences sociales viendront officier dans les interstices laissés vacants par ces deux premiers monstres sociaux au point de faire retourner les pires bourdivins dans leurs tombes. </p>
<p>Au dilettante répondra ce qu&#8217;on appellera <em>« le chercheur bohème »</em>, un psychopathe masochiste, vouant un culte aveugle à la Science – avec un grand « S » comme dans « Sacerdoce » – couchant sous les ponts s&#8217;il le faut, pour la gloire de sa discipline préférée (« Que vive la sociologie en majesté ! »), un Lautréamont des sciences sociales, retrouvé un beau jour suicidé dans une chambre d&#8217;hôtel miteuse avec une thèse révolutionnaire entre les mains. </p>
<p>De l&#8217;autre côté, l&#8217;érudit aura son pendant secondaire au travers du <em>« fonctionnaire autodidacte »</em>, sorte d&#8217;intellectuel autonome, faisant ses recherches le week-end et les soirs de la semaine, avant le journal de 20 heures et les épisodes de Kaamelott sur M6, en utilisant sa haute expérience dans les administrations en tous genres pour disserter sur le monde en glissant des citations de Platon, de Marx et de Bernard Henri-Levy. </p>
<p>Nous retournerons donc au XIXème siècle, où l&#8217;universitaire était essentiellement un aristocrate reconverti dans une quête rationaliste, philosophe, physicien et sociologue à ses heures, pendant humaniste au séminariste plein de dévotion, investi dans des recherches théologiques. </p>
<p>Y a pas à dire, c&#8217;est beau le progrès ! Et que vive la Recherche en majesté ! </p>
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		<title>Désert</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Jan 2009 22:04:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 219, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/> 
Il s&#8217;arrêta brutalement et regarda derrière lui. Le cours de la vie était suspendu, il n&#8217;y avait rien d&#8217;autre qu&#8217;un silence. Un peu de néant, aussi, peut-être. Et du vide, partout du vide, celui des verres qu&#8217;on regarde – assoiffé, celui des paquets de cigarettes qu&#8217;on a oubliés de racheter et bien sûr de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 219, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs03.jpg" alt="Humeurs" align="left" /> <br />
Il s&#8217;arrêta brutalement et regarda derrière lui. Le cours de la vie était suspendu, il n&#8217;y avait rien d&#8217;autre qu&#8217;un silence. Un peu de néant, aussi, peut-être. Et du vide, partout du vide, celui des verres qu&#8217;on regarde – assoiffé, celui des paquets de cigarettes qu&#8217;on a oubliés de racheter et bien sûr de la suite innombrable d&#8217;hommes ou de femmes qui ont partagé notre couche avant de s&#8217;en éclipser.</p>
<p>Cela lui faisait une drôle de sensation dans le ventre. Non pas qu&#8217;il ne côtoyait pas le vide habituellement : à vrai dire, il occupait souvent ses critiques personnelles lorsqu&#8217;il essayait de savourer les oeuvres des autres. Il les trouvait trop insipides, sans texture, sans relief, sans sens. « Aucune histoire » dans ceci, « un vague divertissement » dans cela, « ça n&#8217;a aucun intérêt » dans cette autre chose.</p>
<p>Et pourtant, il avait toujours poursuivi sa marche dans ce désert plein de lumières et d&#8217;ombres, de formes improbables et d&#8217;enseignes lumineuses.</p>
<p>Non, le problème, cette fois-ci, c&#8217;est qu&#8217;il ne constatait pas le vide des autres, tel qu&#8217;il le percevait jusqu&#8217;à présent, mais le sien propre. Son vide. Sa non-création. L&#8217;absence de son oeuvre.</p>
<p>Et donc : cela lui faisait une drôle de sensation dans le ventre.</p>
<p>Il se demandait, naïf : « Comment peut-on marcher ainsi des années sans insouciance et se réveiller un beau jour en constatant combien on manque cruellement de substance ? ». Est-ce que c&#8217;était un rêve dont il venait de se réveiller ?</p>
<p>Mais alors, que fallait-il faire, maintenant, si tout ça était un rêve ? On ne l&#8217;avait pas prévenu ! On ne l&#8217;avait pas formé à ça ! Il ne s&#8217;était pas même posé la question ! Fallait-il fermer les yeux pour se rendormir et rêver à nouveau ? Fallait-il se lever du lit pour la première fois de son existence ? Prendre son petit-déjeûner, avec un café chaud pour avoir les idées claires ? Embrasser sa compagne ou son compagnon pour se rassurer de ne pas être seul ?</p>
<p>Bref, que fallait-il faire pour faire disparaître cette drôle de sensation dans le ventre ? Pour faire disparaître ce vide qui soulève le coeur et donne envie de vomir ? Créer ? Mais comment créer quand on constate le gouffre qu&#8217;on a laissé béant pendant autant de temps ? Est-il seulement possible de créer ? Et créer quoi au juste ? Pour qui ? Pour soi ? Pour les autres ?</p>
<p>Il poussa un long soupir en ignorant les réponses à ses multiples questions. Dans son dos, les quelques traces de pas déjà effacées qu&#8217;il avait laissées dans le sable de son passé. Et devant lui, un désert, l&#8217;immensité des possibles, plus terrifiante encore que le plus profond des abîmes.</p>
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		<itunes:subtitle>Il s'arrecirc;ta brutalement et regarda derriegrave;re lui. Le cours de la vie eacute;tait suspendu, il n'y avait rien d'autre qu'un silence. Un peu de ...</itunes:subtitle>
		<itunes:summary>Il s'arrecirc;ta brutalement et regarda derriegrave;re lui. Le cours de la vie eacute;tait suspendu, il n'y avait rien d'autre qu'un silence. Un peu de neacute;ant, aussi, peut-ecirc;tre. Et du vide, partout du vide, celui des verres qu'on regarde ndash; assoiffeacute;, celui des paquets de cigarettes qu'on a oublieacute;s de racheter et bien sucirc;r de la suite innombrable d'hommes ou de femmes qui ont partageacute; notre couche avant de s'en eacute;clipser.

Cela lui faisait une drocirc;le de sensation dans le ventre. Non pas qu'il ne cocirc;toyait pas le vide habituellement : agrave; vrai dire, il occupait souvent ses critiques personnelles lorsqu'il essayait de savourer les oeuvres des autres. Il les trouvait trop insipides, sans texture, sans relief, sans sens. laquo;nbsp;Aucune histoirenbsp;raquo; dans ceci, laquo;nbsp;un vague divertissementnbsp;raquo; dans cela, laquo;nbsp;ccedil;a n'a aucun inteacute;recirc;tnbsp;raquo; dans cette autre chose.

Et pourtant, il avait toujours poursuivi sa marche dans ce deacute;sert plein de lumiegrave;res et d'ombres, de formes improbables et d'enseignes lumineuses.

Non, le problegrave;me, cette fois-ci, c'est qu'il ne constatait pas le vide des autres, tel qu'il le percevait jusqu'agrave; preacute;sent, mais le sien propre. Son vide. Sa non-creacute;ation. L'absence de son oeuvre.

Et donc : cela lui faisait une drocirc;le de sensation dans le ventre.

Il se demandait, naiuml;f : laquo;nbsp;Comment peut-on marcher ainsi des anneacute;es sans insouciance et se reacute;veiller un beau jour en constatant combien on manque cruellement de substance ?nbsp;raquo;. Est-ce que c'eacute;tait un recirc;ve dont il venait de se reacute;veiller ?

Mais alors, que fallait-il faire, maintenant, si tout ccedil;a eacute;tait un recirc;ve ? On ne l'avait pas preacute;venu ! On ne l'avait pas formeacute; agrave; ccedil;a ! Il ne s'eacute;tait pas mecirc;me poseacute; la question ! Fallait-il fermer les yeux pour se rendormir et recirc;ver agrave; nouveau ? Fallait-il se lever du lit pour la premiegrave;re fois de son existence ? Prendre son petit-deacute;jeucirc;ner, avec un cafeacute; chaud pour avoir les ideacute;es claires ? Embrasser sa compagne ou son compagnon pour se rassurer de ne pas ecirc;tre seul ?

Bref, que fallait-il faire pour faire disparaicirc;tre cette drocirc;le de sensation dans le ventre ? Pour faire disparaicirc;tre ce vide qui soulegrave;ve le coeur et donne envie de vomir ? Creacute;er ? Mais comment creacute;er quand on constate le gouffre qu'on a laisseacute; beacute;ant pendant autant de temps ? Est-il seulement possible de creacute;er ? Et creacute;er quoi au juste ? Pour qui ? Pour soi ? Pour les autres ?

Il poussa un long soupir en ignorant les reacute;ponses agrave; ses multiples questions. Dans son dos, les quelques traces de pas deacute;jagrave; effaceacute;es qu'il avait laisseacute;es dans le sable de son passeacute;. Et devant lui, un deacute;sert, l'immensiteacute; des possibles, plus terrifiante encore que le plus profond des abicirc;mes.</itunes:summary>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>Tu peux crever, tu sais ?</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Jan 2009 12:27:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 217, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/>
La maturité, ce n&#8217;est pas parvenir à réaliser un objectif en ayant maîtrisé ses passions. Ce n&#8217;est pas non plus parvenir à se libérer de quelconques entraves ou de chaînes plus ou moins grossières ou épaisses que tout un chacun trimballe partout où il se traîne. Ce n&#8217;est pas non plus avoir un travail, une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 217, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs04.jpg" alt="Humeurs" align="left" /><br />
La maturité, ce n&#8217;est pas parvenir à réaliser un objectif en ayant maîtrisé ses passions. Ce n&#8217;est pas non plus parvenir à se libérer de quelconques entraves ou de chaînes plus ou moins grossières ou épaisses que tout un chacun trimballe partout où il se traîne. Ce n&#8217;est pas non plus avoir un travail, une famille, un appartement, des enfants et un labrador qui s&#8217;appellerait Barney.</p>
<p>Non : tout ça, ce sont les piaillements d&#8217;un petit oiseau qui se plaint d&#8217;être enfermé dans sa cage dorée mais qui ne dit plus rien lorsqu&#8217;il a le bec rempli des graînes que son maître lui a gentiment déposées dans sa mangeoire.</p>
<p>La maturité, c&#8217;est en réalité bien pire que cela.</p>
<p>C&#8217;est parvenir à ne pas succomber à une angoisse métaphysique terrifiante : la communauté des hommes se fiche complètement - mais alors complètement ! - de savoir ce que tu es, ce que tu fais, ce que tu vis - et même si tu vis ! - en tant qu&#8217;individu. Elle ne te donnera rien - absolument rien - si tu ne viens pas l&#8217;arracher.</p>
<p>La maturité est donc la mort de l&#8217;attentisme ; c&#8217;est se jeter dans la vie quoi qu&#8217;il en coûte et se rendre compte que ni rien, ni personne ne sera là pour te relever, toi qui n&#8217;es qu&#8217;un anonyme de peu d&#8217;importance.</p>
<p>La maturité, c&#8217;est accepter l&#8217;injustice permanente de l&#8217;inégalité des hommes.</p>
<p>Je peux vous assurer que ça fait bizarre quand on commence à s&#8217;en rendre compte.</p>
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		<itunes:subtitle>La maturiteacute;, ce n'est pas parvenir agrave; reacute;aliser un objectif en ayant maicirc;triseacute; ses passions. Ce n'est pas non plus parvenir agrave; se libeacute;rer de ...</itunes:subtitle>
		<itunes:summary>La maturiteacute;, ce n'est pas parvenir agrave; reacute;aliser un objectif en ayant maicirc;triseacute; ses passions. Ce n'est pas non plus parvenir agrave; se libeacute;rer de quelconques entraves ou de chaicirc;nes plus ou moins grossiegrave;res ou eacute;paisses que tout un chacun trimballe partout ougrave; il se traicirc;ne. Ce n'est pas non plus avoir un travail, une famille, un appartement, des enfants et un labrador qui s'appellerait Barney.

Non : tout ccedil;a, ce sont les piaillements d'un petit oiseau qui se plaint d'ecirc;tre enfermeacute; dans sa cage doreacute;e mais qui ne dit plus rien lorsqu'il a le bec rempli des graicirc;nes que son maicirc;tre lui a gentiment deacute;poseacute;es dans sa mangeoire.

La maturiteacute;, c'est en reacute;aliteacute; bien pire que cela.

C'est parvenir agrave; ne pas succomber agrave; une angoisse meacute;taphysique terrifiante : la communauteacute; des hommes se fiche complegrave;tement - mais alors complegrave;tement ! - de savoir ce que tu es, ce que tu fais, ce que tu vis - et mecirc;me si tu vis ! - en tant qu'individu. Elle ne te donnera rien - absolument rien - si tu ne viens pas l'arracher.

La maturiteacute; est donc la mort de l'attentisme ; c'est se jeter dans la vie quoi qu'il en coucirc;te et se rendre compte que ni rien, ni personne ne sera lagrave; pour te relever, toi qui n'es qu'un anonyme de peu d'importance.

La maturiteacute;, c'est accepter l'injustice permanente de l'ineacute;galiteacute; des hommes.

Je peux vous assurer que ccedil;a fait bizarre quand on commence agrave; s'en rendre compte.</itunes:summary>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>Faisons bref !</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Jan 2009 08:33:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 215, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/>
Bonne et heureuse année à tous !
Puisse 2009 combler vos souhaits, vous éviter un découvert permanent à la banque, vous épargner le cancer, vous apporter un(e) chéri(e) à la hauteur de vos espérances, la paix dans le monde bien sûr (on n&#8217;y pense pas assez), la fraternité universelle (idem) et - surtout, SURTOUT - un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 215, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs05.jpg" alt="Humeurs" align="left" /><br />
Bonne et heureuse année à tous !</p>
<p>Puisse 2009 combler vos souhaits, vous éviter un découvert permanent à la banque, vous épargner le cancer, vous apporter un(e) chéri(e) à la hauteur de vos espérances, la paix dans le monde bien sûr (on n&#8217;y pense pas assez), la fraternité universelle (idem) et - surtout, SURTOUT - un élan de réforme dans le Parti Socialiste.</p>
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		<title>Immaturité et dépendance</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Oct 2008 14:50:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 213, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/>
Réfléchir sur l&#8217;immaturité (et donc sur la maturité), c&#8217;est une posture casse-gueule. Bienheureux celui qui sera apte à donner une définition universelle de cette idée-là ! Pour d&#8217;aucuns, la maturité, ce sera être capable de gérer un budget mensuel et s&#8217;y tenir avec rigueur. Pour d&#8217;autres, être mature, cela signifiera la capacité de gérer ses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 213, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs06.jpg" alt="Humeurs" align="left" /><br />
Réfléchir sur l&#8217;immaturité (et donc sur la maturité), c&#8217;est une posture casse-gueule. Bienheureux celui qui sera apte à donner une définition universelle de cette idée-là ! Pour d&#8217;aucuns, la maturité, ce sera être capable de gérer un budget mensuel et s&#8217;y tenir avec rigueur. Pour d&#8217;autres, être mature, cela signifiera la capacité de gérer ses sentiments avec une certaine mesure. Pour d&#8217;autres encore, la maturité consistera à être capable de prendre des responsabilités et d&#8217;y faire face, avec tout le flou que comporte cette idée de « responsabilités » (une manière de se dérober devant le problème de la définition : « Etre mature, c&#8217;est être responsable »).</p>
<p>Le problème de cette idée de maturité, c&#8217;est qu&#8217;elle est à dimension variable. Aussi bien pour l&#8217;intensité de ce qui peut être « maîtrisé » que pour les domaines où elle s&#8217;applique. Qu&#8217;est-ce que je veux dire par là ?</p>
<p>Eh bien, par « intensité » j&#8217;entends par là qu&#8217;on réclamera volontiers d&#8217;une personne « mature » qu&#8217;elle gère des problèmes sentimentaux jugés extérieurement comme anodins mais on sera bien plus indulgent si la personne se retrouve confrontée à des problèmes sentimentaux plus intenses (un divorce, une trahison, par exemple).</p>
<p>Par les domaines où elle s&#8217;applique, j&#8217;entends cette fois-ci qu&#8217;on dira volontiers d&#8217;une personne qu&#8217;elle est mature pour certaines choses (gérer un budget, assurer ses responsabilités hiérarchiques au travail) mais pas pour d&#8217;autre (« Elle est immature dans les sentiments », « Elle est immaature lorsqu&#8217;elle joue aux jeux vidéo », « Elle est immature parce qu&#8217;elle laisse trop souvent parler l&#8217;affectif »).</p>
<p>D&#8217;un point de vue général, en fait, être mature, cela voudrait dire : « Etre capable de maîtriser ses passions personnelles en visant un intérêt défini clairement par l&#8217;intermédiaire de la Raison, et poursuivre cet intérêt défini par l&#8217;exercice de sa volonté ». Une chose que, a priori, l&#8217;immature ne serait pas capable de faire.</p>
<p>Pourquoi cette longue introduction sur la définition de la maturité ? Parce que, il y a quelques jours, vendredi soir, j&#8217;ai tenté après 10 ans de tabagisme intense (plus de deux paquets de cigarettes par jour), d&#8217;arrêter de fumer. J&#8217;ai tenu en tout et pour tout 72 heures. Les 72 heures parmi les plus « spaces » de mon existence.</p>
<p>J&#8217;ai 28 ans. J&#8217;ai un copain stable (nous avons fêté notre premier anniversaire il y a quelques jours), je prépare une thèse d&#8217;arrache-pieds et je gère les choses dans ma vie autant que faire se peut, avec un budget parfois très serré (trop serré, ceci dit : merci les fins de mois dans le rouge à attendre avec anxiété que la CAF veuille bien me verser l&#8217;allocation logement). Des histoires « d&#8217;adulte », donc. Je suis quelqu&#8217;un de plus ou moins « responsable », capable de « gérer » des choses, capable de prendre des décisions.</p>
<p>Constatant que j&#8217;étais encore une fois dans le rouge et que le tabac est vraiment trop cher, j&#8217;ai donc pris la décision d&#8217;arrêter de fumer. Mais comme je suis un être de volonté, j&#8217;ai voulu le faire avec fermeté : pas de patchs à la nicotine, pas de cigarettes à l&#8217;eucalyptus, pas de soutien particulier. Juste l&#8217;arrêt brutal et définitif.</p>
<p>Pendant ces 72 heures, tous mes ennuis du moment (un entretien avec mon directeur de thèse qui m&#8217;angoisse toujours un peu, ma mutuelle qui me prélève 315 euros de renouvellement annuel sans me prévenir, la préparation d&#8217;un séminaire professionnel dans une dizaine de jours) – tous ces ennuis bien identifiés par la Raison se sont retrouvés suramplifiés. J&#8217;avais beau essayer de m&#8217;en détacher, cela tournait à l&#8217;obsession. Le tout avec une légère migraine et l&#8217;obsession de cette saleté de cigarette. Au terme de 48 heures, le dimanche soir, je me suis retrouvé à fouiller dans ma poubelle pour observer avec un oeil concupiscent les mégots que j&#8217;avais jetés la veille, me demandant si j&#8217;allais les éventrer pour récupérer le précieux tabac qu&#8217;ils renfermaient. Le fond de sauce tomate d&#8217;une boîte de conserve m&#8217;en a heureusement découragé.</p>
<p>Et puis, au terme des 72 heures, j&#8217;ai fini par craquer devant l&#8217;obsession et je me suis précipité dans ma rue. Impression du moment : découvrir des odeurs que je n&#8217;avais jamais sentie en étant devant chez moi (parfums de fleur, de lessive, de café devant un cafetier). Je ne saurais dire si c&#8217;était l&#8217;effet d&#8217;un odorat soudainement retrouvé ou parce que mon excitation jubilatoire de retrouver l&#8217;objet de mon addiction décuplait mes sens. Mais enfin, j&#8217;avais un sourire irrépressible sur le visage doublé d&#8217;une douce euphorie en parcourant les quelques mètres me séparant de mon tabac.</p>
<p>Lorsque j&#8217;ai rallumé une cigarette, ma tête s&#8217;est mise à tourner. Et à l&#8217;instant précis où je fumais cette taf tant espérée, dont je retrouvais le goût avec dégoût, je pris conscience avec violence de cette simple vérité : le tabac n&#8217;est pas une simple addiction ou une mauvaise habitude. C&#8217;est une drogue. Une drogue violente. Et je suis définitivement un toxicomane.</p>
<p>Prendre conscience de cette dépendance – pardon : de cette violente toxicomanie – c&#8217;est prendre conscience de la faiblesse de sa volonté. C&#8217;est prendre conscience de cette suppression d&#8217;une liberté, de cette prison terrifiante. Les non-fumeurs ne connaissent pas cette &#8220;faim&#8221; qui n&#8217;en est pas une, cette obsession permanente qui vous attache, cette chaîne aux gros maillons dont vous avez conscience, que vous détestez en même temps que vous l&#8217;adorez. Les fumeurs sont souvent montrés du doigt comme des monstres désagréables ; c&#8217;est tout l&#8217;inverse. Ce sont des enfants malheureux qui sont la victime d&#8217;un bourreau de quelques centimètres de longueur, un fumerolle bleuté au bout.</p>
<p>De fait, je précise ce qu&#8217;est la maturité : ce n&#8217;est pas tant la capacité de surmonter ses passions pour réaliser avec sa volonté un intérêt défini par la Raison mais plus simplement : être capable d&#8217;assurer sa liberté profonde. Etre mature, ce serait donc prendre conscience des entraves à sa liberté et tâcher de s&#8217;en affranchir.</p>
<p>Il devient urgent pour moi de me débarrasser de la cigarette. Ma toxicomanie entretient mon immaturité. Ce n&#8217;est plus un gouffre financier, ni une destruction de ma santé : c&#8217;est une prison dont je dois sortir coûte que coûte.</p>
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		<title>E - 1/3 - Coming-out</title>
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		<pubDate>Sun, 17 Aug 2008 22:49:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 186, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-petithomme.jpg" width="35" height="30" alt="" title="E - Coming-out" /><br/> 
C&#8217;est étrange. Le mois d&#8217;août, mois de mon anniversaire, a toujours été structurant dans ma vie. Chaque année, avec la régularité d&#8217;un métronome, il se passe toujours un événement crucial dans mon existence - comme une impulsion nouvelle (heureuse ou malheureuse mais toujours initiatrice) qui définit de nouveaux contours.
Ainsi, dans quelques jours, je fêterai [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 186, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-petithomme.jpg" width="35" height="30" alt="" title="E - Coming-out" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-petithomme.jpg" alt="Histoires d'un petit homme" align="left" /> <br />
C&#8217;est étrange. Le mois d&#8217;août, mois de mon anniversaire, a toujours été structurant dans ma vie. Chaque année, avec la régularité d&#8217;un métronome, il se passe toujours un événement crucial dans mon existence - comme une impulsion nouvelle (heureuse ou malheureuse mais toujours initiatrice) qui définit de nouveaux contours.</p>
<p>Ainsi, dans quelques jours, je fêterai au jour près les 10 ans de mon premier coming-out. Moment crucial dans la vie de tout jeune homo, l&#8217;évènement commun à tous qui justifie à lui seul, au-delà des critères identitaires, l&#8217;existence d&#8217;une communauté de destin homosexuelle, aussi important – si ce n&#8217;est plus – que celui de la « première fois », le coming-out est cette sortie du placard, cette mise en avant de soi dans la foule anonyme, le lever de rideau sur la scène du monde, le premier cri hors de la coquille. « Je suis gay », « Je suis homo », « Je suis pédé », « J&#8217;aime les garçons ». Toutes ces formules qui se répondent les unes aux autres comme une seule et unique palabre qui fait saigner l&#8217;âme à coeur ouvert. Le coming-out.</p>
<p>Je venais de coucher pour <a title="Première fois" href="http://www.lamoindreplume.net/04-premiere-fois/">la première fois</a> de mon existence avec un garçon. Pas à la manière de l&#8217;enfant, du « <a title="Le petit homme" href="http://www.lamoindreplume.net/category/journal/le-petit-homme/">petit homme</a> », qui expérimente, mais du jeune homme qui sait ce qu&#8217;il fait, qui l&#8217;a désiré et qui l&#8217;a accompli. Le monde des possibles de la sexualité masculine, le goût de la peau salée, les poils qui excitent les doigts lorsqu&#8217;ils glissent sur la peau satinée de sueur, les premiers échanges de salive, toujours, de transpiration aussi, de larmes parfois, de sperme évidemment.</p>
<p>Il s&#8217;appelait Chris. Il avait 23 ans, j&#8217;en avais 17, presque 18. Il m&#8217;avait déposé à la gare de Nice, ce soir-là, parce que je voulais quitter l&#8217;antre où nous avions commis ce méfait, je voulais ne plus le revoir, je voulais l&#8217;oublier, l&#8217;effacer de ma mémoire, l&#8217;abandonner, j&#8217;étais perdu, oui, j&#8217;étais perdu, et je voulais redevenir cet enfant que je ne serai irrémédiablement plus.</p>
<p>Je m&#8217;étais jeté sur une cabine téléphonique car les portables étaient encore un luxe en 1998. J&#8217;avais appelé mon père pour qu&#8217;il vienne me chercher en voiture, prétextant quelque « mauvais plan » avec mes amis et un train inexistant. Cela m&#8217;avait laissé près de 40 min le temps qu&#8217;il arrive, suffisamment pour raccrocher, encore affolé par ce que je venais de faire et me confier au plus vite à mon meilleur ami de l&#8217;époque.</p>
<p>Il s&#8217;appelait Nathan. Il avait 17 ans comme moi. Bien que nous ne nous voyons que sporadiquement ces derniers temps parce que nous avons pris des chemins différents, c&#8217;est quelqu&#8217;un que j&#8217;apprécie absolument. Un garçon en qui ma confiance est aveugle encore aujourd&#8217;hui. Chaque fois que nous nous voyons, je le retrouve fidèle à lui-même. Non pas qu&#8217;il n&#8217;ait pas évolué mais plutôt que nous avons échangé en ces temps reculés des choses qui font qu&#8217;après un silence d&#8217;une ou deux années, nous nous retrouvons comme si nous nous étions quittés la veille, sans jugement, sans reproche, jamais. Il est une des rares personnes parmi mes amis que je ne penserai pas une seule seconde à critiquer. Avec qui nous finissons toujours par tomber d&#8217;accord malgré nos divergences de vue. Et, étrangement, sans que chacun ne baisse sa garde et avec qui je n&#8217;ai jamais eu en dix ans ne serait-ce qu&#8217;une engueulade superficielle. Peut-être cela vient-il du fait que nous nous connaissons suffisamment pour nous faire confiance les yeux fermés, et que malgré les zones obscures de nos existences qui se sont un brin séparées, nous nous sommes dit beaucoup de choses au fil du temps. Suffisamment en tout cas pour se respecter profondément, sans jamais aucune prétention ni domination l&#8217;un envers l&#8217;autre, en toute simplicité. J&#8217;ai appris avec lui – grâce à lui – et d&#8217;autres de ses compagnons ce qu&#8217;était l&#8217;amitié ; j&#8217;aurai l&#8217;occasion d&#8217;y revenir un jour ou l&#8217;autre.</p>
<p>C&#8217;est le père de Nathan qui décrocha le téléphone ; il me le passa immédiatement :</p>
<p>- Nathan ?<br />
- Arnaud ?<br />
- J&#8217;ai fait une connerie, Nathan&#8230;<br />
- Qu&#8217;est-ce qui se passe&#8230; ?<br />
- Je suis à Nice, là. Je viens de coucher avec&#8230; une fille.<br />
- Avec une pute ?!<br />
- Hein&#8230; ? Non ! Elle a 23 ans. Elle s&#8217;appelle&#8230; Christelle. Elle est divorcée et elle a un gosse de 2 ans dont elle n&#8217;a pas la garde.<br />
- Merde&#8230; Et tu te sens comment, là ?<br />
- Je sais plus où j&#8217;en suis&#8230;<br />
<em>Je sentais les larmes perler nerveusement au coin de mes yeux.</em><br />
- Bon, ok, Arnaud, t&#8217;inquiète pas, tout va bien, je suis là, tu le sais, ça ?<br />
- Merci Nathan&#8230; (<em>reniflant</em>) J&#8217;aurais besoin d&#8217;en parler, tu comprends&#8230; ?<br />
- Oui, tu viens à la maison demain et tu dors chez moi. J&#8217;ai prévu une soirée, y aura Florence, Marie et Virginie. Ça ira ?<br />
- Oui, ok&#8230; Merci d&#8217;être là&#8230; J&#8217;avais juste besoin de me confier. Merci Nathan&#8230; Je te laisse, mon père vient me chercher d&#8217;ici quelques minutes.</p>
<p>Et je raccrochai.</p>
<p>Nathan et moi, cela faisait finalement peu de temps que nous nous connaissions, mais c&#8217;était une belle histoire. Une très belle histoire. Quelques mois auparavant, j&#8217;aurais pu dire que j&#8217;en étais tombé amoureux. Et Dieu sait que cela fait mal quand un homo tombe amoureux d&#8217;un hétéro. Seulement voilà, j&#8217;avais fini par dépasser cela parce que, Nathan et moi, c&#8217;était avant tout une histoire d&#8217;amitié. Une belle amitié. Une vraie amitié. Je ne dis pas ce mot en somnambule ou dans le « sommeil de la langue », comme aurait pu le souligner Christian Bobin. Non, pas une seule seconde.</p>
<p>Si l&#8217;on voulait remplacer « amitié » par autre chose, on pourrait dire que Nathan et moi, cela a toujours été une histoire de « sincérité », de bout en bout, sans aucun faux semblant, du « à la vie, à la mort » qui a encore sa pleine valeur aujourd&#8217;hui. Si Nathan venait me trouver demain les mains ensanglantées et un cadavre dans le coffre de sa voiture, je prendrai une pelle et le suivrai pour aller l&#8217;enterrer sans piper mot. J&#8217;ai dans ma courte vie eu la désillusion de connaître l&#8217;amour tardivement, sous des formes variées ; seulement, je peux me targuer d&#8217;avoir eu une toute autre chance : avoir connu l&#8217;amitié dans son élan passionnel adolescent et l&#8217;avoir conservé.</p>
<p>Il est vrai que nos chemins respectifs nous ont un peu éloignés. Certes, il y a trois ans à peine, je participai à son déménagement parisien avec entrain, et – depuis – sans doute parce qu&#8217;il habite de l&#8217;autre côté du périph à l&#8217;autre bout de la ville, nous ne nous sommes pas beaucoup vus. La présence de sa petite amie (que j&#8217;apprécie beaucoup ceci dit) a aussi donné un autre relief à l&#8217;intimité de notre relation. Seulement, il y a un peu plus d&#8217;un an, je me souviens d&#8217;une discussion que nous avions eu sur MSN. Sur le fait de se retrouver l&#8217;un face à l&#8217;autre. Pour un sujet de discussion dont le sujet futile m&#8217;échappe aujourd&#8217;hui (mais qui n&#8217;a pas d&#8217;intérêt), nous nous étions retrouvés en phase en l&#8217;espace de quelques minutes, comme à notre habitude. Et à cet instant, l&#8217;émotion était au comble de son intensité. Je me souviens que nous nous étions confié l&#8217;un à l&#8217;autre dans l&#8217;anonymat de nos clavier et écran respectifs, sur le fait qu&#8217;il était dommage qu&#8217;on ne se prenne pas dans les bras plus souvent parce que les corps peuvent échanger des choses sans dire un mot, et que les standards de la virilité masculine hétérosexuelle du refus de cette proximité des corps de deux hommes était un beau gâchis. Mais qu&#8217;il tenait à ce que je sache qu&#8217;il ne rechignerait pas à me prendre dans ses bras dans la pureté innocente de l&#8217;amitié. Tout simplement.<br />
Nathan, une belle histoire, donc.</p>
<p>Je m&#8217;étais retrouvé chez lui le lendemain de ma première fois. Nous avions passé la journée ensemble dans sa maison, tous les deux. Assez peu parlé de celui que j&#8217;avais nommé « <em>Christelle</em> », finalement, si ce n&#8217;était que je ne savais pas quoi faire : « <em>la</em> » revoir ou ne plus « <em>la</em> » rappeler. Nathan m&#8217;écoutait en silence, toujours là pour me réconforter mais sans s&#8217;apitoyer, jamais pour me juger, ne tentant pas de me faire parler mais plutôt de me changer les idées, me faisant découvrir sa  musique, ses groupes de rock préférés, projetant ensemble nos avenirs respectifs, de ce que nous allions faire pendant ce mois d&#8217;août alors que le Bac était derrière nous et la fac à notre portée. Il le faisait avec douceur et sans inquiétude, toujours avec ce petit sourire qu&#8217;il avait, qui n&#8217;était ni forcé, ni de circonstance, mais simplement complice et bienveillant. Si on y réfléchit, rares sont ces sourires-là dans la vie de tous les jours. La plupart sont artificiels comme ceux de toutes ces pubs de consommation courante où les protagonistes semblent toujours ravis de déguster tel yaourt ou de souscrire à telle nouvelle assurance-vie. Beaucoup sont moqueurs, pas forcément méchants lorsqu&#8217;ils viennent de camarades mais rarement compréhensifs. Ce n&#8217;est pas non plus le sourire qui dissimule les véritables pensées, le sourire de l&#8217;hypocrisie sociale qui mêle à la fois fausse compassion et pitié, parfois prétention et mépris. Ni celui automatique de la politesse qu&#8217;on trouve chez le boulanger ou le serveur bien luné, réclamé même sur certains panneaux insipides au détour d&#8217;un des nombreux aléas du quotidien (je me souviendrai toujours d&#8217;une postière qui affichait sur son guichet à l&#8217;attention des clients : « <em>Un sourire ne coûte rien et peut éclairer une journée durant. Offrez votre sourire !</em> » - cela partait d&#8217;un bon sentiment, ceci dit).</p>
<p>Non, le sourire de Nathan ne faisait pas partie de ceux-là ; c&#8217;était un sourire précieux.</p>
<p>Le soir, à l&#8217;extérieur de sa villa. Marie, Florence et Virginie nous avaient rejoints, comme prévu. Nous nous étions retrouvés au bord de la piscine, étendus tous ensemble sur des transats. Il était 21h00 passées, le soleil s&#8217;était couché, la nuit nous enrobait, avec les chants nocturnes des criquets provençaux comme accompagnement. Chacun ou presque avait sa clope au bec – je fumais encore des Philipp Morris à l&#8217;époque – et je jouais entre mes doigts avec le bijou que Chris – ce premier amant – m&#8217;avait offert la veille, un pendentif en or du signe astrologique de la Vierge.</p>
<p>Je ne pouvais m&#8217;empêcher de soupirer en repensant à lui, devant les regards circonspects des filles qui nous avaient rejoints, qui ne comprenaient pas pourquoi – alors que je pensais à « <em>elle</em> » - j&#8217;étais là à me morfondre sur cette relation débutante. « C&#8217;est compliqué », ne cessais-je de répéter, ne pouvant évidemment confier le terrible secret. Je découvrais en ces temps mon homosexualité de manière véritable : coucher avec un garçon avait été pour moi l&#8217;incarnation réelle et concrète de ce qui n&#8217;était jusqu&#8217;à présent qu&#8217;un fantasme. Elaboré depuis plusieurs années, certes, mais un fantasme tout de même. Et c&#8217;est cela qui me révolutionnait le corps et le coeur : si Chris me répugnait par certains aspects de sa personnalité – et, ne nous leurrons pas, par le fait qu&#8217;il incarnait aussi cette part d&#8217;ombre que je n&#8217;assumais pas encore et qui m&#8217;obscurcissait depuis mes 12 ans – il m&#8217;attirait aussi dangereusement, parce qu&#8217;il incarnait tous les possibles de la découverte interdite.</p>
<p>Lorsque sur les coups d&#8217;1h00 du matin Florence, Marie et Virginie nous avaient quittés, nous nous étions retrouvés à nouveau seuls, Nathan et moi. Nous nous étions installés à une petite table de jardin en plastique, l&#8217;un en face de l&#8217;autre, fumant nos cigarettes. Mine de rien, Nathan habitant dans les collines de l&#8217;arrière-pays niçois, il ne faisait pas très chaud, même si nous étions en août. Habillé à peine d&#8217;un T-shirt, même, je grelottais. Et Nathan aussi.</p>
<p>Nous nous mîmes à reparler de « <em>Christelle</em> ». Le fait de mentir à Nathan me gênait un peu, lui qui était si attentif depuis que je l&#8217;avais appelé la veille. Justifier mon mal-être par la situation « glauque » d&#8217;une jeune femme divorcée et maman d&#8217;un gamin de 2 ans était sans doute crédible, mais le fait qu&#8217;il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;une jeune femme mais d&#8217;un jeune <em>homme</em> divorcé et <em>papa</em> d&#8217;un gamin de 2 ans avait tout de suite beaucoup plus de relief !</p>
<p>Je savais que Nathan sentait que quelque chose ne tournait pas rond. Il avait compris qu&#8217;un élément lui échappait dont je n&#8217;avais pas encore parlé, mais il ignorait lequel.</p>
<p>Je mourrais d&#8217;envie de lui parler. J&#8217;en mourrais d&#8217;envie mais, en même temps, j&#8217;en crevais de trouille. Les vieilles angoisses rassérénées depuis des années remontaient comme d&#8217;habitude à la surface : comment va-t-il réagir ? Et s&#8217;il ne l&#8217;acceptait pas ? Et s&#8217;il me détestait ? Et s&#8217;il me frappait ? Et s&#8217;il allait le dire à tout le monde ? Est-ce que je perdrais tous mes amis ? Et s&#8217;il avait cette horrible réaction tant de fois angoissée de le voir réagir avec véhémence, me rejetant violemment, vociférant d&#8217;un air dégoûté : « <em>Aaah ! Ne me touche plus jamais, sale pédé !!!</em> » ?</p>
<p>Et puis, tremblant au plus haut point, ne sachant pas si le froid en était responsable ou si l&#8217;émotion intense faisait son office, sentant mon coeur se mettre à battre la chamade, il y eût quelque chose, un silence peut-être, un instant d&#8217;hésitation préludant un long monologue – jamais préparé et pourtant tant de fois anticipé – puis soudain une vomissure d&#8217;émotion intense, un flot de souffrance, de libération, de larmes et le désir brûlant d&#8217;une épaule accueillante et bienveillante, un don de soi plein d&#8217;espoir, que l&#8217;autre soit là, que l&#8217;autre écoute, que l&#8217;autre veuille bien nous recevoir.</p>
<p>- En fait, pour tout te dire, Christelle ne s&#8217;appelle pas « <em>Christelle</em> »&#8230;.<br />
- &#8230; Ah ?<br />
- Oui, en fait, elle&#8230; Elle s&#8217;appelle « <em>Christophe</em> ».<br />
- &#8230;<br />
- Oui.<br />
- &#8230; J&#8217;ai pas tout compris ?<br />
- Je suis homo, Nathan.<br />
- &#8230;</p>
<p>Un silence, une attente, je cherche son regard que je distingue à peine dans l&#8217;obscurité du dehors : au-dessus de la table de jardin en plastique, seules luisent nos mains où se reflètent nos braises de cigarettes.</p>
<p>- Je m&#8217;en doutais pas mais sache que j&#8217;ai aucun problème avec ça, finit-il par répondre.</p>
<p>Les larmes me viennent aux yeux, je tremble de tout mon corps, le froid et l&#8217;émotion se conjuguent alors que pour la première fois de mon existence toute entière se réchauffe mon coeur à la flamme chaleureuse d&#8217;une amitié entière et nue. Je serai toujours là pour lui, comme lui est là pour moi ; à cet instant je le sais.</p>
<p>Alors je lui raconte tout depuis les origines. Il écoute religieusement, me laisse parler, pose sa main sur la mienne lorsqu&#8217;il voit que l&#8217;émotion me submerge jusqu&#8217;aux yeux pour me calmer et m&#8217;apaiser avec bienveillance le temps de reprendre mon discours. Il n&#8217;a jamais eu les mains douces, plutôt un peu rugueuses, la peau trop fine et trop sèche ; pourtant, son contact me fait l&#8217;effet d&#8217;un baiser doux et chaud, plein de compassion. Quelque chose qui touche à l&#8217;instant de grâce.</p>
<p>Je ne peux m&#8217;empêcher de parler, déballant le tout comme un poids malheureux que je lui confie avec soulagement : je le sais depuis mes 12 ans, non, ça ne veut pas dire que je suis une folle, non, je n&#8217;ai jamais été intéressé par les filles, oui, j&#8217;aime les garçons et je ne sais pas d&#8217;où ça vient, je me suis détesté pendant longtemps, tu sais, et j&#8217;en ai souffert, j&#8217;en ai souffert à en chialer tous les soirs dans le noir de mon lit, et puis j&#8217;avais tellement peur de te perdre, de vous perdre, mes amis. Oui, tu es la première personne à qui j&#8217;en parle&#8230; Tu comprends mieux pourquoi je t&#8217;ai appelé hier, hein ? Oui, je me sens tellement mal, tu sais&#8230;</p>
<p>Tout tremblant, encore sous le coup de l&#8217;émotion, les frissons de froid entrecoupés de frissons de peur et de larmes de soulagement, je me retrouve là devant cet ami qui est resté bien silencieux et tout à l&#8217;écoute. Soudain, il sort la réplique ultime qui brise cet instant plus que romantique, avec tout le pragmatisme bienveillant dont il a toujours su faire preuve :</p>
<p>- En tout cas, c&#8217;est cool, parce que j&#8217;ai toujours rêvé d&#8217;avoir un copain Drag Queen ! Ils me font délirer !<br />
- &#8230; Qu&#8230; Que ? Quoi ? Ah mais attends, Nathan, je suis homo, pas une Drag Queen, hein !<br />
- &#8230; Oui, oui, je sais, j&#8217;ai compris, mais c&#8217;est cool quand même !<br />
- &#8230; Ah, heu&#8230; &#8230; D&#8217;accord &#8230; &#8230; Merci&#8230;</p>
<p>Il me répond par un sourire.</p>
<p>Je n&#8217;ai jamais su s&#8217;il était sincère dans sa réflexion drag queenesque touchante de naïveté, ou si c&#8217;était pour lui l&#8217;occasion de briser le dramatique de la soirée en me soulageant par une pirouette d&#8217;un trop plein débordant d&#8217;émotions.</p>
<p>Quel que soit le vrai, cela n&#8217;avait aucune importance : j&#8217;étais sûr d&#8217;avoir un ami. Et jamais depuis lors n&#8217;ai-je regretté de lui avoir confié ce poids depuis si longtemps porté. On peut dire qu&#8217;il y a entre nous un amour certain, mais il n&#8217;est pas sexuel, quoiqu&#8217;il pourrait être physique. C&#8217;est un amour fraternel. C&#8217;est cela qui – fils unique que je suis – me relie à lui, encore aujourd&#8217;hui, quelle que soit la fréquence de nos rencontres et de nos échanges.</p>
<p>Nathan, mon ami, mon frère. Merci.</p>
<p>Deux jours plus tard, alors que j&#8217;étais encore chez Nathan chez qui j&#8217;allais passer trois jours en tout et pour tout, Chris qui n&#8217;avait aucun nouvelle de moi avait essayé de me joindre chez mes parents. Ma mère lui avait donné le numéro de téléphone de Nathan, croyant bien faire. C&#8217;est le père de Nathan qui me l&#8217;avait passé au téléphone, alors que la petite famille était installée à table pour le dîner. Chris m&#8217;avait fait une scène pour cette rupture soudaine de communication. Pendu au téléphone à écouter silencieusement ses reproches, les yeux perdus dans le mur, j&#8217;avais fini par lui dire que je ne souhaitais plus le revoir parce que c&#8217;était trop difficile pour moi. Il m&#8217;avait raccroché au nez.</p>
<p>J&#8217;étais remonté à l&#8217;étage, rejoindre Nathan dans sa chambre. Je lui avais raconté ma conversation. J&#8217;avais le souffle coupé, je me sentais mal, une horrible boule au creux du ventre. Il avait prononcé les mots magiques :<br />
- Tu sais, tu as le droit de pleurer, si tu veux.</p>
<p>Et j&#8217;avais éclaté en sanglots dans ses bras.</p>
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		<itunes:summary>C'est eacute;trange. Le mois d'aoucirc;t, mois de mon anniversaire, a toujours eacute;teacute; structurant dans ma vie. Chaque anneacute;e, avec la reacute;gulariteacute; d'un meacute;tronome, il se passe toujours un eacute;veacute;nement crucial dans mon existence - comme une impulsion nouvelle (heureuse ou malheureuse mais toujours initiatrice) qui deacute;finit de nouveaux contours.

Ainsi, dans quelques jours, je fecirc;terai au jour pregrave;s les 10 ans de mon premier coming-out. Moment crucial dans la vie de tout jeune homo, l'eacute;vegrave;nement commun agrave; tous qui justifie agrave; lui seul, au-delagrave; des critegrave;res identitaires, l'existence d'une communauteacute; de destin homosexuelle, aussi important ndash; si ce n'est plus ndash; que celui de la laquo; premiegrave;re fois raquo;, le coming-out est cette sortie du placard, cette mise en avant de soi dans la foule anonyme, le lever de rideau sur la scegrave;ne du monde, le premier cri hors de la coquille. laquo; Je suis gay raquo;, laquo; Je suis homo raquo;, laquo; Je suis peacute;deacute; raquo;, laquo; J'aime les garccedil;ons raquo;. Toutes ces formules qui se reacute;pondent les unes aux autres comme une seule et unique palabre qui fait saigner l'acirc;me agrave; coeur ouvert. Le coming-out.

Je venais de coucher pour la premiegrave;re fois de mon existence avec un garccedil;on. Pas agrave; la maniegrave;re de l'enfant, du laquo; petit homme raquo;, qui expeacute;rimente, mais du jeune homme qui sait ce qu'il fait, qui l'a deacute;sireacute; et qui l'a accompli. Le monde des possibles de la sexualiteacute; masculine, le goucirc;t de la peau saleacute;e, les poils qui excitent les doigts lorsqu'ils glissent sur la peau satineacute;e de sueur, les premiers eacute;changes de salive, toujours, de transpiration aussi, de larmes parfois, de sperme eacute;videmment.

Il s'appelait Chris. Il avait 23 ans, j'en avais 17, presque 18. Il m'avait deacute;poseacute; agrave; la gare de Nice, ce soir-lagrave;, parce que je voulais quitter l'antre ougrave; nous avions commis ce meacute;fait, je voulais ne plus le revoir, je voulais l'oublier, l'effacer de ma meacute;moire, l'abandonner, j'eacute;tais perdu, oui, j'eacute;tais perdu, et je voulais redevenir cet enfant que je ne serai irreacute;meacute;diablement plus.

Je m'eacute;tais jeteacute; sur une cabine teacute;leacute;phonique car les portables eacute;taient encore un luxe en 1998. J'avais appeleacute; mon pegrave;re pour qu'il vienne me chercher en voiture, preacute;textant quelque laquo; mauvais plan raquo; avec mes amis et un train inexistant. Cela m'avait laisseacute; pregrave;s de 40 min le temps qu'il arrive, suffisamment pour raccrocher, encore affoleacute; par ce que je venais de faire et me confier au plus vite agrave; mon meilleur ami de l'eacute;poque.

Il s'appelait Nathan. Il avait 17 ans comme moi. Bien que nous ne nous voyons que sporadiquement ces derniers temps parce que nous avons pris des chemins diffeacute;rents, c'est quelqu'un que j'appreacute;cie absolument. Un garccedil;on en qui ma confiance est aveugle encore aujourd'hui. Chaque fois que nous nous voyons, je le retrouve fidegrave;le agrave; lui-mecirc;me. Non pas qu'il n'ait pas eacute;volueacute; mais plutocirc;t que nous avons eacute;changeacute; en ces temps reculeacute;s des choses qui font qu'apregrave;s un silence d'une ou deux anneacute;es, nous nous retrouvons comme si nous nous eacute;tions quitteacute;s la veille, sans jugement, sans reproche, jamais. Il est une des rares personnes parmi mes amis que je ne penserai pas une seule seconde agrave; critiquer. Avec qui nous finissons toujours par tomber d'accord malgreacute; nos divergences de vue. Et, eacute;trangement, sans que chacun ne baisse sa garde et avec qui je n'ai jamais eu en dix ans ne serait-ce qu'une engueulade superficielle. Peut-ecirc;tre cela vient-il du fait que nous nous connaissons suffisamment pour nous faire confiance les yeux fermeacute;s,...</itunes:summary>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>Ces objets qui nous possèdent</title>
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		<pubDate>Sat, 16 Aug 2008 09:50:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

		<category><![CDATA[appareil photo]]></category>

		<category><![CDATA[possession]]></category>

		<category><![CDATA[reflex]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 183, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/>
Il y a dans l&#8217;objet que l&#8217;on chérit quelque chose qui touche à l&#8217;aliénation. C&#8217;est cette réflexion (très classique) qui me taraudait, ce matin, sur le chemin pour aller bosser à mon job d&#8217;été.
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			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 183, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs.jpg" alt="Humeurs" align="left" /><br />
Il y a dans l&#8217;objet que l&#8217;on chérit quelque chose qui touche à l&#8217;aliénation. C&#8217;est cette réflexion (très classique) qui me taraudait, ce matin, sur le chemin pour aller bosser à mon job d&#8217;été.</p>
<p>Depuis quelques semaines, mon esprit est occupé par un achat matériel assez conséquent : un nouvel appareil photo numérique. A l&#8217;origine, l&#8217;idée était d&#8217;acheter un appareil photo compact. « Quitte à ce que ce soit le plus cher de tous », m&#8217;étais-je dit, comme si le prix avait une quelconque relation automatique avec la qualité du matériel. Conseil clef pour tout achat électronique : « A caractéristiques égales, prends le plus cher », m&#8217;avait un jour dit un ami ; j&#8217;avais appliqué son conseil en oubliant que – lui – avait les moyens. Maman m&#8217;avait pourtant prévenu d&#8217;éviter de fréquenter des riches ; peine perdue, la plupart de mes amis sont des bourgeois dont les préoccupations sont bien éloignées du milieu ouvrier. Cela a son avantage (profiter de la piscine au bord de la villa en été) mais aussi ses inconvénients (vivre clairement au-dessus de ses moyens).</p>
<p>Quoiqu&#8217;il en soit, après avoir hésité longtemps entre un compact et un bridge (un appareil photo intermédiaire entre un compact et un reflex), j&#8217;ai fini par m&#8217;orienter vers un bridge (plus cher, évidemment), hésitant entre une poignée d&#8217;appareils.</p>
<p>Aparté. Je tiens à remercier mon compagnon au pragmatisme éclairé, pour cette seconde phase délicate. Au terme d&#8217;un long monologue insoluble (pour résumer : « Mais tu comprends, un Bridge, en voyage, ça risque d&#8217;être encombrant ; mais en même temps, avec un Compact, la qualité photo est beaucoup moins bonne »), il m&#8217;a offert la clef ultime, fortement agacé par mes soliloques incontinents (« Tu dois définir une priorité : soit la compacité, soit la qualité d&#8217;images, et tu t&#8217;y tiens, parce que tu ne pourras pas avoir les deux »). Avec ses propres mots, il a résolu mon dilemme céphalique d&#8217;une dizaine de jours, illustrant à sa manière et par sa compréhension intuitive de la chose, le problème du syllogisme des philosophes grecs de l&#8217;Antiquité : on ne peut pas comparer des oranges avec des pommes en utilisant la couleur pour les unes et le goût pour les autres, car ce serait absurde. Dire « La compacité est aux Compacts ce que le piqué d&#8217;image est au Bridge » ne veut strictement rien dire car on pourra dire beaucoup de choses sur ce qu&#8217;est la compacité d&#8217;un Compact, et cela ne nous éclaire pas une seule seconde sur ce qu&#8217;est le piqué d&#8217;image pour un Bridge ; sans compter que ce raisonnement par analogie n&#8217;apporte rien en terme de « vérité » si ce n&#8217;est celle du discours du locuteur à proprement parler ; bref, c&#8217;est nul, et, de toute façon, Aristote l&#8217;avait dit à son époque : « Prendre un Bridge, c&#8217;est mieux pour les focales ».</p>
<p>Problème essentiel : j&#8217;ai décidé de mettre une priorité à la qualité de l&#8217;image par rapport à la capacité. Un Bridge, donc. C&#8217;est là que je suis tombé dans le piège des comparatifs disponibles sur le net et dans les magazines : si ma priorité est l&#8217;image, pourquoi acheter un Bridge, alors que je peux&#8230; acheter un Reflex ?</p>
<p>Et voici que de fil en aiguille, je me suis retrouvé à passer d&#8217;un un appareil photo compact d&#8217;excellente qualité (autour des 300 €) à un appareil photo réflex de plutôt bonne qualité (870 €) - boîtier nu, évidemment, auquel il faudra ajouter une ou deux optiques (500 € pièce pour avoir de la qualité), une sacoche fourre-tout, un filtre UV et la pléthore de cartes mémoire affiliées. Passer de 300 € à 1300 €, y a pas à dire, ça a du bon de fréquenter des riches (et pourtant, Maman m&#8217;avait prévenu)&#8230;</p>
<p>Excité par ce nouvel achat qui m&#8217;ouvrira prochainement des perspectives intéressantes (pouvoir enfin m&#8217;essayer à mon vieux fantasme de la photo en sortant du cadre des photos-souvenirs automatiquement et platement «tout est net » des appareils compacts), j&#8217;ai cependant été de nouveau confronté à ma première hésitation mais sous un autre aspect. Certes, un Reflex donne beaucoup plus de libertés et d&#8217;opportunités pour essayer des petits bijoux de photos ; et c&#8217;est tout de même drôlement encombrant. Mais surtout, c&#8217;est fragile. Et cher. Et ce qui est fragile et cher promet une certaine dose d&#8217;angoisse pour les paranoïaques comme moi.</p>
<p>Or, c&#8217;est à l&#8217;instant précis où j&#8217;ai songé à cela (un Reflex risque davantage de casse qu&#8217;un Compact, car c&#8217;est gros et donc plus exposé) que je me suis dit que le véritable problème de l&#8217;encombrement d&#8217;un tel objet n&#8217;était pas une question « physique » mais en réalité une question « psychologique ».</p>
<p>Cet objet pendu autour de mon cou serait peut-être prochainement, dans mon voyage dans un pays très particulier, une barrière pour ma communication sociale avec mon prochain. Ne serait-ce que parce que, spontanément, on rechigne moins à exposer un appareil photo à 300 euros qu&#8217;un autre à 1300 €&#8230; A l&#8217;instant où cette pensée est venue à mon esprit, je me suis imaginé plongé dans une rue bondée de ce pays étranger et avoir peur d&#8217;abîmer mon appareil photo Reflex, m&#8217;empêchant de ce fait d&#8217;apprécier ce contact avec les autochtones, et craindre qu&#8217;on ne le casse, qu&#8217;on ne le vole, cet objet « si cher, et si fragile, et donc si important » - ô divine possession qui nous possède !</p>
<p>J&#8217;ai couplé immédiatement cette réflexion à une autre pensée qui m&#8217;avait submergé un temps jadis, alors que mon compagnon me proposait de quitter éventuellement Paris pour s&#8217;installer à l&#8217;étranger. Dans l&#8217;absolu, je n&#8217;étais pas du tout contre à cette idée, et même plutôt intéressé par un changement de paysage, de culture, de population. Seulement, la première idée qui m&#8217;était venue à l&#8217;esprit n&#8217;était pas celle-ci mais plutôt : « Si je déménage à Londres ou à New York, qu&#8217;est-ce que je vais faire de mon téléviseur LCD 102 cm ? Et de mon appareil à charge guidée et ses poids de 80 kg ? ». Bref, l&#8217;attachement à – et de – la possession qui venait m&#8217;entraver comme un poids vissé au pied de mon esprit&#8230; Ridicule, finalement, puisque qu&#8217;en quoi la possession d&#8217;un gros téléviseur viendrait remettre en question un déménagement à l&#8217;étranger, on se le demande&#8230;</p>
<p>J&#8217;ai donc tenté d&#8217;élargir la vision. Quelque part, posséder un objet est une entrave. D&#8217;abord pour l&#8217;acte d&#8217;achat : c&#8217;est un sacrifice matériel sur l&#8217;autel sacré de son portefeuille. Puis, selon la taille de l&#8217;objet, c&#8217;est un volume ou un poids physique à proprement parler qui empêche un déplacement aisé. Et enfin c&#8217;est la peur développée à l&#8217;occasion de sa conservation, de sa protection, de son entretien : l&#8217;angoisse du « bon fonctionnement ». Sans compter l&#8217;angoisse jumelle de la perte : la dépossession, l&#8217;amputation, disons-le : la castration. Quelle liberté peut-on alors revendiquer vis-à-vis d&#8217;un objet qui nous possède ? La plus grande s&#8217;il est relégué à l&#8217;état d&#8217;outil (c&#8217;est l&#8217;idéal) ; mais la moindre s&#8217;il n&#8217;a d&#8217;intérêt que pour lui-même.</p>
<p>Affirmer cela, au passage, c&#8217;est s&#8217;éloigner très loin de l&#8217;éloge du design qui sous couvert d&#8217;insérer l&#8217;Art (ou du moins sa dimension plastique) dans tout objet d&#8217;une certaine gamme de consommation, finit tant par tuer la caractéristique « utilitaire » de l&#8217;outil que de banaliser l&#8217;Art dans sa dimension bêtement plastique. Car l&#8217;engin utile enfant du design devient une sorte de bâtard schizophrène propre à donner des vertiges : la démarche artistique de « l&#8217;objet d&#8217;Art » est effacée car n&#8217;est conservée que la dimension plastique (une régression par rapport à l&#8217;Art Contemporain ?) alors que l&#8217; « utilitarité » (pour ne pas utiliser le concept d&#8217;utilité, trop marqué par le courant de l&#8217;utilitarisme) de l&#8217;objet est relativisée par cette pseudo dimension artistique de la décoration. L&#8217;outil n&#8217;est plus seulement qu&#8217;un outil : c&#8217;est un concentré d&#8217;attention <em>per sé</em>. Et voici que se profile « le beurre et l&#8217;argent du beurre », mélangés ensemble, au prix du cul du crémier. Pour ma part, je n&#8217;ai jamais apprécié trouver des confettis de billets de 500 EUROS dans une plaquette de beurre demi-sel ; j&#8217;ai du mal à le digérer.</p>
<p>Alors, quelque part, j&#8217;ai fini par me dire que, dans cet avenir si proche, si mon appareil photo hors de prix se retrouvait confronté à une foule immense, cela ne devait avoir aucune importance. Il n&#8217;y a en effet qu&#8217;une porte de sortie venant réconcilier le tout : je devrai tuer cette peur en tuant la possession. Tuer la possession, ce n&#8217;est pas refuser de posséder mais plutôt se détacher de la possession qu&#8217;a l&#8217;objet sur nous dès l&#8217;instant où on le possède.</p>
<p>Le souvenir d&#8217;une époque s&#8217;amenuise à mesure que l&#8217;époque s&#8217;éloigne, c&#8217;est l&#8217;<em>Anamnesis</em>. La mémoire, elle, <em>Mneme</em>, procède à l&#8217;inverse : elle prétend que l&#8217;objet de son attention est derrière elle alors qu&#8217;il se trouve devant, elle crée son objet au lieu d&#8217;en procéder comme le souvenir. Quelque part, se déposséder d&#8217;un objet que l&#8217;on possède, cela implique d&#8217;abord de le posséder, puis, ensuite, dès la signature apposée en bas d&#8217;un chèque, de le reléguer à l&#8217;état de souvenir, en devenir amnésique. Et se retrouver nu – soi confronté à soi-même.</p>
<p>Faire le deuil d&#8217;une possession, c&#8217;est comme faire le deuil d&#8217;un amour qu&#8217;on croit pouvoir enfermer entre ses doigts recroquevillés : faire un pas de plus vers une certaine libération.</p>
<p>Gautama Siddharta le Bouddha avait donc bel et bien raison. Il n&#8217;en a jamais parlé parce qu&#8217;il s&#8217;en était dépossédé, mais c&#8217;est une certitude : il devait posséder un Reflex. Je me demande si c&#8217;était un Canon, un Nikon ou un Pentax ?</p>
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		<title>07/x - Le Rayon Jaune</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jul 2008 09:04:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Le Rayon Jaune]]></category>

		<category><![CDATA[ésotérisme]]></category>

		<category><![CDATA[fantastique]]></category>

		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>

		<category><![CDATA[histoire]]></category>

		<category><![CDATA[littéraire]]></category>

		<category><![CDATA[roman]]></category>

		<category><![CDATA[société secrète]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 124, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/>
Je restai bouche bée devant cette manifeste ubiquité. Comment ça : « Mathilde au bout du fil » ?! Et la Mathilde assise à ma table, alors ?! Je jetai rapidement un coup d&#8217;œil à mon téléphone : un numéro de téléphone portable qui n&#8217;était pas dans mon répertoire, visiblement.
Mon interlocutrice à l&#8217;autre bout du combiné était-elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 124, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/rayonjaune.jpg" alt="Le Rayon Jaune" align="left" /></p>
<p>Je restai bouche bée devant cette manifeste <strong>ubiquité</strong>. Comment ça : « Mathilde au bout du fil » ?! Et la Mathilde assise à ma table, alors ?! Je jetai rapidement un coup d&#8217;œil à mon téléphone : un numéro de téléphone portable qui n&#8217;était pas dans mon répertoire, visiblement.</p>
<p>Mon interlocutrice à l&#8217;autre bout du combiné était-elle seulement Mathilde ou quelqu&#8217;un qui se faisait passer pour elle ? Qui était la véritable Mathilde ? Celle qui me parlait au téléphone ou la femme qui était assise en face de moi ? Non, ça ne pouvait pas être cette femme au téléphone : la femme avec qui je venais de discuter de longues minutes semblait tellement sympathique ! Et puis, elle paraissait tout savoir de ma famille&#8230; Non, ça ne pouvait pas être elle, l&#8217;usurpatrice.</p>
<p>Pourtant, je me refusais à prendre le moindre risque : je ne savais pas à quoi m&#8217;en tenir. Mon cœur s&#8217;était mis à s&#8217;emballer et j&#8217;étais mort de trouille face à cette situation ubuesque. Qu&#8217;est-ce que tout cela signifiait ?</p>
<p>Je faillis me lever de table et m&#8217;absenter un instant pour répondre au téléphone en toute tranquillité ; seulement, si la femme en face de moi était l&#8217;usurpatrice, je ne pouvais pas prendre le risque de laisser mes affaires – carnet d&#8217;Edmond et lampe à huile – à sa portée. J&#8217;étais donc coincé.</p>
<p>Je fis un signe à la Mathilde en face de moi, et lui chuchotai un nouveau mensonge (<em>« Ma-directrice-de-mémoire »</em>) pour la faire patienter le temps de cet échange téléphonique. Je devais la jouer fine : elle ne devait pas se douter un seul instant de la personne que j&#8217;avais au bout du fil&#8230; ou bien du fait qu&#8217;on essayait de se faire passer pour elle.</p>
<p>Je repris la conversation téléphonique, les yeux rivés sur le visage de la vieille dame devant moi, observant ses moindres faits et gestes :</p>
<p>- Ah&#8230; ! Bonjour ! Je vous remercie de m&#8217;avoir rappelé&#8230;<br />
- Je vous en prie, Arnaud, c&#8217;est tout naturel, siffla l&#8217;écouteur de mon portable. Mais je dois dire que vous avez beaucoup de chance !<br />
- Ah oui ?<br />
- Pour tout vous dire, je n&#8217;étais pas supposée être à Paris en ce moment. Depuis que j&#8217;ai pris ma retraite, je vis surtout à Londres et je ne reviens passer trois mois dans mon appartement parisien qu&#8217;à l&#8217;automne.<br />
- Oh ? &#8230; Et comment se fait-il&#8230; (<em>je réfléchis en un éclair à comment poser ma question sans éveiller les soupçons de la femme en face de moi</em>)&#8230; que vous soyez disponible ?<br />
- Que je sois disponible&#8230; ? Ah, que je sois à Paris, vous voulez dire ? Figurez-vous que j&#8217;ai reçu ce matin un coup de fil de ma voisine du dessous. C&#8217;est une amie. Elle connaît un terrible dégât des eaux. Une infiltration venant de ma salle de bains apparemment. Alors j&#8217;ai accouru chez moi dès que j&#8217;ai pu pour faire réparer cela le plus vite possible. Avec l&#8217;Eurostar, ce n&#8217;est désormais pas bien compliqué, vous savez&#8230;<br />
- Je comprends. Alors, j&#8217;ai de la chance, si j&#8217;ose dire&#8230;<br />
- On peut dire les choses ainsi ! Je viens à peine d&#8217;écouter votre message sur mon répondeur. Mon Dieu&#8230; La dernière fois que j&#8217;ai eu Odile au téléphone, vous étiez encore un enfant. Et dire que vous êtes déjà un jeune homme&#8230; Cela ne me rajeunit pas ! Quoiqu&#8217;il en soit, je serais ravie de faire votre connaissance.<br />
- Moi aussi, répondis-je. Avec grand plaisir, ajoutai-je, en me demandant après coup si ce semblant de familiarité n&#8217;allait pas éveiller l&#8217;attention de la femme assise devant moi.<br />
- Vous avez fait bon voyage ? Vous êtes de retour à la capitale ?<br />
- Oui, je suis arrivé tout à l&#8217;heure.<br />
- Dans ce cas, nous allons pouvoir nous voir. Je vais être assez occupée aujourd&#8217;hui pour trouver un plombier. Alors je vous propose que nous nous voyons dans la semaine. A moins que vous ayez des cours ou que vous soyez occupé ?<br />
- Non, non, pas de problème. Je suis disponible quand vous le désirez&#8230;<br />
- Alors pourquoi ne dirions-nous pas demain à mon appartement pour prendre une tasse de thé ?<br />
- Ah ! Eh bien, ce sera parfait !<br />
- Disons à 16h. Je préfère que nous nous voyons chez moi, si jamais mon plombier commence les travaux demain. Je n&#8217;aime pas laisser des ouvriers travailler chez moi en mon absence. Et puis, ce sera l&#8217;occasion de vous montrer des photos de ma famille, et de vous parler un peu de mes parents.<br />
- C&#8217;est une excellente idée, Ma&#8230;dame. (<em>je faillis dire son prénom – je me rattrapai in extremis, alors que mon coeur se mit à battre la chamade de ma presque bourde</em>).<br />
- Vous pouvez m&#8217;appeler Mathilde, vous savez. Bon, alors, demain, 16 h. Je vais vous dire où j&#8217;habite. Vous avez de quoi noter ?<br />
- Je vous écoute&#8230;</p>
<p>Ce faisant, mon interlocutrice me dicta son adresse. Je tâchai de l&#8217;apprendre par cœur en espérant ne pas l&#8217;oublier. Il m&#8217;était impossible de la noter sur un morceau de papier : si l&#8217;usurpatrice était la femme en face de moi, elle devait savoir d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre où habitait Mathilde. Je ne pouvais donc pas prendre ce risque.</p>
<p>Alors que ma correspondante téléphonique me salua d&#8217;un « A demain ! » auquel je répondis par un « Merci ! », j&#8217;attendis quelques secondes le temps qu&#8217;elle raccrochât, avant de faire semblant de me raviser immédiatement, comme si quelque chose m&#8217;était revenu en mémoire :<br />
- Oh ! Allo ?! Attendez, j&#8217;oubliais ! Qu&#8217;est-ce que je dois prendre, comme ouvrages pour le rendez-vous ?</p>
<p>Et je fis semblant de poursuivre une discussion universitaire avec ma soit-disante directrice de mémoire, alors que mon interlocutrice avait déjà raccroché. Le téléphone collé sur la joue, ponctuant ma fausse conversation par des remarques brèves et laconiques (« <em>Daccord.</em> », « <em>C&#8217;est noté.</em> », « <em>Très bien !</em> »), je priai intérieurement pour qu&#8217;un ami n&#8217;ait pas l&#8217;idée de m&#8217;appeler à ce moment-là, ce qui aurait grillé ma mascarade.</p>
<p>Cela me laissait tout de même un peu de temps pour réfléchir à la situation.</p>
<p>La femme que j&#8217;avais eu au bout du fil allait me recevoir chez elle et me montrer des photos familiales. C&#8217;était sans doute elle la véritable Mathilde.</p>
<p>Certes, la drôle de coïncidence d&#8217;un dégât des eaux m&#8217;intriguait. Je me fis pourtant la réflexion qu&#8217;un tel état de fait serait facile à vérifier, une fois sur place : un passage éclair chez la voisine du dessous, l&#8217;intervention du plombier, les travaux dans la salle de bains&#8230; Non, manifestement, il devait vraiment s&#8217;agir d&#8217;une authentique coïncidence. Une mystificatrice n&#8217;aurait pas pris le risque d&#8217;un mensonge aussi aisément vérifiable. Surtout que c&#8217;était l&#8217;élément clef pour expliquer les différents éléments que j&#8217;avais en main.</p>
<p>En effet, je posai tout d&#8217;abord l&#8217;hypothèse que ma correspondante au téléphone était l&#8217;imposteur. En me proposant une rencontre le lendemain (voire dans la semaine) et pas le jour même, cela me laissait largement le temps d&#8217;avoir une éventuelle conversation avec ma grand-mère et de vérifier des faits comme l&#8217;adresse du domicile de Mathilde. Et cela laissait également largement le temps à la véritable Mathilde de m&#8217;appeler le cas échéant. Si cette femme au téléphone était l&#8217;usurpatrice, elle n&#8217;aurait pas pris ce risque.</p>
<p>De plus, postuler que la femme au téléphone était l&#8217;auteur d&#8217;une telle perfidie n&#8217;expliquait pas pourquoi la véritable Mathilde – la femme en face de moi – avait voulu me rencontrer dans l&#8217;urgence de mon arrivée à Paris, dans un salon de thé inconnu : cette urgence de la rencontre que j&#8217;avais d&#8217;abord pris comme une aubaine me devenait soudain très suspecte.</p>
<p>Alors, l&#8217;hypothèse que la femme en face de moi était en fait une usurpatrice se précisa d&#8217;avantage. Pourquoi cette urgence d&#8217;une rencontre – dans un salon de thé qui plus est et pas chez elle – si ce n&#8217;était l&#8217;opportunité de minimiser les risques que j&#8217;entre en contact avec la véritable Mathilde ?</p>
<p>Certes, cela n&#8217;expliquait pas pourquoi elle avait risqué de me rencontrer directement à visage découvert&#8230; Seulement, si on ajoutait le fait que la véritable Mathilde – la femme au téléphone – habitait normalement à Londres et n&#8217;aurait pu consulter son répondeur parisien qu&#8217;en automne (nous étions au printemps), cela laissait à la fausse Mathilde – la femme en face de moi – tout le temps nécessaire pour me rencontrer sans prendre le risque d&#8217;être découverte.</p>
<p>Sauf que l&#8217;imposteur ne pouvait pas prévoir un dégât des eaux et un retour précipité de la véritable Mathilde. Elle ne pouvait donc pas se douter que la personne que j&#8217;avais au bout du fil était Mathilde en personne, la croyant encore à Londres pour quelques mois. Cela me donnait une avance sur elle.</p>
<p>Je reposai mon téléphone après avoir congédié ma correspondante imaginaire. Puis, je portai la tasse de thé à mes lèvres en prenant mon temps pour la boire lentement : c&#8217;était quelques secondes de gagnées pour poursuivre ma réflexion. La lenteur de mes gestes en silence était à l&#8217;extrême opposé de la vivacité de mon esprit, occupé à résoudre mille questions en même temps.</p>
<p>La femme en face de moi était une mystificatrice. Qui était elle ? Pourquoi se faisait-elle passer pour Mathilde ? Pourquoi prendre un tel risque de me rencontrer en face à face ? Comment avait-elle eu mon numéro de téléphone ? Comment savait-elle que je cherchais à rencontrer la cousine de ma grand-mère ? Avait-elle pu écouter le message sur le répondeur de Mathilde ? Est-ce que tout ce qu&#8217;elle venait de me raconter sur Mathilde et son père était vrai ?  Que désirait-elle ? Le carnet ? Etait-elle seulement au courant de la lampe ? Que voulait-elle ? Peut-être était-elle dangereuse ?</p>
<p>Je me concentrai en silence, buvant lentement mon thé, gorgée après gorgée, une boule dans le ventre, alors que la femme en face de moi restait impassible. On eut dit qu&#8217;il y avait dans l&#8217;air du petit salon une sorte de flottement insaisissable : je plongeai mon regard dans celui de la femme qui était en face de moi et dont j&#8217;ignorais tout. Elle souriait en silence. Je reposai ma tasse de thé vide et lui répondis par un sourire tout aussi silencieux.</p>
<p>Je pris une grande inspiration et plantai mon regard dans ses yeux comme un poignard aiguisé :</p>
<p>- Maintenant, vous allez me dire qui vous êtes vraiment et ce que vous désirez de moi.</p>
<p>Elle ne réagit pas et continua de sourire en silence. Nous nous regardâmes l&#8217;un et l&#8217;autre, mon rythme cardiaque s&#8217;accéléra, je guettai la moindre de ses réactions. Un ange passa.</p>
<p>Quand, soudain, je basculai la tête à l&#8217;envers !</p>
<p>Tout se passa très vite : la femme avait renversé la table sur moi en bondissant hors de sa chaise, dans un acte brutal d&#8217;une incroyable rapidité ! La planche s&#8217;écrasa sur mon menton, ma chaise valdingua en arrière, je perdis l&#8217;équilibre, me cognai la nuque sur le sol, les tasses se brisèrent avec fracas et je me retrouvai étalé de tout mon long, à terre, écrasé par le mobilier. Je tournai la tête sur le côté, hébété, le torse oppressé par la plaque de bois, et j&#8217;eus à peine le temps d&#8217;apercevoir la vieille femme courir en direction de la sortie, mon sac à dos sous le bras !</p>
<p>Je me levai tant bien que mal, titubant – mon menton me faisait terriblement souffrir – et m&#8217;élançai maladroitement mais à toute hâte à sa poursuite. Je manquai presque de me cogner la tête en m&#8217;engageant dans le premier boyau sinueux séparant le « petit salon » de la salle le précédant.</p>
<p>La vieille dame détalait comme un lapin ! Je débouchais à peine dans une des salles de ce chapelet architectural que je la voyais la quittant déjà par le petit couloir suivant. Elle avait mon carnet, elle avait la lampe à huile, c&#8217;était donc ça qui l&#8217;intéressait ?!</p>
<p>Salle suivante, ambiance jaunâtre, elle se faufilait avec aisance, je l&#8217;entendis distinctement crier « Extraction ! », je bousculai un serveur qui laissa tomber son plateau, les yeux des clients rivés sur moi, se demandant ce qui arrivait, « Dégagez ! Arrêtez-la ! Arrêtez-la ! », vite, vite, précipitation, putain de chaise au milieu, « Bouge de là, toi ! », je gagnais du terrain, un autre serveur, un coin de table dans la hanche, douleur vivace, la voilà qui s&#8217;engouffrait par la porte d&#8217;entrée.</p>
<p>Je me précipitai au dehors à sa suite, la porte encore ouverte, plissai les yeux habitués à l&#8217;ambiance sombre qui retrouvaient la lumière aveuglante du jour, un regard à gauche, un regard à droite, c&#8217;était elle, elle courrait encore !</p>
<p>Je m&#8217;engageai à sa poursuite, poussant les passants le long de la rue heureusement peu fréquentée. La femme avait beau être véloce, j&#8217;étais tout de même plus rapide qu&#8217;elle et la rattrapai enfin au coin d&#8217;une ruelle. « Arrête toi, connasse ! », lançai-je, à gorge déployée. Quand sortie de nulle part, une voiture gris argent – une Mégane me sembla-t-il – freina brusquement devant elle alors que la porte arrière s&#8217;ouvrit pour l&#8217;accueillir : elle avait des complices !</p>
<p>Je bondis en avant, fondant sur elle, les bras tendues et les mains ouvertes s&#8217;apprêtant à se refermer sur sa robe, sur son corps, sur sa chair, comme un oiseau de proie, alors qu&#8217;elle tentait de plonger sur les sièges arrière de la voiture, hurlant un « Démarre ! » au chauffeur que je ne voyais pas. Ma main droite se referma sur mon sac à dos que j&#8217;eus la chance de saisir. La voiture démarra en trombes, j&#8217;agrippai mon sac qu&#8217;elle tenait encore et basculai en arrière lorsqu&#8217;elle finit par lâcher prise. Le temps de relever la tête, le véhicule filait déjà au loin dans un crissement de pneus tout hollywoodien, me laissant assis sur le bitume, mon sac à dos sur les genoux, sous le regard éberlué des passants parisiens habituellement blasés par les mésaventures du quidam.</p>
<p>Je me relevai difficilement, me touchai le menton – pas de sang malgré la douleur vive – regardai au bout de la rue la voiture disparaître et tentai de reprendre mes esprits.</p>
<p>J&#8217;ouvrai le sac à dos, inquiet : ouf ! Le carnet d&#8217;Edmond et la lampe à huile étaient toujours là. J&#8217;inspectai la lampe pour vérifier qu&#8217;elle ne fut pas brisée, malgré le bout d&#8217;étoffe dans lequel je l&#8217;avais protégée. Elle semblait bel et bien intacte.</p>
<p>Je restai quelques minutes ainsi, debout, sur le trottoir, complètement sonné par cet intermède. Mais qui diable étaient cette femme et ses complices ?! Et comment avait-elle pu être au courant de ma possession du carnet ? Savait-elle seulement que je possédais la lampe ?</p>
<p>Je décidai de rentrer au salon de thé récupérer ma veste, espérant en apprendre davantage sur cette vieille femme auprès des serveurs du lieu&#8230; et ne pas avoir à payer pour les dégâts occasionnés par cette course poursuite aussi brève qu&#8217;intense.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>Lector in fabula</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Jul 2008 22:51:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Humeurs]]></category>

		<category><![CDATA[art]]></category>

		<category><![CDATA[création]]></category>

		<category><![CDATA[écriture]]></category>

		<category><![CDATA[lecture]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 114, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/>
Ecrire, c&#8217;est prendre le risque d&#8217;une confrontation.
Dans un sens, c&#8217;est une confrontation à soi. On cherche à isoler en soi les contours de sa pensée, à définir les circonvolutions de son esprit, à extraire la quintessence de son oeuvre intérieur. Puis, c&#8217;est l&#8217;histoire de se précipiter soi-même, de se distiller et de se fondre dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 114, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-instants.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Humeurs" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/humeurs.jpg" alt="Humeurs" align="left" /><br />
Ecrire, c&#8217;est prendre le risque d&#8217;une confrontation.</p>
<p>Dans un sens, c&#8217;est une confrontation à soi. On cherche à isoler en soi les contours de sa pensée, à définir les circonvolutions de son esprit, à extraire la quintessence de son oeuvre intérieur. Puis, c&#8217;est l&#8217;histoire de se précipiter soi-même, de se distiller et de se fondre dans l&#8217;athanor pour modeler ce qui sera sa pierre philosophale.</p>
<p>Dans un autre sens, c&#8217;est une confrontation à l&#8217;autre. A son regard et à son appréhension, à sa capacité à comprendre et intégrer l&#8217;image élaborée qu&#8217;on lui mettra devant les yeux, dans le fol espoir - avorté dès l&#8217;origine - de le voir ingérer l&#8217;intégralité de ce que l&#8217;on aura mis en forme. Une mise en forme qui se retrouvera ensuite prise dans le tourbillon de son esprit, analysant, synthétisant, isolant pour lui-même ce que son esprit aura saisi de ce qu&#8217;on lui aura proposé.</p>
<p>Ecrire est donc une infinité de reflets de deux miroirs, placés l&#8217;un au devant de l&#8217;autre, l&#8217;un affrontant l&#8217;autre, mais légèrement décalés l&#8217;un de l&#8217;autre, comme si, tour à tour, l&#8217;un se mettait en avant pendant que l&#8217;autre se mettait en retrait, le premier reflétant le second, reflétant le premier reflétant le second, reflétant le premier reflétant le second reflétant le premier reflétant le second.</p>
<p>Parce qu&#8217;écrire, c&#8217;est d&#8217;abord se mettre hors de soi (ou en-soi) pour façonner sa pensée et en fixer une image.</p>
<p>Puis, c&#8217;est la mettre en forme sous l&#8217;aspect d&#8217;un texte, d&#8217;un écrit à proprement parler, d&#8217;une succession de mots et de phrases qui seront forcément en décalage avec la fulgurance de sa pensée : <em>l&#8217;image de l&#8217;image</em>.</p>
<p>On confronte ensuite cette image écrite au regard du lecteur qui lira et comprendra, ressentira, touchera, goûtera cet écrit en fonction de ses capacités cognitives, de ses goûts et de son expérience. &#8220;L&#8217;image de <em>l&#8217;image de l&#8217;image&#8221;</em>.</p>
<p>Enfin, cette &#8220;image de <em>l&#8217;image de l&#8217;image&#8221;</em>, nous ayant totalement échappée, la voici qui interpelle le lecteur, qui la fait sienne et la médite, qui en fait un noeud de réflexion, de réaction de sensibilité, d&#8217;interprétation. C&#8217;est l&#8217;image de &#8220;l&#8217;image de <em>l&#8217;image de l&#8217;image</em>&#8220;.</p>
<p>Ecrire, c&#8217;est donc se déposséder de sa pensée pour l&#8217;offrir à l&#8217;autre - aux autres, même - tout en en réclamant la paternité. Alors, tel une grande fille autonome, il lui reviendra de faire son propre chemin dans le monde, sous le regard critique de ceux qui s&#8217;en saisiront pour la faire vivre, sous les yeux désemparés du géniteur qui s&#8217;en ressentira toujours responsable.</p>
<p>Du père aux pairs, l&#8217;écriture est une mise en abîme.</p>
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		<title>06/x - Le Rayon Jaune</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jun 2008 01:03:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Le Rayon Jaune]]></category>

		<category><![CDATA[ésotérisme]]></category>

		<category><![CDATA[fantastique]]></category>

		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>

		<category><![CDATA[histoire]]></category>

		<category><![CDATA[littéraire]]></category>

		<category><![CDATA[roman]]></category>

		<category><![CDATA[société secrète]]></category>

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J’avais tout juste eu le temps de jeter mes affaires chez moi et de m’engouffrer dans la bouche de métro la plus proche, tout en conservant le carnet d&#8217;Edmond et la lampe à huile dans mon sac à dos. Un rapide coup d’œil sur mon plan de la capitale – objet indispensable pour tout parisien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 111, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/rayonjaune.jpg" alt="Le Rayon Jaune" align="left" /></p>
<p>J’avais tout juste eu le temps de jeter mes affaires chez moi et de m’engouffrer dans la bouche de métro la plus proche, tout en conservant le carnet d&#8217;Edmond et la lampe à huile dans mon sac à dos. Un rapide coup d’œil sur mon plan de la capitale – objet indispensable pour tout parisien d’adoption – et j&#8217;avais su immédiatement comment me rendre au salon de thé désigné. Quelques dizaines de minutes plus tard, je me retrouvai planté sur le trottoir, face à la devanture.</p>
<p>Il s’agissait d’un petit salon de thé huppé du 7ème arrondissement, dans une ruelle parallèle au Boulevard Saint-Germain, dont l’entrée, discrète et qui échappait presque à l’attention, était bien vite rattrapée par une enseigne puant l’opulence aux caractères dorés : « La Pangée ». Un nom étrange pour un salon de thé en plein dans le quartier des bourgeois de la capitale. On ne voyait rien par la fenêtre adjacente de la porte, et je me fis la réflexion que, spontanément, je n&#8217;aurais jamais mis les pieds dans l&#8217;endroit s&#8217;il m&#8217;avait pris l&#8217;idée de me balader dans le coin.</p>
<p>Une fois à l’intérieur, l&#8217;inhabituel des lieux arrachait le regard : je me retrouvai dans une petite salle qui ne comportait aucune fenêtre donnant sur la rue. Quoique ce serait mentir : celle que j&#8217;avais aperçue au dehors était en fait recouverte par un panneau d&#8217;un bois approximatif, sans doute pour laisser les ombres jouer avec les éclairages intérieurs, nombreux et colorés. Ils se répondaient avec disharmonie : les angles des plafonds étaient éclairés par des spots rouges en lumière indirecte qui tranchaient clairement avec l’éclairage ambiant de la pièce, touchant lui au jaunâtre artificiel.</p>
<p>Après avoir fait quelques pas, je me rendis compte que le salon comportait non pas une mais quatre petites salles qui se succédaient les unes aux autres, de tailles variables et aux formes incertaines (j&#8217;eus été incapable de dire s&#8217;il s&#8217;agissait de rectangles, de triangles ou de quoique ce soit d&#8217;autres, sortes de polygones déstructurés greffés par endroits à des petits arcs de cercle). Les quatre salles étaient enfilées les unes à la suite des autres par des petits couloirs exigus et sinueux aux plafonds bas qui m’obligeaient à me courber pour pouvoir passer, moi et mes 1m90. Bref, le rêve psychédélique d’un architecte sous acides.</p>
<p>La seconde petite salle où je débouchai comportait elle aussi les spots rouges mais l&#8217;ambiance lumineuse y était cette fois bleutée. Tout un assemblage hétéroclite de mauvais-goût – comble de l’avant-garde peut-être ? – tranchait avec les jeux de lumière de ces recoins obscures : en pénétrant dans cette succession de petites salles biscornues, je finis ainsi par comprendre le nom de la boutique ; un ensemble disparate de tableaux, cornes d’éléphants, fusils, peaux de bêtes, masques africains et autres vestiges du second-empire, ornaient les murs dans un style tout à fait colonial.</p>
<p>Dans ce drôle de lieu propre à créer des vocations de décorateurs d&#8217;intérieur, des mignons s’agitaient dans tous les sens, apportant des desserts sans nul doute hors de prix, charlottes à la rose et autres tartes au jasmin, laissant derrière leurs allées et venues les effluves sucrées et fleuries de leurs délices servis dans des gestes précieux. Des tables de toutes sortes, petites et grandes, rondes, rectangulaires ou carrées, rappelant quelques fois la simple brasserie et d’autres le restaurant chic avec banquettes en cuir détourées de bordures en ronces de noyer, occupaient les coins des différentes pièces, ici et là, avec une anarchie sans doute toute ordonnée.</p>
<p>Quant aux clients, il me semblait qu’ils se faisaient presque rares, quoique l’assemblage de l’endroit ne permettait guère d’avoir une vision d’ensemble. J’avais pour ma part rendez-vous au « petit salon » : c’était la dernière salle au fond, de ce que Mathilde m’en avait dit.</p>
<p>Une fois passé devant le comptoir où des clients attendaient pour régler leur addition, je m’engouffrai dans la salle suivante - la troisième donc - ricochant d’une sur l’autre au travers des maigres boyaux qu’on aurait pensé creusés à même la roche (ce qui manifestement n&#8217;était pas possible puisqu&#8217;il s&#8217;agissait de béton) ; je me retrouvai enfin devant le fameux salon. L’ambiance y était bleutée, les tables y étaient petites et rondes, l’endroit était désert : bref, ce « petit salon » plutôt que d’un salon de thé ressemblait d’avantage aux recoins glauques d’un piano-bar – la fumée en moins – ou à une backroom d’une boîte gay du Marais – le silence en plus. A peine engagé et une espèce d’arche miniature franchie (discrètement ornée d’un panneau indiquant « Petit salon », elle surplombait l’entrée de la petite pièce), un serveur – au ton obséquieux et décidé – se jeta sur moi :</p>
<p>- Vos affaires, monsieur.<br />
<em>Il m&#8217;avait pris par surprise. J’avais eu du mal à réaliser.</em><br />
- Mes… affaires ?<br />
- Votre veste, monsieur, répondit-il avec un grand sourire. Et votre sac. Que je puisse les déposer au vestiaire.<br />
- Oh !<br />
Je ne me sentais pas très à l’aise. C’est que j’étais fils de prolétaires, moi, et j’étais souvent troublé par les us et coutumes du beau monde sur lequel je jetais un regard critique tout en me pliant pourtant à ses règles lorsque, décontenancé, j&#8217;y étais confronté. Machinalement, je retirai mon manteau et lui tendis. Puis, alors que je m’apprêtais à lui donner aussi mon sac, je le conservai :<br />
- Je crois que je vais garder mon sac. <em>Un temps.</em> Heu, je vous remercie.<br />
- C’est pour faciliter le passage des serveurs, monsieur, et afin de ne pas vous encombrer, précisa-t-il, toujours avec un grand sourire.<br />
Je ne pus m’empêcher de penser à la lampe à huile et au journal d’Edmond que j’avais conservés dans mon sac. Je jetai un œil au petit salon autour de moi et constatai qu’il était bel et bien désert, à l’exception d’une table occupée par une vieille dame qui regardait dans ma direction. Mathilde ! Je reposai mon regard sur le serveur :<br />
- Il n’y a pas foule, ça n’encombrera rien du tout. Je vais garder mon sac avec moi, merci, répondis-je, avec un peu plus d&#8217;assurance, affichant moi-même un grand sourire.<br />
- Vous en êtes sûr, monsieur ? Vous serez plus à votre aise, vous le reprendrez en partant, et…<br />
Je le coupai un peu agacé :<br />
- Merci, je vais le garder !<br />
- Hum, très bien, monsieur, finit-il par répondre, visiblement déçu.<br />
Ce serveur était bien insistant ! Ou comment le « petit personnel » dans les manières de ce monde « d&#8217;au-dessus » reproduisait dans ses pratiques toute la domination sociale des règles de convenance.</p>
<p>Je me dirigeai auprès de la vieille dame attablée. Une permanente tirant sur le blond, cheveux mi-longs et impeccables, des boucles d’oreille en formes de petites boules dorées suspendues à quelques maillons, et une paire de lunettes rondes sur le nez. Un peu de maquillage pour s’entretenir, pas trop me semblait-il de ce que j&#8217;en percevais dans l&#8217;éclairage bleuté incertain, et un sourire esquissé sur un visage dur et renfrogné. Peut-être ma grand-mère version chic et huppée.<br />
- Mathilde ? demandai-je. Elle me répondit en souriant :<br />
- Arnaud. Je vous en prie, installez-vous, fit-elle en m&#8217;invitant à m&#8217;asseoir de la main.<br />
- Enchanté de faire votre connaissance. Et merci de m&#8217;avoir rappelé aussi vite après mon coup de fil !, lançai-je, en m&#8217;asseyant en face d&#8217;elle.<br />
- Oh, vous savez, je ne suis pas très occupée, je suis à la retraite. J&#8217;ai été intriguée par votre coup de fil qui mentionnait des recherches généalogiques.<br />
- Ah&#8230; Heu, oui, en effet, je me penche sur mon passé familial, j&#8217;essaye de connaître un peu mieux mes racines&#8230;<br />
- Je vois, je vois, répondit-elle, toujours aussi souriante. Alors mais dîtes-moi, qu&#8217;est-ce que vous faîtes dans la vie ?<br />
- Eh bien, je suis étudiant. En sciences-économiques, à Paris donc.<br />
- Comme c&#8217;est intéressant ! Et pour déboucher sur quoi ?<br />
- Je ne sais pas encore, à vrai dire. La recherche, peut-être, je veux dire, enseignant-chercheur à l&#8217;université.<br />
- Je vois&#8230;<br />
Le serveur nous interrompit, nous commandâmes tous deux un thé à la mûre, « la spécialité des lieux » précisa Mathilde.<br />
- Alors, ces recherches généalogiques, dîtes m&#8217;en plus, mon jeune ami&#8230;<br />
- Oh, eh bien, en fait, le but est d&#8217;essayer de connaître un peu mieux mes ancêtres, savoir ce qu&#8217;ils faisaient dans la vie, leurs aspirations, etc. Ce n&#8217;est pas qu&#8217;une bête recherche administrative, j&#8217;ai envie de dire, précisai-je, en souriant à mon tour.<br />
- Je comprends. Et c&#8217;est très louable de votre part.<br />
- Déjà, Mathilde, je ne vous connais pas vraiment (<em>doux euphémisme, avais-je envie d&#8217;ajouter mais je me retins pour ne pas la froisser</em>). Ma grand-mère, votre cousine Odile, n&#8217;a jamais été très bavarde !, précisai-je, en feintant un éclat de rire.<br />
- Oui, nous n&#8217;avons pas beaucoup de contacts, répondit-elle, d&#8217;un air entendu.<br />
- C&#8217;est ce que j&#8217;ai cru comprendre. Du coup, dîtes m&#8217;en plus à votre sujet : qu&#8217;est-ce que vous faîtes dans la vie ?<br />
- Voyons&#8230; Que vous dire&#8230; Je m&#8217;appelle Mathilde Soliard, mais cela vous le savez déjà, j&#8217;ai 77 ans cette année, je suis à la retraite, et je tenais un petit magasin d&#8217;antiquités autrefois que j&#8217;avais hérité de mes parents.<br />
- Ah, vos parents étaient antiquaires ?<br />
- Oui. Enfin, mon père – Guillaume – l&#8217;était.<br />
- Je vois. Et Guillaume – enfin  votre père – est donc décédé ?<br />
- Oui, il y a plus de 20 ans, maintenant, à 90 ans.<br />
- Il a vécu vieux. Et donc il était antiquaire ?<br />
- En effet. Il tenait un magasin dont j&#8217;ai hérité très tôt. En fait, pour tout vous dire&#8230;<br />
Mathilde fit une pause, poussa un soupir et poursuivit :<br />
- Pour tout vous dire, mon père a été interné dans un hôpital psychiatrique peu de temps après que le père d&#8217;Odile ait décidé de faire sa vie. Odile a dû vous en parler ?<br />
Guillaume interné dans un hôpital psychiatrique ? Première nouvelle.<br />
- Heu&#8230; Non, ma grand-mère ne m&#8217;en a jamais parlé ?<br />
- Vraiment ? Eh bien, la disparition de son frère Edmond a été un choc pour lui. Ils étaient très proches, de ce que ma mère me disait. Et il n&#8217;a pas supporté ce départ. Car personne ne sait ce qu&#8217;il est devenu, il a coupé les ponts avec toute la famille.<br />
- Je vois&#8230; Je savais qu&#8217;Edmond avait abandonné sa femme et sa fille mais pour le reste&#8230;<br />
- Du coup, j&#8217;ai été élevé par ma mère, qui tenait aux origines la comptabilité de la boutique pour mon père. Mais elle n&#8217;a jamais vraiment apprécié le métier des antiquités. Et finalement, lorsque j&#8217;ai eu 21 ans, j&#8217;ai pris en main la boutique.<br />
- Je vois&#8230; Et votre mère ?<br />
- Elle est décédée également, elle a été emportée par une mauvaise grippe, en 1970. Elle avait&#8230; voyons&#8230; 61 ans. Oui, c&#8217;est cela, 61 ans.<br />
- D&#8217;accord, je vois.<br />
Tout cela me mettait un peu mal à l&#8217;aise. Je me devais d&#8217;embrayer.<br />
- Pour en revenir au magasin d&#8217;antiquités. De quoi s&#8217;agissait-il exactement ?<br />
- C&#8217;était une boutique spécialisées dans les antiquités orientales, objets d&#8217;art et artisanat indiens essentiellement. J&#8217;avais suivi la ligne de mon père qui avait ses clients et ses fournisseurs. En fait, plus que d&#8217;antiquités, on aurait pu dire qu&#8217;il s&#8217;agissait même d&#8217;une entreprise d&#8217;import-export.<br />
- D&#8217;artisanat indien ? C&#8217;est intéressant&#8230; Comment votre père s&#8217;était retrouvé à se spécialiser dans ce domaine ?<br />
- Mon père avait toujours eu une sensibilité pour l&#8217;Orient et il était passionné par les Indes. Enfin, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il s&#8217;enferme dans sa douleur, en tout cas&#8230;<br />
- Je vois.<br />
C&#8217;était difficile pour moi d&#8217;essayer de poser des questions sur Guillaume alors que le pauvre homme s&#8217;était retrouvé interné en hôpital psychiatrique. J&#8217;avais peur de mettre Mathilde mal à l&#8217;aise. Pourtant, j&#8217;étais là pour ça. Et Mathilde semblait tout à fait prête à répondre à mes multiples questions. J&#8217;essayai d&#8217;en apprendre plus et d&#8217;arriver au coeur du sujet<br />
- Dîtes-moi, Mathilde&#8230; Votre père&#8230; Est-ce qu&#8217;il avait des&#8230; croyances particulières ? (<em>j&#8217;hésitai et tentai de noyer le poisson</em>) Je veux dire, quel était son rapport à la religion, par exemple ?<br />
- Il croyait en Dieu, il me semble. Il était catholique, assez peu pratiquant mais croyant, oui. Pourquoi cette question ?<br />
- Heu, en fait, je suis curieux, j&#8217;essaye de comprendre qui il était, d&#8217;en apprendre d&#8217;avantage sur lui.<br />
- Ah, je comprends&#8230;<br />
Mathilde semblait intriguée. Je devais pourtant en avoir le coeur net. Je précisai ma pensée :<br />
- Une question qui va sans doute vous semble bizarre mais&#8230; est-ce qu&#8217;il était intéressé par des choses touchant à l&#8217;ésotérisme ? Enfin, ce genre de choses ?<br />
Mathilde écarquilla grands les yeux avant d&#8217;éclater de rire :<br />
- Eh bien ! En voilà une question ! Non, pas que je sache. Vous m&#8217;intriguez, Arnaud, pourquoi ces questions ? Qu&#8217;est-ce qui vous fait croire ça ?<br />
- Oh, eh bien, c&#8217;est que je suis très curieux, je vous l&#8217;ai dit&#8230;<br />
Vu sa réaction, Mathilde ne semblait pas au courant – je décidai pour l&#8217;instant de ne pas rentrer dans les détails.<br />
- En fait, on m&#8217;a dit que mon arrière-grand-père, Edmond&#8230; (<em>Devais-je lui parler du carnet ? Je décidai de lancer la piste de la société secrète sans avoir l&#8217;air d&#8217;y toucher.</em>) Enfin, comment vous dire&#8230; J&#8217;ai trouvé des livres sur&#8230; la franc-maçonnerie dans la bibliothèque d&#8217;Edmond, donc je me suis demandé s&#8217;il ne l&#8217;avait pas été&#8230; Et peut-être que son frère aussi, étant donné qu&#8217;ils étaient très proches, comme vous l&#8217;avez dit&#8230;<br />
- La franc-maçonnerie ? Non, pas que je sache. Mais cela m&#8217;étonnerait qu&#8217;il en ait fait partie.<br />
- Je vois. Hum&#8230; Et est-ce qu&#8217;il avait des affaires, des documents personnels que vous auriez conservé ?<br />
- Qu&#8217;est-ce que vous entendez par documents personnels ?<br />
- Eh bien, je ne sais pas, des écrits personnels, par exemple, vu qu&#8217;il semblait lettré&#8230;<br />
- Il l&#8217;était, en effet, mais pourtant&#8230; <em>Elle marqua une pause.</em> J&#8217;ai l&#8217;impression que vous ne dîtes pas tout ?<br />
- En fait, je me demandais si&#8230; (<em>Peut-être fallait-il être plus précis ?</em>)  Si Guillaume aurait tenu par exemple, mettons&#8230; un journal intime.<br />
- Un journal intime ? (<em>Elle avait l&#8217;air surprise</em>) Eh bien, c&#8217;est étonnant ! Pourquoi un journal intime? Qu&#8217;est-ce qui vous a mis cette idée en tête ?<br />
- Eh bien&#8230; Hum&#8230; Je ne sais pas, une idée comme ça&#8230;<br />
- Etrange idée. A moins que&#8230; (<em>Elle marqua de nouveau une pause et sembla me juger du regard.</em>)&#8230; A moins que n&#8217;ayez trouvé un journal intime écrit par Edmond, peut-être ? Cela ne serait pas ça ?<br />
Un frisson me parcourut l&#8217;échine, je ne pus réprimer un regard étonné ; l&#8217;air de rien, Mathilde semblait vraiment une femme perspicace ! En avais-je trop dit, pour lui mettre ainsi la puce à l&#8217;oreille ?<br />
- Heu ! (<em>Pris de cours, je finis par répondre par l&#8217;affirmative</em>) Hum, oui, vous avez vu juste&#8230; C&#8217;est bien cela&#8230; Et je me demandais si son frère, votre père, n&#8217;aurait pas fait la même chose.<br />
- Je n&#8217;ai pas le souvenir d&#8217;une telle chose du vivant de mon père, en tout cas&#8230; Et je n&#8217;ai rien dans les quelques rares affaires qu&#8217;il me reste de lui qui y ressemble de près ou de loin. Mais parlez-moi de ce journal d&#8217;Edmond&#8230;<br />
- Eh bien&#8230; Oh, c&#8217;est un journal intime, rien de particulier en fait&#8230;<br />
- Et de quoi parle-t-il dans ce journal ?<br />
- Eh bien, disons que&#8230; heu&#8230; Ce sont plus des réflexions sur la vie&#8230; Des pensées qu&#8217;il avait. Mais rien de concret.<br />
- Oh ! C&#8217;est drôlement intéressant, ça&#8230; Et il parle de la franc-maçonnerie dedans ?<br />
- Heu, non, non, rien de tout cela (<em>Je réalisai que la discussion m&#8217;échappait - c &#8216;était elle qui posait les questions, désormais.</em>).<br />
- Et il me serait possible de le voir ?<br />
- Heu&#8230; Oui, bien sûr, à l&#8217;occasion, pourquoi pas ? (<em>Je me demandai, affolé, comment j&#8217;allais m&#8217;en sortir.</em>)<br />
- Ah vous ne l&#8217;avez pas sur vous ?<br />
- (<em>Je devais absolument trouver un échappatoire !</em>) Heu, non, je l&#8217;ai laissé dans ma valise dans mon appartement, répondis-je, tout en songeant au carnet qui sommeillait dans mon sac à dos.<br />
- Oh, quel dommage&#8230; J&#8217;aimerais beaucoup y jeter un oeil. (<em>Elle marqua un silence</em>)&#8230; Oui, je ne connaissais pas Edmond et je me dis que, peut-être, ceci pourrait me permettre de comprendre ce qui a entraîné la déchéance de mon père, vous comprenez ?<br />
- Ah, heu, eh bien, à l&#8217;occasion, d&#8217;accord&#8230; (<em>J&#8217;étais sauvé pour le moment mais il fallait que je réfléchisse à la façon d&#8217;enrober le bonbon pour éviter qu&#8217;elle ne consultât ce journal à l&#8217;avenir</em>)<br />
- Bon, eh bien, et sinon&#8230; Comment va votre grand-mère ? Cela fait tellement longtemps que je n&#8217;ai pas eu de ses nouvelles&#8230;<br />
- Oh, eh bien, elle va bien&#8230; Enfin, elle a quelques soucis d&#8217;arthrite en ce moment qui la font souffrir et&#8230;</p>
<p>Soudain, mon téléphone sonna ; l&#8217;occasion était trop belle pour couper court à la conversation : Mathilde aurait peut-être pu m&#8217;en apprendre davantage mais j&#8217;avais commis l&#8217;erreur de lui parler du carnet.<br />
- Oh pardon, excusez-moi, on m&#8217;appelle, lançai-je, soulagé. (<em>Je décrochai mon téléphone, sans même regarder le numéro de téléphone affiché</em>) :</p>
<p>« - Arnaud ? Arnaud Seldon ? cracha l&#8217;écouteur.<br />
- Oui, c&#8217;est moi ? répondis-je.</p>
<p>En l&#8217;espace d&#8217;un instant, mon visage se crispa. Je pris une grande inspiration avant d&#8217;avoir le souffle coupé, mille questions surgirent dans mon esprit, toutes tournant autour d&#8217;une seule et même interrogation. Incrédule, figé, foudroyé sur place, je plongeai mon regard dans les yeux de la femme qui était assise en face de moi. Cette femme avec qui je venais de tenir une conversation depuis plus d&#8217;une dizaine de minutes. Mon interlocuteur au téléphone était une interlocutrice :</p>
<p>- Bonjour Arnaud. C&#8217;est Mathilde au bout de fil. Je viens d&#8217;écouter votre message sur mon répondeur, à propos de vos recherches généalogiques. Et donc, je vous rappelle. »</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>Histoire d&#8217;une balle - Jimmy Sabater</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Mar 2008 14:31:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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<p><br />
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		<title>Ephémères - Jimmy Sabater</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Mar 2008 14:30:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 178, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/><p>Suite des lectures de nouvelles de <a href="http://www.lamoindreplume.net/nouvelles-jimmy-sabater/">Jimmy Sabater</a>. On poursuit avec <strong>Ephémères</strong>, plein d&#8217;une méditation touchante toute circonspecte :</p>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>L&#8217;esprit de Noël - Jimmy Sabater</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Mar 2008 14:29:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 179, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/><p>Suite des lectures de nouvelles de <a href="http://www.lamoindreplume.net/nouvelles-jimmy-sabater/">Jimmy Sabater</a>. On continue avec la jubilatoire <strong>L&#8217;esprit de Noël</strong> :</p>
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		<itunes:summary>Suite des lectures de nouvelles de Jimmy Sabater. On continue avec la jubilatoire L'esprit de Noeuml;l :


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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>Nouvelles - Jimmy Sabater</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Mar 2008 14:28:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Nouvelles (J.Sabater)]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 87, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/>
Voici quelques nouvelles de la plume volubile et exquise, souvent drôle et parfois grinçante, de Jimmy Sabater. Celui-ci nous a contacté en nous proposant d&#8217;essayer des enregistrements de lecture de quelques uns de ses essais de plume et nous avons accepté avec plaisir. Les textes ne sont pas reproduits ici.
On commence par Alice dans le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 87, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-jimmysabater.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Nouvelles (J.Sabater)" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/jimmysabater.png" alt="Jimmy Sabater" align="left" /><br />
Voici quelques nouvelles de la plume volubile et exquise, souvent drôle et parfois grinçante, de <a title="Jimmy Sabater" href="http://www.jimmysabater.com/">Jimmy Sabater</a>. Celui-ci nous a contacté en nous proposant d&#8217;essayer des enregistrements de lecture de quelques uns de ses essais de plume et nous avons accepté avec plaisir. Les textes ne sont pas reproduits ici.</p>
<p>On commence par <strong>Alice dans le miroir</strong> :<br />
<br />
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<p>Pour d&#8217;autres nouvelles lues, c&#8217;est <a title="L'esprit de Noël - Jimmy Sabater" href="http://www.lamoindreplume.net/lesprit-de-noel-jimmy-sabater/">par ici</a>, <a title="Histoire d'une balle - Jimmy Sabater" href="http://www.lamoindreplume.net/histoire-dune-balle-jimmy-sabater/">par là</a> ou encore <a title="Ephémères - Jimmy Sabater" href="http://www.lamoindreplume.net/ephemeres-jimmy-sabater/">par là</a>.</p>
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		<title>2/x - Lui</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 18:10:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Lui]]></category>

		<category><![CDATA[écriture]]></category>

		<category><![CDATA[gay]]></category>

		<category><![CDATA[littéraire]]></category>

		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>

		<category><![CDATA[policier]]></category>

		<category><![CDATA[thriller]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 17, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/> 
Il était tard à l’heure où je rentrais chez moi. Mes parents s’étaient absentés pendant quelques jours – du moins, je l’imaginais car, de toute façon, je l’ignorais. Ca ne m’intéressait pas. Ce qui m’intéressait, c’était Lui. Ce garçon qui partageait ma vie depuis peu. Ce garçon qui à chaque instant m’apportait une lumière [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 17, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" /> </p>
<p>Il était tard à l’heure où je rentrais chez moi. Mes parents s’étaient absentés pendant quelques jours – du moins, je l’imaginais car, de toute façon, je l’ignorais. Ca ne m’intéressait pas. Ce qui m’intéressait, c’était Lui. Ce garçon qui partageait ma vie depuis peu. Ce garçon qui à chaque instant m’apportait une lumière dans cette vie bien sombre que je menais depuis des années.</p>
<p>Il habitait à deux pâtés de maisons de mon appartement.</p>
<p>C’est amusant, quand j’y pense&#8230; Dans l’existence, il se présente à nous des coïncidences que nous nous empressons d’interpréter comme des signes. Surtout quand cela nous arrange, surtout comme ça nous arrange.</p>
<p>Pour lui et moi, cela tenait à peu de choses. Il y en avait deux, en fait. Le premier signe, c’est qu’il habitait à 50 m de chez moi depuis des années. Je savais précisément où il habitait mais je n’avais jamais eu le droit d’y aller – sa mère, <em>homophobe et mauvaise</em>, m’avait-il dit. D’ailleurs, il venait toujours chez moi, et chez mes « parents adorables », me disait-il. En tout cas, je trouvais au moins amusant que nous ayons pu nous croiser tous les jours dans la rue pendant des années sans jamais nous « rencontrer ». Le second signe, c’était nos numéros de téléphone. Nous avions les mêmes numéros mais dans le désordre. C’est dire : nous étions faits pour finir ensemble.</p>
<p>Le problème, avec les signes, c’est que lorsqu’on les remarque, on ne sait pas toujours les interpréter correctement. On a bien trop tendance à les interpréter comme ça nous arrange, alors que si on y prêtait plus attention, ces étranges coïncidences pourraient tout aussi bien être des avertissements. Bref…</p>
<p>Ce soir là, j&#8217;étais donc rentré chez moi vers 23h00. J’avais eu cours très tard à la fac et j’étais allé dîner avec un ami étudiant. Je n’avais pas vu mon petit-ami de la journée, alors qu’il étudiait en fac avec moi. Cela m’avait intrigué et j’avais essayé de le joindre sur son portable - en vain. Alors, ce soir là, rentrant chez moi, j’avais décidé de prendre mon courage à deux mains et de lui rendre directement visite. Au pire, s’il n’était pas là et que je tombais sur sa mère, je m’étais dit que je me présenterais comme un collègue de fac venant apporter les cours à son ami.</p>
<p>Je m’étais retrouvé devant la porte de son immeuble, un vieil immeuble à même la rue, avec une petite mais vieille et lourde porte en bois, et des vieux murs de pierre qui sentent la vieille humidité froide. Et un interphone encastré dans le pan de mur. Neuf, l’interphone, pour le coup. J’avais sonné. Il m’avait répondu et il était descendu. Il était habillé chaudement avec un anorak : il semblait avoir prévu de sortir.</p>
<p>Il s’en était suivi une scène surréaliste. Il m&#8217;avait demandé sèchement pourquoi j’étais venu le voir alors qu’il me l’avait interdit. Puis, il avait commencé à s’énerver, s&#8217;était mis à hurler devant le pas de la porte de l’immeuble, m&#8217;avait dit que j’avais tout gâché, qu’après m’avoir vu il ne pouvait sortir, que ça ne marcherait pas, qu’il ne pourrait pas le faire, que j’étais sa parenthèse de tranquillité, son havre de paix, et que je venais de tout gâcher. Il avait fini par me claquer la porte au nez et était remonté dans son appartement.</p>
<p>Je m’étais retrouvé seul devant le pas de la porte de son immeuble, à moitié hébété, à moitié dégoûté.</p>
<p>Puis j’étais rentré chez moi et j’avais pleuré. Toute la nuit, j&#8217;avais pleuré. Je ne savais pas vraiment ce que j’avais fait mais j’avais tout gâché. J’avais cassé quelque chose, une magie qui existait entre nous, ou que sais-je encore. Et jamais plus je ne le reverrais. C’était fini, connement fini, pour une action inconsidérée dont je ne mesurais aucune conséquence. Mon rayon de soleil, ce garçon qui me gardait en vie depuis un, deux ou trois mois, m’avait échappé. Ce serait la dernière fois que je le verrais. Du moins, ce soir là, j’en étais persuadé&#8230;</p>
<p>Car, le lendemain matin, il s&#8217;était tranquillement présenté chez moi avec un grand sourire et m&#8217;avait proposé d’aller me balader au bord de mer. C’est qu’il faisait beau, ce jour là : c’était bien un jour pour se balader.</p>
<p>Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Mais ça ne l’avait pas fait. Car quand on est amoureux, qu’on pense avoir tout perdu en une nuit, mais qu’on se rend compte qu’on se trompait, on ferme les yeux. On ferme les yeux et on ne cherche pas à comprendre. On savoure l&#8217;objet perdu qu&#8217;on vient de retrouver, sans rien dire, et on se tait. Et c’est ce que j’avais fait.</p>
<p>L’amour rend aveugle, dit-on. Mais j’étais bien loin d’imaginer que c’était à ce point.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:summary>Il eacute;tait tard agrave; lrsquo;heure ougrave; je rentrais chez moi. Mes parents srsquo;eacute;taient absenteacute;s pendant quelques jours ndash; du moins, je lrsquo;imaginais car, de toute faccedil;on, je lrsquo;ignorais. Ca ne mrsquo;inteacute;ressait pas. Ce qui mrsquo;inteacute;ressait, crsquo;eacute;tait Lui. Ce garccedil;on qui partageait ma vie depuis peu. Ce garccedil;on qui agrave; chaque instant mrsquo;apportait une lumiegrave;re dans cette vie bien sombre que je menais depuis des anneacute;es.

Il habitait agrave; deux pacirc;teacute;s de maisons de mon appartement.

Crsquo;est amusant, quand jrsquo;y pense... Dans lrsquo;existence, il se preacute;sente agrave; nous des coiuml;ncidences que nous nous empressons drsquo;interpreacute;ter comme des signes. Surtout quand cela nous arrange, surtout comme ccedil;a nous arrange.

Pour lui et moi, cela tenait agrave; peu de choses. Il y en avait deux, en fait. Le premier signe, crsquo;est qursquo;il habitait agrave; 50 m de chez moi depuis des anneacute;es. Je savais preacute;ciseacute;ment ougrave; il habitait mais je nrsquo;avais jamais eu le droit drsquo;y aller ndash; sa megrave;re, homophobe et mauvaise, mrsquo;avait-il dit. Drsquo;ailleurs, il venait toujours chez moi, et chez mes laquo; parents adorables raquo;, me disait-il. En tout cas, je trouvais au moins amusant que nous ayons pu nous croiser tous les jours dans la rue pendant des anneacute;es sans jamais nous laquo; rencontrer raquo;. Le second signe, crsquo;eacute;tait nos numeacute;ros de teacute;leacute;phone. Nous avions les mecirc;mes numeacute;ros mais dans le deacute;sordre. Crsquo;est dire : nous eacute;tions faits pour finir ensemble.

Le problegrave;me, avec les signes, crsquo;est que lorsqursquo;on les remarque, on ne sait pas toujours les interpreacute;ter correctement. On a bien trop tendance agrave; les interpreacute;ter comme ccedil;a nous arrange, alors que si on y precirc;tait plus attention, ces eacute;tranges coiuml;ncidences pourraient tout aussi bien ecirc;tre des avertissements. Brefhellip;

Ce soir lagrave;, j'eacute;tais donc rentreacute; chez moi vers 23h00. Jrsquo;avais eu cours tregrave;s tard agrave; la fac et jrsquo;eacute;tais alleacute; dicirc;ner avec un ami eacute;tudiant. Je nrsquo;avais pas vu mon petit-ami de la journeacute;e, alors qursquo;il eacute;tudiait en fac avec moi. Cela mrsquo;avait intrigueacute; et jrsquo;avais essayeacute; de le joindre sur son portable - en vain. Alors, ce soir lagrave;, rentrant chez moi, jrsquo;avais deacute;cideacute; de prendre mon courage agrave; deux mains et de lui rendre directement visite. Au pire, srsquo;il nrsquo;eacute;tait pas lagrave; et que je tombais sur sa megrave;re, je mrsquo;eacute;tais dit que je me preacute;senterais comme un collegrave;gue de fac venant apporter les cours agrave; son ami.

Je mrsquo;eacute;tais retrouveacute; devant la porte de son immeuble, un vieil immeuble agrave; mecirc;me la rue, avec une petite mais vieille et lourde porte en bois, et des vieux murs de pierre qui sentent la vieille humiditeacute; froide. Et un interphone encastreacute; dans le pan de mur. Neuf, lrsquo;interphone, pour le coup. Jrsquo;avais sonneacute;. Il mrsquo;avait reacute;pondu et il eacute;tait descendu. Il eacute;tait habilleacute; chaudement avec un anorak : il semblait avoir preacute;vu de sortir.

Il srsquo;en eacute;tait suivi une scegrave;ne surreacute;aliste. Il m'avait demandeacute; segrave;chement pourquoi jrsquo;eacute;tais venu le voir alors qursquo;il me lrsquo;avait interdit. Puis, il avait commenceacute; agrave; srsquo;eacute;nerver, s'eacute;tait mis agrave; hurler devant le pas de la porte de lrsquo;immeuble, m'avait dit que jrsquo;avais tout gacirc;cheacute;, qursquo;apregrave;s mrsquo;avoir vu il ne pouvait sortir, que ccedil;a ne marcherait pas, qursquo;il ne pourrait pas le faire, que jrsquo;eacute;tais sa parenthegrave;se de tranquilliteacute;, son havre de paix, et que je venais de tout...</itunes:summary>
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		<title>1/x - Lui</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 18:09:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 16, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/> 
- Tu es sûr que c’est la solution ? me demanda-t-il.
- Oui, je le crains. finis-je par lui répondre, après un instant d’hésitation.
Il se tût un instant, me regarda de ses grands yeux bleus et finit par tourner les talons. Quelques instants plus tard, il était dehors. Il avait claqué la porte.
Je ne sais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 16, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-lui.jpg" width="35" height="35" alt="" title="Lui" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-lui.jpg" alt="" width="148" height="180" align="left" /> </p>
<p>- <em>Tu es sûr que c’est la solution ?</em> me demanda-t-il.</p>
<p>- <em>Oui, je le crains</em>. finis-je par lui répondre, après un instant d’hésitation.</p>
<p>Il se tût un instant, me regarda de ses grands yeux bleus et finit par tourner les talons. Quelques instants plus tard, il était dehors. Il avait claqué la porte.</p>
<p>Je ne sais pas depuis combien de temps nous sortions ensemble : un mois, deux mois, peut-être trois ? Quand j’étais avec lui, je me sentais vivre. Je ne voyais pas le temps passer. Ce n’est pas anodin si je ne me souviens toujours pas, aujourd’hui, combien de temps nous étions restés ensemble. Ses grands yeux bleus, ses cheveux bruns courts, et son sourire radieux. Je m’en souviens encore aujourd’hui. Il avait un visage qu’on ne pouvait pas oublier. De ceux que, lorsqu’on les regarde, on se dit qu’on a vu une des plus belles choses du monde et que la grâce a fondu sur nous.</p>
<p>Mais il m’avait trompé. J&#8217;aurais dû le savoir dès le début : je n’étais pas assez beau pour lui, et puis trop intelligent. Cela aurait dû me mettre la puce à l&#8217;oreille. Et pourtant&#8230;</p>
<p>Je me souviens que lorsque je commençais à partir en live, il se mettait à sourire en silence et me mettait un doigt sur la bouche. C’était un jouisseur de la vie, pas un découvreur comme moi je l’étais – et le suis encore. Quand nous sortions au-dehors et que nous respirions le soleil et les effluves iodées du bord de mer, je ne pouvais m’empêcher d’entrouvrir mes lèvres et de commenter mes sentiments. Je crois qu’il ne le supportait pas. Parce que lui, c’est en silence que son esprit voyageait. C’est en silence qu’il attrapait les nuages et qu’il se laissait pénétrer des rayons dorés du plus vieil astre de notre monde. Je me demande encore pourquoi il m’avait souri la première fois. Et pourquoi il m’avait embrassé. S’était-il mis avec moi par erreur ? Etait-il resté par pitié ?</p>
<p>Il était mannequin. Ou du moins souhaitait-il le devenir. Grand, musclé, imberbe, un fin trait de pilosité venait s&#8217;enfouir de son nombril jusque dans son entre-cuisses. Je crois que ce qui était le plus effrayant, chez lui, c’était son insolente beauté. Celle de ses grands yeux bleus qui faisait fondre tout pédé qu’on croisait ici ou là. Celle de sa petite fossette au milieu du menton qui changeait de forme quand il souriait. Celle de ses belles dents blanches qu’il découvrait sans retenue lorsqu’il riait à gorge déployée.</p>
<p>Mais un jour, il m’avait trompé. Il ne m’avait rien dit. C’est moi qui l’avais découvert. Comme ça, du jour au lendemain. Tout était là depuis le début, devant mes yeux. Tout tenait dans ses virées nocturnes sur lesquelles je ne posais aucune question, ayant trop peur de ce qu’elles impliquaient. Et un beau jour, le hasard me révéla la vérité. Un beau jour, je découvrai par hasard qu’il était lié à toute cette histoire. Et ce, pour mon plus grand désespoir&#8230;</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:subtitle>- Tu es sucirc;r que crsquo;est la solution ? me demanda-t-il.

- Oui, je le crains. finis-je par lui reacute;pondre, apregrave;s un instant drsquo;heacute;sitation.

Il se ...</itunes:subtitle>
		<itunes:summary>- Tu es sucirc;r que crsquo;est la solution ? me demanda-t-il.

- Oui, je le crains. finis-je par lui reacute;pondre, apregrave;s un instant drsquo;heacute;sitation.

Il se tucirc;t un instant, me regarda de ses grands yeux bleus et finit par tourner les talons. Quelques instants plus tard, il eacute;tait dehors. Il avait claqueacute; la porte.

Je ne sais pas depuis combien de temps nous sortions ensemble : un mois, deux mois, peut-ecirc;tre trois ? Quand jrsquo;eacute;tais avec lui, je me sentais vivre. Je ne voyais pas le temps passer. Ce nrsquo;est pas anodin si je ne me souviens toujours pas, aujourdrsquo;hui, combien de temps nous eacute;tions resteacute;s ensemble. Ses grands yeux bleus, ses cheveux bruns courts, et son sourire radieux. Je mrsquo;en souviens encore aujourdrsquo;hui. Il avait un visage qursquo;on ne pouvait pas oublier. De ceux que, lorsqursquo;on les regarde, on se dit qursquo;on a vu une des plus belles choses du monde et que la gracirc;ce a fondu sur nous.

Mais il mrsquo;avait trompeacute;. J'aurais ducirc; le savoir degrave;s le deacute;but : je nrsquo;eacute;tais pas assez beau pour lui, et puis trop intelligent. Cela aurait ducirc; me mettre la puce agrave; l'oreille. Et pourtant...

Je me souviens que lorsque je commenccedil;ais agrave; partir en live, il se mettait agrave; sourire en silence et me mettait un doigt sur la bouche. Crsquo;eacute;tait un jouisseur de la vie, pas un deacute;couvreur comme moi je lrsquo;eacute;tais ndash; et le suis encore. Quand nous sortions au-dehors et que nous respirions le soleil et les effluves iodeacute;es du bord de mer, je ne pouvais mrsquo;empecirc;cher drsquo;entrouvrir mes legrave;vres et de commenter mes sentiments. Je crois qursquo;il ne le supportait pas. Parce que lui, crsquo;est en silence que son esprit voyageait. Crsquo;est en silence qursquo;il attrapait les nuages et qursquo;il se laissait peacute;neacute;trer des rayons doreacute;s du plus vieil astre de notre monde. Je me demande encore pourquoi il mrsquo;avait souri la premiegrave;re fois. Et pourquoi il mrsquo;avait embrasseacute;. Srsquo;eacute;tait-il mis avec moi par erreur ? Etait-il resteacute; par pitieacute; ?

Il eacute;tait mannequin. Ou du moins souhaitait-il le devenir. Grand, muscleacute;, imberbe, un fin trait de pilositeacute; venait s'enfouir de son nombril jusque dans son entre-cuisses. Je crois que ce qui eacute;tait le plus effrayant, chez lui, crsquo;eacute;tait son insolente beauteacute;. Celle de ses grands yeux bleus qui faisait fondre tout peacute;deacute; qursquo;on croisait ici ou lagrave;. Celle de sa petite fossette au milieu du menton qui changeait de forme quand il souriait. Celle de ses belles dents blanches qursquo;il deacute;couvrait sans retenue lorsqursquo;il riait agrave; gorge deacute;ployeacute;e.

Mais un jour, il mrsquo;avait trompeacute;. Il ne mrsquo;avait rien dit. Crsquo;est moi qui lrsquo;avais deacute;couvert. Comme ccedil;a, du jour au lendemain. Tout eacute;tait lagrave; depuis le deacute;but, devant mes yeux. Tout tenait dans ses vireacute;es nocturnes sur lesquelles je ne posais aucune question, ayant trop peur de ce qursquo;elles impliquaient. Et un beau jour, le hasard me reacute;veacute;la la veacute;riteacute;. Un beau jour, je deacute;couvrai par hasard qursquo;il eacute;tait lieacute; agrave; toute cette histoire. Et ce, pour mon plus grand deacute;sespoir...

(agrave; suivre)</itunes:summary>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>3/3 - L&#8217;émissaire</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 16:11:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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La petite salle était aménagée en salon. Ici, des tapis usés mal entretenus s&#8217;étalaient sur le sol ; là, accrochées aux murs, des tapisseries improbables depuis longtemps abimées. De part et d&#8217;autre de la pièce, de étagères en bois sombre présentaient des ouvrages obscures aux couvertures de cuir, dont les titres aux lettres d&#8217;or avaient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 15, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-emissaire.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'émissaire" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/echecs.jpg" alt="L'émissaire" align="left" /><br />
La petite salle était aménagée en salon. Ici, des tapis usés mal entretenus s&#8217;étalaient sur le sol ; là, accrochées aux murs, des tapisseries improbables depuis longtemps abimées. De part et d&#8217;autre de la pièce, de étagères en bois sombre présentaient des ouvrages obscures aux couvertures de cuir, dont les titres aux lettres d&#8217;or avaient été effacés par le temps. Quelques flammes crépitaient dans l&#8217;âtre d&#8217;une vieille cheminée, devant laquelle reposaient des fauteuils Louis XV inoccupés. A l&#8217;exception d&#8217;un seul, où était assis le jeune homme.</p>
<p>Cela faisait plus d&#8217;une heure qu&#8217;il attendait ici et il commençait à trouver le temps long. Sur un côté de la pièce, une grande double porte en bois sculptée attendait d&#8217;être ouverte. Durant son attente, il avait largement eu le temps d&#8217;en détailler les gravures qui l&#8217;avaient un rien intrigué : le battant droit était orné d&#8217;un berger qui, muni d&#8217;un long bâton dans une main et d&#8217;une lanterne dans l&#8217;autre, guidait son troupeau de moutons. Les bêtes étaient toutes tournées vers lui alors que, au-dessus du personnage, resplendissait un soleil dont les rayons s&#8217;écartaient jusqu&#8217;aux bords de l&#8217;encadrure. Sur l&#8217;autre battant – le gauche – un personnage aux yeux bandés tendait les mains en avant comme pour se diriger alors qu&#8217;un second, identique au premier mais sans bandeau, semblait le guider à ses côtés. De part et d&#8217;autre de la porte, deux hommes d&#8217;une quarantaine d&#8217;année en costumes sombres gardaient l&#8217;entrée, le regard perdu dans le plancher.</p>
<p>Soudain, trois coups retentirent de l&#8217;autre côté de la porte. Le jeune homme se leva de son fauteuil. Les deux gardiens saisirent chacun une poignée en fer à l&#8217;horizontal de la porte, qu&#8217;ils tirèrent en même temps, laissant entendre un bruyant cliquetis. Puis, les deux battants s&#8217;ouvrirent, laissant percevoir une pièce plongée dans l&#8217;obscurité. Le jeune homme s&#8217;avança, hésitant, se tourna vers l&#8217;un des gardiens en demandant « Je peux entrer ? » mais il n&#8217;obtint en réponse qu&#8217;un hochement de tête sans même que l&#8217;homme ne croisa son regard. Il pénétra donc dans la grande salle d&#8217;un pas mal assuré.</p>
<p>« - Approchez, mon jeune ami ».</p>
<p>La voix résonnait comme dans une église. Le jeune homme s&#8217;avança dans cette vaste et sombre pièce vide recouverte de dalles en pierre. Il s&#8217;étonna de l&#8217;absence de fenêtres en cette grande pièce obscure et songea, mal à l&#8217;aise, au caractère théâtral de l&#8217;endroit : les trois hommes se tenaient devant lui, au bout de la pièce, assis à une large table en marbre blanc mal éclairée, alors que d&#8217;insaisissables faisceaux de lumière partaient du plafond pour éclairer du dessus ses interlocuteurs. Non, pas du plafond : de grosses colonnes sombres qui se dressaient, majestueuses, derrière les trois personnages.</p>
<p>Il reconnut au milieu l&#8217;homme de la quarantaine avec qui il s&#8217;était déjà entretenu à plusieurs reprises – Georges – avec qui il avait convenu de ce rendez-vous. Il ne connaissait pas les deux autres hommes, plus âgés, qui le scrutaient en silence, les mains reposées sur la table. Le jeune homme s&#8217;approcha du groupe et se tint debout d&#8217;un air solennel. Georges prit la parole, en arborant un large sourire :</p>
<p>- Si vous vous trouvez devant nous aujourd&#8217;hui, c&#8217;est parce que nous fondons de grands espoirs en vous. Notre collaboration nous permettra de réaliser de grandes choses et nous avons foi en votre capacité à nous aider à les réaliser.</p>
<p>- Pourquoi moi ? demanda le jeune homme, un peu hésitant.</p>
<p>- Parce que nous avons pu observer votre verve et votre dévouement, mon jeune ami, répondit Alexandre. Vous savez manier le verbe et vous savez le faire avec conviction.</p>
<p>- Et que nous avons besoin de forces vives qui défendent haut et fort les véritables valeurs de la République, ajouta François à la suite.</p>
<p>- Je vois&#8230; répondit le jeune homme, flatté qu&#8217;on reconnaisse les qualités qu&#8217;il se savait avoir.</p>
<p>- Nous vous aiderons dans votre démarche parce que nous croyons que vous pourriez être en mesure de remettre notre pays sur les rails, souligna Georges, qui avait remarqué que la flatterie ne le laissait pas indifférent.</p>
<p>Alexandre s&#8217;éclaircit la gorge et poursuivit :</p>
<p>- La France d&#8217;aujourd&#8217;hui connaît certaines entorses à la famille traditionnelle qui risquent d&#8217;être un danger pour l&#8217;avenir de notre si beau pays. Les femmes sont précipitées dans un tourbillon de malheur social qui les empêche de remplir leurs prérogatives et leur désir de fonder une famille. Et puis je dois avouer, au risque de paraître vieux jeu, que nous ne voyons pas d&#8217;un très bon oeil la prise de parole publique des&#8230; (il marqua une pause)&#8230; des homosexuels.</p>
<p>- Si cela peut vous rassurer, les pédés n&#8217;ont jamais été ma tasse de thé, monsieur, plaisanta le jeune homme, qui se demanda un instant s&#8217;il pouvait se permettre un accès de familiarité. Il fut vite rassuré lorsque Alexandre lui répondit par un sourire :</p>
<p>- Je vois que nous nous comprenons.</p>
<p>François poursuivit :</p>
<p>- En sus de ces difficultés que connaît la famille s&#8217;ajoutent celles d&#8217;une plus grande famille. Je veux parler de notre Nation. Je dois confier notre inquiétude quant à certains brassages et mouvements de population qui risquent de mettre en péril l&#8217;intégrité de notre pays et des valeurs que partagent nos concitoyens. Nous n&#8217;en voyons peut-être pas encore les effets aujourd&#8217;hui mais je crois qu&#8217;il faudra être vigilant de ce côté. (Il s&#8217;interrompit, puis ajouta : ) Même si je ne doute pas que je prêche un converti, puisque vous avez déjà prouvé votre grande capacité à percevoir et défendre ce genre d&#8217;enjeux, jeune homme brillant que vous êtes.</p>
<p>- Il ne saurait en être autrement, monsieur, répondit le jeune homme, qui jubilait intérieurement.</p>
<p>- Quant aux réformes fondamentales que réclame notre si beau pays, continua Georges, il sera indispensable de les mener à bien avec rigueur et sérénité. C&#8217;est cela, le véritable progrès et la défense des véritables libertés. D&#8217;abord pour lutter contre le péril communiste et surtout pour s&#8217;assurer que l&#8217;économie française abreuve le monde de toute sa grandeur. La France est une lumière pour les autres nations du monde, et doit resplendir dans sa toute puissance économique. De nombreuses entreprises comptent sur notre action – et donc sur votre action – pour défendre leurs intérêts. Or, nous pensons qu&#8217;en se reposant sur vos grandes capacités, nous pourrons ensemble élaborer et concrétiser un monde meilleur pour tous.</p>
<p>- Il n&#8217;y a pour moi de tâche plus noble que celle-ci, monsieur, répondit le jeune homme plein d&#8217;emphase. La candeur de la réponse ne manqua pas d&#8217;émouvoir François et Alexandre qui se laissèrent aller à un large sourire.</p>
<p>- Pour ce faire, reprit Georges, comme je vous l&#8217;ai déjà dit, vous disposerez de tous nos moyens matériels et financiers pour mener à bien cette noble entreprise. Nous croyons en vous et en votre capacité à devenir un homme très important dans l&#8217;avenir ; et nous mettrons tout en œuvre pour que cette prophétie se réalise.</p>
<p>- Vous pourrez également compter, ajouta François, sur de nombreux soutiens politiques et institutionnels, car nous ne sommes que les représentants visibles de groupes d&#8217;intérêt qui attendent celui qui sera capable de brandir les couleurs d&#8217;un monde idéal pour le futur de la France. Cet homme providentiel, ce jeune homme plein d&#8217;avenir, nous pensons que cela sera vous. Et nous ferons tout pour nous assurer que cela se concrétise.</p>
<p>Le jeune homme sentait monter en lui une agréable sensation de puissance matinée d&#8217;une douce béatitude tissée dans des rêves de grandeur ; il se sentait pousser des ailes, il eut été capable de saisir le monde entier sur ses épaules si seulement ils les avaient eues assez larges.</p>
<p>- Inutile de préciser que vous profiterez également de certains avantages conséquents, matériels et autres, ajouta Alexandre, manquant cependant de conviction.</p>
<p>Georges s&#8217;en rendit compte et rattrapa son comparse en forçant un clin d&#8217;œil :</p>
<p>- En somme, le pouvoir et l&#8217;argent : ce qui guide le monde !</p>
<p>Georges ponctua sa remarque d&#8217;un grand éclat de rire, partagé par les deux autres hommes. Le jeune homme qui se sentait en confiance les accompagna bien volontiers.</p>
<p>- Alors, demanda l&#8217;homme d&#8217;affaires, voulez-vous travailler avec nous pour construire l&#8217;avenir ?</p>
<p>- Je crois que je serais bien mal avisé de décliner cette offre ! répondit le jeune homme avec un large sourire. Il se fit la réflexion qu&#8217;il pénétrait enfin dans la cour des grands.</p>
<p>- A la bonne heure ! reprit Georges.</p>
<p>- Voilà une heureuse nouvelle, enchérit François. Nous nous rencontrerons donc régulièrement à l&#8217;avenir pour déterminer quels seront les modalités que nous devrons défendre ensemble dans la sphère publique. En contrepartie, nous serons disponibles pour vos différentes doléances et les obstacles qui se dresseront sur votre route.</p>
<p>- Puisse cette collaboration être source de réussites, pour préserver l&#8217;intégrité et la grandeur de notre pays, ajouta le prêtre. Nous comptons sur vous pour que de véritables réformes puissent être tenues par le futur.</p>
<p>- Il serait sans doute malvenu de ma part de vous confier combien je considère l&#8217;honneur que vous me faîtes, répondit le jeune homme qui avait du mal, surexcité qu&#8217;il était, à cacher son emballement. Mais le cœur y est !</p>
<p>Les trois hommes esquissèrent simultanément un sourire.</p>
<p>- Une dernière chose, ajouta Georges. Comme je vous l&#8217;ai déjà dit, notre collaboration devra demeurer discrète, pour ne pas dire secrète. Notre soutien officieux vous permettra de vous assurer une plus grande marge de manœuvres par le futur.</p>
<p>Le jeune homme acquiesça de la tête avec un air grave.</p>
<p>- Nous vous recontacterons prochainement, précisa François, pour définir le protocole pour entrer en contact et pour que vous puissiez nous rejoindre lorsque nous tiendrons nos réunions.</p>
<p>- C&#8217;est noté, j&#8217;attendrai que vous me contactiez, répondit le jeune homme, le sourire aux lèvres.</p>
<p>- Qu&#8217;il en soit ainsi, conclut le prêtre. A bientôt, <em>Monsieur Sarkozy</em>.</p>
<p>Et le jeune homme prit congé des trois hommes jusqu&#8217;à leur prochaine rencontre.</p>
<p>(<em>Fin</em>)</p>
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		<title>2/3 - L&#8217;émissaire</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 16:10:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 14, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-emissaire.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'émissaire" /><br/>
Georges profita du trajet pour jeter un dernier coup d&#8217;œil au dossier : s&#8217;agissait-il de la personne adéquate ? Certes, il avait appris à reconnaître la valeur des hommes dès les premiers échanges, mais comment pouvait-il en avoir la certitude ? Et les enjeux étaient trop importants pour tolérer la moindre erreur. Il finit par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 14, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-emissaire.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'émissaire" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/echecs.jpg" alt="L'émissaire" align="left" /><br />
Georges profita du trajet pour jeter un dernier coup d&#8217;œil au dossier : s&#8217;agissait-il de la personne adéquate ? Certes, il avait appris à reconnaître la valeur des hommes dès les premiers échanges, mais comment pouvait-il en avoir la certitude ? Et les enjeux étaient trop importants pour tolérer la moindre erreur. Il finit par s&#8217;assoupir sur le siège arrière alors que le soleil commençait à descendre à l&#8217;horizon.</p>
<p>Quelques heures plus tard, roulant le long d&#8217;une ancienne route de campagne mal goudronnée, la voiture arriva à destination. Elle s&#8217;arrêta un instant devant un imposant portail en fer forgé avant de s&#8217;engager sur une longue allée de gravier qui courait entre deux parterres de pelouse bien entretenus, jusqu&#8217;au pied d&#8217;un vieux manoir. Georges descendit de la DS alors que le chauffeur s&#8217;éloignait pour se garer au parking adjacent, sous le porche de ce qui avait sans doute été des écuries.</p>
<p>Le portier accueillit l&#8217;homme d&#8217;affaires en se penchant respectueusement en avant, sans rien dire. Il franchit les lourdes portes en bois et déboucha dans le grand hall ; deux grands escaliers de part et d&#8217;autre se rejoignaient pour mener à l&#8217;étage. Il attendit quelques instants, le temps que ses yeux s&#8217;habituent au défaut d&#8217;éclairage : seuls quelques grands chandeliers aux bougies dégoulinantes de cire dispensaient un peu de lumière. Il jeta un œil au grand lustre en cristal qui perçait au milieu de la coupole du plafond : les bougies n&#8217;étaient pas allumées. « Quel gâchis », se dit-il, en lui-même. Il en convint de glisser un mot à l&#8217;intendant à la prochaine assemblée pour relier le lustre au courant électrique.</p>
<p>Il fit quelques pas pour monter à l&#8217;étage quand s&#8217;approcha de lui un vieil homme aux cheveux gris et avec un costume sobre, qui attendait au pied des escaliers. Il salua l&#8217;homme d&#8217;affaires en se penchant en avant, sans lever les yeux sur lui :</p>
<p>- Bonjour, monsieur. Votre visiteur est arrivé, lui confia-t-il, à voix basse.</p>
<p>- Merci, répondit Georges sèchement, en ne lui adressant pas même un regard.</p>
<p>Il gravit les grands escaliers en marbre mal éclairés pour se rendre à l&#8217;étage. Il connaissait si bien les lieux qu&#8217;il ne faisait plus attention aux différentes peintures qui ornaient les murs ; divers représentations classiques inspirées de scènes des enfers de Dante Alighieri.</p>
<p>En haut des marches, il jeta un rapide coup d&#8217;oeil à sa gauche puis à sa droite : de chaque côté du corridor qui surplombait le hall d&#8217;entrée, une petite porte était gardée par un appariteur. Il se dirigea sur la droite, salua le gardien d&#8217;un signe de tête qui se pencha silencieusement en avant, et franchit la porte qu&#8217;il venait d&#8217;ouvrir pour lui.</p>
<p>Puis, il s&#8217;engagea dans un long couloir froid et sombre ; bien qu&#8217;il avait l&#8217;habitude des lieux, il frissonna en maudissant les vieilles demeures mal isolées et se frotta les mains l&#8217;une contre l&#8217;autre comme pour les réchauffer. Le bruit de ses pas résonnaient sur le dallage noir ; les flammes des candélabres latéraux dansaient à son passage et dessinaient en mouvance son ombre sur les murs. Au bout du couloir, il gagna enfin la petite porte en bois travaillé qui débouchait sur la grande salle. On avait gravé sur le cadre, tout autour, les vingt-six lettres de l&#8217;alphabet ; quant à la porte en elle-même, on pouvait y observer sculptée une représentation de la Mort personnifiée qui tenait sa faux dans une main et une lanterne dans l&#8217;autre. A ses pieds, un sablier renversé et brisé étalait son sable sur le sol. « La Fin du Temps » murmura Georges en poussant la petite porte qu&#8217;il ne connaissait que trop bien.</p>
<p>Il pénétra enfin dans la pièce par l&#8217;arrière. Il s&#8217;agissait d&#8217;une grande salle carrée presque vide de plus d&#8217;une vingtaine de mètres de haut, sans aucune fenêtre ou ouvertures latérales, précipitée dans l&#8217;obscurité. Il était délicat d&#8217;en percevoir le plafond qui se perdait dans l&#8217;ombre. Quant à la surface réelle, qui devait avoisiner les 300 m², elle était incertaine car l&#8217;absence de lumière d&#8217;ensemble trompait les sens et jouait avec les murs jusqu&#8217;à donner à l&#8217;endroit des dimensions irréelles. A l&#8217;arrière de la pièce (où Georges se trouvait pour l&#8217;heure car il était entré par la petite porte arrière des officiants), deux gigantesques colonnes de 3 m de diamètre, recouvertes de plaques en marbre gris sombre, à la surface lisse, se perdaient dans le plafond. Seul endroit vraiment éclairé, au milieu de la salle, devant les colonnes, une table aux pieds en fer forgé et en marbre blanc, de 5 mètres de longueur et de 2 m de largeur, sur laquelle deux lampes de lecture à la lueur blanche, rabattues vers le bas comme celles des magistrats, avaient été déposées, chacune à une des extrémités. Derrière la table, au pied des colonnes, trois sièges en bois précieux – on aurait pu dire des trônes – étaient quant à eux baignés d&#8217;une lumière dirigée, en faisceaux plongeant vers le sol, par deux spots lumineux qui se trouvaient en hauteur, chacun incrusté dans la pierre, quelque part à mi-hauteur des colonnes.</p>
<p>D&#8217;où il était, à une dizaine de mètres, Georges pouvait apercevoir de dos ses deux comparses assis chacun sur son siège ; Alexandre, le prêtre, se trouvait sur sa gauche, François, lui, occupait la droite. Leurs voix résonnaient dans la pièce comme dans une église :</p>
<p>- Et maintenant, après les femmes, ce sont les sodomites ! On aura vraiment tout vu&#8230; Il devient impérieux d&#8217;agir ! s&#8217;enflamma le prêtre, avant de partir dans une quinte de toux.</p>
<p>- Je partage vos angoisses, Alexandre, vous le savez&#8230; répliqua François. Mais une action immédiate ne donnerait qu&#8217;un fruit vicié puisque c&#8217;est précisément contre la répression que ces voix infantiles s&#8217;élèvent&#8230; Non, je crois qu&#8217;il est temps de rentrer en sommeil pour un certain temps et d&#8217;agir cette fois sur le long terme&#8230;</p>
<p>- Que voulez-vous dire ? répondit Alexandre. Laisser ces flammes de perdition s&#8217;éteindre d&#8217;elles-mêmes pour bâtir silencieusement un avenir conforme à nos idéaux ?</p>
<p>- Je ne l&#8217;aurais pas mieux dit, mon frère, lança Georges qui venait de rejoindre ses deux camarades.</p>
<p>Ceux-ci se retournèrent et le saluèrent de la tête. Il s&#8217;installa sur son siège entre les deux hommes et reprit la parole :</p>
<p>- Nous avions prévu tout cela, relativisa Georges, même si j&#8217;avoue que l&#8217;ampleur des évènements me dépasse.</p>
<p>Il s&#8217;interrompit et poussa un soupir avant de poursuivre :</p>
<p>- Mais rien n&#8217;est immuable. Certes, les forces du progrès ont initié une impulsion dont on perçoit avec horreur des effets spectaculaires ; seulement, l&#8217;esprit des hommes est faible : nous saurons le reconquérir avec le temps. Il va falloir être patient. Progressivement désunir ce qui veut se réunir. Et bien quantifier les ressorts à utiliser.</p>
<p>- A la place de la confiance, nous devons encourager la méfiance à l&#8217;égard du prochain, proposa François. J&#8217;y ai bien réfléchi et j&#8217;en suis arrivé à la conclusion que dans un climat où la sécurité ne sera plus acquise, les individus ne chercheront plus à se prendre la main mais à ériger les murs les plus inimaginables entre eux et leurs voisins ! Nous devrons peut-être entretenir un sentiment de révolte parmi quelques laissés pour compte, les plus agités et les plus vindicatifs : la majorité viendra pleurer pour qu&#8217;on restaure l&#8217;ordre milicien. Ces policiers qu&#8217;ils honnissent aujourd&#8217;hui, vous verrez qu&#8217;ils les réclameront, demain. La peur sera la corde sensible que nous ferons vibrer.</p>
<p>- Toujours cette même recette&#8230; Vous ne vous en lassez donc jamais ? interrogea Alexandre avec un sourire, sans attendre aucune réponse. Cela dit, pour le problème de la&#8230; (<em>Il marqua une pause et fit mine de dégoût</em>)&#8230; de la liberté sexuelle telle qu&#8217;exprimée aujourd&#8217;hui, si vous pensez que nous ne devons pas agir, je crois dans ce cas qu&#8217;elle finira par connaître ses propres remises en question. Logiquement, les maladies se manifesteront d&#8217;elles-mêmes, si Dieu le veut bien ; nous n&#8217;aurons qu&#8217;à appuyer là où ça fait mal au moment où il le faudra. Il nous suffira de bien souligner le péril familial et moral que constituent des billevesées comme les pratiques sodomites et l&#8217;émancipation de la femme. Surtout l&#8217;émancipation de la femme. Reste qu&#8217;il nous faudra un moteur, une motivation&#8230;</p>
<p>- C&#8217;est là que j&#8217;interviens, interrompit Georges. Nous agirons par le biais de l&#8217;économie. Si avoir, c&#8217;est être – si posséder se révèlera la condition <em>sine qua non</em> pour exister – vous verrez que les hommes se concentreront d&#8217;eux-mêmes sur leurs propres intérêts. Smith l&#8217;avait dit en son temps : &#8220;<em>Ce n&#8217;est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu&#8217;ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme et ce n&#8217;est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c&#8217;est toujours de leur avantage&#8230;</em>&#8221; En détournant l&#8217;hédonisme généralisé qui a tant de succès dans nos jeunes générations vers une consommation qui entretient ses propres besoins, nous devrions parvenir à renforcer les idées d&#8217;individualisme et de séparativité.</p>
<p>- N&#8217;est-ce pas un danger pour l&#8217;intégrité de la République ? objecta François. Si les citoyens ne sont plus que des individus centrés sur eux-mêmes, coupés les uns des autres, ce sera la porte ouverte aux anarchistes, et Dieu sait que nous avons déjà du mal à en découdre avec les drapeaux noirs ; inutile de leur apporter de l&#8217;eau au moulin.</p>
<p>- C&#8217;est pourquoi il faudra la jouer le plus finement possible et sur la longueur, répondit Georges. En troquant progressivement l&#8217;attachement à la République contre un sentiment national renouvelé, nous devrions échanger un sentiment d&#8217;appartenance contre un autre. Et celui-ci ne devrait pas être contradictoire avec le ressort économique de l&#8217;individualisme grandissant. Qu&#8217;en pensez-vous ?</p>
<p>- Que l&#8217;idée est excellente, s&#8217;enthousiasma François. A condition que ce sentiment soit suffisamment diffus ; il ne s&#8217;agit pas de réitérer les erreurs du passé : la Nation ne doit pas prendre le pas sur les libertés.</p>
<p>- Sur certaines libertés, souligna Georges. En concentrant nos efforts sur les libertés du ressort économique et en supprimant progressivement les autres, nous devrions atteindre un équilibre suffisamment subtile pour qu&#8217;il ne soit pas contesté. Et qui s&#8217;entretiendra de lui-même comme la solution optimale à la marche du monde. Mais il faudra l&#8217;instiller avec patience et modération.</p>
<p>- Mais comment réveiller un sentiment national alors que nous encouragerons les individus à se désunir ? demanda Alexandre.</p>
<p>- C&#8217;est là qu&#8217;interviendra le rôle du bouc-émissaire, répondit François. Un groupe d&#8217;individus contre lesquels nous brandirons notre étendard. Ils devront impérativement partager une culture dissidente ; si ce sont des étrangers, ce sera d&#8217;ailleurs beaucoup plus aisé, précisa-t-il. Cela sera notre liant. Seulement, nous devrons aussi veiller à ce que le bouc-émissaire ait une dimension internationale. Il va falloir admettre, mes frères, que le monde qui s&#8217;annonce sera total ou ne sera pas ; c&#8217;est là une concession fondamentale que nous devons faire aux forces du progrès. Sauf que nous la retournerons contre eux par le biais du bouc-émissaire.</p>
<p>- Vous pensez aux nègres ? s&#8217;étonna le prêtre. Pourtant la situation est bien difficile à gérer de ce côté-là : le mouvement des droits civiques américain semble trop profond&#8230; Et la race est un mécanisme qui a déjà été utilisé par le passé. Avec une certaine réussite, cela est vrai, mais non sans écueils&#8230;</p>
<p>- Nostalgique du Maréchal, Alexandre ? fit remarquer François non sans malice.</p>
<p>- Pas vraiment : la situation nous a sensiblement échappé. Et puis le massacre des juifs s&#8217;est trouvé être un détail fort embarrassant. Oui, fort embarrassant.</p>
<p>- Je vous taquinais, précisa François, le sourire aux lèvres. Je pensais à un bouc-émissaire plus politique. Une religion, peut-être, plutôt qu&#8217;un peuple ou une race. Je ne sais pas encore. Un ennemi commun qui nous permettrait d&#8217;entretenir une alliance future avec les pays où notre fraternité compte des membres. S&#8217;unir contre une religion, cela permettrait également de renforcer l&#8217;idée que les autres religions – les nôtres – ont une véritable valeur. Et faire d&#8217;une pierre deux coups.</p>
<p>Alexandre leva les sourcils et acquiesça de la tête comme s&#8217;il venait de saisir la subtilité de la démarche ; oui, sa religion sortirait grandie si une autre devenait la cible de la future alliance. Et c&#8217;était là une opportunité pour casser les délires œcuméniques de l&#8217;ancien Pape.</p>
<p>- Nous verrons le temps venu, trancha l&#8217;homme d&#8217;affaires.</p>
<p>- Cependant, qu&#8217;en sera-t-il de l&#8217;espérance ? interrogea Alexandre, pensif. (Il poursuivit, en se tournant vers Georges). Détruire les utopies, c&#8217;est prendre le risque d&#8217;un monde désenchanté. Monter les individus les uns contre les autres et animer le pantin du bouc-émissaire, cela ne suffira pas ; il faudra conserver un élément de sacré pour encourager les hommes à l&#8217;avenir, pour entretenir une transcendance.</p>
<p>- C&#8217;est là toute la subtilité, répondit Georges en esquissant un sourire, nous la laisserons disparaître pour qu&#8217;elle renaisse de ses cendres plus forte qu&#8217;auparavant. C&#8217;est précisément lorsque ce monde désenchanté sera précipité que les hommes désunis rechercheront d&#8217;eux-mêmes de quoi satisfaire leurs individualités : nous n&#8217;aurons même pas à intervenir ! Les plus matérialistes chercheront à satisfaire les besoins que nous créerons pour eux ; tant pis pour leur âme, il faut savoir faire des sacrifices. Pour les autres, vous verrez qu&#8217;ils viendront spontanément chercher un réconfort dans le sacré des traditions : lorsque l&#8217;avenir apparaît sombre et incertain, le passé et les valeurs sûres retrouvent leurs lettres de noblesse. Si la chance est de notre côté, le retour de la morale suivra. Et nous nous en saisirons pour l&#8217;établir de manière durable.</p>
<p>Alexandre hocha de la tête en silence puis finit par commenter :</p>
<p>- Je dois reconnaître que la démarche est brillante. Mais il conviendra d&#8217;être attentif aux  évènements et de bien saisir les opportunités lorsqu&#8217;elles se présenteront.</p>
<p>- Ayons confiance en l&#8217;humain et en sa capacité à créer de lui-même ses propres démons, conclua François, philosophe. Nous pourrons ainsi préparer le terrain pour notre émissaire. D&#8217;ailleurs, le candidat est-il arrivé ?</p>
<p>- Oui, il attend dans le vestibule, répondit Georges.</p>
<p>- Parfait. N&#8217;oubliez pas, mes frères. Il ne doit se douter de rien. Il ne sera qu&#8217;un pion et ne devra rien savoir de nos intérêts réels.</p>
<p>- Son ambition démesurée devrait suffire à nous assurer une loyauté sans failles.</p>
<p>- Tout de même, je le trouve bien jeune ; il peut très bien changer avec le temps, objecta le prêtre.</p>
<p>- Voyez cela comme une chance, souligna Georges. Nous pourrons lui inculquer nos principes insidieusement et nous avons les moyens d&#8217;assurer sa conviction que travailler avec nous sera la garantie de sa réussite.</p>
<p>- De notre réussite, fit remarquer Alexandre.</p>
<p>- De notre réussite, concéda Georges.</p>
<p>- Accueillons le candidat, se résigna le vieux prêtre.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>1/3 - L&#8217;émissaire</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 16:09:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[L'émissaire]]></category>

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Le vieil homme replia le couvercle de la boîte en bois précieux qui reposait sur son bureau. Il saisit l&#8217;outil de découpe d&#8217;une main et, de l&#8217;autre, engouffra le cigare dans sa bouche. Il libéra le barreau de son cachet ; le temps de l&#8217;allumer avec son briquet Reitland en argent qu&#8217;il exhalait déjà un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 13, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-emissaire.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'émissaire" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/echecs.jpg" alt="L'émissaire" align="left" /><br />
<br />
Le vieil homme replia le couvercle de la boîte en bois précieux qui reposait sur son bureau. Il saisit l&#8217;outil de découpe d&#8217;une main et, de l&#8217;autre, engouffra le cigare dans sa bouche. Il libéra le barreau de son cachet ; le temps de l&#8217;allumer avec son briquet Reitland en argent qu&#8217;il exhalait déjà un long souffle de fumée grise. L&#8217;odeur caractéristique de son Humbert, à la fois ambrée et musquée, habitait la petite pièce mal éclairée comme l&#8217;encens d&#8217;une église ; <em>écœurante</em>, avait un jour fait remarquer sa secrétaire, une faute de mauvais goût sanctionnée par un licenciement.</p>
<p>Il reposa son vice dans son cendrier en ivoire et se leva difficilement de son fauteuil ; ses rotules le faisaient tellement souffrir ! Lentement, il se dirigea d&#8217;un pas peu assuré jusqu&#8217;à son armoire des offices où il rangeait tout son matériel après les rites. Puis, il ôta son tablier marqué de l&#8217;équerre et du compas, rangea sa dagyde en or fin dans sa cassette et replaça son pendentif sur son coussin en soie pourpre. Quand le téléphone sonna.</p>
<p>- Ah, Georges, c&#8217;est vous&#8230; J&#8217;attendais votre coup de fil&#8230; répondit-il</p>
<p>- Le rendez-vous a été fixé à 19h00.</p>
<p>- Parfait. Dans la grande salle ?</p>
<p>- Cela me semble le plus adéquat.</p>
<p>- Très bien.</p>
<p>Et il raccrocha.</p>
<p>L&#8217;homme resta quelques instants debout devant le téléphone, l&#8217;air pensif, puis finit par se rasseoir à son bureau. Il prit le cigare dans la main, laissant ses effluves l&#8217;imprégner le visage avant de se décider à le porter de nouveau à la bouche. Puis, il posa son regard sur le dossier qui trônait devant lui. Il tourna la première page, plissa les yeux pour essayer de mieux voir et se résigna à mettre ses lunettes de lecture sur le nez. Il scruta longuement le visage du jeune homme sur la photo. Puis, il bascula la tête en arrière et poussa un soupir en regardant le plafond. Oui, ce serait lui l&#8217;émissaire, il en était convaincu.</p>
<p>* * * * *</p>
<p>Georges saisit à nouveau son téléphone et composa un numéro sur le cadran à impulsions. Quelques sonneries, puis :</p>
<p>- Bonjour, ma soeur. Georges à l&#8217;appareil. Pourrais-je parler au père Alexandre, s&#8217;il vous plaît ?</p>
<p>- Un instant, je vous prie.</p>
<p>Une minute après, à l&#8217;autre bout du fil :</p>
<p>- Georges, je vous écoute.</p>
<p>- Bonjour, Alexandre. Le rendez-vous a été fixé à 19h00, dans la grande salle.</p>
<p>- Le candidat sera-t-il présent ?</p>
<p>- Oui, il sera là.</p>
<p>- Alors, qu&#8217;il en soit ainsi. A plus tard, répondit son interlocuteur avant de raccrocher.</p>
<p>Georges reposa le combiné sur son socle et appuya sur le bouton noir à l&#8217;extrémité de ce dernier :</p>
<p>- Madeleine, je vais devoir m&#8217;absenter pour cette fin d&#8217;après-midi. Veuillez reporter mes rendez-vous, s&#8217;il vous plaît.</p>
<p>- Bien monsieur, cracha le haut parleur du téléphone d&#8217;une voix féminine.</p>
<p>Il se leva et se planta devant la baie vitrée. C&#8217;était le moment de la journée qu&#8217;il préférait. Du haut du 25ème étage, il pouvait admirer l&#8217;ensemble du quartier baigné de lumière. Le soleil faisait scintiller les parois en verre des immeubles environnants.</p>
<p>Il laissa glisser ses doigts à la surface de son bureau en bois noir jusqu&#8217;à son bord. Puis, tout en se frottant le pouce et l&#8217;index l&#8217;un contre l&#8217;autre pour se débarrasser d&#8217;une poussière inexistante, il se dirigea devant le miroir dépouillé qui siégeait au-dessus de sa commode. Il passa sa main dans ses cheveux pour s&#8217;assurer qu&#8217;ils étaient bien coiffés, joua un instant avec sa moustache et ajusta le nœud de sa cravate. Il se fit la réflexion que les rayures blanches sur fond noir s&#8217;accordaient parfaitement avec son costume noir Yves-Saint-Laurent ; quoique des rayures noires sur fond blanc auraient pu être une fantaisie originale. Il finit par s&#8217;adresser un sourire de satisfaction, se saisit de son attaché-case et sortit de son bureau.</p>
<p>- Monsieur le directeur&#8230;, le salua dans le couloir un jeune homme à lunettes les bras chargés de dossiers.</p>
<p>Il lui répondit par un simple sourire, vu que, de toute façon, il ignorait le nom du personnage.</p>
<p>Suivi d&#8217;un « Bon après-midi, Cécile », qu&#8217;il lança à la charmante trentenaire qu&#8217;il croisait désormais et qui, flattée qu&#8217;il se souvienne de son prénom, lâcha – confuse – un « Merci&#8230; ! A vous aussi, monsieur le directeur ! ».</p>
<p>Tout en se retournant, il se dit qu&#8217;il conviendrait d&#8217;étudier plus avant le cas de cette nouvelle employée dont le dévouement pour l&#8217;entreprise n&#8217;avait d&#8217;égal que la forme rebondie et accueillante de ses fesses.</p>
<p>- Bon après-midi, monsieur le directeur, commenta Madeleine, sa secrétaire, lorsqu&#8217;il passa devant son bureau. Il arbora ce même sourire qui le rendait si séduisant auprès des femmes et, surtout, de ses subordonnées à qui il appréciait de faire visiter les différents recoins de son bureau.</p>
<p>Il s&#8217;engouffra dans l&#8217;ascenseur et descendit au sous-sol où l&#8217;attendait son chauffeur dans sa DS aux vitres teintées.</p>
<p>- Où allons-nous, monsieur ? demanda le chauffeur.</p>
<p>- Au siège de la compagnie, je vous prie, répondit-il, sur un ton sec.</p>
<p>Et le chauffeur s&#8217;exécuta derechef.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:summary>Le vieil homme replia le couvercle de la boicirc;te en bois preacute;cieux qui reposait sur son bureau. Il saisit l'outil de deacute;coupe d'une main et, de l'autre, engouffra le cigare dans sa bouche. Il libeacute;ra le barreau de son cachet ; le temps de l'allumer avec son briquet Reitland en argent qu'il exhalait deacute;jagrave; un long souffle de fumeacute;e grise. L'odeur caracteacute;ristique de son Humbert, agrave; la fois ambreacute;e et musqueacute;e, habitait la petite piegrave;ce mal eacute;claireacute;e comme l'encens d'une eacute;glise ; eacute;coelig;urante, avait un jour fait remarquer sa secreacute;taire, une faute de mauvais goucirc;t sanctionneacute;e par un licenciement.

Il reposa son vice dans son cendrier en ivoire et se leva difficilement de son fauteuil ; ses rotules le faisaient tellement souffrir ! Lentement, il se dirigea d'un pas peu assureacute; jusqu'agrave; son armoire des offices ougrave; il rangeait tout son mateacute;riel apregrave;s les rites. Puis, il ocirc;ta son tablier marqueacute; de l'eacute;querre et du compas, rangea sa dagyde en or fin dans sa cassette et replaccedil;a son pendentif sur son coussin en soie pourpre. Quand le teacute;leacute;phone sonna.

- Ah, Georges, c'est vous... J'attendais votre coup de fil... reacute;pondit-il

- Le rendez-vous a eacute;teacute; fixeacute; agrave; 19h00.

- Parfait. Dans la grande salle ?

- Cela me semble le plus adeacute;quat.

- Tregrave;s bien.

Et il raccrocha.

L'homme resta quelques instants debout devant le teacute;leacute;phone, l'air pensif, puis finit par se rasseoir agrave; son bureau. Il prit le cigare dans la main, laissant ses effluves l'impreacute;gner le visage avant de se deacute;cider agrave; le porter de nouveau agrave; la bouche. Puis, il posa son regard sur le dossier qui trocirc;nait devant lui. Il tourna la premiegrave;re page, plissa les yeux pour essayer de mieux voir et se reacute;signa agrave; mettre ses lunettes de lecture sur le nez. Il scruta longuement le visage du jeune homme sur la photo. Puis, il bascula la tecirc;te en arriegrave;re et poussa un soupir en regardant le plafond. Oui, ce serait lui l'eacute;missaire, il en eacute;tait convaincu.

* * * * *

Georges saisit agrave; nouveau son teacute;leacute;phone et composa un numeacute;ro sur le cadran agrave; impulsions. Quelques sonneries, puis :

- Bonjour, ma soeur. Georges agrave; l'appareil. Pourrais-je parler au pegrave;re Alexandre, s'il vous plaicirc;t ?

- Un instant, je vous prie.

Une minute apregrave;s, agrave; l'autre bout du fil :

- Georges, je vous eacute;coute.

- Bonjour, Alexandre. Le rendez-vous a eacute;teacute; fixeacute; agrave; 19h00, dans la grande salle.

- Le candidat sera-t-il preacute;sent ?

- Oui, il sera lagrave;.

- Alors, qu'il en soit ainsi. A plus tard, reacute;pondit son interlocuteur avant de raccrocher.

Georges reposa le combineacute; sur son socle et appuya sur le bouton noir agrave; l'extreacute;miteacute; de ce dernier :

- Madeleine, je vais devoir m'absenter pour cette fin d'apregrave;s-midi. Veuillez reporter mes rendez-vous, s'il vous plaicirc;t.

- Bien monsieur, cracha le haut parleur du teacute;leacute;phone d'une voix feacute;minine.

Il se leva et se planta devant la baie vitreacute;e. C'eacute;tait le moment de la journeacute;e qu'il preacute;feacute;rait. Du haut du 25egrave;me eacute;tage, il pouvait admirer l'ensemble du quartier baigneacute; de lumiegrave;re. Le soleil faisait scintiller les parois en verre des immeubles environnants.

Il laissa glisser ses doigts agrave; la surface de son bureau en bois noir jusqu'agrave; son bord. Puis, tout en se frottant le pouce et l'index l'un contre l'autre pour se deacute;barrasser d'une poussiegrave;re inexistante, il se dirigea devant le miroir deacute;pouilleacute; qui sieacute;geait au-dessus de sa commode. Il passa sa main dans ses cheveux pour s'assurer qu'ils eacute;taient bien coiffeacute;s, joua un instant...</itunes:summary>
		<itunes:keywords>L'eacute;missaire</itunes:keywords>
		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>L&#8217;Age nouveau</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 15:57:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 12, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-agenouveau.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'âge nouveau" /><br/>Paris, 3h00 du matin. Dans la pénombre, le vieil homme jouait avec ses doigts sur le vieux Zippo qu&#8217;il tenait de son père. L&#8217;ouvrant, le refermant. L&#8217;ouvrant, le refermant. Clic, clac. Clic, clac. Un bruit sec qui résonnait dans son petit appartement bien vide. A mesure qu&#8217;il le faisait cliqueter, les flashs des étincelles de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 12, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-agenouveau.jpg" width="35" height="35" alt="" title="L'âge nouveau" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-agenouveau.jpg" alt="" width="217" height="217" align="left" />Paris, 3h00 du matin. Dans la pénombre, le vieil homme jouait avec ses doigts sur le vieux Zippo qu&#8217;il tenait de son père. L&#8217;ouvrant, le refermant. L&#8217;ouvrant, le refermant. Clic, clac. Clic, clac. Un bruit sec qui résonnait dans son petit appartement bien vide. A mesure qu&#8217;il le faisait cliqueter, les flashs des étincelles de la pierre à briquet éclairaient les murs en un éclair. Ils avaient été blancs il y a longtemps. Désormais, ils oscillaient entre le gris du temps qui passait et le jauni des nombreuses clopes qu&#8217;il avait fumées des années durant. Devant lui, au mur, au-dessus de son bureau, le dernier tableau qu&#8217;il avait laissé accrocher : une reproduction du &#8220;<em>Pont d&#8217;Héraclite</em>&#8221; de René Magritte. Un tableau que sa mère adorait. Le vieil homme finit par allumer une cigarette avec son briquet, braise orpheline perdue dans l&#8217;obscurité. Une inspiration, une volute de fumée, et une expiration en un long souffle. Quelques toussotements rauques, comme il en avait l&#8217;habitude. Le tabac n&#8217;avait pas fini par le tuer, finalement. Il plongea la main dans sa poche-avant de chemise, vérifia que la petite boîte métallique s&#8217;y trouvait bien et hocha la tête avec satisfaction.La cigarette aux coins des lèvres, il se leva difficilement de son fauteuil dans lequel il était reclus depuis plusieurs années. Les derniers temps, il ne sortait plus de chez lui. A quoi bon donner l&#8217;illusion que tout allait bien ? C&#8217;était bien inutile : la fin s&#8217;annonçait davantage, chaque jour, inexorablement. Alors, pour éviter d&#8217;affronter ces visages de la vie quotidienne qui n&#8217;avaient rien compris, il se faisait livrer par internet. La nourriture. Les vêtements. Les produits d&#8217;entretien.</p>
<p>Chaque mois, il touchait sa pension de rmiste. Il avait fait prélever automatiquement le loyer mensuellement pour être sûr de ne pas avoir de problèmes. Le loyer, c&#8217;était le plus important. Après venaient les factures. L&#8217;électricité, d&#8217;abord, indispensable. Puis le forfait de télécommunication, qui intégrait le téléphone, l&#8217;internet par fibre optique, la communication sans fil, la multitélévision à la demande et ses 2000 chaînes, la radiodiffusion métaquarkienne pour les échanges de données et la gestion du serveur d&#8217;hébergement personnalisé. Et puis, après, il y avait la nourriture. Toutes les deux semaines, les mêmes aliments, qu&#8217;il avait choisis sur le site d&#8217;UltraPrix, le consortium de supermarchés qui tenait les enseignes du territoire européen. Toutes les deux semaines, la même quantité de viande de basse qualité - du poulet en barquettes d&#8217;1kg -, la même quantité de bouteilles d&#8217;eau minérale - 21 litres -, la même quantité de légumes - quatre laitues fraîches, 1 kg de haricots verts, 1kg de pommes de terre et 1kg de carottes -, la même quantité de fruits - un filet d&#8217;oranges, un filet de pommes et un filet de kiwis -, et toujours 30 yaourts, à raison de deux consommés par jour, ce qui en faisait toujours deux de trop, qui finissaient toujours à la poubelle. Une fois par mois, il commandait une barquette de beurre, un grand paquet de sel et une boîte de café soluble. Tout le reste lui servait à se fournir en conserves vides qu&#8217;il utilisait pour la mise sous conditionnement. Rarement, il s&#8217;accordait le plaisir d&#8217;une tablette de chocolat - du 70% de cacao - avec les quelques euros qu&#8217;il lui restait sur sa pension. C&#8217;était les mois où il ne les dépensait pas sur le réseau pour s&#8217;acheter un morceau de musique inconnu qui n&#8217;était pas disponible sur le Freenet - le réseau libre qu&#8217;avaient constitué les internautes qui ne supportaient plus les limitations et la censure de ce qu&#8217;avait été autrefois le réseau internet. Et toutes les deux semaines, méticuleusement, il mettait un peu de ses achats de côté en attendant le grand jour. Surtout le poulet, l&#8217;eau minérale et les pommes de terre qui seraient les seules denrées qui resteraient consommables.</p>
<p>Lentement, il s&#8217;était levé de son fauteuil, en toussant un peu, et il avait allumé la lumière tamisée de sa lampe halogène. Dans son studio, il n&#8217;y avait plus beaucoup de meubles. Sa salle principale tournait autour de son bureau, sur lequel il avait installé ses trois ordinateurs. Il y avait ensuite son lit, dont il n&#8217;avait pas changé les draps depuis longtemps, et bien sûr sa bibliothèque où seuls les ouvrages des sciences de la vérité avaient une place. A côté, sa petite cuisine, dans laquelle il ne faisait pas souvent à manger, et sa salle de douche, qui n&#8217;avait guère plus de douche que le nom. C&#8217;est cette dernière pièce qui était vraiment importante, pour lui. Parce qu&#8217;elle était parfaitement isolée et qu&#8217;il avait fait combler les bouches de ventilation et l&#8217;évacuation de l&#8217;eau de douche avec du ciment. Il avait fait retirer les meubles qui n&#8217;avaient aucune utilité et s&#8217;était aménagé l&#8217;endroit parfait en préparation des temps à venir. Chaque jour, dans sa cuisine, il faisait bouillir le poulet dans des marmites, le mélangeait aux pommes de terre, en mangeait un peu lors des repas du jour, et passait le reste dans la machine à mise sous vide en conserve par déshydratation dont il avait fait l&#8217;acquisition au terme de nombreuses années d&#8217;économie. Les conserves remplies, il les entreposait dans sa salle de douche, les unes sur les autres, empilées comme des gigantesques tours de métal, à l&#8217;endroit où se trouvait autrefois sa machine à laver. L&#8217;autre côté de la petite pièce lui servait à entreposer les nombreux packs d&#8217;eau minérale qu&#8217;il entassait les uns sur les autres, renouvelant tous les deux ans le stock de ceux qui étaient proches de leur date de péremption. Il fallait pouvoir tenir 365 jours, en parfaite autonomie. Pour les boîtes de conserve, il n&#8217;y avait guère à s&#8217;inquiéter : le dispositif de mise sous vide en conserve par déshydratation était tel que les denrées conditionnées pouvaient rester en l&#8217;état près de cinquante années durant. Entre les deux, le lavabo où l&#8217;eau courante lui permettait de faire sa toilette quotidienne et, parfois, de laver quelques uns de ses vêtements.</p>
<p>Le jour était enfin venu. Cela faisait longtemps qu&#8217;il le savait. Les sciences de la vérité l&#8217;en avaient informé, lui qui savait lire entre les lignes de la destinée des hommes. Il était temps que tout cela cesse. Il était temps que tout s&#8217;arrête, enfin. Pour préparer l&#8217;âge nouveau.</p>
<p>Lorsqu&#8217;il l&#8217;avait appris, il n&#8217;avait que 26 ans. On lui avait indiqué la date et les manœuvres nécessaires afin de s&#8217;y préparer. Toute sa vie durant, cette date inéluctable lui avait dicté sa conduite quotidienne. Rien d&#8217;autre n&#8217;avait vraiment de saveur, ni plaisir quel qu&#8217;il soit, aussi solitaire et égoïste qu&#8217;il pouvait l&#8217;être, ni aucun engagement que ce soit qui pouvait avoir un véritable intérêt dans la communauté des hommes. Parce que l&#8217;épée de Damoclès était telle que savoir le jour où le fil de crin finirait par céder empêchait toute autre perspective. L&#8217;inéluctabilité de la fin. On lui avait dit qu&#8217;il devrait faire partie de ceux qui s&#8217;en sortiraient. Ce qu&#8217;il n&#8217;avait pas compris, à l&#8217;époque, c&#8217;est pourquoi on l&#8217;avait prévenu à cet instant précis. Peut-être parce que, les années filant, il aurait perdu la foi en ces questions-là ou parce qu&#8217;il ne serait plus capable de comprendre les fils de la destinée des hommes. Il n&#8217;avait pas compris pourquoi, en tout cas, il devait faire parti de ceux qui s&#8217;en sortiraient. A 70 ans, quel rôle pouvait-il encore jouer ?</p>
<p>Le jour tant attendu était enfin arrivé. Il s&#8217;appliqua à exécuter, après tant d&#8217;années d&#8217;attente, ce qu&#8217;il avait préparé en pensée depuis qu&#8217;on lui avait donné les instructions.</p>
<p>Lentement, il avait ouvert les fenêtres de son petit appartement. Il avait ensuite rabattu les volets en fer qu&#8217;il avait fait installés. Il se dirigea vers sa cuisine, ouvrit un tiroir, et sortit les trois gros rouleaux de scotch marrons qu&#8217;il entreposait ici depuis de nombreuses années. Méticuleusement, il boucha chacune des ouvertures laissées par les interstices des volets de métal : il était indispensable que ni la lumière ni l&#8217;air ne puisse passer. Lorsque ce fut fait, il referma les fenêtres et s&#8217;occupa d&#8217;en calfeutrer le pourtour avec attention : deux précautions valaient mieux qu&#8217;une.</p>
<p>Puis, il se rendit dans la cuisine : c&#8217;était les bouches d&#8217;aération qu&#8217;il était désormais indispensable de sceller hermétiquement. Ce fut fait sans trop de difficulté, quoique son arthrose l&#8217;obligea à s&#8217;y reprendre à deux fois. Le régénérateur d&#8217;air qu&#8217;il avait fait installer pourrait fonctionner plusieurs années s&#8217;il le fallait, grâce à sa batterie longue durée intégrée, bien que cela ne serait sans doute pas nécessaire.</p>
<p>Ensuite, il ouvrit un autre tiroir dans lequel il entreposait de la pâte à modeler. Il en roula quatre grosses boules au creux des mains et se dirigea vers son évier. Il en plaça une dans le robinet, dont il avait pris soin de ne pas se servir les derniers quinze jours pour éviter qu&#8217;il soit humide et en profita pour le scotcher par-dessus fermement. Il fallait éviter tout reflux d&#8217;eau viciée éventuelle dans les jours à venir. C&#8217;est pourquoi il obstrua ensuite le trou d&#8217;évacuation de l&#8217;évier, avec une seconde boule, en la scotchant également, et fit de même pour le lavabo de la salle de bains - robinet et trou d&#8217;évacuation. Il rabaissa la cuvette en plastique de ses toilettes, la scotcha avec excès sur la porcelaine puis se retrouva dans son hall d&#8217;entrée. Il ne restait plus, désormais, que la porte de son appartement.</p>
<p>Il hésita un instant et se demanda si cela était nécessaire. Mentalement, il imagina les filets d&#8217;air vicié pénétrer par la portée d&#8217;entrée de l&#8217;immeuble et gagner doucement les cages d&#8217;escalier. Avant d&#8217;arriver jusqu&#8217;à sa porte. Oui, cela était donc nécessaire. Il regarda sa montre à gousset qu&#8217;il tenait de son grand-père, hocha la tête avec satisfaction pour lui-même, et tira un long ruban de scotch dans un &#8220;<em>scratch !</em>&#8221; retentissant. Il s&#8217;occupa de faire tout le tour de la porte d&#8217;entrée avec attention. Il regarda sa montre à nouveau, la rangea dans sa poche, et retourna s&#8217;installer dans son fauteuil. Il écrasa la cigarette qu&#8217;il portait au bec dans son cendrier, sortit un peu de tabac de sa poche, roula une nouvelle cigarette, et l&#8217;alluma aussi sec avec son Zippo paternel.</p>
<p>En quelques touchés sur son écran tactile, il fit défiler les informations du jour. La guerre faisait rage comme à son habitude ici et là, les cordons de la bourse filait toujours le beau fixe de l&#8217;hypocrisie financière internationale, et les chaînes de télévision diffusaient leurs programmes habituels. Machinalement, il jeta un œil à sa chaîne préférée - TV Europe 4. Elle passait une énième diffusion d&#8217;un vieux téléfilm des années 1990 - &#8220;<em>Le Fléau</em>&#8220;, basé sur un roman de Stephen King. Le vieil homme faillit presque s&#8217;étrangler devant l&#8217;ironie de la situation et, levant à moitié les yeux au ciel, adressa un salut aux dieux qui ne manquaient définitivement pas d&#8217;humour devant notre innocence. Il finit par jeter un œil sur les quelques forums de discussion qu&#8217;il fréquentait quotidiennement, disant mentalement adieu à tous ces inconnus qui se cachaient derrière des pseudos anonymes et bénit la chance qu&#8217;ils avaient d&#8217;ignorer ce qui allait se profiler dans les jours à venir. Il resta ainsi de nombreuses minutes les yeux fixés sur son écran : ce vieux compagnon qu&#8217;était le Freenet lui manquerait, sans aucun doute. Il avait été l&#8217;une des constructions des hommes les plus abouties, et sans doute la plus sous-évaluée en ces temps de folie. Il sourit en disant adieu à ce bon vieux Windows Galaxy qui n&#8217;était jamais parvenu à se libérer de ses failles de sécurité récurrentes, secoua la tête en imaginant qu&#8217;il ne toucherait sans doute plus jamais à un ordinateur de sa vie, et finit par éteindre ses trois machines non sans un pincement au cœur.</p>
<p>Lentement, il se releva de son fauteuil, ouvrir son cagibis, et coupa net l&#8217;électricité et l&#8217;arrivée d&#8217;eau. A nouveau, il se retrouvait dans l&#8217;obscurité.</p>
<p>Dans la pénombre, le vieil homme jouait avec ses doigts sur le vieux Zippo qu&#8217;il tenait de son père. L&#8217;ouvrant, le refermant. L&#8217;ouvrant, le refermant. Clic, clac. Clic, clac. Un bruit sec qui résonnait dans son petit appartement bien vide. Il sortit la petite boîte en métal de la poche-avant de sa chemise, l&#8217;ouvrit dans un petit cliquetis et prit les deux boules Quies qui se trouvaient à l&#8217;intérieur. Il en plaça une dans chaque oreille, sortit une cigarette de son paquet, la glissa entre ses lèvres et l&#8217;alluma.</p>
<p>Du dehors, un bruit sourd retentit. Suivi d&#8217;un autre. Puis d&#8217;un grand bruit aigu que personne n&#8217;avait jamais entendu. Et enfin, le vacarme assourdissant d&#8217;une gigantesque explosion qui n&#8217;en finissait pas de résonner. Tout se mit à trembler dans l&#8217;appartement. Le vieil homme ferma les yeux, confiant. L&#8217;hallogène tomba en grand fracas, les meubles se mirent à trembler de toute part, les ouvrages tombant des étagères. Quelque vaisselle de la cuisine s&#8217;éclata sur le carrelage, à peine audible tant le bruit strident et monstrueux retentissait de toute part. De la salle de douche, les boîtes de conserves s&#8217;effondrèrent les unes sur les autres, dans une cacophonie métallique à peine dissonante vu le vacarme violent qui sévissait au dehors. Le mur au-dessus du bureau émit un craquement, sembla tenir le coup un instant devant la secousse et finit par se lézarder de part en part d&#8217;une fissure apparue comme par enchantement.</p>
<p>Au terme de quelques minutes, le bruit cessa, les secousses se calmèrent et les lointaines vibrations s&#8217;amenuisèrent jusqu&#8217;à disparaître comme elles étaient venues. Dans son silence soudain retrouvé, le vieil homme retira ses boules Quies et les rangea dans leur boîte de métal, qu&#8217;il replaça dans sa poche. Dehors, des alarmes et des sirènes battaient leur plein ici et là au milieu d&#8217;un silence autrement terrifiant. Derrière ces cris stridents de la terreur des hommes, le vieil homme imaginait les voitures stoppées, les cadavres de passants réduits en cendres et - partout - dans ce silence de l&#8217;activité des hommes qu&#8217;il devinait régner derrière les sirènes déchirantes qui finiraient par se taire - la fin de toute vie humaine. Presque &#8220;toute&#8221;. Lui était en vie.</p>
<p>Il y avait ceux très peu nombreux qui, comme lui, connaissaient les fils de destinée des hommes et qui avaient sans doute préparé les jours à venir depuis de nombreuses années, tout comme lui l&#8217;avait fait. Mais il y avaient aussi ceux qui, pour l&#8217;instant, étaient dans des endroits clos. Qui feraient l&#8217;erreur d&#8217;ouvrir leurs fenêtres - si elles avaient tenu le coup de l&#8217;explosion - pour voir ce qui se passait au dehors. Ou qui auraient la morbide curiosité affolée de jeter un œil dans les rues pour comprendre ce qui venait de se passer. Terrible et fatale curiosité qui les tuerait bien vite dans les minutes qui suivraient. Certains rentreraient à nouveau à l&#8217;intérieur, et mourraient en contaminant leurs proches dès l&#8217;instant où ils entreraient en contact avec eux, maris réconfortant leurs femmes, mères réconfortant leurs enfants. Pour ceux qu&#8217;un sommeil lourd ou qu&#8217;un somnifère bien senti aurait permis d&#8217;éviter d&#8217;être réveillés, il ne faudrait que quelques heures, le temps que l&#8217;air vicié vienne les cueillir dans leur sommeil définitif. Se trouver de ce côté-ci de la planète pouvait tout de même donner davantage de chances, par rapport à l&#8217;autre face du globe, en pleine journée, propice à la panique et à l&#8217;exposition directe aux événements alors que les gens vaquaient à leurs occupations quotidiennes, frappés de plein fouet.</p>
<p>Mais il y aurait quelques autres survivants, qui auraient eu l&#8217;idée de se calfeutrer et de s&#8217;enfermer chez eux. Informés par les radios, peut-être, si l&#8217;onde électromagnétique n&#8217;avait pas détruit les vieux postes de radio archaïques qui survivaient à ce type d&#8217;événement. En quelques jours, ceux qui consommeraient l&#8217;eau courante seraient emportés par la maladie. Et c&#8217;est là que la faim finirait par les faire sortir. Certains décideraient de partir en exploration, pour trouver de quoi manger. Pour les rares qui parviendraient à se protéger, tout serait avarié et contaminé. Et puis les grandes pluies viendraient laver l&#8217;air et le sol mais toute nourriture resterait contaminée de ce mal étrange et inconnu. A l&#8217;exception des poulets protégées de l&#8217;air et de la lumière. Mais encore fallait-il en trouver qui soit encore vivants et qui ne soient pas exposés. Et encore fallait-il savoir que le poulet serait le seul animal encore comestible.</p>
<p>Les semaines passeraient et ce serait le commencement de l&#8217;âge sombre. L&#8217;âge où les hommes, mus par la faim, commenceraient à ne pouvoir trouver qu&#8217;une seule nourriture véritablement comestible : l&#8217;humain. Et le cannibalisme deviendrait la règle de survie, le temps que l&#8217;âge nouveau puisse advenir.</p>
<p>Le vieil homme soupira, alluma une bougie avec son Zippo paternel et regarda autour de lui : son appartement semblait avoir bien tenu le coup. Avant toute chose, il jeta un œil dans sa salle de douche : les tours de conserves s&#8217;étaient écroulées mais aucune n&#8217;avait été brisée ; c&#8217;est bien pour cela qu&#8217;il les avait achetées en métal.</p>
<p>Quant au reste, le peu de meubles et l&#8217;absence de bibelots avait évité que tout ne vire au foutoir, et - hormis une partie de la vaisselle et les livres - tout était plus ou moins resté à sa place. Il regretta d&#8217;avoir laissé le tableau accroché au mur. Si le tableau avait bel et bien tenu, par quelque miracle insondable, la fissure qui lézardait le mur le déchirait de part et d&#8217;autres du clou à béton. Le planter si profondément avait sans doute fragilisé la structure même de la pierre ! Fort heureusement, après une brève inspection, l&#8217;intégrité de l&#8217;appartement ne semblait pas contrariée.</p>
<p>Les sirènes au dehors s&#8217;arrêtèrent de hurler et le silence absolu reprit ses droits.</p>
<p>Il sourit avec satisfaction, s&#8217;assit sur son fauteuil, jeta un œil aux écrans éteints de ses ordinateurs et souffla la flamme de sa bougie. Dans la pénombre, le vieil homme jouait avec ses doigts sur le vieux Zippo qu&#8217;il tenait de son père. L&#8217;ouvrant, le refermant. L&#8217;ouvrant, le refermant. Clic, clac. Clic, clac. Un bruit sec qui résonnait dans son petit appartement bien vide. Il était en vie et il fallait maintenant survivre. Pour enfin comprendre quel était le sens pour lequel sa vie avait été épargnée.</p>
<p>Dans la pénombre, quelques instants plus tard, le vieil homme ne comprit pas d&#8217;où vint le petit bruit de glissement qu&#8217;il venait d&#8217;entendre. Ni ce qui fut l&#8217;origine du grand coup qu&#8217;il reçut en plein visage, le faisant tomber à la renverse. Ni le bruit de verre brisé qui retentit dans le silence - fracassant. Il fut tué sur le coup.</p>
<p>&#8220;<em>Le Pont d&#8217;Héraclite</em>&#8221; venait se de décrocher du mur. Il avait ricoché sur un écran d&#8217;ordinateur, le coin du cadre en bois venant frapper le menton du vieil homme, qui s&#8217;était retrouvé projeté à terre. Dernière retombée, le cadre avait glissé, le verre s&#8217;était brisé et la gorge du vieil homme avait été tranchée. Nette.</p>
<p>* * * * * * * * * * * *</p>
<p>Six mois plus tard, une femme qui s&#8217;apprêtait à accoucher trouva refuge dans l&#8217;appartement. Elle sortit le cadavre du vieil homme en décomposition et put s&#8217;enfermer ensuite de longs mois durant. Grâce aux réserves de son ancien hôte, elle fut en mesure de nourrir son enfant, loin des yeux de tous.</p>
<p>Une petite fille.</p>
<p>Qui serait celle que l&#8217;humanité attendait pour qu&#8217;enfin advienne l&#8217;âge nouveau.</p>
<p><em>[Fin]</em></p>
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		<title>4/4 - After Hours</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 15:56:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[After Hours]]></category>

		<category><![CDATA[absurde]]></category>

		<category><![CDATA[écriture]]></category>

		<category><![CDATA[fantastique]]></category>

		<category><![CDATA[littéraire]]></category>

		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>

		<category><![CDATA[sexe]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 11, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-afterhours.jpg" width="35" height="35" alt="" title="After Hours" /><br/> 
Un léger bruit se fit entendre du dehors. Comme une rafale. Comme un claquement. Il n’y en avait jamais, à Nice. Du vent. Jamais il n’y avait de vent. Juste quand il pleuvait. Et là, dans cette petite pièce à la lumière rose tamisée, sans fenêtres sur l’extérieur ni vitres transparentes pour les passants [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 11, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-afterhours.jpg" width="35" height="35" alt="" title="After Hours" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-afterhours.jpg" alt="" width="160" height="160" align="left" /> </p>
<p>Un léger bruit se fit entendre du dehors. Comme une rafale. Comme un claquement. Il n’y en avait jamais, à Nice. Du vent. Jamais il n’y avait de vent. Juste quand il pleuvait. Et là, dans cette petite pièce à la lumière rose tamisée, sans fenêtres sur l’extérieur ni vitres transparentes pour les passants curieux, je ne pouvais pas savoir s’il s’était mis à pleuvoir au dehors.</p>
<p>Je me retrouvai donc en haut de ces escaliers qui menaient à quelques antichambre secrète dont seuls les riches propriétaires avaient le secret.</p>
<p>Je devais aller vite. Descendre les escaliers, aller dans la salle principale, repérer l’hôtesse d’accueil, lui demander le téléphone, appeler mon père, et sortir. Vite. Sortir. Avant que le propriétaire de la Mercedes ne vienne révéler mon mensonge par omission. Voilà ce que je devais faire. Vite. En un éclair. Quelques minutes tout au plus. Et le problème serait réglé.</p>
<p>Une nouvelle rafale de vent se fit entendre au-dehors. Le vent ou quelque cadavre dans un placard, vint fouetter la lourde porte d’entrée par où j’étais arrivé, où seul transparaissait un petit judas. Je tressaillis.</p>
<p>Les escaliers faisaient dans les un mètre de large. Ils descendaient en colimaçon sur la gauche. En haut de ces escaliers, à côté d’où je me trouvais, il y avait une barrière en bois, contre laquelle une grosse plante grasse dans un pot s’appuyait.</p>
<p>Je m’engageai.</p>
<p>Sur les murs, des tableaux et des photos. Toujours en harmonie avec la couleur rosacée sombre du hall, et qui envahissait aussi le chemin de l’escalier, dont je n’étais pas parvenu à percevoir la source lumineuse. Des tableaux et des photos, donc. Des tableaux d’art contemporain de quelque origine inconnue. Des photos de flous aux couleurs rose, jaune, orange et ocre. Cela donnait aux lieux une dimension chaleureuse par ces couleurs chaudes, mais, par le dépouillement d’un style moderne, une sensation d’endroit distingué.</p>
<p>J’arrivais en bas des escaliers. Un couloir. La couleur avait changé. Elle avait cédé la place à une sorte de bleuâtre sombre, qui émanaient de lampes halogènes aux murs et au plafond que j’identifiais cette fois distinctement. Une telle froideur était étonnante, par rapport à l’ambiance chaleureuse de l’accueil. Ca en était presque mystérieux. Sur les murs, rien d’autre que ces lampes halogènes espacées avec la régularité d’un métronome. Point de tableaux ni de photos. J’étais clairement autre part.</p>
<p>Et au bout du couloir, une porte. Je ne sus pas exactement pourquoi mais j’eus un mauvais pressentiment. Une appréhension. L’impression que… que quelque chose allait se passer. Que j’allais découvrir quelque chose. Que j’allais mettre les pieds quelque part où je ne devais pas être présent.</p>
<p>La porte se présentait devant moi, blanche ou bleu ciel, bleuie de toute façon par la lumière des halogènes. Les basses d’une musique rythmée mais lente, à consonance de jazz, perçaient difficilement l’épaisseur de la porte. Le cœur palpitant, la sueur froide glissant malgré moi le long de ma tempe, je posai la main sur la poignée. Métallique et pourtant chaude. Comme si une main l’avait actionnée quelques secondes auparavant. J’ouvrai la porte.</p>
<p>La musique, familière, retentissait dans les baffles discrètement disséminées. Derrière la porte, je me retrouvai sur une plateforme en marbre, qui trônait en haut de larges escaliers qui descendaient. Quatre marches plus bas, une ambiance tamisée bleue et noire, sombre.</p>
<p>J’avançai un peu, guidé par cette mélodie familière, et regardai autour de moi.</p>
<p>Un plafond bas. Des plantes grasses ici et là. Et une grande et vaste salle, le plancher satiné de moquette aux carreaux bleu sombre et noir. Des canapés liés les uns aux autres qui entouraient des tables basses diverses. Des cocktails, des bouteilles, des verres, s’entrechoquaient sur leurs surfaces. Un peu plus loin, une salle fermée, mais dont les murs percés de fenêtres laissaient transparaître une lumière plus claire, était entourée de sièges disposés comme pour… regarder ce qui se passait dans la pièce. Je ne compris pas sur l’instant, mais&#8230;</p>
<p>Mais là, devant moi, juste devant moi, là… l’horreur… l’horreur était devant moi…</p>
<p>Une orgie. J’étais devant une orgie. Moi, jeune homme plein d’innocence, comme découvrant le monde pour la première fois, je voyais des corps de tous âges se mélanger avec horreur sur les canapés. Des corps d’hommes. Des corps de femmes. De 20, 30, 40, 50 ans. Dans un coin, sur un canapé, un homme d’une cinquantaine d’années faisait un cunnilingus à une jeune femme blonde qui ne devait pas dépasser la vingtaine. Dans un autre, une vieille baronne distinguée proche de la soixantaine pompait allégrement le dard d’un jeune homme plus proche de la vingtaine que de la trentaine.</p>
<p>Malaise. Profond malaise. Ma tête me tournait. J’étais pris de dégoût. Je n’osais plus bouger. Je n’osais plus bouger. Je vacillai. Je perdais pied. A nouveau, j’avais traversé le miroir.</p>
<p>Chercher l’hôtesse ? Mais comment pouvais-je avancer dans cet endroit de perdition ? Comment pouvais-je oser m’avancer ? Les sons se mélangeaient aux rythmes des actes de ces créatures perdues, où les genres brillaient d’un soleil sombre au côté des autres genres… Je croyais deviner, ici, des hommes se caresser, là, des femmes se toucher…</p>
<p>C’était inconcevable… C’était purement inconcevable… Je venais chercher un téléphone… Un simple téléphone… Et encore une fois, il allait m’échapper. Encore une fois, il allait m’être retiré, privé de tous repères que j’étais… Je croyais avoir traversé le miroir d’Alice, et je m’étais trompé : je n’en avais encore apprécié que le reflet.</p>
<p>Et voilà… que la lumière sombre s’offrait à moi, dans le stupre et la luxure. Monde dépravé de la bourgeoisie niçoise. Monde dépravé des apparences de la bonne et due forme qui s’effaçait, derrière les murs de chair grasse et de la sueur dégoulinante… La bouche grande ouverte de l’absurdité, de l’absence de sens, qui me montait jusqu’aux tréfonds de ma cervelle, jusqu’aux tréfonds de mon âme…</p>
<p>Et quelques minutes plus tôt, je remerciai la Providence. Quelques minutes plus tôt, je m’amusais, sûr de moi, à jouer les jeunes friqués condescendants et nobles… Alors que là, je n’étais plus qu’un enfant perdu qui découvrait – parce que trop jeune et trop naïf – un film porno grandeur nature et qui cherchait du regard son père ou sa mère, pour qu’ils viennent le sauver. Papa ? Maman ? Où êtes-vous ? Où êtes-vous ? Où êtes-vous ?! Perdu. J’étais à nouveau complètement perdu. Et affolé.</p>
<p>Mais surtout, j’étais coincé. Que pouvais-je faire ? Avancer dans ce monde, au risque d’être happé par ces tentacules de chair suintante de purulence, pour trouver une hôtesse ? Ou remonter les marches et sortir d’ici au plus vite, au risque de tomber le masque devant le majordome à l’étage ? Le doute. J’hésitai. Et j’étais donc pris au piège.</p>
<p>Je ne savais pas quoi faire. Alors je restai planté là. Planté là, constatant ce spectacle fascinant d’horreur, la musique résonnant dans mes oreilles.</p>
<p>Et pourtant, l’horreur ne s’arrêtait pas là.</p>
<p>Quelle était cette salle, dans l’arrière de la pièce ? Quelle était cette salle carrée, on où pouvait rentrer par une porte ? Et où les quatre murs étaient percés de larges fenêtres ? Cette salle qui émanait une lumière plus claire, d’un bleu ciel qui, dans cette semi-obscurité étouffante, faisait l’effet d’un soleil éclatant ? Pourquoi des chaises réunies autour de ces murs ? Pourquoi des hommes assis sur ces chaises en regardant au travers des vitres ?</p>
<p>Guidé par quelque malsain désir et par une curiosité dévorante – cherchant, il faut bien le comprendre, à trouver la moindre parcelle de réalité pleine de sens dans ce lieu qui n’en avait aucun – je m’étais avancé. Je m’étais avancé vers la pièce, repérant un endroit où il n’y avait pas de vieille de 60 berges se faisant sodomiser allégrement par quelque vieux mâle de 50 ans qui venait de prendre son tour, dans la file d’attente.</p>
<p>Ils se masturbaient. Sur ces chaises, disposées autour de la salle, les hommes – les vieux hommes, dégoûtants – se masturbaient.</p>
<p>Au milieu de la pièce, que je découvrais être habillée d’un simple matelas posé sur un sommier rudimentaire, un magnifique jeune homme d’une vingtaine d’années, au magnétisme sexuel, était entrain de baiser violemment une jeune femme non moins bien formée. Je ne pouvais m’empêcher de regarder ce jeune homme, qui devait avoir mon âge, au corps glabre et lisse, brillant de la sueur de l’effort, les cheveux noirs et mouillés, les yeux plissés de plaisir, exposant son torse dessiné aux tétons fébriles, au-dessus de son ventre plat dont un fin trait de pilosité venait rejoindre son organe, qui était en pleine activité. J’étais fasciné. Je sentais en moi un mélange d’excitation et de profond dégoût. Et au fond de la pièce, des miroirs.</p>
<p>J’avais compris. Mon esprit s’anima avec vélocité, découvrant le sens de toute cette mascarade. La pièce était couverte de miroirs sans teint. Ce jeune couple exhibitionniste baisait devant de vieux pervers qui se branlaient en les regardant de l’autre côté des miroirs. Les coups de reins énergiques du jeune éphèbe trouvaient alors un écho tant dans les gémissements de sa moitié que dans les bruits réguliers et extatiques de la branlette des voyeurs.</p>
<p>Je m’apprêtai à détourner le regard pour m’enfuir d’ici. Je m’apprêtai à partir de ce lieu qui ne me correspondait pas. Qui n’était pas moi. Qui n’était pas ce que j’étais. J’étais pris la main dans le sac et je devais partir. Partir loin d’ici. Partir, au plus loin, oublier ce que j’avais vu, oublier ce que j’avais compris, oublier ce lieu, oublier ce club, oublier jusqu’à son emplacement, jusqu’à son nom, même. Oublier, oublier tout cela. Oublier, définitivement, poser le voile de l’oubli sur la dépravation humaine.</p>
<p>Pourtant, l’éphèbe exhibitionniste m’interpella du regard. Non, ce n’était pas possible, c’était un miroir sans teint, j’en étais sûr. Comment pouvait-il me regarder ? Non, il se regardait dans le miroir. Il se regardait baiser sa femme. Il se regardait baiser sa femme et il ne croisait pas vraiment mon regard. Non, ce n’était pas possible. Non, c’était inconcevable.</p>
<p>Et là, il se mit à sourire. Et à parler. Je l’entendis distinctement. Etrangement, malgré l’impossibilité, malgré que la pièce était fermée, je l’entendis parler. Comme si j’étais à côté de lui. Comme s’il parlait à côté de moi :</p>
<p>- Tu n’étais pas encore arrivé. Il fallait bien que je m’occupe, en attendant.</p>
<p>Mais qu’est-ce que ça voulait dire ?! Je me retournai pour voir s’il parlait à quelqu’un d’autre : derrière moi, seuls les corps mélangés et troubles des créatures de perdition laissaient échapper leurs murmures et leurs gémissements à peine audibles. Je retournai mon regard devant moi.</p>
<p>Et là, soudain, je compris. Je compris tout. Ce garçon, je le connaissais. Je le connaissais depuis longtemps. Je le connaissais depuis toujours. Ce n’était pas Arnaud, mon petit-ami, ce n’était pas un de mes ex, ce n’était pas un ami, un collègue ou que sais-je encore. C’était Lui. C’était celui que j’aimais. C’était lui avec qui j’avais déjà partagé mon corps. C’était celui qui était l’Unique. C’était celui qui avait pris mon cœur. C’était Lui. Enfin, c’était Lui. C’était celui que j’attendais. Et il m’attendait. C’était Le Garçon.</p>
<p>Soudain, je compris.</p>
<p>Pris d’une soudaine panique mais aussi – ENFIN – d’un éclair de lucidité, je fis demi-tour. Je tournai les talons, courai sans me soucier un instant des créatures de tous âges, encore gémissantes autour de moi, montai les quatre marches jusqu’à la plateforme de marbre, retraversai le couloir bleuté, remontai les marches de l’escalier rosacé, et me retrouvai à l’accueil. Là, le majordome me regarda un instant, sans rien dire, alors que le possesseur de la Mercedes était adossé au comptoir. Le garde du corps m’ouvra naturellement la porte, comme si l’évidence était enfin de mise.</p>
<p>Je me retrouvai à nouveau dehors, mais le froid ne me faisait plus rien. La pluie avait commencé à tomber, mais je n’en sentais plus les gouttes.</p>
<p>La plage, tel était mon but.</p>
<p>Je courai à travers les grandes rues de Nice, me rapprochant encore de la fameuse plage, en face de la mer sombre que j’anticipai. Ici, je croisai le maquereau qui m’avait attaqué. Là, la prostituée qui m’avait accueilli pour un instant dans son antre. A un carrefour, sans rien dire, la tenancière du bar malfamé me regardait marcher d’un pas agile et décidé, pendant qu’à un feu rouge, le policier, silencieux, tournait la tête vers moi sans la moindre expression.</p>
<p>La plage. J’étais sur la plage. Et sur les galets niçois, éclairé par les lampadaires de la Promenade des Anglais à quelques mètres, un clochard. Un clochard à demi-nu m’attendait. Un clochard, qui n’avait plus son pantalon vert. Tranquillement assis, le regard perdu dans la nuit noire, à siroter les effluves marines qui remontaient jusqu’à nous avec le bruit des vagues.</p>
<p>Il était celui que je devais rencontrer. Le fil conducteur de toute cette absurdité.</p>
<p>- C’est un rêve, n’est-ce pas ?</p>
<p>Il tourna la tête vers moi et sourit. Dans ce sourire, le soulagement mental que je ressentis alors, était à la mesure de la colère que je me mis à sortir de m’être ainsi fait trompé :</p>
<p>- Mais quel sens à cette absurdité ?! Je veux bien apprendre à être conscient d’un rêve… Je veux bien apprendre à découvrir le sens, directement, au cœur de mes propres rêves… Mais pourquoi ? Pourquoi ces absurdités ?! Pourquoi ces choses dégoûtantes ?! Pourquoi ces choses qui ne sont pas moi ? Pourquoi cet abîme de perdition où j’ai été plongé ? Pourquoi Celui qui est mon Amour que je retrouve ainsi dans une posture si dérangeante ? Pourquoi ces immondices qui s’acharnent à détruire ce que je suis ? Pourquoi cette incommensurable sensation de m’être fait roulé dans la farine ? Quel sens à tout cela ? Quel sens dans cette absence de sens ? Quel sens dans toute cette absurdité ainsi présente ?!</p>
<p>Là, le vieux clochard à demi-nu dont je ne pensais même pas à regarder la partie basse, toussa. Dans ce rêve qui, soudain, était devenu conscient. Dans ce rêve qui, après m’avoir laissé appréhender les détails, les sons, les musiques, les odeurs, les couleurs, les voix, les sensations, les sentiments, et les nombres – dans ce rêve, disais-je, qui était devenu conscient. Il toussa. Et il me répondit :</p>
<p>- Parce qu’il fallait que tu appréhendes l’autre partie de toi !</p>
<p>Je ne dis mot à cet être que je ne savais s’il était vraiment émané de mon inconscient encore endormi, dans le lit niçois que j’avais retrouvé, raccompagné quelques heures plus tôt de ce bar de jazz, par une amie qui possédait une voiture. Il enchaîna :</p>
<p>- Comment veux-tu rencontrer celui qui est ton Autre, si tu joues sans cesses avec tes sentiments ? Comment veux-tu appréhender vraiment celui que tu rencontreras si tu voiles une partie de toi ? Comment veux-tu rencontrer celui qui t’aimera comme tu l’aimeras si tu n’oses pas rompre avec ton petit-ami ? Comment veux-tu vivre pleinement ton existence si, sans cesse, tu te trompes toi-même ?</p>
<p>Je baissai mentalement la tête tout en continuant de le regarder, fasciné :</p>
<p>- Mais alors, dis-je, suis-je un dépravé ?</p>
<p>Il secoua la tête, regarda un instant les étoiles que je savais briller dans ce ciel que je ne faisais qu’imaginer, comme s’il tentait d’en tirer quelque sagesse, et il me regarda à nouveau :</p>
<p>- Tout cela n’est que métaphores… Il fallait bien que tu puisses baisser ta garde pour toucher le cœur de ton être…</p>
<p>- Mais alors, demandai-je, inquiet, est-ce que je le rencontrerai un jour, cet Amour ?</p>
<p>Il répondit en ajoutant l’ultime parole :</p>
<p>- Authenticité. Uniquement si tu apprends l’authenticité. Et à devenir ce que tu as toujours été.</p>
<p>Et là, je me réveillai.</p>
<p>Ah, mystère et grandeur des rêves conscients…</p>
<p><em>[FIN]</em></p>
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		<itunes:summary>Un leacute;ger bruit se fit entendre du dehors. Comme une rafale. Comme un claquement. Il nrsquo;y en avait jamais, agrave; Nice. Du vent. Jamais il nrsquo;y avait de vent. Juste quand il pleuvait. Et lagrave;, dans cette petite piegrave;ce agrave; la lumiegrave;re rose tamiseacute;e, sans fenecirc;tres sur lrsquo;exteacute;rieur ni vitres transparentes pour les passants curieux, je ne pouvais pas savoir srsquo;il srsquo;eacute;tait mis agrave; pleuvoir au dehors.

Je me retrouvai donc en haut de ces escaliers qui menaient agrave; quelques antichambre secregrave;te dont seuls les riches proprieacute;taires avaient le secret.

Je devais aller vite. Descendre les escaliers, aller dans la salle principale, repeacute;rer lrsquo;hocirc;tesse drsquo;accueil, lui demander le teacute;leacute;phone, appeler mon pegrave;re, et sortir. Vite. Sortir. Avant que le proprieacute;taire de la Mercedes ne vienne reacute;veacute;ler mon mensonge par omission. Voilagrave; ce que je devais faire. Vite. En un eacute;clair. Quelques minutes tout au plus. Et le problegrave;me serait reacute;gleacute;.

Une nouvelle rafale de vent se fit entendre au-dehors. Le vent ou quelque cadavre dans un placard, vint fouetter la lourde porte drsquo;entreacute;e par ougrave; jrsquo;eacute;tais arriveacute;, ougrave; seul transparaissait un petit judas. Je tressaillis.

Les escaliers faisaient dans les un megrave;tre de large. Ils descendaient en colimaccedil;on sur la gauche. En haut de ces escaliers, agrave; cocirc;teacute; drsquo;ougrave; je me trouvais, il y avait une barriegrave;re en bois, contre laquelle une grosse plante grasse dans un pot srsquo;appuyait.

Je mrsquo;engageai.

Sur les murs, des tableaux et des photos. Toujours en harmonie avec la couleur rosaceacute;e sombre du hall, et qui envahissait aussi le chemin de lrsquo;escalier, dont je nrsquo;eacute;tais pas parvenu agrave; percevoir la source lumineuse. Des tableaux et des photos, donc. Des tableaux drsquo;art contemporain de quelque origine inconnue. Des photos de flous aux couleurs rose, jaune, orange et ocre. Cela donnait aux lieux une dimension chaleureuse par ces couleurs chaudes, mais, par le deacute;pouillement drsquo;un style moderne, une sensation drsquo;endroit distingueacute;.

Jrsquo;arrivais en bas des escaliers. Un couloir. La couleur avait changeacute;. Elle avait ceacute;deacute; la place agrave; une sorte de bleuacirc;tre sombre, qui eacute;manaient de lampes halogegrave;nes aux murs et au plafond que jrsquo;identifiais cette fois distinctement. Une telle froideur eacute;tait eacute;tonnante, par rapport agrave; lrsquo;ambiance chaleureuse de lrsquo;accueil. Ca en eacute;tait presque mysteacute;rieux. Sur les murs, rien drsquo;autre que ces lampes halogegrave;nes espaceacute;es avec la reacute;gulariteacute; drsquo;un meacute;tronome. Point de tableaux ni de photos. Jrsquo;eacute;tais clairement autre part.

Et au bout du couloir, une porte. Je ne sus pas exactement pourquoi mais jrsquo;eus un mauvais pressentiment. Une appreacute;hension. Lrsquo;impression quehellip; que quelque chose allait se passer. Que jrsquo;allais deacute;couvrir quelque chose. Que jrsquo;allais mettre les pieds quelque part ougrave; je ne devais pas ecirc;tre preacute;sent.

La porte se preacute;sentait devant moi, blanche ou bleu ciel, bleuie de toute faccedil;on par la lumiegrave;re des halogegrave;nes. Les basses drsquo;une musique rythmeacute;e mais lente, agrave; consonance de jazz, perccedil;aient difficilement lrsquo;eacute;paisseur de la porte. Le coelig;ur palpitant, la sueur froide glissant malgreacute; moi le long de ma tempe, je posai la main sur la poigneacute;e. Meacute;tallique et pourtant chaude. Comme si une main lrsquo;avait actionneacute;e quelques secondes auparavant. Jrsquo;ouvrai la porte.

La musique, familiegrave;re, retentissait dans les baffles discregrave;tement disseacute;mineacute;es. Derriegrave;re la porte, je me retrouvai sur une plateforme en marbre...</itunes:summary>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>3/4 - After Hours</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 15:55:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[After Hours]]></category>

		<category><![CDATA[absurde]]></category>

		<category><![CDATA[écriture]]></category>

		<category><![CDATA[fantastique]]></category>

		<category><![CDATA[littéraire]]></category>

		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 10, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-afterhours.jpg" width="35" height="35" alt="" title="After Hours" /><br/> 
Il faisait froid. Il commençait à faire froid, putain.
Et j’étais là, errant dans le coton niçois, à presque 4h00 du matin, dans le froid de février. Et dans ce froid qui commençait à me piquer la chair partout, partout, une chose demeurait immuable : l’insoutenable pensée qu’un SDF bourré ne luttait même pas contre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 10, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-afterhours.jpg" width="35" height="35" alt="" title="After Hours" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-afterhours.jpg" alt="" width="160" height="160" align="left" /> </p>
<p>Il faisait froid. Il commençait à faire froid, putain.</p>
<p>Et j’étais là, errant dans le coton niçois, à presque 4h00 du matin, dans le froid de février. Et dans ce froid qui commençait à me piquer la chair partout, partout, une chose demeurait immuable : l’insoutenable pensée qu’un SDF bourré ne luttait même pas contre la fraîcheur, cul nul, son pantalon vert déposé sur sa couche.</p>
<p>Je faisais à nouveau un détour pour aller sur le quai de la gare. Vide. Désespérément vide. Derrière les rails, des vieux immeubles froids, éteints, me toisaient de leur regard. A une époque, j’avais un ami qui habitait là-dedans : pourquoi n’habitait-il plus par ici, bordel, pourquoi n’habitait-il plus par ici ?!</p>
<p>Les horaires du prochain train ne changeaient pas. Immuables, figés dans l’espace à mesure que je me décomposais dans cette nuit surréaliste, ils ne changeaient pas. 6h00 et quelques du matin. Cela serait l’heure où je pourrais monter dans un train. Et, enfin – enfin ! – rentrer chez moi.</p>
<p>Mais ça n’était pas encore le cas. Il était 3h50 du matin et il fallait que je trouve une occupation pour deux petites heures. Je ne pouvais pas rester dans la rue : il faisait trop froid. Il fallait que je trouve une solution. L’idée était simple : retourner au Vieux Nice, proche de la mer, pour tenter de dégotter un bar, un pub ou quoique ce soit qui soit encore ouvert et où prendre un peu de chaleur dans ce froid encore hivernal, pour deux petites heures. Deux minuscules petites heures.</p>
<p>A nouveau sur le parvis de la gare, je regardai autour de moi : toujours pas âme qui vive, et nulle trace du SDF, si ce n’est son pantalon vert, toujours à la même place. Je décidai de descendre l’Avenue Jean-Médecin. … sauf que j’avais oublié un instant que, sur l’avenue, une voiture brûlait peut-être encore. Avec des… … des ombres, dedans. J’hésitai. Devrais-je prendre des ruelles parallèles pour accéder au Vieux Nice ou essayer de redescendre la grande avenue ? Des ruelles sombres où les pires choses pourraient encore m’arriver ? Ou l’ersatz d’avenue toute en travaux avec une voiture qui brûlait ?</p>
<p>Je prenais l’option de l’avenue. Je ravalai ma salive, avec difficulté. Mes lèvres commençaient à être sèches de ce froid et mes yeux rougis par la fatigue et l’alcool commençaient à avoir du mal à rester ouverts. Je m’engageai vers l’avenue.</p>
<p>Du monde. Enfin, depuis plusieurs heures de rencontres étranges, absurdes et effrayantes, du monde. La divine foule qui s’amasse. La divine foule qui nous effraie le jour et qui nous rassure la nuit. La divine foule qui nous perd lorsque nous cherchons notre chemin mais qui nous guide lorsque nous cherchons à ne plus être seuls. Du monde. Enfin. Devant moi. Réunis autour de la carcasse d’où sortaient maintenant des volutes de fumée. Un petit camion de pompier et une voiture de police. Des flics, autour, qui empêchaient les gens de trop s’approcher. Des pompiers en tenue qui maniaient un drôle d’objet à mi-chemin entre la lance à incendie et l’extincteur. Et les gens, autour. Des voisins, des passants, ou que sais-je encore. Une dizaine à peine mais une foule monstrueuse pour moi. Une foule de dix passants, mais une foule rassurante.</p>
<p>L’un d’entre eux, oui, l’un d’entre eux… aurait un téléphone ! Un téléphone portable ! Téléphone, allo papa, oui il est tard, j’ai raté mon train, j’ai passé une nuit bizarre, s’il te plaît viens me chercher, à tout de suite papa, merci, bisous, bisous !</p>
<p>J’approchai de la foule, contenue par le flic et une sorte de barrière en plastique bleu ciel. Je tentai ma chance :</p>
<p>- S’il vous plaît… Est-ce que quelqu’un aurait un téléphone portable, s’il vous plaît ?</p>
<p>Quelques regards méprisants, et un grand silence. Quoi ? Comment ça, pas de réponse ? Mais je vais pas me laisser faire, moi !</p>
<p>- S’il vous plaît, c’est très important ! Je voudrais rentrer chez moi et je n’ai plus de batterie sur mon portable. S’il vous plaît, quelqu’un aurait un téléphone portable ?</p>
<p>Toujours pas de réponse. Mais pourquoi ne répondent-ils pas ? Ce sont des zombies, ou quoi, merde, putain, fais chier !</p>
<p>Et là, je me rendis compte du cocasse de la situation : une foule de riverains, réveillée entre 3h00 et 4h00 du matin par camion de pompier et voiture de police, hébétée par des cadavres fumants dans une carcasse en flammes, voyait arriver un jeune con de fêtard, qui sentait peut-être encore l’alcool, demander un téléphone portable. Si ça m’était arrivé, peut-être ne l’aurais-je même pas regardé, ce jeune fêtard.</p>
<p>Je me trouvai con. Et je retrouvai mes conventions sociales : tout ça était déplacé. Tout ça était surréaliste : je ne pouvais pas demander un téléphone portable à ces gens. C’était trop décalé. Trop hors propos. Et leur silence me le faisait comprendre. D’ailleurs, je songeais à ce que m’avait dit un ami, quelques semaines plus tôt, quand on a une demande à faire à quelqu’un : « Ne jamais la faire à un groupe car personne ne réagira, espérant que quelqu’un d’autre répondra à sa place. Il faut faire des demandes individuelles ». Alors, je remarquai dans la foule une jeune femme, d’une trentaine d’années :</p>
<p>- Mademoiselle ? Bonsoir, mademoiselle. Je sais que la situation est un peu décalée, mais j’ai été agressé et je voudrais rentrer chez moi… Vous auriez un téléphone, s’il vous plaît ?</p>
<p>Elle me regarda, me jaugea de haut en bas, prit un sourire plein d’excuses et finit par me répondre :</p>
<p>- Non, désolée, je n’ai pas de portable&#8230;</p>
<p>Maudit… J’étais maudit… Je pensais que cette foule allait me rassurer, me donner une compagnie dans cette nuit blanche si chargée, et rien à faire : j’étais en réalité tout aussi seul. Mais c’était compréhensible, après tout. J’avais traversé le miroir. Ces gens-là, tirés de leur sommeil, n’étaient que les habitants du jour qui faisaient un bref passage dans la nuit. Moi, le miroir, je l’avais traversé et j’étais encore de l’autre côté. Pas eux. Eux qui se réveilleraient le lendemain pour reprendre leur travail. Moi, j’étais désormais du côté des prostituées, des mendiants et des meurtriers : je faisais désormais partie, au moins pour un temps, de l’autre monde. De l’autre dimension. De l’autre aspect du centre urbain. J’étais Alice au Pays des Merveilles. Et pour le monde des vivants, je n’étais plus qu’un fantôme, invisible, méprisable, impalpable.</p>
<p>Soudain, une idée me vint à l’esprit : les flics ! Oui, les flics ! Je détestais les flics – héritage lointain de la conscience des événements de Stonewall, sans doute, ou de ma chère maman anarchiste – mais, pour une fois, ils allaient m’être utiles. J’allais les voir, leur parler, leur expliquer, et ils m’aideraient. Ils m’aideraient à rentrer chez moi. Ils me ramèneraient chez moi. Ou dans un poste. Pour me protéger. Moi, petit pédé frêle, fragile et fatigué. Moi qui n’avais jamais enfreint la loi, si ce n’est pour tirer un maigre MP3 sur un site ou tirer une taffe sur un joint finement roulé. Moi, petit citoyen, moi, pauvre paumé, ils allaient m’aider. C’était une certitude.</p>
<p>J’approchai de l’un d’eux, qui empêchait la foule de dix personnes de se tenir trop près de la carcasse et je l’interpellai :</p>
<p>- Heu… Monsieur ? Je réfléchissais à la bonne manière de dire. Monsieur… l’agent de police ?</p>
<p>Il ne répondit pas. Il restait stoïque.</p>
<p>- Heu… Monsieur l’agent ? S’il vous plaît ? J’ai un problème… !</p>
<p>Il finit par me lancer un regard méfiant :</p>
<p>- Hmmm, moui ?</p>
<p>- Voilà… heu… Je lançai un regard rapide à la voiture que j’avais vue en flammes, songeant que des cadavres calcinés avaient peut-être été retirés. Ce n’est peut-être pas le bon moment, mais heu… comment vous dire, comment vous expliquer depuis le début, heu… j’ai passé une nuit difficile et je voudrais rentrer chez moi…</p>
<p>- Vous avez des taxis à côté de la gare SNCF.</p>
<p>- Je sais, je sais, mais… hum… je n’ai plus d’argent. J’ai une carte bleue mais elle ne fonctionne pas au distributeur, lançai-je, le regard plein de supplication – du moins je l’espérais.</p>
<p>- Vous ne voyez pas qu’il y a eu un accident ? répondit-il, froidement.</p>
<p>- Oui, je sais, j’ai vu la voiture en flammes, tout à l’heure, quand il n’y avait personne, répondis-je.</p>
<p>Il me toisa du regard et m’interpella :</p>
<p>- Vous avez vu l’accident ?</p>
<p>- Heu&#8230; non, je remontais juste l’avenue et je suis tombé sur la voiture en flammes… J’hésitai. Et je crois qu’il y avait… des gens dedans.</p>
<p>A nouveau, il me regarda avec un air suspicieux :</p>
<p>- Et c’est vous qui avez appelé les pompiers ?</p>
<p>- Non, non.</p>
<p>Je marquai une pause… avant de me rendre compte de la portée de mes propos. J’essayai de me rattraper :</p>
<p>- En fait, je voulais mais je n’avais plus de batterie sur mon téléphone portable.</p>
<p>Mais pourquoi ne me regardait-il pas dans les yeux ? Pourquoi regardait-il mon front ?</p>
<p>- Ah vous n’aviez plus de batterie ? C’est bête, ça, quand même ?</p>
<p>- Heu… oui, et j’ai cherché une cabine téléphonique mais il n’y en a plus, France Telecom en a tellement retirées…</p>
<p>- Vous en aviez à la gare, répondit-il du tac au tac.</p>
<p>- Oui, mais elle ne marche pas. Et ma carte bleue non plus, d’ailleurs.</p>
<p>Mais qu’est-ce qu’il a, mon front ? Pourquoi il n’arrête pas de le regarder ?</p>
<p>- C’est marrant comme rien ne marche quand on en a besoin, hein ?</p>
<p>Je poussai un soupire de soulagement : enfin, j’étais compris !</p>
<p>- Oui, vous pouvez le dire, monsieur l’agent ! Et, après, j’ai cherché un bar où téléphoner et j’ai fini par rencontrer une pros…</p>
<p>Je m’interrompis net. Là, j’allais faire une gaffe. Mais je suis con, ou quoi ? Je suis entrain de déballer toute ma nuit à un flic, et lui dire quoi ? Que je suis allé voir une prostituée ? A 3h00 du matin ? Pour téléphoner ? Et mon cul, c’est du poulet ? Mais n’importe quoi ! Vraiment n’importe quoi ! Je suis bon ! Mon compte est bon !</p>
<p>J’achevai la discussion :</p>
<p>- En fait, j’ai passé une sale nuit et je voudrais vraiment rentrer chez moi… Je n’ai plus de portable, plus d’argent, et aucun moyen de locomotion pour rentrer chez moi…</p>
<p>Son regard sembla s’illuminer un instant. Etrange.</p>
<p>- Vous n’avez pas de voiture ? me demanda-t-il.</p>
<p>- Non, pas ici. Enfin, je n’en ai plus. Enfin ! Pas. Je n’ai pas de voiture. En fait, je n’ai pas de permis de conduire.</p>
<p>Pourquoi avais-je hésité ? J’étais sans doute impressionné : j’ai toujours un peu honte d’avouer, surtout devant des monstres de virilité comme les flics, que j’ai peur de conduire et que c’est la raison pour laquelle je n’ai jamais passé mon permis.</p>
<p>Le flic me regarda encore un instant et finit par me répondre :</p>
<p>- Bon, attendez là, je vais voir avec mon chef.</p>
<p>Je le vis s’éloigner et se rapprocher d’un autre mec, qui n’était pas en uniforme. De loin, collé à la fameuse barrière en plastique bleue, à côté des autres membres de la foule anonyme et voyeuse, je regardais le flic discuter avec l’autre mec. L’autre mec me regardait de temps en temps, le regard sévère. Je le vis très distinctement froncer plusieurs fois les sourcils.</p>
<p>Machinalement, je passai ma main sur mon front. Aïe ! Mais c’est que ça faisait mal ! Je regardais ma main : noire d’une sorte de suie, un peu de sueur et un peu de sang. Je me figeais sur place : je saignais ? Mon front saignait ?</p>
<p>Juste à côté de moi, contre le mur, à côté d’un tabac fermé par une grille, il y avait une surface avec un miroir. Je me regardai dedans. Là, l’horreur : j’étais complètement décoiffé, mes lunettes avait la branche gauche déformée, j’avais le visage couvert d’une suie noire, celle qui m’avait fouettée le visage lorsque j’avais remontée l’avenue Jean Médecin, la première fois que j’avais découvert la voiture. Ma chemise avait le haut de la manche déchirée et était elle-même couverte de petits morceaux de suie noire. Quant à mon front, mélange de suie et de sueur, il commençait à orner une sacrée bosse qui suintait un peu de sang. Je n’étais pas qu’éraflé, finalement : les violences du maquereau avaient fait leurs offices. Je souriais un peu, levant les yeux au ciel : quelle gueule j’avais… A me voir, on m’aurait cru rescapé miraculeusement d’un quelconque carambolage et…</p>
<p>…</p>
<p>Mon sang ne fit qu’un tour. Je lançai vivement un regard vers les deux flics qui continuaient de discuter et de me regarder.</p>
<p>Bordel. Bordel de bordel. Putain de bordel de merde. Putain. Putain de putain ! Ils croient que&#8230; ?! Ils croient que… je suis responsable ?! Je n’ai pas de voiture, plus de voiture, j’ai hésité ! J’ai fait un lapsus ! J’étais au courant pour la voiture, ils croient que je reviens sur les lieux ! J’ai une bosse, je saigne, les lunettes déformées, de la suie, j’étais dans la voiture ! Ils pensent que j’étais dans la voiture ! Ils pensent que j’étais un passager ! Je dois sentir l’alcool, ils voient que je suis bourré… ils pensent même que j’étais le conducteur ! Que j’étais dans la voiture et que j’ai abandonné mes amis – c’était sûrement des jeunes, ils rentraient d’une boîte, et je rentre d’une soirée – ils pensent que je suis responsable ! Ils pensent que je suis responsable de l’accident, que c’est moi qui conduisait, ils ne vont jamais me croire, personne ne me croira, une prostituée – mais quelle idée d’aller voir une prostituée pour téléphoner – qui croirait une chose pareille ?! Qui penserait qu’une telle chose est vraie ?! Je dois partir d’ici ! Je dois partir d’ici ! Ils vont m’arrêter ! Ils vont m’arrêter !</p>
<p>Ni une ni deux, je reculais derrière la foule et, ipso facto, m’éclipsais dans une ruelle parallèle. Je recommençai à courir. Je devais partir d’ici. Dans le Vieux Nice. Je devais aller dans le Vieux Nice. Un pub, un café, ou que sais-je encore, et j’y serai.</p>
<p>Je regardai ma montre : 4h20 du matin. Cette nuit n’en finissait pas. Non, cette nuit n’en finissait pas.</p>
<p>Par une rue parallèle, j’arrivais enfin à la place Masséna, qui ouvre le quartier du Vieux Nice. Il est fou, quand j’y pense, de se dire qu’une ville peut être aussi vide et morte. Quand il fait froid, rares sont ceux qui profilent le nez dehors, surtout sur la Côte d’Azur où les habitants ne sont pas habitués au froid. Une petite fontaine s’offrait à moi. Argh, que l’eau était froide ! Méticuleusement, je me lavai le visage et les mains, mis un peu d’eau sur mon front, et, avec mon paquet de mouchoirs, m’essuyai le visage et tentai de frotter sans grand succès les tâches de suie sur ma chemise. Puis, je redressai la branche de mes lunettes tordues et remerciai mon opticien de m’avoir conseillé une paire en titane.</p>
<p>Brrrr, mais quel imbécile : je ne pouvais pas attendre d’être dans un bar, avant de faire ça ? J’allais m’attraper froid, maintenant ! Le premier endroit bien au chaud serait le bienvenu !</p>
<p>Une voiture se mit à arriver au niveau de la place, à quelques mètres devant moi. Elle se posa devant le trottoir, déjà occupé par de nombreuses voitures garées. Une belle voiture. Je n’y connais rien en marques mais ça devait être une Mercedes ou quelque chose dans le genre. Une belle femme, habillée d’un manteau de fourrure marron, la trentaine, blonde, maquillée, en descendit. Eclairée par la lumière d’un lampadaire, elle se pencha en avant et s’appuya à la fenêtre du siège passager. Le conducteur, que je devinais avoir dans la trentaine pour ce que je voyais de son visage à travers le pare-brise, lui dit quelques mots que je n’entendais pas. La femme lui répondit, toujours penchée sur la fenêtre :</p>
<p>- Essaye au parking souterrain, il devrait y avoir des places. Je t’attends à l’intérieur.</p>
<p>Le mec poursuivit son chemin, passant devant moi, alors que la femme s’engagea derrière une porte. Je regardai l’endroit : le « Blue Velvet ». Un bar chic ou un club de riches, me suis-je mis à penser. Je me regardai dans un autre de ces miroirs qui ornent certains murs dans les rues : ça allait déjà mieux. Bon, ma chemise était un peu déchirée en haut, à moitié trempée et j’avais une grosse bosse sur le front, mais, pour le reste, cela allait. Une petite chemise sexy, un pantalon taille basse, une besace en bandoulière, c’était quand même pas mal. Je décidai, après une minute d’hésitation, de pousser la porte du club.</p>
<p>Fermée. Une sonnette à l’entrée. Oh, ils n’allaient pas m’emmerder, hein : j’expliquerai en quelques mots, je sais être convaincant et parler avec un style alambiqué de richard, je demanderai juste de passer un coup de fil, et ça sera parfait.</p>
<p>La porte s’ouvrit. Un colosse en costume sombre me regarda de haut en bas et me fit entrer. « Bonsoir, monsieur, je vous en prie ». Eh bien, je n’ai rien eu à dire, plus accueillants que je ne le pensais, les richards.</p>
<p>Derrière la porte, je tombai sur une petite salle à la lumière rose sombre tamisée. A gauche, un guichet avec indiqué « Vestiaires », ainsi qu’une porte marquée « Toilettes ». Sur ma droite, une sorte de comptoir avec un autre mec habillé en costume sombre, la quarantaine, bel homme, avec de la classe. Derrière lui, une vieille horloge, et un tableau affichant un texte, une sorte de règlement, ainsi qu’une étrange suite de tarifs. Devant moi, des escaliers qui semblaient descendre à un sous-sol. Si ça c’était pas un endroit bien chic ! m’étais-je mis à penser. En plus, il faisait chaud, c’était parfait. J’approchai du mec au comptoir, avec en tête qu’il s’agissait d’une sorte de majordome. Il était tout sourire. Je lui répondis d’un sourire et commençai à parler de façon obséquieuse, histoire de tromper sur la marchandise :</p>
<p>- Bonsoir…</p>
<p>- Bonsoir, monsieur ! me répondit-il, toujours tout sourire.</p>
<p>Plus proche désormais, je regardai le tableau affiché derrière lui. Tarifs de carte de membre, abonnement au mois, entrée pour une soirée : 30 euros. Argh.</p>
<p>- J’aurais besoin de téléphoner, mais j’ai malheureusement oublié mon téléphone chez moi : si ce n’est pas stupide de ma part !</p>
<p>Je forçai un éclat de rire condescendant. Le mec me répondit par un sourire encore plus grand :</p>
<p>- Bien sûr, monsieur. Demandez à l’hôtesse dans la grande salle au sous-sol, elle vous apportera un téléphone.</p>
<p>Oui, oui, oui, oui ! Gagné ! Gagné ! Gagné !</p>
<p>Je reposai les yeux sur le tableau derrière le mec : entrée pour une soirée : 30 euros. Re-argh. Il fallait faire avaler le truc :</p>
<p>- Hmmm… Par contre, pour le paiement de l’entrée… heu… eh bien…</p>
<p>Le mec sembla réagir au mot « paiement », faisant une fausse mine de dégoût. Ca s’annonçait mal. Pourtant, la Providence, qui m’avait laissé tomber jusqu’à présent, se mit étrangement de mon côté :</p>
<p>- Ne vous inquiétez pas, votre amie a déjà réglé. Elle nous a prévenus que vous arriviez.</p>
<p>- Ah… ? Oh ! … mon amie…</p>
<p>Le cul bordé de nouilles. J’avais le cul bordé de nouilles. J’avais sacrément le cul bordé de nouilles. Après une putain de nuit monstrueusement surréaliste, la chance venait enfin de mon côté. La Roue de la Fortune finit toujours par tourner, même dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles, après tout !</p>
<p>Le majordome me prenait sans doute pour le mec qui était allé chercher une place où garer sa grosse Mercedes. Qui finirait sans doute par être garée dans le parking souterrain du Vieux Nice.</p>
<p>Mais le timing promettait d’être serré, du coup : il fallait que je dégotte un téléphone, appelle vite mon père, et je ne pouvais plus resté ici, vu que l’autre mec allait arriver.</p>
<p>J’avais l’impression d’être une sorte d’espion, comme dans Alias ou dans James Bond, qui était là en mission secrète et devais vite remplir un objectif avant d’être découvert. La situation était excitante.</p>
<p>Après avoir fait un détour par les toilettes où sécher ma chemise au sèche mains, et après m’être recoiffé un peu, je finis par revenir dans le hall d’accueil, et par m’engager dans les escaliers. Qui savait quelles merveilles du monde des riches j’allais découvrir ?</p>
<p>Je m’attendais à tout. Mais pas à ça. Pas à ce que le pauvre naïf que j’étais était sur le point de découvrir. La Providence. La Providence s’apprêtait encore une fois… à me jouer un tour.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:summary>Il faisait froid. Il commenccedil;ait agrave; faire froid, putain.

Et jrsquo;eacute;tais lagrave;, errant dans le coton niccedil;ois, agrave; presque 4h00 du matin, dans le froid de feacute;vrier. Et dans ce froid qui commenccedil;ait agrave; me piquer la chair partout, partout, une chose demeurait immuable : lrsquo;insoutenable penseacute;e qursquo;un SDF bourreacute; ne luttait mecirc;me pas contre la fraicirc;cheur, cul nul, son pantalon vert deacute;poseacute; sur sa couche.

Je faisais agrave; nouveau un deacute;tour pour aller sur le quai de la gare. Vide. Deacute;sespeacute;reacute;ment vide. Derriegrave;re les rails, des vieux immeubles froids, eacute;teints, me toisaient de leur regard. A une eacute;poque, jrsquo;avais un ami qui habitait lagrave;-dedans : pourquoi nrsquo;habitait-il plus par ici, bordel, pourquoi nrsquo;habitait-il plus par ici ?!

Les horaires du prochain train ne changeaient pas. Immuables, figeacute;s dans lrsquo;espace agrave; mesure que je me deacute;composais dans cette nuit surreacute;aliste, ils ne changeaient pas. 6h00 et quelques du matin. Cela serait lrsquo;heure ougrave; je pourrais monter dans un train. Et, enfin ndash; enfin ! ndash; rentrer chez moi.

Mais ccedil;a nrsquo;eacute;tait pas encore le cas. Il eacute;tait 3h50 du matin et il fallait que je trouve une occupation pour deux petites heures. Je ne pouvais pas rester dans la rue : il faisait trop froid. Il fallait que je trouve une solution. Lrsquo;ideacute;e eacute;tait simple : retourner au Vieux Nice, proche de la mer, pour tenter de deacute;gotter un bar, un pub ou quoique ce soit qui soit encore ouvert et ougrave; prendre un peu de chaleur dans ce froid encore hivernal, pour deux petites heures. Deux minuscules petites heures.

A nouveau sur le parvis de la gare, je regardai autour de moi : toujours pas acirc;me qui vive, et nulle trace du SDF, si ce nrsquo;est son pantalon vert, toujours agrave; la mecirc;me place. Je deacute;cidai de descendre lrsquo;Avenue Jean-Meacute;decin. hellip; sauf que jrsquo;avais oublieacute; un instant que, sur lrsquo;avenue, une voiture brucirc;lait peut-ecirc;tre encore. Avec deshellip; hellip; des ombres, dedans. Jrsquo;heacute;sitai. Devrais-je prendre des ruelles parallegrave;les pour acceacute;der au Vieux Nice ou essayer de redescendre la grande avenue ? Des ruelles sombres ougrave; les pires choses pourraient encore mrsquo;arriver ? Ou lrsquo;ersatz drsquo;avenue toute en travaux avec une voiture qui brucirc;lait ?

Je prenais lrsquo;option de lrsquo;avenue. Je ravalai ma salive, avec difficulteacute;. Mes legrave;vres commenccedil;aient agrave; ecirc;tre segrave;ches de ce froid et mes yeux rougis par la fatigue et lrsquo;alcool commenccedil;aient agrave; avoir du mal agrave; rester ouverts. Je mrsquo;engageai vers lrsquo;avenue.

Du monde. Enfin, depuis plusieurs heures de rencontres eacute;tranges, absurdes et effrayantes, du monde. La divine foule qui srsquo;amasse. La divine foule qui nous effraie le jour et qui nous rassure la nuit. La divine foule qui nous perd lorsque nous cherchons notre chemin mais qui nous guide lorsque nous cherchons agrave; ne plus ecirc;tre seuls. Du monde. Enfin. Devant moi. Reacute;unis autour de la carcasse drsquo;ougrave; sortaient maintenant des volutes de fumeacute;e. Un petit camion de pompier et une voiture de police. Des flics, autour, qui empecirc;chaient les gens de trop srsquo;approcher. Des pompiers en tenue qui maniaient un drocirc;le drsquo;objet agrave; mi-chemin entre la lance agrave; incendie et lrsquo;extincteur. Et les gens, autour. Des voisins, des passants, ou que sais-je encore. Une dizaine agrave; peine mais une foule monstrueuse pour moi. Une foule de dix passants, mais une foule rassurante.

Lrsquo;un drsquo;entre eux, oui, lrsquo;un drsquo;entre euxhellip; aurait un teacute;leacute;phone ! Un teacute;leacute;phone portable ! Teacute;leacute;phone, allo papa, oui il est tard, jrsquo;ai rateacute; mon train, jrsq...</itunes:summary>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>2/4 - After Hours</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 15:54:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 9, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-afterhours.jpg" width="35" height="35" alt="" title="After Hours" /><br/>
Sombre nuit. Sombre et délicate nuit. Précipitation dans un univers parallèle. Dans une dimension faite d’ombres et de souvenirs. Derrière le miroir de Lewis Carol, qui jouerait avec sa petite poupée indécise – je suis Alice aux Pays des Merveilles. Sauf que les Merveilles, elles n’ont rien de merveilleux, pour le coup. C’est Arnaud au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 9, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-afterhours.jpg" width="35" height="35" alt="" title="After Hours" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-afterhours.jpg" alt="" width="160" height="160" align="left" /><br />
Sombre nuit. Sombre et délicate nuit. Précipitation dans un univers parallèle. Dans une dimension faite d’ombres et de souvenirs. Derrière le miroir de Lewis Carol, qui jouerait avec sa petite poupée indécise – je suis Alice aux Pays des Merveilles. Sauf que les Merveilles, elles n’ont rien de merveilleux, pour le coup. C’est Arnaud au Pays de la Nuit. Pas la Nuit festive des Drag Queens parisiennes, des clubbers extatiques, ni des clubs de jazz qui vous chantent le groove. La Vraie Nuit. Celle qui étend les bras de son long manteau pour recouvrir nos repères habituels. Celle qui habite l’esprit morbide des hommes depuis ses origines. Celle qui réveille la fange de notre exclusion. Celle qui régnait au fond des âges préhistoriques où les premiers meurtres étaient commis. Celle qui résonnait dans tous les recoins de l’Univers lorsque les vieilles Forces Cosmiques de l’Ombre s’animaient dans l’Age des Ténèbres. La Vraie Nuit. Celle de nos tourments. De notre décrépitude. De notre petitesse.</p>
<p>Au milieu d’elle, ses règles, ses habitudes, ses gens, sa population, ses fous, ses absurdités. Nul besoin d’en appeler aux fantômes et aux sorcières : la réalité des hommes est bien pire lorsque la chape de plomb nocturne se pose sur nos villes. Nos doubles nocturnes nous remplacent lorsque nous dormons, ils marchent comme des ombres qui glissent sur les pavés autrefois tumultueux de nos cités. Nous entrons dans le monde de notre inconscient.</p>
<p>Je me retrouvai sur le parvis de la gare. Tout autour de moi, un silence. Un silence étouffant qui prenait aux tripes. Je regardai tous ces vieux bâtiments morts et froids, toutes ces fenêtres éteintes, comme si leurs habitants avaient disparu pour un temps. Comme s’ils n’existaient plus. Moi qui, d’habitude, me sentais libre, vraiment libre, lorsque j’étais seul au milieu des rues nocturnes, j’étais maintenant pris au piège. Au piège de ces grands immeubles froids, monuments de mon sursis passager. Au piège de ma bêtise, de mon manque de prévoyance, de mes erreurs. Plus d’argent, plus de téléphone, dépossédé de ma consistance d’homme moderne, j’étais nu et sans les armes nocturnes que je ne connaissais pas, ni ne voulais connaître. J’allais m’en rendre compte.</p>
<p>Il y avait bien cette cabine téléphonique d’où j’avais voulu appeler les pompiers. Mais c’était trop tard pour les pompiers, maintenant. J’avais le fol espoir que le 18 aurait peut-être été encore gratuit, si cette cabine fonctionnait. Cependant, non seulement la question ne se posait plus désormais, mais, surtout, ce n’était pas avec le 18 que j’allais pouvoir appeler mes parents, seul numéro que j’avais encore en mémoire. Les autres, ceux de mes amis, je ne m’en souvenais pas. Mon annuaire était dans mon portable. Qui était HS : plus de batterie.</p>
<p>J’allais donc voir la prostituée.</p>
<p>Elle me remarqua à peine, dans un premier temps. Elle ne commença à réagir que lorsque j’étais suffisamment proche d’elle. C’était une jeune femme. Très jeune femme. 17, 18 ou 19 ans à peine. Le visage de poupée de porcelaine fardé à l’extrême par du maquillage de supermarché que lui avait dégoté son maq’, sans doute. Une jeune femme blonde, un manteau en fausse fourrure blanche posé nonchalamment sur un corps nu. J’observais innocemment sa peau qu’on devinait : blanche, fragile. Elle finit pas se rendre compte que je m’approchais d’elle, mais ses yeux semblaient troublés, comme si elle regardait les rues derrière moi à travers moi, me regardant sans me voir. Je pris la parole, encore sous le choc :</p>
<p>- Heu… bonsoir, mademoiselle… voilà, j’ai un problème, j’aimerais rentrer chez moi j’ai raté mon train, j’ai vu une voiture en feu… mais je n’ai plus d’argent, pas de téléphone, et… heu… j’aurais besoin de téléphoner… vous auriez un téléphone portable s’il vous plaît ?</p>
<p>Pas de réponse. La jeune femme continuait de me regarder, impassible, d’un visage qui mêlait l’inexpressif à l’incompréhension. Elle parlait français, au moins ? Nonchalamment, je regardais sur ma gauche : nous n’étions pas seuls. Sur le parvis de la gare, allongé, parterre, à côté de litrons de rouge vidés, entre des cartons, des sacs poubelle et des couvertures, il y avait un clochard qui avait trouvé refuge. Il dormait. Je ne l’avais pas vu tout de suite dans son bordel. Je remarquai qu’il portait un pantalon vert clair. Etrange couleur de pantalon, pensais-je. Un pantalon vert… Je revenais à la fille :</p>
<p>- Heu… mademoiselle, vous me comprenez ? Téléphone ? lui fis-je avec un geste de la main vers mon oreille.</p>
<p>Elle cligna des yeux comme si elle venait de comprendre, comme si son cerveau venait de se mettre en marche – elle, cet étrange automate de la nuit, machine de plaisir automatique sans âme que les frustrés de leur existence venaient animer dans leurs virées nocturnes.</p>
<p>- Oui, j’ai compris…</p>
<p>Une voix douce. Une voix terriblement douce. Une voix de jeune femme, ou de jeune adolescente. Une voix avec un léger accent d’Europe de l’Est. Une voix éthérée qui chantait les évidences. Et pourtant, une voix pleine de lourdeur, de blessures. Elle m’avait compris. Mais ce qui était clair, c’est qu’elle était shootée jusqu’aux tréfonds de ses narines…</p>
<p>Lentement, très lentement, elle me regarda de haut en bas, de bas en haut, pencha la tête sur le côté, regarda autour d’elle comme si elle cherchait quelque chose du regard, regarda derrière elle, puis me regarda de nouveau :</p>
<p>- … Quelle heure il est… ?</p>
<p>- Heu… il est … 3h15 passées, dis-je, après avoir regardé ma montre.</p>
<p>Elle sembla hésiter un instant, mais, difficilement, elle sortit quelques mots :</p>
<p>- T’as l’air… d’avoir passé une sale soirée, toi… J’ai pas de portable… mais viens, j’habite derrière la gare… j’ai un téléphone…</p>
<p>Je ne savais pas trop quoi penser, en cet instant. Il y avait cette jeune femme avec cette voix si douce, ce visage si jeune, qui était en fait une prostituée, qui me proposait de venir chez elle pour téléphoner… Je sentis mon cœur s’accélérer… Aller chez cette femme, cette… prostituée ? Allez chez elle ? Faire quoi ? Téléphoner ?</p>
<p>Je regrettais mon geste. Je voulais m’enfuir en courant. Mais je ne pouvais pas faire ça. Pas maintenant que je lui avais demandé de me rendre un service. Ca n’était pas correct. Seulement, ce que je ne savais pas encore, c’est que la nuit, les règles changent, tout comme les gens changent. Ca, je ne le savais pas encore. Pour l’heure, je me devais de trouver une solution :</p>
<p>- Heu… mais… heu… je voudrais pas, heu… enfin, que vous vous déplaciez, si vous attendez ici, et heu… qu’il y a un… client, enfin, heu… je voudrais pas…</p>
<p>Elle me coupa net, fait étrange alors que son cerveau fonctionnait au ralenti une minute auparavant :</p>
<p>- Tard…. Il est tard… je reviens d’un rendez-vous… avec un client… bon pour ce soir…</p>
<p>Mon sang ne refit qu’un tour. A nouveau, je me figeais sur place, me glaçait sur le champ. Cette femme allait m’aider mais je ne voulais pas qu’elle m’aide. Je voulais un téléphone portable. Pas aller chez elle. Non, pas aller chez elle. Qui sait ce que j’allais découvrir ? Rien, sans doute, mais pas une prostituée, pitié, pas une prostituée… Non, non, non, j’allais mettre les pieds dans un autre monde… Le miroir, je ne voulais pas le traverser… Et si j’allais chez une prostituée… Non, tout ça était surréaliste… Et si les flics passaient… Et s’ils me voyaient… Ils m’embarqueraient tout de suite… Et je devrais leur expliquer, la voiture, la tenancière de bar mal famé, le téléphone, mais je suis homosexuel, monsieur l’agent, je peux pas coucher avec une femme de toute façon, non monsieur l’agent, je veux rentrer chez moi, j’ai pas d’argent, s’il vous plaît et…</p>
<p>- O… Ok…</p>
<p>J’avais accepté… Connement, bêtement, penaud, imbécile, naïf, manipulé par mon éducation, pris à mon propre piège, j’avais accepté… Je laissais parler ma morale, mon sens des valeurs, mon éthique… Après tout, c’était une femme comme les autres, et puis, je suis homosexuel, il n’y a pas d’ambiguïté, surtout que je vois pas comment je pourrais refuser alors que je lui ai demandé de m’aider… Le piège s’était donc refermé. Je voulais téléphoner mais pas comme ça, pas chez elle, pas chez cette femme… et, pourtant, j’avais accepté.</p>
<p>Je la suivis jusqu’à chez elle, passant par de petites ruelles, la suivant de pas trop près. J’avais peur qu’on me voit avec elle. J’avais peur qu’on me prenne pour un de ses clients. J’avais peur qu’on sache que j’allais avec une prostituée. Et si on me voyait, vous rendez-vous compte ?</p>
<p>Connerie de quand dira-t-on… Je n’habitais plus sur la Côte depuis des mois, je n’avais croisé personne d’autre dans les rues depuis plus d’une heure, quel quand dira-t-on ? Peu importait… Je marchais dans la rue avec une prostituée pour aller chez elle… Plusieurs fois, sur le chemin, la regardant titubant à moitié, semblant s’appuyer sur les murs des petites ruelles pour s’aider à marcher, semblant parfois simplement les frôler comme le font les petites filles qui s’amusent de tout, je m’étais dit que j’allais faire demi-tour. Plusieurs fois, je m’étais dit : je vais le lui dire, je vais lui dire au revoir, que finalement j’ai changé d’avis, attends tu n’est pas une lopette, tu es un adulte, tu peux changer d’avis, tu as le droit, tu ne lui dois rien, tu trouveras un autre moyen, tu dormiras sur la plage, tu attendras 6h00 du matin, tu rentreras chez toi, et tu n’as pas à te justifier, il n’y a pas à se justifier, après tout, c’est une prostituée, elle en a vu d’autres, tu peux pas faire du social tout le temps, tu n’as pas à avoir honte, et…</p>
<p>- C’est… là…</p>
<p>Nous y étions. Une petite ruelle derrière la gare, un vieil immeuble décrépi, une entrée mal éclairée, loin des lampadaires. Je rentrai avec elle. Un vieil ascenseur, exigu, une cage transparente, des grilles noires rouillées depuis longtemps.</p>
<p>Dans ce petit lieu qui nous amenait à un étage quelconque, les secondes duraient des heures. J’étais là, aux yeux de tous, au milieu de la nuit, éclairé par la lumière des couloirs qui ressemblaient à des néons glauques, à 10 cm d’une femme nue habillée d’un manteau en fausse fourrure blanche, complètement shootée. Et, je m’en rendis compte, qui sentait mauvais. Elle sentait l’eau de Cologne mais elle sentait mauvais. L’odeur de la ville sale. Ou pire encore. Qu’est-ce qui m’attendait ?</p>
<p>Nous étions à l’étage. Je reculais d’un pas : sur le mur, là, à côté d’une porte d’appartement miteux, un gros et fatigué cafard noir se tapait un somme. Non, non, non, j’ai une phobie des cafards, non, non, non, c’est pas possible, il n’y en a pas chez elle, non, non, non, je vous en supplie, pas de cafards chez elle, j’ai peur, je vous en prie, mon Dieu, donnez moi la force, je sais que vous m’entendez, je vous en prie, pas de cafards, pas de cafards.</p>
<p>Un cliquetis. Une porte qui s’ouvre. Nous étions à l’intérieur.</p>
<p>C’était un appartement composé de deux pièces. Deux pièces seulement. Une pièce avec une cuisine dans un coin, une table appuyée au mur, un banc en bois devant elle, un lit, des posters, des vêtements de femmes, partout, parterre, des vêtements de femme, un miroir, des produis de beauté sur la table, des dizaines, partout. Et pas de cafards. Non, pas de cafards. C’était le bordel, mais ça n’était pas sale. Ca sentait une odeur de renfermé, comme quand des gens ont dormi dans une chambre toute une nuit et qu’ils n’ont pas ouvert la fenêtre pour aérer. Ca sentait le lit. Ca sentait la femme. Mais ça n’était pas sale. J’étais presque rassuré.</p>
<p>Ca ne dura qu’un instant : jusqu’au moment où j’entrais dans la seconde pièce.</p>
<p>Elle était beaucoup plus petite. Il y avait une sorte de meuble qui ressemblait à un coffre à vêtements. Là encore, des vêtements partout. Mais aussi des boîtes et des cartons. Des cartons empilés les uns sur les autres, avec des dessins de magnétoscopes dessinés dessus. Des flocons de polystyrène, parterre, aussi. Et des bouteilles. Des bouteilles de bière, des bouteilles d’alcool. Et des flacons. D’étranges petits flacons comme ceux d’alcool à 90, vides, éparpillés sur le sol. Et dans un coin de la pièce, un petit matelas. Et sur le matelas, une chose.</p>
<p>Je ne pensais plus au téléphone. Non, plus du tout au téléphone. Il y avait cette chose qui dormait. Une chose recroquevillée dans un coin, sur le matelas. Une chose, mélangée avec les draps, laissait dépasser des pieds, des bras, et une tignasse de cheveux noirs. C’était une femme. C’était une autre femme. Une autre prostituée, j’en étais sûr. J’étais venu téléphoner, et je me retrouvais chez deux putes qui faisait de la colocation.</p>
<p>Elle dormait. Pour l’instant, elle dormait. Elle émanait une étrange odeur. Chimique. Industrielle. Quelque chose qui sentait fort. Qui sentait mauvais. C’était la même odeur que celle qui m’avait accueilli, mais en plus fort encore. C’était elle qui l’émanait. Et, là, je me rendis compte qu’il y avait quelque chose sur elle. Un liquide. Il y avait un liquide sur tout son corps. Un liquide transparent, visqueux, comme du gel. Sur tout ce que je voyais de son corps, il y avait cet étrange liquide. Qu’est-ce que c’était ? Bordel, c’est quoi, ce liquide, pourquoi ça pue autant, putain, qu’est-ce que je fais là, mais qu’est-ce que je fais là, mais je suis con, pourquoi je suis venu, pourquoi je suis venu ! Crise de panique. Bienvenue au Pays des Horreurs, Alice. Bienvenue au Pays des Horreurs.</p>
<p>Mon hôtesse posa son sac sur une chaise, alors que je restais debout, droit comme un « i » pour éviter de toucher à quoique ce soit. Elle commença à déplacer des vêtements : elle cherchait quelque chose :</p>
<p>- Téléphone… hmmm… où il est…</p>
<p>Oui, le téléphone ! J’allais enfin pouvoir téléphoner ! Un simple coup de fil, un simple coup de fil et tout serait fini ! Merci madame, au revoir madame, j’ai pas d’argent mais si je vous recroise, un jour, une nuit, je vous donnerai 20 euros, oui madame, sans coucher, je suis homosexuel vous savez, non, non, je vous assure, merci beaucoup, au revoir madame, et surtout adieu !</p>
<p>Seulement, 5 minutes plus tard, elle cherchait encore le téléphone. Je remarquais sur le coffre à vêtements une base de téléphone sans fil. Allez savoir où était le combiné… Putain, mais sale conne, tu vas le trouver, ce téléphone, putain ?! Je veux me casser d’ici, moi, je veux me casser d’ici !</p>
<p>Et là, soudain, comme orchestré dans une pièce de théâtre, comme dans un rituel organisé avec perfection, devant l’œil ébahi des spectateurs, Kafka devant mes yeux s’incarna. Kafka, Franz de son prénom, le maître de l’absurde, nous fit une petite visite.</p>
<p>Un cliquetis. La porte d’entrée qui s’ouvra dans la pièce d’à côté. Des bruits de pas lourds. La prostituée qui se retourna vers la porte de la pièce. Regard de panique dans ses yeux. Incompréhension dans les miens. Une ombre fit irruption dans la pièce. Un homme, bien bâti, une trentaine d’années, châtain clair, cheveux coupés courts, la peau du visage picorée de petits trous, fit irruption dans la pièce. Il me regarda, étonné. Je ne savais pas quoi dire.</p>
<p>La prostituée commença à dire des mots en russe ou dans une langue de cet acabit, tout doucement. Il éleva la voix. Il l’engueula, elle recula, les mains en avant, elle continua de parler doucement en russe. Il gueula davantage, en lançant vers moi des gestes violents des mains sans me regarder, lui demandant sans doute ce que je faisais ici. J’étais tétanisé. Je n’arrivais pas à bouger. Je n’arrivais pas à parler. Il allait me tuer. J’en étais sûr, il allait me tuer. Il avait un flingue sur lui, un couteau, il allait me frapper, il allait me tuer. Il continua de crier fort. La chose sur le matelas se réveilla, elle hurla : « Putaaaain… ta gueuuule ! » Il hurla encore, la prostituée tremblait de peur, j’étais tétanisé, je devais partir d’ici, je devais partir d’ici, et je n’arrivais pas à bouger. J’avais peur, maman, j’avais peur, il allait me tuer, il allait me tuer, il allait me tuer !</p>
<p>Il m’attrapa soudainement par le bras, je fis un geste en arrière, je le repoussai, il s’énerva davantage, la prostituée lui cria dessus, suppliante, je reculai encore, je cognai contre une chaise, je manquai de tomber parterre. Il m’attrapa à nouveau par le bras d’une poigne monstrueuse, me jeta dans la première pièce. Je tombai, déséquilibré par le poids de ma sacoche, et je me cognai la hanche sur le coin de la table. Douleur, déséquilibré. Je me cognai la tête contre le banc en bois, mes lunettes valsèrent, je m’étalai parterre. J’avais peur, j’étais totalement tétanisé, j’avais envie de pleurer. Il continua d’hurler. Il finit par dire en français : « Dégage ! »</p>
<p>En toute hâte, je ramassai mes lunettes, elles n’étaient pas cassées, je remis vite ma besace, je touchai mon front, j’avais mal, je pris mes jambes à mon cou, je sortis de l’appartement, je fonçai dans les escaliers, je les descendis quatre par quatre, je courrai, les étages n’en finissaient plus, je me mis à pleurer en courant, j’avais envie d’hurler de peur, j’avais peur, j’allais mourir, j’allais mourir… Je sortis de l’immeuble manquant de glisser sur les dernière marches en marbre et de tomber encore, je courai dans les ruelles, je courai encore et encore, je pleurai sans pouvoir m’arrêter, j’avais la peur de ma vie.</p>
<p>Quelques minutes plus tard, je me retrouvai dans un endroit familier. Je ne savais pas exactement comment j’avais fait, mais j’étais à nouveau à mon point de départ. Le parvis de la gare. Seul à nouveau.</p>
<p>Je regardai ma montre. Il était 3h45 du matin. Seul, à nouveau. Je me touchai le visage. Rien de cassé. Non, rien de cassé. Je remontais ma chemise. Elle n’était pas déchirée, mais ma hanche, elle, avait une sacrée éraflure. Je me touchai le front, il semblait juste éraflé. J’allais avoir une grosse bosse, mais pas de sang. Ca ne saignait pas. C’était déjà ça.</p>
<p>Je me retrouvais seul, sur le parvis de la gare, retour au point de départ.</p>
<p>Un souvenir. Un souvenir me revint en tête. Un clochard. Il y avait un clochard, tout à l’heure. Je regardai dans le coin. Toujours des cartons et des sacs poubelle. Toujours des bouteilles de pinard. Renversées, cette fois. Toujours des couvertures. Tirées, cette fois. Mais plus de clochard. Il n’était plus là.</p>
<p>A sa place, un pantalon. Un pantalon vert. Et là, je me dis que ce n’était pas possible. Là, je me dis qu’il devait y avoir quelque chose. Que quelque part, là-haut, on m’en voulait. Je ne savais pas ce que j’avais fait, mais on m’en voulait.</p>
<p>Car la première chose qui me traversa l’esprit, après tout ce qui m’était arrivé, c’était que rien n’était encore terminé. C’était qu’un clochard bourré était dans le coin, quelque part, pas loin de moi. Que je ne le voyais pas, mais qu’il était là. Et qu’il se baladait, à 3h45 du matin, dans les rues de Nice, déambulant à demi nu, sans pantalon pour l’habiller.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:summary>Sombre nuit. Sombre et deacute;licate nuit. Preacute;cipitation dans un univers parallegrave;le. Dans une dimension faite drsquo;ombres et de souvenirs. Derriegrave;re le miroir de Lewis Carol, qui jouerait avec sa petite poupeacute;e indeacute;cise ndash; je suis Alice aux Pays des Merveilles. Sauf que les Merveilles, elles nrsquo;ont rien de merveilleux, pour le coup. Crsquo;est Arnaud au Pays de la Nuit. Pas la Nuit festive des Drag Queens parisiennes, des clubbers extatiques, ni des clubs de jazz qui vous chantent le groove. La Vraie Nuit. Celle qui eacute;tend les bras de son long manteau pour recouvrir nos repegrave;res habituels. Celle qui habite lrsquo;esprit morbide des hommes depuis ses origines. Celle qui reacute;veille la fange de notre exclusion. Celle qui reacute;gnait au fond des acirc;ges preacute;historiques ougrave; les premiers meurtres eacute;taient commis. Celle qui reacute;sonnait dans tous les recoins de lrsquo;Univers lorsque les vieilles Forces Cosmiques de lrsquo;Ombre srsquo;animaient dans lrsquo;Age des Teacute;negrave;bres. La Vraie Nuit. Celle de nos tourments. De notre deacute;creacute;pitude. De notre petitesse.

Au milieu drsquo;elle, ses regrave;gles, ses habitudes, ses gens, sa population, ses fous, ses absurditeacute;s. Nul besoin drsquo;en appeler aux fantocirc;mes et aux sorciegrave;res : la reacute;aliteacute; des hommes est bien pire lorsque la chape de plomb nocturne se pose sur nos villes. Nos doubles nocturnes nous remplacent lorsque nous dormons, ils marchent comme des ombres qui glissent sur les paveacute;s autrefois tumultueux de nos citeacute;s. Nous entrons dans le monde de notre inconscient.

Je me retrouvai sur le parvis de la gare. Tout autour de moi, un silence. Un silence eacute;touffant qui prenait aux tripes. Je regardai tous ces vieux bacirc;timents morts et froids, toutes ces fenecirc;tres eacute;teintes, comme si leurs habitants avaient disparu pour un temps. Comme srsquo;ils nrsquo;existaient plus. Moi qui, drsquo;habitude, me sentais libre, vraiment libre, lorsque jrsquo;eacute;tais seul au milieu des rues nocturnes, jrsquo;eacute;tais maintenant pris au piegrave;ge. Au piegrave;ge de ces grands immeubles froids, monuments de mon sursis passager. Au piegrave;ge de ma becirc;tise, de mon manque de preacute;voyance, de mes erreurs. Plus drsquo;argent, plus de teacute;leacute;phone, deacute;posseacute;deacute; de ma consistance drsquo;homme moderne, jrsquo;eacute;tais nu et sans les armes nocturnes que je ne connaissais pas, ni ne voulais connaicirc;tre. Jrsquo;allais mrsquo;en rendre compte.

Il y avait bien cette cabine teacute;leacute;phonique drsquo;ougrave; jrsquo;avais voulu appeler les pompiers. Mais crsquo;eacute;tait trop tard pour les pompiers, maintenant. Jrsquo;avais le fol espoir que le 18 aurait peut-ecirc;tre eacute;teacute; encore gratuit, si cette cabine fonctionnait. Cependant, non seulement la question ne se posait plus deacute;sormais, mais, surtout, ce nrsquo;eacute;tait pas avec le 18 que jrsquo;allais pouvoir appeler mes parents, seul numeacute;ro que jrsquo;avais encore en meacute;moire. Les autres, ceux de mes amis, je ne mrsquo;en souvenais pas. Mon annuaire eacute;tait dans mon portable. Qui eacute;tait HS : plus de batterie.

Jrsquo;allais donc voir la prostitueacute;e.

Elle me remarqua agrave; peine, dans un premier temps. Elle ne commenccedil;a agrave; reacute;agir que lorsque jrsquo;eacute;tais suffisamment proche drsquo;elle. Crsquo;eacute;tait une jeune femme. Tregrave;s jeune femme. 17, 18 ou 19 ans agrave; peine. Le visage de poupeacute;e de porcelaine fardeacute; agrave; lrsquo;extrecirc;me par du maquillage de supermarcheacute; que lui avait deacute;goteacute; son maqrsquo;, sans doute. Une jeune femme blonde, un manteau en fausse fourrure blanche poseacute; nonchalamment sur un corps nu. Jrsquo;observais innocemment sa peau qursquo;on devinait : blanche, fragile. Elle finit pas se rendre compte que je mrsquo;approchais ...</itunes:summary>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>1/4 - After Hours</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 15:52:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 8, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-afterhours.jpg" width="35" height="35" alt="" title="After Hours" /><br/>
Quelle soirée formidable ! Je venais de passer quelques heures dont le nombre m’échappe avec un plaisir rare. Ce pub du Vieux Nice m’était connu de nom mais je n’y avais jamais mis les pieds. Alors comme ça, le dimanche soir, ils y jouaient du jazz et la clientèle ne tombait pas en-dessous des 22 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 8, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-afterhours.jpg" width="35" height="35" alt="" title="After Hours" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/post-afterhours.jpg" alt="" width="160" height="160" align="left" /><br />
Quelle soirée formidable ! Je venais de passer quelques heures dont le nombre m’échappe avec un plaisir rare. Ce pub du Vieux Nice m’était connu de nom mais je n’y avais jamais mis les pieds. Alors comme ça, le dimanche soir, ils y jouaient du jazz et la clientèle ne tombait pas en-dessous des 22 / 23 ans ? Ca changeait des lieux à la con où musique de merde côtoyait petits cons et petites connes. Là, j’entrais dans le monde adulte. Ce jazz résonne encore dans mes oreilles. Et ce garçon qui semblait si inspiré en excitant sa contre-basse… Et cet autre garçon, beau comme un dieu cette fois, qui faisait jouer ses doigts sur sa guitare… Nous voilà, bougeant en rythme avec ce jazz inspirant, à nous sortir la tête de notre marasme quotidien.</p>
<p>J’avais quitté le pub vers 2h00 du matin. J’abandonnais ainsi mes amies pour quelques semaines à nouveau. Cette soirée venait couronner une semaine de vacances passée à Nice qui avait été des plus garnies. Chaque soir, une soirée différente, avec des amis et des gens différents. Amis hérités du collège, amis hérités du lycée, amis de ma première filière d’enseignement, amis de la seconde, anciens profs de fac avec qui nous avions sympathisés… Tant de personnes qui sont pour moi comme des points de repère dans mon existence, les redécouvrant, les savourant, m’élançant avec eux dans les voies mystérieuses de l’amitié – ces voies qui font que, dès le premier instant, vous pouvez sympathiser avec quelqu’un sans trop savoir pourquoi alors que, avec d’autres, l’effort acharné ne vous permettra pas de décrocher pour eux le moindre sentiment amical.</p>
<p>2h00 du matin. Je m’apprêtais à rejoindre mes pénates aixoises le lendemain. Pour l’heure, je me devais de repartir chez moi, à Cagnes sur mer, petite ville à quelques kilomètres de la vieille Nicaïa.</p>
<p>Deux solutions s’offraient à moi : soit je trouvais la gare, soit je prenais un taxi. La gare était le choix le plus judicieux : c’était moins cher, et, s’il n’y avait vraiment aucun train, je pouvais toujours prendre un taxi juste à côté pour rentrer, j’imaginais.</p>
<p>Je déambulais donc dans les rues niçoises, vides et mortes, seulement éclairé par la lumière des lampadaires. La nuit, il existe une autre dimension à nos villes. La nuit, les fantômes se réveillent, les ombres se mettent à danser, les souvenirs oubliés reprennent leurs droits. Nous croyons que nous sommes dans le même lieu mais ce n’est pas vrai. La nuit, à partir d’une certaine heure qu’il est bien difficile d’isoler clairement, nous passons dans une autre dimension. Il existe alors dans ces lieux qui nous sont si coutumiers le jour, une autre population, d’autres règles, d’autres mesures, d’autres gens. J’allais le découvrir sous peu.</p>
<p>Je remontais l’avenue Jean Médecin, en travaux monstrueux ces derniers mois, pour essayer de retrouver la gare. La gare était devant moi, à 5 minutes. Pourtant, au milieu de ces grilles, grillages et autres gravas, qui m’empêchaient de passer correctement, quelque chose allait se profiler. Quelque chose que je n’avais pas prévu. Quelque chose qui allait peut-être changer mon existence. Cela commença par une odeur. Une odeur âcre et désagréable. Une odeur forte. Puis, des particules étranges commencèrent à me fouetter le visage. Des sortes de morceaux de poussière, des morceaux de suie qui dansaient avec la maigre brise. Puis à mesure que je m’engageais davantage sur cette avenue, une lueur. Je ne l’avais pas vue tout de suite : les panneaux des sociétés de construction des travaux sur la voie me l’avaient cachée. Mais elle était bien là. Elle et sa chaleur qui commençait à arriver jusqu’à moi. Une voiture. Une simple voiture. Elle brûlait. Au milieu de l’avenue, là, bloquant le passage, elle se consumait, petit à petit. Dans le manteau de la nuit étouffant qui réveille les ombres et les souvenirs, une voiture brûlait.</p>
<p>Il n’y avait personne autour d’elle. Pas de malfrats responsables. Pas de conducteurs bourrés qui auraient raté un virage. Personne. Juste cette voiture. Qui brûlait. C’était donc de là que venait cette odeur forte, qui mélangeait l’odeur chimique et industrielle à une sorte de barbecue. Je restais là, observant ce spectacle fascinant pendant plusieurs minutes, ne réfléchissant même pas à ce qu’il fallait faire ou pas. N’ayant même pas l’idée que la voiture pourrait exploser ou que ma vie pourrait être en danger.</p>
<p>Au bout d’un moment dont je ne connais pas la longueur, j’avais fini par réagir. Parce que j’avais vu quelque chose. Là, au milieu de ces langues de feu gigantesques qui léchaient la carrosserie au-dedans et au-dehors, j’aperçus quelque chose. Etait-ce une de ces ombres que la nuit réveille ? Je n’en étais pas sûr. Mais une chose était claire : au milieu de cette carcasse flamboyante, il y avait une paire de lunettes. Posée sur le tableau de bord. Elle était là, étrange chose qui ne se consumait pas. Dans ces instants où tout va très vite, notre esprit est capable de se poser mille questions en un instant et d’y trouver rapidement des réponses. Là, je n’avais qu’une seule question en tête : comment une paire de lunettes pouvait ne pas brûler dans une telle fournaise ? Mais je n’avais pas de réponse.</p>
<p>Soudain, je remarquai autre chose. Cette paire de lunettes n’était pas seule. En fait, elle était sur quelque chose. A côté de quelque chose. Qu’est-ce que c’était ? Une ombre, encore ? Quelle était cette chose qui était une sorte de masse noire difforme que laissait percevoir la fumée sombre qui sortait de cette voiture ? Une brise vint à souffler. La fumée s’éparpilla un instant le temps de reprendre ses droits. Mais l’instant fut suffisant. Cette masse noire n’était pas la seule dans cette carcasse en flammes. Il y en avait une autre à côté d’elle. Et d’autres derrière. Et ces masses avaient des protubérances au-dessus d’elles, plus petites cette fois. Rondes. Sombres comme le reste. J’avais compris. C’était donc de là que venait cette odeur de barbecue : ça sentait aussi la viande grillée.</p>
<p>Je me mis à trembler. Comme jamais je ne m’étais mis à trembler. Je n’arrivais pas à ouvrir ma sacoche en bandoulière. Saleté de fermeture éclair, tu vas t’ouvrir, oui ?!! Mais quel bordel dans ce sac, c’est pas possible, il faudra que je pense à le ranger un de ces jours, un vrai sac de bonne femme, il est trop petit, je dois trouver le portable, vite, le portable, je dois le trouver, il est quelque part, qu’est-ce que c’est, ah non c’est le portefeuille, et là, ah non l’étui à lunettes, et ça c’est quoi, non encore l’étui à lunettes, mais pourquoi je le trouve pas, ne me dîtes pas que je l’ai oublié, ça serait bien ma veine, pourquoi j’ai rangé mes clefs là, et le dictaphone numérique n’a aucun intérêt j’ai pas cours cette semaine, j’aurais dû le laisser, et… Enfin ! Le portable ! Je le saisis avec violence. Switch on. Vite, le code PIN. Vite, l’accueil. Je fais quoi comme numéro ? Police secours ? Je le connais plus. Les pompiers ! C’est un feu ! Les pompiers ! 18, allons y ! … … Allo ? Allo ? Allo ?!!</p>
<p>Je regardai mon portable : éteint. Eteint, tout seul. Plus de batterie. Mais quel con ! Pourquoi je ne l’ai pas rechargé ?!! Pourquoi je n’ai pas eu l’intelligence de le recharger, ce con de portable de merde ?!! Putain de merde, fais chier ! Je dois téléphoner. Quelque part, je dois téléphoner. Une cabine téléphonique ! Je dois trouver une cabine téléphonique, je n’ai pas de télécarte mais ce n’est pas grave j’ai ma carte bleue tout va bien je vais téléphoner ça va bien je vais téléphoner.</p>
<p>Je fis donc demi-tour en courant, ne pouvant plus passer par l’avenue, obstruée par cette épave en flammes, pour emprunter une petite ruelle perpendiculaire. Loin de la carcasse, le silence reprenait ses droits. Et l’ombre aussi. Les lampadaires étaient redevenus faiblards. Mais j’avais chaud. Je posais ma main sur mon visage tout en marchant : mon visage était bouillant. J’étais peut-être resté trop près de la voiture, j’avais dû me prendre une brûlure au second degré en pleine poire. Mais putain, une cabine, il n’y a plus de cabines ?! Merci France Telecom, connards, ils ont enlevé plein de cabines téléphoniques, et on fait comment maintenant, connards, et le mec responsable d’en avoir retiré une dans ce quartier, parce qu’il y en avait une je le sais j’en suis sûr, est responsable si on peut pas sauver à temps ces gens dans la voiture, oui on peut les sauver, je le sais, on appelle les pompiers, ils éteignent le feu, et ils seront sauvés, on pourra les sortir de là, et ça sera bon, oui, j’en suis certain. Crise de panique. Je ne sais plus où je suis. Je me suis perdu dans les ruelles. Je ne sais plus où je suis. Où est la gare ? Où est l’avenue Jean Médecin ? Où est l’épave ? Où est la… Ouiiii ! Une cabine téléphonique ! Devant moi, une cabine téléphonique !</p>
<p>Je me mis donc à courir vers elle, vers cette cabine perdue à une intersection de petite ruelles qui déversaient leur obscurité sur un rond point autour d’une fontaine, les vieux bâtiments dressés autour d’elle dans le plus pur style niçois et méditerranéen. Je rentrai dedans, m’écorchai le bras avec la porte à double battants, et décrochai le combiné téléphonique. Grésillements. Je composai le 18. Attente. Rien. Ah le 18 est payant il faut une carte bleue alors putain les enfoirés le 18 ils pourraient le faire gratuit c’est une urgence c’est un scandale connards de France Telecom depuis que c’est privatisé merci le service public connards. Crise de panique. J’ouvris à nouveau ma besace, pour saisir mon portefeuille. Carte bleue. Fente de la cabine. Ah un bruit dans le combiné. Code de la carte bleue. Numéro de téléphone. 18. Attente. Rien. Grésillements. Rien. Elle marche pas. Je trouve une putain de cabine téléphonique dans ces ruelles paumées et elle marche pas ! Putain France Telecom connards irresponsables service public chier putain ! Je récupérai la carte bleue et la remis dans mon portefeuille, lui-même dans ma besace. Bon. Téléphoner, je dois téléphoner.</p>
<p>Et là, en face de moi, une lueur d’un bar. Dans une petite ruelle sombre, là, devant moi, un bar, ouvert à 2h30 du matin, qui n’attendait que moi. Là, devant moi, la fin de mon tourment : une âme vivante à qui m’adresser, à qui donner mon désespoir, à qui transmettre ma panique, à qui demander un combiné téléphonique qui marche (connards France Telecom service public même pas fichus de faire marcher une cabine connards fais chier putain).</p>
<p>J’entrai dans le bar. Petit. Sombre. Vieux bar français avec un comptoir. Lumières verte et rouge. Ne manquaient à l’appel que les poivrots tardifs. Là, juste une vieille femme. Vieille niçoise qui tenait le comptoir. Elle me regarda entrer, me lança un œil accusateur. Quoi ma gueule qu’est-ce qu’elle a ma gueule c’est pas le moment vieille bique ! Je m’approchai d’elle, civilités d’usage :</p>
<p>- Bonsoir madame j’espère que vous n’êtes pas fermée je dois téléphoner il y a eu un accident sur l’avenue Jean Médecin une voiture brûle et il y a des gens à l’intérieur mon portable ne fonctionne plus et la cabine téléphonique au coin de la rue ne marche pas non plus vous avez un téléphone pour appeler les pompiers ?</p>
<p>Silence. La femme me regarda d’un mauvais œil comme si j’étais un extra-terrestre. Machinalement, je me regardai dans le miroir derrière elle, derrière le comptoir : j’avais les yeux marqués, et je crois que les larmes m’étaient venus aux yeux. En plus, je sortais d’une soirée, j’étais décoiffé, j’avais un peu de suie sur le visage, et je devais sentir la bière à 10 km. Au bout d’un moment qui m’avait semblé être une éternité, elle finit par me répondre :</p>
<p>- Pour téléphoner, ici, il faut consommer. Qu’est-ce que je vous sers ?</p>
<p>J’hallucinais. Pauvre conne. Il y a un putain d’accident avenue Jean Médecin, il est 2h30 du mat’, je veux rentrer chez moi, et toi, connasse, tu me demandes ce que je veux à boire pour pouvoir téléphoner ?</p>
<p>- Mais, madame, il faut que je téléphone ! Je ne veux rien à boire, je voudrais rentrer chez moi et il y a cette voiture qui brûle il faut appeler les pompiers, madame !</p>
<p>Elle me toisa du regard, et je vis son visage se métamorphoser :</p>
<p>- Non, pas de consommation, pas de téléphone ! Je ne suis pas une cabine téléphonique, vous en avez une au coin de la rue si vous voulez téléphoner ! Alors vous prenez quelque chose à boire et vous pourrez téléphoner, sinon dehors !</p>
<p>Non. Je suis entrain de rêver, là. Non, ce n’est pas possible. Quelque chose ne tourne pas rond, c’est pas possible. C’est une blague, ça doit être une blague. Non, c’est hallucinant, c’est pas possible.</p>
<p>Je saisis donc mon portefeuille, regardant combien j’avais sur moi : rien. J’avais dépensé tous mes petits billets bleus dans le pub, plus tôt dans la soirée. Même pas un euro qui traînait : inspiré par la super soirée que j’avais passée, j’avais joué les grands seigneurs et avais abandonné mes pièces en guise de pourboire généreux. Heureusement, j’avais ma carte bleue. Je m’étais dit, en un instant : je lui prends un jus d’orange, je paye avec ma carte, j’appelle les pompiers, et je rentrerai chez moi, problème réglé, connasse.</p>
<p>- Je n’ai pas d’espèces, vous prenez la carte bleue ?</p>
<p>Elle me regarda avec ce que je crus interpréter comme un sourire en coin – cette connasse elle se moque de ma gueule alors qu’une voiture crame sur l’avenue principale – et me montra un panneau à côté de sa vieille caisse enregistreuse : « Nous ne prenons pas les cartes bancaires, merci. »</p>
<p>J’hallucinais. C’est pas possible, c’est le fantôme de Kafka qui me joue un tour, c’est pas possible. Connasse ! Bon, je vais retirer de l’argent à un distributeur – ça tombe bien, ça me permettra d’en prendre pour moi si j’ai besoin, on sait jamais – je reviens, je téléphone, je me casse et je rentrerai chez moi, ça me saoule là. Affolé, je lui demandai :</p>
<p>- Vous savez où il y a un distributeur ?</p>
<p>- Deux rues plus loin, sur la gauche, Crédit Lyonnais.</p>
<p>- D’accord, je reviens tout de suite.</p>
<p>Connasse. Connasse, connasse, connasse. Vieille connasse.</p>
<p>Je m’engageai donc en courant à nouveau dans les ruelles. Pas âme qui vive. Si : au loin, sur une avenue, près de la gare, je vis une prostituée. … La gare ! Je suis juste à côté de la gare ! Génial, je suis pas si paumé que ça, en fin de compte ! Nickel !</p>
<p>J’arrivai au distributeur. J’insérai la carte dans la fente. Je composai mon code. 20 euros. … Comment ça, ça marche pas ? Refus de ma banque ?!! Je réessayai. Carte, fente, code, 20 euros. Refus de paiement ?!! Putain de merde mais putain fais chier mais putain j’hallucine c’est dingue c’est pas vrai on m’en veut on m’en veut merde mais putain fais chier j’ai pas de chance putain j’hallucine enculés d’enculés putain !!! Bon, j’en ai marre.</p>
<p>Je reprenais le chemin vers le bar. La vieille, elle allait me laisser téléphoner sans consommer, faut pas déconner. Je les appellerai, ces putains de pompiers. Je les appellerai et je prendrai ensuite le train pour rentrer chez moi !</p>
<p>Le bar. Plus de lumières. Tout était éteint. Une grille coulissante fermait l’entrée. Il était 3h00 du matin. C’était marqué sur le panneau. Elle fermait à 3h00 du matin. Il était 3h00 du matin. Elle avait donc fermé. Implacable logique.</p>
<p>Quelques jurons et quelques larmes versées plus tard, il était 3h10, j’arrivai à la gare. Toujours pas âme qui vive dans les rues. Si, quelqu’un : la prostituée, jeune, blonde, sans doute d’Europe de l’Est, habillée comme une prostituée, était toujours là. Elle attendait des clients tardifs. J’entrai dans la gare par l’entrée de nuit. Le prochain train était à… 6h00 du matin. Restait l’option du taxi : je retournai sur le parvis de la gare, regardant le panneau des taxis. Un numéro de téléphone à appeler. « Hep ! taxi » marqué sur l’enseigne. Un numéro de téléphone à appeler. Et pas de téléphone pour appeler. Pas de carte téléphonique. Une cabine téléphonique pour au moins appeler les pompiers, peut-être ? Je rentrai dans la cabine sur le parvis de la gare.</p>
<p>Mais, tout d’un coup, un bruit résonna dans les rues. Un bruit énorme, écrasant, monstrueux, effrayant. Un grand clash, un grand boum, un grand bruit sourd. Mon sang ne fit qu’un tour : une explosion. C’était une explosion. Quelque part, dans la ville de Nice, une explosion venait d’avoir lieu. Et je savais ce que c’était : la voiture. C’était la voiture. C’était la voiture que j’avais abandonnée. J’avais peur. J’étais saisi par la peur. J’avais raté quelque chose, c’était un acte manqué. Soudain, un autre bruit dévala quelques rues plus loin. La sirène. La sirène des pompiers. Ils sont sur les lieux, plus de doutes maintenant. Un passant, un résident ou que sais-je encore les avais appelés. Il avait un téléphone qui marchait, lui. Il n’avait pas oublié de recharger son portable, lui. Il n’avait pas rencontré une vieille connasse tenancière de bar mal famé, lui. Lui, il avait pris son téléphone et il avait appelé. Un peu tard, un peu trop tard, peut-être. Plus de doutes, désormais : les gens dans la voiture n’étaient plus. D’ailleurs, cela faisait longtemps qu’ils n’étaient plus. Mais là, ils n’étaient plus… du tout.</p>
<p>Résumons la situation. Je regardais ma montre. Il était 3h14 du matin. Je ne pouvais rentrer chez moi que trois heures plus tard par le train. Impossible de joindre un taxi et impossible de le payer de toute manière. Plus de téléphone portable, plus d’argent, plus de télécartes. Rien. J’étais seul, sans le moindre sou. Tous mes numéros de téléphones étaient dans mon portable, qui étaient HS. Un seul numéro me revenait en tête : celui de mes parents. Je devais donc les appeler. Appeler mon père pour que, au beau milieu de la nuit, il vienne me chercher en bagnole. Il allait râler mais peu importait : quand je lui expliquerais tout ce qui m’était arrivé, il ne rechignerait plus. Restait le problème du téléphone : aucun moyen d’appeler. Aucun.</p>
<p>J’étais seul, pas âme qui vive, sur le parvis de la gare de Nice. Si, quelqu’un : la prostituée. Elle était là, toujours à attendre.</p>
<p>Je décidai d’aller la voir. Elle aurait sans doute un téléphone.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<itunes:summary>Quelle soireacute;e formidable ! Je venais de passer quelques heures dont le nombre mrsquo;eacute;chappe avec un plaisir rare. Ce pub du Vieux Nice mrsquo;eacute;tait connu de nom mais je nrsquo;y avais jamais mis les pieds. Alors comme ccedil;a, le dimanche soir, ils y jouaient du jazz et la clientegrave;le ne tombait pas en-dessous des 22 / 23 ans ? Ca changeait des lieux agrave; la con ougrave; musique de merde cocirc;toyait petits cons et petites connes. Lagrave;, jrsquo;entrais dans le monde adulte. Ce jazz reacute;sonne encore dans mes oreilles. Et ce garccedil;on qui semblait si inspireacute; en excitant sa contre-bassehellip; Et cet autre garccedil;on, beau comme un dieu cette fois, qui faisait jouer ses doigts sur sa guitarehellip; Nous voilagrave;, bougeant en rythme avec ce jazz inspirant, agrave; nous sortir la tecirc;te de notre marasme quotidien.

Jrsquo;avais quitteacute; le pub vers 2h00 du matin. Jrsquo;abandonnais ainsi mes amies pour quelques semaines agrave; nouveau. Cette soireacute;e venait couronner une semaine de vacances passeacute;e agrave; Nice qui avait eacute;teacute; des plus garnies. Chaque soir, une soireacute;e diffeacute;rente, avec des amis et des gens diffeacute;rents. Amis heacute;riteacute;s du collegrave;ge, amis heacute;riteacute;s du lyceacute;e, amis de ma premiegrave;re filiegrave;re drsquo;enseignement, amis de la seconde, anciens profs de fac avec qui nous avions sympathiseacute;shellip; Tant de personnes qui sont pour moi comme des points de repegrave;re dans mon existence, les redeacute;couvrant, les savourant, mrsquo;eacute;lanccedil;ant avec eux dans les voies mysteacute;rieuses de lrsquo;amitieacute; ndash; ces voies qui font que, degrave;s le premier instant, vous pouvez sympathiser avec quelqursquo;un sans trop savoir pourquoi alors que, avec drsquo;autres, lrsquo;effort acharneacute; ne vous permettra pas de deacute;crocher pour eux le moindre sentiment amical.

2h00 du matin. Je mrsquo;apprecirc;tais agrave; rejoindre mes peacute;nates aixoises le lendemain. Pour lrsquo;heure, je me devais de repartir chez moi, agrave; Cagnes sur mer, petite ville agrave; quelques kilomegrave;tres de la vieille Nicaiuml;a.

Deux solutions srsquo;offraient agrave; moi : soit je trouvais la gare, soit je prenais un taxi. La gare eacute;tait le choix le plus judicieux : crsquo;eacute;tait moins cher, et, srsquo;il nrsquo;y avait vraiment aucun train, je pouvais toujours prendre un taxi juste agrave; cocirc;teacute; pour rentrer, jrsquo;imaginais.

Je deacute;ambulais donc dans les rues niccedil;oises, vides et mortes, seulement eacute;claireacute; par la lumiegrave;re des lampadaires. La nuit, il existe une autre dimension agrave; nos villes. La nuit, les fantocirc;mes se reacute;veillent, les ombres se mettent agrave; danser, les souvenirs oublieacute;s reprennent leurs droits. Nous croyons que nous sommes dans le mecirc;me lieu mais ce nrsquo;est pas vrai. La nuit, agrave; partir drsquo;une certaine heure qursquo;il est bien difficile drsquo;isoler clairement, nous passons dans une autre dimension. Il existe alors dans ces lieux qui nous sont si coutumiers le jour, une autre population, drsquo;autres regrave;gles, drsquo;autres mesures, drsquo;autres gens. Jrsquo;allais le deacute;couvrir sous peu.

Je remontais lrsquo;avenue Jean Meacute;decin, en travaux monstrueux ces derniers mois, pour essayer de retrouver la gare. La gare eacute;tait devant moi, agrave; 5 minutes. Pourtant, au milieu de ces grilles, grillages et autres gravas, qui mrsquo;empecirc;chaient de passer correctement, quelque chose allait se profiler. Quelque chose que je nrsquo;avais pas preacute;vu. Quelque chose qui allait peut-ecirc;tre changer mon existence. Cela commenccedil;a par une odeur. Une odeur acirc;cre et deacute;sagreacute;able. Une odeur forte. Puis, des particules eacute;tranges commencegrave;rent agrave; me fouetter le visage. Des sortes de morceaux de poussiegrave;re, des morceaux de suie qui ...</itunes:summary>
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		<itunes:author>Arnaud Seldon</itunes:author>
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		<title>05/x - Le Rayon Jaune</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 15:48:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Le Rayon Jaune]]></category>

		<category><![CDATA[ésotérisme]]></category>

		<category><![CDATA[fantastique]]></category>

		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>

		<category><![CDATA[histoire]]></category>

		<category><![CDATA[littéraire]]></category>

		<category><![CDATA[roman]]></category>

		<category><![CDATA[société secrète]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 7, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/>
Aussi silencieusement que possible, je me levai de la cuvette, retenant la lunette pour éviter qu&#8217;elle ne claquât et ne révélât se faisant ma présence. Mon voisin continuait de vider sa vessie dans un bruit sinistre pourtant familier qui, dans la situation, me glaçait le sang. Je tentai de m&#8217;asseoir parterre dans le petit espace [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 7, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/rayonjaune.jpg" alt="Le Rayon Jaune" align="left" /></p>
<p>Aussi silencieusement que possible, je me levai de la cuvette, retenant la lunette pour éviter qu&#8217;elle ne claquât et ne révélât se faisant ma présence. Mon voisin continuait de vider sa vessie dans un bruit sinistre pourtant familier qui, dans la situation, me glaçait le sang. Je tentai de m&#8217;asseoir parterre dans le petit espace exigu. Et de m&#8217;allonger. Simulant un malaise. Détendant mes jambes, les os engourdis de mon genou et de ma cheville émirent un petit craquement. <em>Clac !</em> Je m&#8217;immobilisai.</p>
<p>&#8220;Merde, il a entendu, je suis repéré, merde, putain, je suis repéré, il va venir, putain, vite, poser ta tête parterre, simuler un malaise&#8230;&#8221;</p>
<p>J&#8217;attendis encore. Mon voisin tira la chasse. Quelques secondes plus tard, j&#8217;entendis le lavabo. Il se lavait les mains. Il n&#8217;avait pas entendu. Un autre bruit de porte puis le silence. Il était sorti. Putain, j&#8217;avais le cul bordé de nouilles, oui, le cul bordé de nouilles. Je soupirai presque de soulagement quand la porte s&#8217;ouvrit à nouveau. Je m&#8217;immobilisai encore une fois, crispé de peur. J&#8217;entendis une voix. Puis une seconde. Quelque chose qui ressemblait à de l&#8217;allemand, je ne compris pas ce qui se disait. Un autre bruit de porte, la même que précédemment - la cabine adjacente à la mienne. Et là, la poignée de ma cabine s&#8217;actionna. J&#8217;étais figé sur place.</p>
<p>&#8220;Putain, on va me découvrir, on va me découvrir, ils vont enfoncer la porte quand ils vont voir qu&#8217;elle est fermée, je vais être découvert. Putain de putain&#8230;&#8221;</p>
<p>La poignée s&#8217;immobilisa. Une autre porte s&#8217;ouvrit, à côté de ma cabine, de l&#8217;autre côté de la précédente. Un bruit d&#8217;urine déversée dans la cuvette. Et un second, de l&#8217;autre côté. Comme un concert en stéréo, je découvris que deux hommes urinaient chacun dans leurs cuvettes respectives, de part et d&#8217;autre de ma cabine, dans deux débits réguliers ponctués de petits à-coups. Ils finirent par tirer leurs chasses, dans un arpège salvateur presque simultané. Déluge de chasses d&#8217;eau eu <em>la mineur</em>. Les deux portes s&#8217;ouvrirent, ils échangèrent quelques mots dans leur langue - peut-être pas de l&#8217;allemand mais du hollandais, tout compte fait - et deux robinets furent actionnés.</p>
<p>Délicatement, je saisis mon téléphone portable et regardai l&#8217;heure. 2h20 du matin. Si j&#8217;en croyais le décalage originel - il indiquait 17h30 la veille alors qu&#8217;il était en réalité 1h30 -  il devait être quelque chose comme&#8230; je calculai mentalement&#8230; aux alentours de 10h20 !</p>
<p>Des visiteurs ! Mes voisins de toilettes étaient sans doute des visiteurs ! Oui, ça y était ! Mon supplice allait prendre fin ! Le musée venait d&#8217;ouvrir ! J&#8217;attendis encore quelques minutes, la porte des toilettes s&#8217;ouvrit à nouveau. Une nouvelle porte de cabine, un nouveau bruit d&#8217;urine déversée dans la cuvette. Je voulais sortir mais j&#8217;avais peur.</p>
<p>&#8220;Et si ce n&#8217;était pas des visiteurs, finalement ? Et si, exceptionnellement, le musée était fermé aux visiteurs ? Et si c&#8217;était des responsables quelconques ? Une délégation de&#8230; de quoi, d&#8217;ailleurs ? &#8230; de spécialistes d&#8217;art européens, voilà ? En direct de Berlin ou d&#8217;Amsterdam ? Et je me retrouverais bien con, soudainement&#8230;&#8221;</p>
<p>Au terme de longues minutes, dans un silence retrouvé, je pris mon courage à deux mains et décidai d&#8217;ouvrir la porte de ma cabine. Très légèrement, d&#8217;abord, pour voir s&#8217;il n&#8217;y avait personne. C&#8217;était bien le cas. Puis, je me hissai doucement jusqu&#8217;à la porte des toilettes, planté devant elle. J&#8217;hésitai. Et finis par m&#8217;engager.</p>
<p>Je me retrouvai dans la cage d&#8217;escalier, surpris par un brouhaha diffus. Je tombai nez-à-nez avec un couple d&#8217;adolescents montant jusqu&#8217;à l&#8217;étage, ils me lancèrent un regard méprisant. D&#8217;où je me trouvai, je voyais des gens s&#8217;agiter à l&#8217;étage supérieur. D&#8217;autres à l&#8217;étage inférieur.</p>
<p>Je jubilais. J&#8217;étais le meilleur. C&#8217;était trop incroyable pour être vrai. J&#8217;avais vaincu. J&#8217;avais vaincu la nuit du musée. Vite, il fallait que je sorte. Le plus vite possible. Je devais sortir de ce musée maudit. Prendre l&#8217;air décontracté, surtout. Oui, comme si de rien n&#8217;était. Ne regarder personne, non, personne, et faire comme si j&#8217;étais là comme un visiteur et que j&#8217;avais bien apprécié les collections. Faire semblant de jeter un œil aux tableaux et aux sculptures, aussi. Oh, le joli tableau, oh la jolie sculpture. Oui, voilà, mais ne pas être trop précipité non plus.</p>
<p>Je me retrouvai à l&#8217;étage inférieur, au milieu d&#8217;autres visiteurs. Je jetai un œil à une exposition temporaire indéfinissable d&#8217;un artiste inconnu, qui ne m&#8217;intéressait pas le moins du monde, ne pouvant m&#8217;empêcher de regarder du coin de l&#8217;œil les gardiens du musée et les escaliers me ramenant au rez-de-chaussée et, de là, vers l&#8217;extérieur. L&#8217;air de pas y toucher, surtout, l&#8217;air de pas y toucher. &#8220;Dans un instant, je m&#8217;engouffrerai dans ces escaliers et je me retrouverai au dehors, libéré&#8221;.</p>
<p>Soudain, mon regard fut attiré par un homme juché sur une échelle. Il s&#8217;affairait sur ce qui semblait être une caméra de surveillance, immédiatement à la sortie des escaliers que je venais de descendre. Au bas de l&#8217;échelle, un autre personnage semblable, un badge sur la poitrine, discutait avec un gardien de musée en uniforme noir.</p>
<p>Des techniciens s&#8217;affairant sur des dispositifs de surveillance ? M&#8217;avait-on repéré ? Y avait-il quelque chose qui clochait ?</p>
<p>Je saisis un bout de phrase de leur discussion, c&#8217;était le gardien qui parlait : &#8220;&#8230;pour l&#8217;incident de cette nuit&#8230;&#8221;.</p>
<p>Je me figeai sur place alors que mon cœur se mit à bondir hors de ma poitrine. J&#8217;avais envie de prendre mes jambes à mon cou et de m&#8217;enfuir le plus vite possible. Pourtant, piqué d&#8217;une dangereuse curiosité, je fis tout l&#8217;inverse. Je me mis à fuir à l&#8217;envers. Je me rapprochai donc en me dissimulant derrière un panneau d&#8217;exposition qui trônait dans un coin de la salle et tentai d&#8217;écouter un brin la conversation. Je devais savoir si j&#8217;avais été repéré, d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre. Je devais être fixé :</p>
<p>- Oui, c&#8217;est ça, totalement brouillées comme de la friture, on ne voyait rien du tout, dit le gardien.</p>
<p>- L&#8217;équipe est déjà intervenue hier soir. Vous êtes sûr que ça ne vient pas de vos moniteurs ? interrogea le technicien.</p>
<p>- Ah ben j&#8217;en sais rien, répondit le gardien. Ce que je sais c&#8217;est qu&#8217;un peu avant la fermeture au public, hier soir, aux alentours de 17h30, on a la moitié des caméras de l&#8217;étage au-dessus qui sont tombées en rade. Oh, ça a bien duré 5 minutes. Je suis allé vérifier avec d&#8217;autres gars, on a fait une ronde, mais il n&#8217;y avait rien de spécial. Et puis les gars des moniteurs nous ont dit que ça remarchait, même s&#8217;il y avait encore des parasites à l&#8217;image. Alors on vous a appelé.</p>
<p>- Oui, on a vérifié et il n&#8217;y avait rien sur les potentiomètres.</p>
<p>- La brigade de nuit nous a prévenus ce matin que ça avait refait le même coup aux alentours d&#8217;1h45 du matin, mais pas tout à fait sur les mêmes caméras. Une partie de celles à l&#8217;étage et les deux qui sont orientées à la sortie des escaliers, à l&#8217;étage au-dessus et à cet étage-ci, en fait. Et ça a duré quelques minutes aussi.</p>
<p>- Il doit y avoir un problème de surtension quelque part, dans le circuit vidéo. Ou un autre équipement qui fait parasite. Un dispositif d&#8217;alarme, peut-être. On va vérifier ça.</p>
<p>Je n&#8217;étais donc pas repéré. Voilà qui était tout de même étrange. Des perturbations sortant de l&#8217;ordinaire ? Qu&#8217;avait-il bien pu se passer ?</p>
<p>Je m&#8217;éclipsai doucement d&#8217;où j&#8217;étais, l&#8217;air de rien, pour rejoindre la cage d&#8217;escalier opposée à la première et qui me ramenait au rez-de-chaussée. Quelques minutes plus tard, je me retrouvai au dehors. Excité, jubilant, poussant un cri de soulagement dans la rue, j&#8217;appelai ma copine Sylvia au téléphone pour lui raconter toute l&#8217;histoire.</p>
<p>* * *</p>
<p>Sylvia exhala un long filet de fumée blanche. C&#8217;était ses cigarettes qui faisaient ça. Des Vogue, longues et fines, parfumées à la menthe. Assis sur un coussin devant sa table basse, j&#8217;allumai ma propre clope fraîchement roulée avec mon briquet.</p>
<p>- Ecoute, Arnaud&#8230; commença-t-elle. Ce n&#8217;est pas que je ne te crois pas, hein, soyons bien d&#8217;accord. Mais c&#8217;est un peu&#8230; comment dire&#8230;</p>
<p>- Je te jure que c&#8217;est ce qui s&#8217;est passé. Je me suis retrouvé debout, la lampe à huile dans les mains, au milieu des toilettes du musée, près de 8 heures plus tard.</p>
<p>- Oui, oui, j&#8217;ai bien compris. Je dis simplement que ce que tu as vécu n&#8217;est pas nécessairement un truc surnaturel, tu comprends ?</p>
<p>- Je ne vois pas comment expliquer ça autrement, franchement ?</p>
<p>- Mouais. Tu sais, quand ma sœur a été internée en H.P., elle aussi elle disait ça&#8230;</p>
<p>C&#8217;était donc ça qu&#8217;elle avait derrière la tête. H.P. comme Hôpital Psychiatrique.</p>
<p>- Tu crois que&#8230; je suis cinglé, c&#8217;est ça ?</p>
<p>- Pas cinglé, Arnaud, non. Je n&#8217;aime pas ce mot-là. Mais comment dire&#8230;</p>
<p>Je capitulai, un peu agacé :</p>
<p>- Vas-y et ne tourne pas autour du pot. Dis-moi le fond de ta pensée&#8230;</p>
<p>Elle hésita et poursuivit :</p>
<p>- Honnêtement ? Ce que tu me décris, c&#8217;est une crise d&#8217;hallucinations&#8230; Cliniquement, cela relève de la psychose. Je ne suis pas psy, hein, mais vraiment, Arnaud, ça me fait penser à ma sœur. Elle entendait des voix et elle discutait avec des anges&#8230; Et tu sais comment ça s&#8217;est terminé ?</p>
<p>- Non&#8230;</p>
<p>- On l&#8217;a internée en plein milieu d&#8217;un repas de famille. Parce que l&#8217;un de ses anges lui avait ordonné de prendre le verre qu&#8217;elle avait devant elle et de se l&#8217;exploser sur le visage.</p>
<p>Je sentis un malaise me retourner l&#8217;estomac tout en restant silencieux. Etais-je en train de perdre la tête ? Est-ce que ces visions n&#8217;étaient que des hallucinations ? Les premiers signes avant-coureurs de tout autre chose ? Objectivement, il m&#8217;était impossible ne pas accorder de crédit à ce que Sylvia soulignait. Mais c&#8217;était tellement difficile à croire&#8230; Elle enfonça le clou :</p>
<p>- Ne t&#8217;inquiète pas, de toute façon : je suis là, tes parents sont là, tu es entouré par des gens qui peuvent t&#8217;aider. Cela se traite très bien, de nos jours. Ils te donnent quelques médicaments, rien de très contraignant, éventuellement tu fais une petite thérapie pour déterminer quels sont les nœuds dans ton inconscient qui ont entraîné ces délires, et cela finit par cesser. Ma sœur va très bien, maintenant : elle a repris une vie normale, elle a rencontré quelqu&#8217;un et elle envisage même d&#8217;avoir un bébé&#8230;</p>
<p>- Sylvia, je ne dis pas&#8230; Mais quand même, les caméras ? Et le carnet de mon arrière-grand-père, je ne l&#8217;ai pas inventé, quand même ! Et la lampe à huile ?</p>
<p>- Les caméras du musée ? Une coïncidence. Tu sais, quand on veut croire à quelque chose, on s&#8217;attarde sur tous les détails qui entrent en concordance avec sa croyance et on écarte tous les milliers d&#8217;autres qui ne correspondent pas. Les signes, les présages, les coïncidences : rien d&#8217;extraordinaire dans l&#8217;univers des paranoïaques&#8230;</p>
<p>- Hé, ho, je ne suis pas paranoïaque, hein ! Tu vas un peu loin, là, non ?</p>
<p>- Crois-tu ? Qui est-ce qui s&#8217;est fait enfermer dans les toilettes d&#8217;un musée pour y passer une nuit entière à se ronger les sangs ? Si tu veux mon avis, c&#8217;est pas anodin, Arnaud. Même chose pour le truc de ton arrière-grand-père : je ne dis pas que toute l&#8217;histoire est inventée, soyons clairs. Seulement, tous ces trucs avec cette secte de spiritisme, la lampe à huile, tout ça a peut-être été l&#8217;occasion pour toi de te mettre en scène. De te rendre intéressant. De te sentir important, en fait.</p>
<p>- Non, je ne suis pas d&#8217;accord. Bon, c&#8217;est vrai que j&#8217;ai trouvé tout ça fascinant et amusant au début mais, là, ça ne me fait plus rire du tout. Attends, je m&#8217;en serais bien passé, moi, de tout ça&#8230;</p>
<p>- Ah, vraiment ? Ce n&#8217;est pas toi qui me disais, il y a quelques semaines, que ton existence n&#8217;avait aucun sens ? Que tu ne savais pas quoi faire de ta vie ? Que tu ne croyais en aucun avenir ? Que tu étais en dépression ? Et là, soudainement - oh, quel drôle de hasard ! - tu te retrouves précipité au milieu d&#8217;une histoire d&#8217;ésotérisme qui traverse l&#8217;Histoire, avec des conspirateurs et des machins magiques dignes d&#8217;un mauvais film fantastique ? Franchement, Arnaud, honnêtement ?</p>
<p><em>Touché. </em></p>
<p>- Je&#8230; je ne sais pas, non&#8230; Non, c&#8217;est faux, je&#8230;</p>
<p>Sylvia ne me connaissait que trop bien. Oui, l&#8217;histoire d&#8217;Edmond me fascinait. Oui, toutes ces choses m&#8217;excitaient. Oui, j&#8217;avais envie de connaître le fin mot de l&#8217;histoire, quoi qu&#8217;il m&#8217;en coûtât. Elle m&#8217;acheva :</p>
<p>- Et je parie que, de retour à Paris, tu vas aller au Musée Condé de Chantilly pour aller voir ce fameux manuscrit, je me trompe ?</p>
<p>- Non, je&#8230; enfin, je&#8230; oui, je pensais que&#8230; Je me suis dit que&#8230;</p>
<p>Je me retrouvai dos au mur. Et j&#8217;avais toujours détesté ça. J&#8217;explosai :</p>
<p>- Ah, mais merde, Sylvia, tu me fais chier avec ton jargon de psy ! Bien sûr que je vais y aller, à Chantilly ! J&#8217;en ai jamais entendu parler de ce manuscrit et là, hop, dans une vision, j&#8217;en apprends l&#8217;existence, et puis quoi ? Je découvre sur Internet qu&#8217;il existe bel et bien ! Bien sûr que je vais essayer de le consulter, ce manuscrit ! Ne serait-ce que pour comprendre tout ça !</p>
<p>- Et donner ainsi du crédit à tes hallucinations&#8230; Arnaud&#8230; Tu sais que je t&#8217;aime comme un frère&#8230; J&#8217;ai vu ma propre sœur sombrer dans ses délires et se réveiller lorsqu&#8217;il était trop tard&#8230; Je ne veux pas revivre ça avec toi&#8230; J&#8217;ai le numéro de sa psy, si tu veux. Prends un rendez-vous et vois avec elle ; je t&#8217;assure, c&#8217;est quelqu&#8217;un de formidable&#8230;</p>
<p>- Ah la merde, à la fin ! J&#8217;aurais crû que tu m&#8217;aurais soutenu mais non ! Tu fais chier ! &#8230; J&#8217;irai la voir, ta psy à la con ! Pffff&#8230;</p>
<p>Et ce faisant, hors de moi, j&#8217;écrasai avec violence ma cigarette dans le cendrier. Victorieuse, elle se leva, prit son calepin dans son sac-à-main, nota un nom et un numéro de téléphone sur un post-it et me le tendit. Je le saisis d&#8217;un geste bref et sec et l&#8217;engouffrai dans ma poche.</p>
<p>* * *</p>
<p>J&#8217;avais méticuleusement préparé mes affaires pour prendre le train qui me ramènerait à Paris. La nuit avait été de bon conseil. Sylvia m&#8217;avait rappelé sur mon téléphone portable et avait insisté pour que j&#8217;aille voir cette fameuse psy. Je l&#8217;avais envoyée bouler mais notre discussion avait fait son chemin. Oui, cette histoire bizarre dans le musée n&#8217;était pas claire du tout. Oui, c&#8217;était vrai que tout ceci était particulièrement dérangeant. Oui, une vision pareille ressemblait plus à une hallucination qu&#8217;à autre chose.</p>
<p>Il était hors de question que j&#8217;aille voir une psy : j&#8217;y avais échappé jusque là et ce n&#8217;était pas demain la veille que j&#8217;allais me rendre chez de tels personnages. Ceci dit, j&#8217;avais été interpellé par ce qu&#8217;avait dit Sylvia. La vision - ou l&#8217;hallucination ? - au MAMAC, suivie d&#8217;une nuit traumatisante dans les toilettes du musée, m&#8217;avait complètement retourné. Et je consentais à accepter l&#8217;idée que me rendre au musée Condé de Chantilly consistait à donner du crédit à ce qui pouvait être une hallucination. Il faut dire que le manuscrit que l&#8217;unijambiste avait mentionné ne m&#8217;était pas inconnu, en réalité. Je crus dans un premier temps en apprendre l&#8217;existence lors de la vision mais cela était faux. Cela m&#8217;était revenu entre temps : à la réflexion, j&#8217;en avais entendu parler dans un journal télé un an plus tôt, lorsqu&#8217;il avait exposé au public, courant 2005. Je me souvenais du bleu profond maculé d&#8217;or qu&#8217;il exposait à l&#8217;attention des visiteurs. Ce n&#8217;était donc pas anodin. Comme une remontée de mon inconscient. Je ne connaissais rien aux manuscrits du Moyen-Âge. Et, comme par hasard, c&#8217;était le seul dont j&#8217;avais un jour entendu parler qui devenait soudain une information centrale dans mon enquête sur le passé de mon arrière-grand-père. C&#8217;était un peu gros. Et tout cela m&#8217;effrayait encore.</p>
<p>J&#8217;étais de nature plutôt rationnelle et il fallait absolument que je dépassionne tout cela. C&#8217;est pourquoi j&#8217;avais décidé de ne pas me rendre au musée tant que je n&#8217;avais pas exploré les autres pistes qui s&#8217;offraient à moi. Celles dont je ne pouvais douter. Il faut dire qu&#8217;à ce moment là de mon investigation, il me restait bien d&#8217;autres pistes à explorer. Et bien sûr de nombreuses interrogations.</p>
<p>Malgré l&#8217;incident du musée, j&#8217;étais en effet bien décidé à continuer mon enquête sur le passé tumultueux d&#8217;Edmond. Il y avait une différence entre reconnaître la fiabilité de l&#8217;information qui m&#8217;avait été donné par le fantôme insaisissable d&#8217;un vieil arabe unijambiste et les éléments tangibles que je possédais sur le passé de mon arrière-grand-père. Le carnet d&#8217;Edmond, la fiche du 666 glissée dans la couverture de l&#8217; &#8220;Histoire de Trois Potiers Célèbres&#8221;, la lampe à huile que j&#8217;avais trouvée dans le grenier, celle - jumelle - que j&#8217;avais pu observer au musée municipal de Vichy, et le témoignage de ma grand-mère : tout cela relevait du tangible. Tout cela, je ne l&#8217;avais pas inventé. C&#8217;était donc là-dessus que je devais me concentrer.</p>
<p>Je tentai donc de me convaincre que cette vision / hallucination obsédante n&#8217;avait rien de très réel, sorte de rêve éveillé impalpable que j&#8217;essayai tant bien que mal de refouler dans les méandres de l&#8217;oubli. Du moins, pour l&#8217;heure. Il serait toujours temps d&#8217;en vérifier véritablement la teneur si cela était nécessaire.</p>
<p>Je réfléchis à ce qui pouvait m&#8217;inspirer. Le carnet d&#8217;Edmond ne m&#8217;apprendrait a priori rien de plus. Il en était de même de la fiche du 666 bien énigmatique que j&#8217;avais trouvée dans la couverture de l&#8217;ouvrage biographique sur les trois potiers. Pour comprendre cette dernière, il me fallait peut-être en apprendre davantage sur ce qu&#8217;était le Cercle, incarnation moderne de feu la Lunar Society. Il restait donc pour l&#8217;heure deux pistes inexplorées : celle de la bienfaitrice propriétaire terrienne dont j&#8217;avais chargé ma grand-mère de retrouver le nom et l&#8217;adresse, et celle du frère d&#8217;Edmond dont je ne savais rien si ce n&#8217;était la présence d&#8217;une fille, Mathilde, encore vivante aujourd&#8217;hui et qui habitait à Paris.</p>
<p>A peine installé à ma place dans le TGV me ramenant à la capitale, je profitai donc du voyage pour appeler ma grand-mère avec mon téléphone portable. Après quelques banalités échangées (&#8221;<em>il fait pas beau, ici</em>&#8220;, &#8220;<em>quel temps, quel temps</em>&#8220;, &#8220;<em>j&#8217;me fais vieille</em>&#8221; et autres &#8220;<em>quand est-ce que tu reviens me voir</em>&#8220;), ma chère mamie consentit à me donner le nom de l&#8217;illustre bienfaitrice qui avait aidé la femme d&#8217;Edmond à la disparition de celui-ci. Et qui en avait par ailleurs fait l&#8217;éducation livresque : une certaine Marie-Claire Brunne. Quant à Mathilde, la cousine de ma grand-mère et fille du frère d&#8217;Edmond, j&#8217;obtins son numéro de téléphone parisien.</p>
<p>Je m&#8217;enquis de l&#8217;appeler dans les minutes qui suivirent mon premier coup de fil. Après un premier appel infructueux où j&#8217;entendis le bruit caractéristique d&#8217;un fax, je tombai sur un répondeur impersonnel (&#8221;<em>Vous êtes bien au numéro que vous avez demandé. Votre correspondant étant indisponible, vous pouvez laisser un message. Parlez après le bip sonore. </em>&#8220;) et laissai donc mon message, expliquant seulement faire des recherches d&#8217;ordre généalogiques sur ma famille.</p>
<p>Une dizaine de minutes plus tard, je finis par recevoir un coup de fil sur mon téléphone portable. Une voix de vieille dame âgée - distinguée cependant - m&#8217;interpella :</p>
<p>&#8220;- Allo, Arnaud ?</p>
<p>- Oui ?</p>
<p>- Mathilde à l&#8217;appareil.</p>
<p>- Oh, bonjour ! Vous avez eu mon message ?</p>
<p>- Je viens de l&#8217;écouter. Je suis prête à répondre à toutes vos questions.</p>
<p><em>Eh bien ? La vieille dame semblait tout à fait volontaire. </em></p>
<p>- C&#8217;est formidable, je vous remercie, répondis-je, un peu surpris.</p>
<p>- Vous êtes de retour à Paris ?</p>
<p>- Je suis dans le train, pour l&#8217;instant. J&#8217;arrive en début d&#8217;après-midi.</p>
<p>- Dans ce cas, que diriez-vous de nous voir cet après-midi ? proposa-t-elle.</p>
<p>- Oh ! Eh bien, j&#8217;ai peur d&#8217;être un peu fatigué à l&#8217;arrivée du train et&#8230;</p>
<p>Elle m&#8217;interrompit :</p>
<p>- Allons, allons, un jeune homme comme vous. Disons cet après-midi, voulez-vous ?</p>
<p>- Heu&#8230; bon, eh bien, d&#8217;accord&#8230; Je n&#8217;ai pas votre adresse, ceci dit&#8230; ?</p>
<p>- Que diriez-vous plutôt d&#8217;un salon de thé ? Je n&#8217;aime pas recevoir chez moi. J&#8217;en connais un qui se prêtera très bien à la discussion, nous serons tranquilles et pas dérangés.</p>
<p>- Ah ? Heu, alors, ma foi, dans ce cas&#8230;</p>
<p>- Parfait, alors c&#8217;est dit !&#8221;</p>
<p>Et elle me donna l&#8217;adresse du salon de thé que j&#8217;écrivis sur le coin d&#8217;un papier journal. La conversation avait été brève. La vieille dame semblait particulièrement bavarde et dynamique. Avec un peu de chance, elle serait prête à me révéler tout ce qui m&#8217;intéressait. J&#8217;avais bon espoir d&#8217;en apprendre plus sur le frère d&#8217;Edmond.</p>
<p>Mathilde, je ne l&#8217;avais jamais rencontrée. J&#8217;en avais appris l&#8217;existence quelques jours auparavant. Il faut dire que j&#8217;avais un rapport particulier avec ma famille, du côté auvergnat. Je n&#8217;en connaissais pas le dixième mais cela m&#8217;importait peu. La famille, moi, ça m&#8217;avait toujours gonflé. Les repas interminables, les banalités déconcertantes, les courbettes respectueuses pour des gens sans intérêt. Du côté corse, on m&#8217;appelait &#8220;le sauvage&#8221;. Parce que je n&#8217;appelais jamais pour les fêtes ou les anniversaires. Ou seulement quand j&#8217;avais besoin d&#8217;argent. J&#8217;appelais ça mon &#8221; contrat affectif &#8220;. Un coup de fil pour la nouvelle année équivalait à un chèque en retour par la poste. Un baiser et un sourire pour un anniversaire et c&#8217;était un billet glissé dans la poche par mon grand-père ou ma grand-mère. Mais du côté auvergnat, c&#8217;était différent. Il n&#8217;y avait pas ce contrat-là. Tout le monde dans la famille était un peu &#8220;le sauvage&#8221; à sa façon et c&#8217;était très bien ainsi.</p>
<p>Du coup, quand j&#8217;imaginais cette Mathilde que je m&#8217;apprêtais à rencontrer, je ne pouvais m&#8217;empêcher de penser à ma grand-mère auvergnate habillée avec des fringues de luxe. Je la voyais très bien avec un immonde sac Louis Vuiton sous le bras. C&#8217;est en tout cas ce que sa voix distinguée au téléphone me laissait penser. J&#8217;étais très loin d&#8217;imaginer comment ma rencontre allait se dérouler.</p>
<p>Comme à mon habitude, me rongeant les sangs de ne pouvoir fumer de cigarettes sur ce long voyage en TGV me ramenant à Paris, je m&#8217;étais assoupi d&#8217;un sommeil sans rêves. La voix du conducteur dans les enceintes crachotantes du train finit par me réveiller. Ça y était enfin : j&#8217;étais de retour dans la capitale.</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>04/x - Le Rayon Jaune</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 15:46:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Le Rayon Jaune]]></category>

		<category><![CDATA[ésotérisme]]></category>

		<category><![CDATA[fantastique]]></category>

		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>

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		<category><![CDATA[littéraire]]></category>

		<category><![CDATA[roman]]></category>

		<category><![CDATA[société secrète]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 6, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/>
- Attendez ! lançai-je en jetant ma main en avant et en refermant mes doigts sur l&#8217;air qui nous séparait. Attendez !
Le vieil homme unijambiste se faufilait avec aisance au travers de la salle d&#8217;exposition vers la cage d&#8217;escaliers. J&#8217;avais la ferme intention de ne pas le laisser s&#8217;en aller. La coïncidence de la rencontre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 6, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/rayonjaune.jpg" alt="Le Rayon Jaune" align="left" /></p>
<p>- Attendez ! lançai-je en jetant ma main en avant et en refermant mes doigts sur l&#8217;air qui nous séparait. Attendez !</p>
<p>Le vieil homme unijambiste se faufilait avec aisance au travers de la salle d&#8217;exposition vers la cage d&#8217;escaliers. J&#8217;avais la ferme intention de ne pas le laisser s&#8217;en aller. La coïncidence de la rencontre avec cet étrange personnage, semblable à la description qu&#8217;en faisait Edmond dans son journal intime au Caire, était sidérante. D&#8217;autant plus que les événements du Caire étaient supposés se dérouler en 1926. Soient 80 années auparavant.</p>
<p>Il commençait tout doucement à descendre les marches alors que je m&#8217;étais mis à courir pour le rejoindre.</p>
<p>- Mais attendez-moi, merde ! m&#8217;énervai-je. Qui êtes-vous&#8230; Dîtes m&#8217;en plus&#8230; !</p>
<p>J&#8217;arrivai en haut des marches. En contrebas, je pouvais voir le vieil homme sur le palier d&#8217;entre-deux étages, au beau milieu de la cage d&#8217;escalier. Il s&#8217;arrêta un instant, devant la porte des toilettes du Musée qui se trouvaient entre les deux étages. Puis, sans me lancer le moindre regard, il disparut de mon champ de vision en s&#8217;engageant vers les escaliers que je savais conduire au niveau inférieur. Je descendis les marches quatre à quatre.</p>
<p>Surprise. Parvenu sur le palier de l&#8217;entre-deux et voyant, dos aux toilettes, l&#8217;étage inférieur se profiler en bas des escaliers, je constatai brutalement que le vieil homme s&#8217;était tout bonnement volatilisé. Il avait disparu au beau milieu de la cage d&#8217;escalier. C&#8217;est alors qu&#8217;une voix caverneuse, semblable à celle du vieillard unijambiste, retentit derrière moi :</p>
<p>- Méfie-toi de mon frère, il t&#8217;induira en erreur.</p>
<p>Je me retournai. Devant moi, un spectacle surréaliste s&#8217;offrit à mes yeux. Sur ce palier d&#8217;entre-deux étages, la porte des toilettes publiques n&#8217;était plus. A sa place, c&#8217;était l&#8217;entrée d&#8217;une large grotte qui s&#8217;y trouvait. De trois mètres de large sur quatre de haut, une grotte noire et sombre dont on ne pouvait évaluer la profondeur se trouvait devant moi. Creusée dans le mur dont le pourtour était soudainement fait de roches brutes et saillantes, grises et couvertes d&#8217;un léger givre, comme à flanc de montagne. Issu d&#8217;une mauvaise série B, un vent mystérieux - que je ne ressentais pas sur ma peau - semblait jouer avec ses parois profondes dans un sifflement grave et creux. J&#8217;étais donc au Musée d&#8217;Art Moderne et d&#8217;Art Contemporain de Nice, dans la grande cage d&#8217;escalier qui menait à l&#8217;étage inférieur, devant ce qui avait été jadis une porte de toilettes publiques, et, à sa place, une grotte de montagne était sculptée dans le mur du palier de l&#8217;entre-deux. Mais bien sûr&#8230; Et la marmotte, elle met le chocolat&#8230;</p>
<p>Me retrouvant bouche bée devant cette caverne béante, je ne pus m&#8217;empêcher de me raccrocher à ma rationalité. Etais-je en train de rêver ? J&#8217;eus à peine le temps de me poser la question.</p>
<p>Soudain, je ressentis une vive brûlure à la main qui me sortit de ma léthargie. Une chose brûlante m&#8217;échappa des mains. Un bruit de choc métallique retentit sur le sol. J&#8217;étais dans une obscurité complète et je venais de reprendre mes esprits.</p>
<p>* * *</p>
<p>Il existe trois formes de peurs. Harmonieusement disséminées dans la nature.</p>
<p>La première, peut-être la plus courante, est celle qui nous rapproche de la plupart des animaux. Celle de la proie qui ressent le danger partout autour d&#8217;elle. Celle qui l&#8217;incite à prendre ses pattes, ses nageoires ou ses ailes à son cou le plus vite possible, en hurlant de terreur, alertée par tous ses sens que sa vie est en danger. C&#8217;est la peur qui pousse la proie à décamper, celle qui réveille les instincts de la conservation à tout prix. La fuite.</p>
<p>La seconde, plus rare sans doute, est celle que ressentent la plupart de nos prédateurs dans le monde animal. Cette peur qu&#8217;ils ressentent parce qu&#8217;ils ont une chance de s&#8217;en sortir. D&#8217;user des capacités violentes dont la nature les a pourvus pour faire face à leurs ennemis. C&#8217;est la peur qui pousse au crime et au meurtre, celle qui réveille les instincts de la destruction, le prédateur apeuré qui tente de dominer ce qui l&#8217;effraie. Celle qui a fait imaginer chez les Scandinaves le mythe du berserk, ce guerrier animé de fureur insensible à la douleur, folie d&#8217;extermination guidée par la peur de l&#8217;autre. La rage.</p>
<p>Et puis reste la troisième et ultime forme, insondable. Incompréhensible. Illogique. Irrationnelle. Celle de l&#8217;ailleurs. Du désir d&#8217;être ailleurs. Du vide. De l&#8217;absence. Celle qui est répandue parmi quelques rares animaux et quelques insectes espérant passer inaperçus. Celle des tentatives infructueuses pleines de lâcheté. Celle de l&#8217;impuissance et de l&#8217;incapacité à réagir. Celle qui fait qu&#8217;on s&#8217;en tient là, qu&#8217;on ne veut pas être ici, qu&#8217;on y est, qu&#8217;on ne peut pas faire autrement mais qu&#8217;on y est pas vraiment. En pensée. La pensée prend la fuite. Alors, le corps s&#8217;enrage à rester immobile. C&#8217;est la peur qui pousse à l&#8217;inaction, à la passivité suprême, à la vulnérabilité absolue, folie la plus irrationnelle qui soit, qui se fonde sur l&#8217;espoir. L&#8217;espoir que tout se finisse bien. Comme par un enchantement. C&#8217;est la folie de la Foi. La catatonie.</p>
<p>L&#8217;obscurité m&#8217;entourait. Il y avait eu cette sensation de brûlure suivie de ce bruit métallique au sol. Avais-je lâché quelque chose ? Où étais-je ? Je savais que je ne rêvais plus ; j&#8217;en étais convaincu, malgré la sensation bien réelle de me trouver dans un lieu irréel. &#8220;Allez, bouge&#8221;, me dis-je. &#8220;Bouge de là !&#8221;. Mais je ne bougeais pas. Mon esprit et mon corps étaient déconnectés. Le premier regardait la scène de l&#8217;extérieur et ne voyait rien, le second vivait la scène et ne ressentait rien.</p>
<p>Des trois formes de peur, c&#8217;est la troisième que j&#8217;avais inconsciemment choisie. Celle qui me correspondait si bien, finalement, moi qui errais dans ma vie comme un médiocre spectateur indécis. Je ne savais pas ce que je faisais là. Je ne savais pas où je me trouvais. Je ne voyais rien, je n&#8217;entendais rien. Et j&#8217;étais paralysé. De peur. La catatonie.</p>
<p>Le temps de reprendre mes esprits, la première information qui me fit réagir fut une sorte de douleur. Lancinante. Aux mains. Je venais de me brûler. Avec quoi, je l&#8217;ignorais, mais je venais de me brûler les paumes des mains.</p>
<p>Puis, le goût me revint en mémoire. J&#8217;avais comme un goût métallique dans la bouche. Pas très agréable. Je me rendis compte qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un peu de sang : je m&#8217;étais mordu la langue.</p>
<p>Ensuite, ce fut l&#8217;odeur. Une sorte d&#8217;odeur forte de produits d&#8217;entretiens, mais légèrement parfumée. A la cannelle. Une odeur qui me rappelait quelque chose d&#8217;indéfinissable et qui m&#8217;était pourtant familière.</p>
<p>Après cela, le son parvint jusqu&#8217;à mes oreilles. Un petit bruit régulier, réglé comme un métronome, espacé de quelques secondes. Un bruit qui résonnait dans le lieu où je me trouvais. Comme des gouttes. Oui, c&#8217;étaient des gouttes d&#8217;eau qui tombaient doucement les unes à la suite des autres.</p>
<p>Et, enfin, magistrale, la vue me revint petit à petit. J&#8217;étais dans l&#8217;obscurité mais mes pupilles s&#8217;étaient suffisamment dilatées. Par un petit panneau &#8220;Sortie de secours&#8221; accroché au-dessus d&#8217;une porte, je pouvais enfin voir où je me trouvais. Et surtout que quelque chose de bizarre luisait sur le sol. Pas tout à fait fluorescent mais comme émanant une très légère lueur. Comme une lampe torche dont les batteries seraient sur le point d&#8217;être épuisées et qu&#8217;on aurait, en plus, pris le soin de recouvrir d&#8217;un tissu opaque.</p>
<p>Les toilettes. J&#8217;étais debout, les mains écartées, dos à la porte, dans les toilettes du musée. A ma gauche, les lavabos qui se reflétaient dans les miroirs muraux. A ma droite, les cabines fermées destinées aux esprits les plus prudes. Et parterre, devant moi, la chose qui luisait sur le sol n&#8217;était rien d&#8217;autre que la lampe à huile. Celle que j&#8217;avais trouvée dans le grenier de ma grand-mère. Celle de l&#8217;aleph. Elle luisait, doucement, presque imperceptiblement dans cette obscurité toute relative.</p>
<p>Je me penchai pour la saisir mais retirai la main vivement : elle était chaude. Pas bouillante mais chaude. Je secouai la tête pour moi-même, incrédule devant cette surprenante caractéristique. Je cherchai des yeux un interrupteur près de la porte et l&#8217;allumai. Je plissai les yeux, agressés un instant par les néons, puis, après avoir inspecté mes mains qui n&#8217;avaient aucune trace de brûlure et qui ne me faisaient d&#8217;ailleurs plus souffrir, je regardai autour de moi.</p>
<p>Les toilettes du musée d&#8217;art moderne. Mais bordel, qu&#8217;est-ce que je faisais là ? Et le vieil unijambiste disparu ? Et l&#8217;entrée de la grotte ? Une hallucination ? Oui, c&#8217;est ça, j&#8217;hallucinais complètement. <em>Tu deviens grave, Arnaud. Il faut que tu te fasses soigner. </em> Et la lampe qui luisait ? Ah ben non, elle ne luisait plus. Et elle était d&#8217;ailleurs froide comme à son habitude. Je la rangeai dans mon sac à dos. Un effet de l&#8217;esprit ? Le surmenage ? &#8230; Ou une expérience surnaturelle ? Je laissai échapper un petit soupir amusé, levant les yeux au plafond comme pour me moquer de mes propres hallucinations. Il fallait vraiment que j&#8217;aille consulter. J&#8217;étais à la fois inquiet de ce qui venait de m&#8217;arriver mais rassuré que tout ceci ne fut pas réel. Du moins, c&#8217;était ce que j&#8217;imaginais.</p>
<p>Il convenait d&#8217;appeler la copine avec qui j&#8217;étais venu au MAMAC, Sylvia. Il fallait que je lui raconte ce qui venait de m&#8217;arriver. C&#8217;était trop&#8230; indéfinissable. Elle devait sans doute en avoir fini avec son exposition temporaire. Je saisis mon téléphone portable et regardai l&#8217;heure machinalement : 17h45, le musée n&#8217;allait pas tarder à fermer.</p>
<p>- Coucou, Sylvia, c&#8217;est moi.</p>
<p>- Arnaud ! Ben alors, qu&#8217;est-ce qui t&#8217;est arrivé ?</p>
<p>- Un truc assez hallucinant, je te raconterai de vive voix tout à l&#8217;heure. Tu as fini de voir ton expo ?</p>
<p>Elle sembla hésiter un instant :</p>
<p>- Ben&#8230; Oui, oui, j&#8217;ai eu le temps&#8230; C&#8217;était pas mal du tout, d&#8217;ailleurs&#8230; Tu auras dû venir voir&#8230; Et toi, alors, Yves Klein ?</p>
<p>- Très intéressant. Oui, vraiment très intéressant. Bon, on se retrouve à l&#8217;entrée ?</p>
<p>- &#8230; A l&#8217;entrée de quoi ?</p>
<p>- Ben, à l&#8217;entrée du musée.</p>
<p>- Du musée ? Mais&#8230; tu n&#8217;es pas rentré chez toi ?</p>
<p>- Hein ? Ben non&#8230; ?</p>
<p>- Tu es encore à Nice, alors ? &#8230; Tu n&#8217;as plus de train pour rentrer, à cette heure-ci, j&#8217;imagine ?</p>
<p>J&#8217;avais un peu du mal à comprendre :</p>
<p>- A cette heure-ci ? Ben&#8230; Oui, j&#8217;ai des T.E.R., mais, &#8230; Attends, tu as quitté le musée ?</p>
<p>- &#8230; Evidemment ! Tu as vu l&#8217;heure ? Ils ferment à 18h00, je te rappelle ! Tu veux que je vienne te chercher en bagnole ?</p>
<p>- Heu&#8230; ben je ne sais pas, je pensais qu&#8217;on allait se retrouver à la fermeture&#8230;</p>
<p>- Oui, eh bien, je t&#8217;ai attendu à la fermeture, Arnaud. Et tu étais déjà parti. Je t&#8217;ai laissé trois messages sur le répondeur, tu ne les as pas écoutés ?</p>
<p>- Hein ? Ben non, je ne les ai pas écoutés&#8230; Mais attends&#8230; Comment ça, j&#8217;étais déjà parti ? Le musée n&#8217;est pas encore fermé, il ferme dans 10 minutes&#8230;</p>
<p>- Arnaud&#8230; Je ne sais pas ce que tu as fumé mais il est presque 2h00 du matin, là&#8230;</p>
<p><em>Mesdames et messieurs, bienvenue à bord du TGV. Attention à la fermeture des portières et attention au départ. </em></p>
<p>- Mais&#8230; mais, mais&#8230; Mais non, il n&#8217;est pas&#8230;</p>
<p>Le téléphone à l&#8217;oreille, j&#8217;ouvris la porte des toilettes. Les néons inondèrent l&#8217;entre-deux étages de leur pâle éclairage, dessinant au sol un triangle de lumière. Le musée dormait doucement dans une obscurité toute nocturne. Du dehors, à travers les lucarnes, la lueur argentée de la lune donnait aux lieux une ambiance fantomatique. Tant l&#8217;étage de l&#8217;exposition d&#8217;Yves Klein que celui qui lui était inférieur. Tout était silencieux. Dans le coin d&#8217;un étage, il me sembla apercevoir une petite diode rouge sombre clignoter. Une caméra ou une alarme, peut-être. Je me réfugiai vite fait dans les toilettes, affolé, regardant autour de moi, éteignant la lumière, me retrouvant à nouveau dans l&#8217;obscurité. J&#8217;étais dans la merde.</p>
<p>* * *</p>
<p>Je me mis à chuchoter.</p>
<p>- Merde. Merde, merde, merde. Putain, Sylvia, je ne suis pas dans la merde.</p>
<p>- Hein ? Qu&#8217;est-ce qui se passe, Arnaud ?</p>
<p>- Putain, je suis dans les toilettes de musée&#8230; Je ne sais pas comment c&#8217;est possible, je me suis endormi, j&#8217;en sais rien, mais je suis encore dans le musée, putain !</p>
<p>- Hein ?! Arrête&#8230; tu déconnes, là ?</p>
<p>- Je te jure que c&#8217;est vrai ! Putain, c&#8217;est pas possible&#8230;</p>
<p>Je regardai mon téléphone : 17h55. Quelque chose clochait. Clairement.</p>
<p>- Putain de merde, je fais quoi ? &#8230; Il doit y avoir des caméras de surveillance et des alarmes. Et des gardiens de nuit, aussi. Ils doivent être armés. Ils vont me prendre pour un voleur, putain ! Je fais quoi, merde, je fais quoi ?!</p>
<p>Elle resta silencieuse un instant et reprit :</p>
<p>- Arnaud, tu me racontes une connerie, là, c&#8217;est ça ?</p>
<p>- Sylvia, je te jure que c&#8217;est la vérité&#8230; Tu dois avoir une idée, hein, dis moi, je fais quoi, putain, je fais quoi ?!</p>
<p>- Dans quoi tu t&#8217;es mis, encore&#8230; <em>Un silence. </em> Bon, Arnaud, il faut que tu ailles voir les gardiens directement. Et puis tu leur expliques la situation. <em>Elle ajouta :</em> Et avant ça appelle les flics avec ton portable pour les prévenir. Je ne sais pas, ça montrera ta bonne foi&#8230; ?</p>
<p>- Putain&#8230; Comme si j&#8217;avais besoin de ça&#8230; Quelle merde&#8230; Bon, je te rappelle&#8230;</p>
<p>Et je raccrochai. Je me retrouvai dans l&#8217;obscurité silencieuse des toilettes du musée. Je commençai à paniquer, je sentis mon rythme cardiaque s&#8217;accélérer&#8230; Je me mis à calculer les différentes possibilités&#8230;</p>
<p>&#8220;Appeler les flics avant toute chose ? Non, ils vont croire à un canular, c&#8217;est certain. Mais ils se rendront compte que ça n&#8217;en était pas un quand je me rendrai auprès des gardiens du musée. Ou bien quand je vais pénétrer dans une des salles, il va sans doute y avoir une alarme. D&#8217;ailleurs, si ça se trouve, un gardien a vu la lumière venant des toilettes. Ou il m&#8217;a entendu parler avec Sylvia quand je parlais au téléphone. Et je vais me retrouver sur les vidéos de surveillance. Est-ce qu&#8217;il y en avait dans la cage d&#8217;escaliers, d&#8217;ailleurs, des caméras ? Et qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est passé ? Comment savoir ? Mon téléphone indique bientôt 18h00&#8230; Et il est en réalité 2h00 du matin&#8230; C&#8217;est dingue&#8230; Je regarde l&#8217;exposition d&#8217;Yves Klein et je me retrouve projeté <strong>8 heures plus tard</strong>, la lampe à huile à la main, après une rencontre surréaliste avec un arabe unijambiste. Et cette grotte. C&#8217;était quoi, cette grotte, putain ? Et la lampe à huile, elle luisait, je suis pas fou ? Qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est passé pendant ces 8 heures ? J&#8217;étais là, ou j&#8217;étais pas là ? Sans doute pas, sinon, on m&#8217;aurait déjà arrêté&#8230; Alors j&#8217;étais où ? Comment est-ce possible ? Non, ça n&#8217;existe pas, ce genre de trucs, ça n&#8217;existe pas ! Comment je vais expliquer ça aux flics, moi ? Ce que je fais là ? Oh ben, vous voyez, j&#8217;enquête sur les délires ésotériques de mon arrière-grand-père qui a volé cette lampe à huile au musée du Caire ; rien de bien anormal, en somme, étant donné que je me retrouve comme un voleur dans un musée près de 80 ans plus tard ; c&#8217;est un truc de famille, vous ne pouvez pas comprendre ; et sinon, vous, la vie, ça va ?&#8221;</p>
<p>Je me fis la réflexion que c&#8217;était terriblement injuste. Qu&#8217;il y avait des situations où des innocents avaient peut-être été arrêtés et incarcérés pour des crimes ou des méfaits qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas commis, précipités dans des aléas surnaturels comme je pouvais l&#8217;être sur l&#8217;instant. Et les scientifiques, alors ? Pourquoi ils n&#8217;étudiaient pas ce genre de phénomènes, merde ? Il devait bien y avoir des preuves quelque part, non ?! Ah mais oui, des preuves ! J&#8217;y songeai soudainement : les caméras de surveillance prouveraient mes dires ! Elles m&#8217;auraient sans doute vu descendre les escaliers, peut-être même pénétrer dans les toilettes et disparaître de la vision de tous pour mieux en ressortir 8 heures plus tard ! Il fallait que je rationalise tout ça&#8230;</p>
<p>&#8220;Disons que je ne me suis pas senti très bien. Que je suis allé aux toilettes, voilà. Et qu&#8217;après, c&#8217;est le black-out. Oui, voilà, le black-out. Je ne me souviens de rien, j&#8217;ai perdu connaissance. Et je me suis réveillé dans les toilettes, parterre. Non, je ne me suis pas cogné la tête, j&#8217;ai eu de la chance. Oui, j&#8217;aurais pu me faire très mal. Ma mère est diabétique. Oui, voilà, c&#8217;est peut-être un début de diabète chez moi. J&#8217;étais peut-être en hyperglycémie. Ah, merde, l&#8217;hyperglycémie, ça ne fait pas perdre conscience. C&#8217;est l&#8217;hypoglycémie qui le fait, quand on a trop surchargé sa dose d&#8217;insuline. Merde. Alors ça ne peut pas être un diabète que je découvre soudainement. Bon, ben, j&#8217;ai perdu conscience, voilà tout. Et je me suis réveillé dans les toilettes. Oui, voilà. D&#8217;un autre côté&#8230; les gardiens doivent sans doute contrôler les toilettes, avant la fermeture du musée. Ben oui, logiquement, ils ne vont pas permettre aux gens de s&#8217;enfermer dans le musée pour la nuit. Merde&#8230;&#8221;</p>
<p>Je me servis de mon téléphone portable comme une source d&#8217;éclairage et je regardai autour de moi. Les portes des différents cabinets étaient toutes closes. Et il n&#8217;y avait pas d&#8217;interstice sous les portes. Je m&#8217;engouffrai silencieusement dans l&#8217;une des cabines et refermai doucement la porte derrière moi. Je m&#8217;assis sur la cuvette.</p>
<p>&#8220;Peut-être qu&#8217;ils ne vérifient pas les cabinets, après tout. Et quand bien même, les caméras me discréditeront. Oui, elles montreront que je n&#8217;ai pas menti. Que j&#8217;étais bien dans les toilettes. De toute façon, il ne peut pas en être autrement : comment j&#8217;aurais pu me retrouver ici, sinon ? &#8230; Oui, à condition que j&#8217;ai bien disparu pendant 8 heures&#8230; Et si je n&#8217;avais pas disparu ? C&#8217;est surréaliste, cette histoire&#8230; C&#8217;est pas possible, non, je dois être en train de rêver&#8230; Putain, je fais quoi, merde, putain, je fais quoi&#8230; ?!! Ou alors, je ne bouge pas. Oui, voilà, je ne bouge pas. Je reste là, dans l&#8217;obscurité, et j&#8217;attends. La réouverture du musée. Oui, voilà. Il ouvre à 10h00, je crois. Putain, 8 heures à attendre et à ne rien faire. Dans les toilettes. Dans l&#8217;obscurité. Putain, c&#8217;est n&#8217;importe quoi. Je peux pas faire ça&#8230; D&#8217;un autre côté, je vais raconter quoi, aux flics ? Et s&#8217;ils me croient, ils vont faire quoi ? M&#8217;amener à l&#8217;hôpital ? Et si les médecins prouvent que je n&#8217;ai rien du tout ? Et il y aura un psy, comme dans la série <em>Urgences</em>, qui viendra faire un examen psychologique&#8230; Et ils vont me donner des neuroleptiques. Ils vont me prendre pour un cinglé. Putain, je suis pas dans la merde&#8230; Non, le mieux, c&#8217;est de rester là. Oui, voilà, de rester là. Et si jamais il y a un gardien qui vient, je ferai le mec inconscient. Oui, voilà. Et il essaiera de me réveiller. Et je jouerai le mec qui ne sait pas où il est. Oui, voilà, je ferai semblant de m&#8217;être évanoui. Que personne ne s&#8217;est rendu compte que j&#8217;étais là. Que j&#8217;ai passé la nuit dans les toilettes. Hum&#8230; Mais d&#8217;un autre côté ça sent le désinfectant, là. La femme de ménage a dû nettoyer les toilettes à la fermeture du musée. Pourquoi n&#8217;a-t-elle rien dit, si j&#8217;étais dans les toilettes ? Non, ce n&#8217;est pas crédible&#8230; Et ça ne m&#8217;explique toujours pas où j&#8217;étais pendant ces 8 heures d&#8217;inconscience, putain ! &#8230; Qu&#8217;est-ce que je dois faire&#8230;&#8221;</p>
<p>Les minutes passèrent. Puis les dizaines de minutes. Dans le silence. Dans cette obscurité angoissante. J&#8217;étais complètement paniqué. Parfois, je sortais mon téléphone portable pour prévenir la police, mais je le refermais aussitôt. D&#8217;autres fois, je me levais, me disais que j&#8217;allais sortir pour voir les gardiens, mais je me ravisais aussitôt, rattrapé par mes angoisses. Mais la plupart du temps, je restais là, assis. Sans rien faire. Je n&#8217;étais même pas fatigué. Je n&#8217;avais pas envie de dormir. Je restai sur le qui-vive. J&#8217;appréhendai l&#8217;instant où des gardiens de nuit viendraient faire une ronde éventuelle dans les toilettes. Pour vérifier qu&#8217;un Arsène Lupin ne s&#8217;était pas hissé par une quelconque bouche d&#8217;aération pour organiser quelque cambriolage de musée spectaculaire.</p>
<p>Seulement, les heures passant, temps irréel et indéfinissable, perdant tous mes repères, la fatigue finit par me prendre. La porte refermée, la tête en arrière, assis sur la cuvette, la nuque plaquée contre le mur froid en carrelage, les yeux bercés par l&#8217;obscurité, je m&#8217;assoupis. Je me réveillai quelques dizaines de minutes plus tard, inquiet qu&#8217;on ne me découvrit. Et le manège se répéta plusieurs fois de suite, m&#8217;assoupissant à chaque fois de fatigue et d&#8217;ennui ; me réveillant ensuite dans le noir comme si un monstre allait m&#8217;emporter brutalement en surgissant de nulle part.</p>
<p>Quand soudain, la porte des toilettes s&#8217;ouvrit. Les néons cliquetèrent avant de s&#8217;allumer. Je fus réveillé en sursaut. Je pris une bouffée d&#8217;air, retins ma respiration et attendis. Un autre bruit de porte. Dans la cabine immédiatement adjacente, quelqu&#8217;un se soulageait. Un gardien&#8230; Putain, c&#8217;était un gardien qui venait pisser&#8230; Et il allait contrôler les toilettes par la même occasion&#8230; Mon cœur se mit à battre de plus en plus vite&#8230; J&#8217;étais tétanisé par la peur.</p>
<p>&#8220;Merde, j&#8217;aurais dû me mettre parterre et jouer l&#8217;inconscient. Merde, quel con, putain, mais quel con. Qu&#8217;est-ce que je fais, putain, qu&#8217;est-ce que je fais ?!&#8221;</p>
<p>(<em>à suivre</em>)</p>
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		<title>03/x - Le Rayon Jaune</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Mar 2008 15:45:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Arnaud Seldon</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Le Rayon Jaune]]></category>

		<category><![CDATA[ésotérisme]]></category>

		<category><![CDATA[fantastique]]></category>

		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>

		<category><![CDATA[histoire]]></category>

		<category><![CDATA[littéraire]]></category>

		<category><![CDATA[roman]]></category>

		<category><![CDATA[société secrète]]></category>

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		<description><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 5, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/>
Ce fut après mon petit-déjeuner, alors que je feuilletais l&#8217;ouvrage sur les trois potiers célèbres, que je me posai une question. Si cette référence à la &#8221; rue des Trois Potiers &#8221; était une énigme, l&#8217;ouvrage en lui-même constituait peut-être une clef à part entière. Je réunis les informations que je possédais à son sujet. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<!-- isPostPurchased ,postID 5, userID 0, combination 1 --><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/uploads/icone-rayonjaune.jpg" width="35" height="36" alt="" title="Le Rayon Jaune" /><br/><p><img src="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/rayonjaune.jpg" alt="Le Rayon Jaune" align="left" /></p>
<p>Ce fut après mon petit-déjeuner, alors que je feuilletais l&#8217;ouvrage sur les trois potiers célèbres, que je me posai une question. Si cette référence à la &#8221; rue des Trois Potiers &#8221; était une énigme, l&#8217;ouvrage en lui-même constituait peut-être une clef à part entière. Je réunis les informations que je possédais à son sujet. Une rue, la rue des Trois Potiers, un numéro, 314, et trois personnalités de l&#8217;histoire de la poterie qui se caractérisaient pour avoir évolué dans la sphère de l&#8217;ésotérisme : tour à tour, deux alchimistes puis un des membres actifs de la Lunar Society.</p>
<p>Je pris mon plan de Vichy en jetant un œil à la liste des rues qui étaient référencées dans l&#8217;index : peut-être que l&#8217;une d&#8217;entre elles s&#8217;appelait Bernard Palissy, Josiah Wedgwood ou Frederic Böttger. Mais ce n&#8217;était pas le cas. La &#8221; rue Bernard &#8221; me mit cependant la puce à l&#8217;oreille. Surtout lorsque je me rendis compte qu&#8217;elle commençait à l&#8217;intersection de la &#8221; rue Frédéric II &#8220;. Et s&#8217;il n&#8217;existait pas de &#8221; rue Josiah &#8220;, c&#8217;est lorsque j&#8217;aperçus que les deux rues formaient un triangle avec &#8221; l&#8217;avenue Charles Darwin &#8221; que les coïncidences ne me semblèrent pas le fruit d&#8217;un simple hasard.</p>
<p>J&#8217;avoue sans honte que ceci me dépassait. Ces coïncidences étranges me semblaient trop grosses pour être vraies. Une correspondance presque grossière entre trois rues vichyssoises organisées en triangle et quelques détails de trois auteurs réunis dans un ouvrage poussiéreux posait quelques questions. Je me souvenais du &#8221; Pendule de Foucault &#8221; d&#8217;Umberto Eco, où les personnages principaux élaboraient à partir de rien une histoire de correspondances à travers l&#8217;Histoire qui semblait avoir une logique. Après une journée entière passée dans des livres et excité par mes propres fantasmes, je me dis que je reproduisais peut-être la même logique - voyant des symboles et des signes là où il n&#8217;y en avait aucun ; ou, du moins, ceux qu&#8217;il m&#8217;arrangeait de considérer. Au mieux, je me laissais happer par les traces laissées par mon Casaubon d&#8217;aïeul illuminé ; au pire, tout ceci n&#8217;était que des coïncidences qui me faisaient perdre mon temps et rien de plus.</p>
<p>Restait que ceci méritait tout de même une vérification. Car, en ces jours que je croyais être terriblement ennuyeux passés à Vichy chez ma grand-mère, j&#8217;avais trouvé de quoi m&#8217;occuper. Je décidai de vérifier mon hypothèse. D&#8217;autant plus que je devais repartir le lendemain pour passer un week-end à Nice avec ma mère avant de remonter sur Paris. Si je ne tentais pas une petite excursion sur le terrain vichyssois, je pouvais peut-être le regretter ultérieurement.</p>
<p>Muni de mon plan, je prétextai auprès de ma grand-mère et de ma mère vouloir aller au cinéma et pris le bus pour rejoindre le centre-ville. Je trouvai facilement l&#8217;avenue Charles Darwin et m&#8217;y engouffrai jusqu&#8217;à la rencontre de l&#8217;une des deux autres rues.</p>
<p>Il s&#8217;agissait d&#8217;un vieux quartier vichyssois non loin de la vieille gare SNCF. La zone couverte par le fameux triangle faisait environ 18 hectares : la partie de l&#8217;avenue Charles Darwin faisait 800 m et les deux autres segments de rue respectivement 500 m et  600 m environ. Je me rendis vite compte que trouver quoi que ce soit dans cette zone ne serait pas aisé. Plusieurs habitations, des squares, des magasins, un cinéma… Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! Je me posai donc sur un banc et ressortis ma carte. Il me fallait affiner mes critères de recherche.</p>
<p>Je me fis la remarque que si l&#8217;indication donnée par Edmond avait un sens, il devait y avoir un minimum de précision. Le numéro de l&#8217;adresse - le 314 - devant sans nul doute indiquer quelque chose. Première constatation : aucun des trois tronçons de rues (c&#8217;est-à-dire aucun des côtés du triangle) ne comportait un tel numéro. En revanche, 314 ressemblait au fameux 3,14, le nombre Pi, que j&#8217;avais déjà rencontré la veille sur la couverture du journal intime et dans le récit même d&#8217;Edmond. Nouvelle coïncidence ? Je décidai de tenter quelque chose.</p>
<p>A main levée, je dessinai deux cercles. Le premier englobait le triangle et passait par les trois sommets du triangle - c&#8217;est-à-dire par les trois intersections des rues. Le second cercle, quant à lui, était inscrit dans le triangle et était à peu près le plus gros cercle que je pouvais dessiner dont la ligne était tangente à chacun des trois côtés. Dans le premier cas, cela donnait une nouvelle zone à explorer, bien plus grande que celle dessinée par le triangle ; dans le second, cela la limitait au cœur du triangle mais elle restait tout de même conséquente.</p>
<p>L&#8217;idée n&#8217;était peut être pas complète. Je me dis que, si l&#8217;on cherchait la précision, l&#8217;unique point qu&#8217;indiquait un tel cercle sur une carte ne pouvait être que le centre. Vu la forme du triangle, je me retrouvais avec deux points, disposés à quelques dizaines de mètres l&#8217;un de l&#8217;autre. J&#8217;avisai ma carte plus précisément et regardai si une quelconque information pouvait m&#8217;éclairer. Les deux points se trouvaient précisément de part et d&#8217;autre d&#8217;une place précise, présente dans le triangle : la place Frantz Glénard. Dans l&#8217;incertitude et peu convaincu d&#8217;y trouver quoi que ce soit d&#8217;intéressant, je décidai tout de même de m&#8217;y rendre (<em><a href="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/vichy.jpg">voir la carte de Vichy</a></em>)</p>
<p>Il s&#8217;agissait d&#8217;une petite place ombragée qui s&#8217;ouvrait sur des maisons et des commerces. Il y avait quelques arbres - des platanes - plantés dans des carrés de gazon, des parterres de fleurs et quelques bancs. Un chemin de pavés lézardait les lieux de part en part. Je commençai à chercher quelque élément qui aurait pu me marquer l&#8217;esprit. Le chemin était plutôt grossier et ne semblait pas indiquer quoi que ce soit d&#8217;intéressant. Après avoir fait le tour de la place, je ne remarquai pas de quelconque plaque commémorative si ce n&#8217;était le nom de la place, Frantz Glénard, en l&#8217;honneur d&#8217;un médecin. Bredouille, je recherchai même sur les écorces des arbres si quelque signe cabalistique aurait pu être gravé par mon arrière-grand-père plus de 60 ans auparavant. En vain. Las et soupirant, je finis par m&#8217;asseoir sur un banc à nouveau, regardant autour de moi les commerces et les passants. Mon intuition était-elle seulement la bonne ? Le lieu était-il seulement celui que voulait indiquer Edmond ? Et d&#8217;ailleurs, Edmond voulait-il seulement indiquer un lieu ou passais-je complètement à côté du sens de l&#8217;énigme ? La question demeurait en suspens. Je décidai de m&#8217;atteler à la terrasse d&#8217;un café qui s&#8217;ouvrait sur la place. J&#8217;allais prendre un Coca et envisageais de retourner chez ma grand-mère pour lire le journal intime plus en détails.</p>
<p>Lorsque le barman, un monsieur de la cinquantaine, vint m&#8217;apporter ma boisson, j&#8217;eus tout de même une idée. Je l&#8217;interpellai :</p>
<p>- Excusez-moi… Vous pourrez peut-être me renseigner…</p>
<p>- Si je peux, je le ferai, monsieur.</p>
<p>- Bien. Voilà : je suis étudiant en histoire et je cherche des renseignements sur la place Frantz Glénard. Vous sauriez quelque chose d&#8217;intéressant, à propos de cette place ?</p>
<p>- Quelque chose d&#8217;intéressant ? C&#8217;est-à-dire ?</p>
<p>- Eh bien, je ne sais pas, justement ! lui répondis-je avec un sourire confus. Quand est-ce qu&#8217;elle a été inaugurée, s&#8217;il y avait un bâtiment ici avant sa création, s&#8217;il y a eu un événement particulier par le passé qui s&#8217;est déroulé ici…</p>
<p>- Alors là, j&#8217;en ai aucune idée, mon bon monsieur.</p>
<p>Il hésita un instant et repris.</p>
<p>- Elle a toujours été là depuis que je suis tout gosse et elle s&#8217;est toujours appelée comme ça. Faudrait peut-être demander à la mairie?</p>
<p>- Ah… fis-je d&#8217;un air déçu. C&#8217;est une bonne idée. J&#8217;irai fait un saut dans l&#8217;après-midi. Merci pour les renseignements.</p>
<p>Il embraya :</p>
<p>- Et alors, vous étudiez quoi, en histoire ?</p>
<p>Surtout, il convenait de ne pas griller le mensonge spontané et de rester vague :</p>
<p>- Heu, eh bien, j&#8217;étudie… l&#8217;histoire antique, en fait. Oui, voilà. Et je me demandais pour la place si… enfin, bref, je ne vais pas vous ennuyer avec ça.</p>
<p>- Ah, les romains et tout ça ? Eh bien, à ce que j&#8217;en sais, ils ont trouvé des trucs dans le quartier.</p>
<p>- Des trucs ? demandai-je, intéressé.</p>
<p>- Oui, des statues, des bijoux, des trucs dans le genre. Des trucs romains, je crois. D&#8217;ailleurs, maintenant qu&#8217;on en parle, je crois bien qu&#8217;ils ont trouvé une statue dans le coin.</p>
<p>- Une statue ?</p>
<p>- Ouaip. Quand ils ont fait les travaux d&#8217;aménagement des égouts, ils ont trouvé des vestiges, une belle statue et tout un tas de trucs. Je le sais parce que je suis allé au musée municipal avec ma femme et qu&#8217;elle m&#8217;avait fait remarquer qu&#8217;ils avaient trouvé tout ça sous la place Glénard, justement. La place de mon lieu de travail, en fait ! Peut-être que ça peut vous intéresser&#8230;</p>
<p>- Une statue sous la place exposée au musée municipal, vous dîtes ? Et il est où, ce musée ?</p>
<p>- Oh ben c&#8217;est pas compliqué. C&#8217;est rue du Maréchal Foch, dans le centre culturel.</p>
<p>- Eh bien, c&#8217;est peut-être ce que je recherche. Merci beaucoup pour le renseignement, Monsieur.</p>
<p>- Si je peux aider…</p>
<p>Une statue romaine avait donc été trouvée ici ? Ce n&#8217;était peut-être rien mais ça pouvait valoir le déplacement. Restait toujours l&#8217;incertitude de chercher dans la mauvaise direction. Il fallait un brin de folie - ou beaucoup d&#8217;ennui à vrai dire - pour s&#8217;engager dans une voie à la recherche de quelque chose sans savoir ni si la voie était pertinente, ni si le &#8221; quelque chose &#8221; existait vraiment. J&#8217;étais tout de même bien décidé à vérifier toutes les hypothèses, même les plus farfelues. Après avoir acheté un sandwich dans une buvette, je m&#8217;étais donc dirigé vers la rue Maréchal Foch pour rejoindre le musée municipal.</p>
<p>Le centre culturel faisait partie de ces nouveaux bâtiments construits par la ville dans les années 70. Il en possédait toutes les caractéristiques habituelles : architecture se voulant moderne et néanmoins has been, couleurs marquantes supposées originales et néanmoins criardes, organisation des lieux se voulant ergonomique et néanmoins bordélique. A l&#8217;intérieur, je n&#8217;eus toutefois pas trop de difficultés pour trouver le musée municipal. Le musée rénové au moment de la construction du centre culturel, les collections d&#8217;art qu&#8217;il comportait y avaient été déplacées à cette occasion. Deux collections principales pouvaient y être rencontrées : parmi des œuvres de Moreau, Picasso, Rodin ou Zadkine, une collection de peintures de Louis Neillot, dernier peintre fauve d&#8217;origine vichyssoise. Par ailleurs, la section archéologique présentait des vestiges romains et grecs trouvés dans les fondations de Vichy et des environs. A côté de cela, il restait les expositions temporaires - celle du moment était consacrée aux richesses régionales insoupçonnées du bassin de l&#8217;Allier et proposait des photographies de différentes époques montrant les effets, voire les méfaits, de l&#8217;aménagement du territoire au fil des décennies depuis le 19ème siècle.</p>
<p>Pour l&#8217;heure, cependant, ce n&#8217;était pas ce qui m&#8217;intéressait. Je m&#8217;étais dirigé vers la section des vestiges antiques et m&#8217;efforçai de trouver un gardien. Je tombai sur une gardienne de la trentaine, de petite taille, dans un petit tailleur un peu cheap, qui arborait des petites lunettes violet sombre transparentes du plus bel effet. J&#8217;espérais qu&#8217;elle serait en mesure de m&#8217;aider à trouver ce que je cherchais :</p>
<p>- Bonjour, mademoiselle. Vous pourrez peut-être me renseigner…</p>
<p>- Bonjour, monsieur. Je l&#8217;espère ! répondit-elle avec un grand sourire. Je me fis la remarque que les vichyssois étaient tout de même sacrément agréables et sympathiques, comparés aux populations d&#8217;autres villes que j&#8217;avais fréquentées.</p>
<p>- Je recherche un lot de découvertes de la période romaine - dont une certaine statue m&#8217;a-t-on dit - qui ont été trouvés dans les fondations du Vieux Vichy, sous la place Frantz Glénard. Je ne sais pas à quelle période les fouilles ont été entreprises, ceci dit - avant ou après guerre. Ça vous dit quelque chose ?</p>
<p>- Oui, bien sûr : vous voulez sans doute parler de la statuette du Bacchus.</p>
<p>- Le Bacchus ?</p>
<p>- Oui, une splendide statuette de 30 cm qui a été découverte sous la place Frantz Glénard dans l&#8217;entre-deux-guerres. C&#8217;est sans doute l&#8217;une des plus belles pièces de la section Antique du musée.</p>
<p>- Oh ! Et où peut-on l&#8217;admirer ? Elle est exposée ?</p>
<p>- Deuxième salle à gauche, une statuette en bronze dans la vitrine. Vous ne pourrez pas la manquer. Elle est entourée d&#8217;autres pièces trouvées au moment des fouilles, essentiellement des fibules et des poteries.</p>
<p>- Merci beaucoup !</p>
<p>Je me ruai donc devant la vitrine. Bacchus m&#8217;y attendait. Il s&#8217;agissait en effet d&#8217;une statuette d&#8217;une trentaine de centimètres de hauteur, entièrement en bronze. Le personnage divin portait une grappe de raisins et une coupe de vin entre ses mains. Bacchus était la représentation romaine de Dionysos, le dieu de l&#8217;ivresse, des plaisirs mais aussi d&#8217;une certaine forme d&#8217;initiation chez les Grecs. Il existait en effet, aux côtés des Ecoles des Mystères d&#8217;Eleusis - les principaux rites d&#8217;initiation grecs - certains temples d&#8217;initiation de teneur ésotérique au premier rang desquels les célébrations dionysiaques (de Dionysos) trouvaient leur place, et qui prendraient une forme éludée chez les Romains avec les Bacchanales (du Bacchus romain).</p>
<p>Je scrutai le moindre détail de la statuette, cherchant si une quelconque indication ou subtilité aurait pu être relevée par Edmond comme la source d&#8217;une nouvelle énigme. Seulement, après un bon quart d&#8217;heure d&#8217;étude attentive, rien n&#8217;émergeait dans mon esprit. La datation de la sculpture indiquait le 1er siècle après J.-C. - cela ne m&#8217;avançait guère.</p>
<p>Soudain, alors que je laissais errer mon regard aux alentours de la statuette, je trouvai enfin quelle était la chose que je recherchais. Elle était là, présente depuis le début ; seulement, trop occupé par la statuette, je ne lui avais pas prêté attention. Etrangement, au même instant où je l&#8217;aperçus, je me rendis compte que mes recherches de ces derniers jours tenaient toujours à la même subtilité : à chaque fois que je recherchais quelque chose de précis, la clef se situait au bon endroit mais pas sur le bon objet. C&#8217;était comme si chaque indication, chaque mystère, voire chaque énigme, indiqué par Edmond invitait à une prise de distance, une prise de perspective par rapport à l&#8217;objet de mon attention. Ainsi, les secrets se révélaient à moi par une sorte de &#8221; heureux hasard &#8221; venant compléter mes investigations.</p>
<p>Elle était là, présente depuis le début. A côté de la statuette, sur le rayonnage des poteries romaines. Semblable à celle que j&#8217;avais déjà vue la veille. La même couleur, la même matière, la même structure. Les mêmes motifs sommaires. Une lampe à huile. Une lampe à huile romaine. Seule différence, à la place de l&#8217;Aleph, on y trouvait un A majuscule, l&#8217;équivalent latin de la première lettre de l&#8217;alphabet hébreu. (<em><a href="http://www.lamoindreplume.net/wp-content/images/lampea.jpg">voir la lampe avec un A</a></em>).</p>
<p>J&#8217;avais donc raison depuis le début. Edmond savait cela. Edmond savait que la place repérée sur le plan à partir du cercle et des trois rues en triangle allait amener l&#8217;investigateur à trouver une statue d&#8217;un Bacchus romain qui, pourtant démuni de son sceptre initiateur dans un musée, l&#8217;amènerait à être initié au secret : la lampe à huile dérobée au Caire avait une sœur jumelle dans le monde romain.</p>
<p>Il y avait clairement un caractère excitant à découvrir ainsi d&#8217;étranges secrets conservés comme tels pendant plus de soixante ans. Restait à savoir quel était le but de tout cela. Tant les mystères qui reliaient deux lampes à huile de deux civilisations différentes que les raisons qui avaient poussé Edmond à élaborer un jeu de piste à travers le temps. Que voulait apprendre mon arrière-grand-père à celui qui mettrait le doigt sur son journal intime ? Que voulait-il signifier, quelles étaient ses intentions véritables ? Comment s&#8217;étaient déroulé les événements après sa disparition ? Qu&#8217;était devenu le Cercle après les années 30 ? S&#8217;il avait survécu à plus d&#8217;un siècle, peut-être existait-il encore aujourd&#8217;hui ? Et quel était donc le lien avec ce psychopathe d&#8217;Henri Désiré Landru et le meurtre de la première femme et de la fille d&#8217;Edmond ?</p>
<p>Toutes ces questions restaient pour l&#8217;heure sans réponse. Mais j&#8217;étais bien décidé à percer ces secrets. Si Edmond m&#8217;avait guidé jusque là par-delà la tombe, il devait bien y avoir un moyen d&#8217;aller plus loin. Peut-être qu&#8217;en lisant le journal intime dans son intégralité j&#8217;en apprendrais davantage.</p>
<p>Le soleil recommençait, comme chaque jour, à disparaître. La nuit se profilait à l&#8217;horizon et cela signifiait pour moi le retour nécessaire au bercail.</p>
<p>J&#8217;étais donc reparti le lendemain pour Nice après avoir passé la soirée à préparer