Quel étrange terme que ce godemichet, utilisé pour désigner l'objet bien incongru et bien plus répandu qu'on ne le croit dans les chaumières. Et depuis très longtemps : les objets à vocation sexuelle sont extrêmement anciens. Je me souviens d'un vagin artificiel à base de poils de chèvre dans un musée d'Istanbul, datant de la civilisation étrusque. J'imagine que la même chose devait très certainement exister pour ces dames et pour ces "messieurs sensibles", puisqu'on a retrouvé des phallus en pierre, en ivoire et autres matières qui ne devaient peut-être pas servir qu'à des cérémonies rituelles.
Mais le terme godemichet, lui, qu'en est-il et d'où vient-il ? Parfois écrit godemiché, j'avais pendant longtemps une explication toute personnelle de la chose.
Par une petite déformation du langage, le godemiché devait être le "dieu (God) niché", comprendre que le godemiché permettait d'atteindre le véritable orgasme, le 7ème Ciel, la niche où réside Dieu, (God) parce que, c'est bien connu, on n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Explication poétique et personnelle de la chose, il n'en est évidemment rien.
Des traces qu'on en a, le terme "godemichet" est précieux chez le fameux Goncourt (dans des écrits de 1862 et 1894). Pourtant, il est l'aboutissement d'autres orthographes. En remontant le temps, le "godemiche" de 1611, succéde au "godemichi" d'un Brantôme, en 1584, prenant suite au "godmicy" de Ronsard, en 1578.
Mais l'origine du terme ? Elle semble être double, deux étymologies possibles se faisant concurrence. La première, qu'on pourrait supposer la bonne, semblerait suffisamment éloquente pour chercher plus loin : l'impératif latin "gaude mihi" ("gauche michi" en latin médiéval), signifiant "Réjouis-toi". Mais il semble que cette étymologie ait eu une influence secondaire par étymologie populaire.
Les racines du "godemichet" semblent en effet remonter de plus loin et d'une autre source. Du catalan "godomacil" (1409) et à l'espagnol "gaudameci" (attesté depuis 1140) : le "cuir de Gadames" (en Tripolitaine), emprunté lui-même à l'arabe "gadamasî".
Deux subtilités viennent à l'esprit :
- la première, c'est que le godemichet devait sans doute être confectionné à une époque dans un cuir tanné des plus agréables au toucher ; autant dire que les adeptes du cuir n'ont donc rien inventé - comme quoi, les modes vont et reviennent, sous des formes similaires ;
- la seconde, venant compléter la première, c'est que la relation étroite entre les habits de cuir moulants et les godemichets dans certains lieux glauques parfumés d'essences masculines tient à une certaine logique. Regardons en effet la "gamache ", guêtre faite en étoffe ou en cuir qui enveloppait le pied et la jambe bien serrés jusqu'au genou, qui est en fait un emprunt avec haplologie (de même que l'anvien provençal "gamacha") du même espagnol guadameci, "cuir de Gadames". On se rend donc que le "godemichet" et la "gamache" ont donc la même origine étymologique. Reliés par ce "cuir de Gadames" bien éloquent. Imaginez donc toutes ces créatures munies de jambières ou de cuissardes de cuir moulantes, telles des gamaches des hommes d'antan, et néanmoins armées de "godemichets" prétentieux : voilà un style de fantasme vestimentaire fétichiste qui respecte scrupuleusement la logique étymologique !
De là à dire qu'une lesbienne habillée d'un gode-ceinture en cuir noir (de Gadames ?) est davantage gardienne des racines de notre belle langue française qu'un vieux croulant crispé de l'Académie Française, il n'y a finalement qu'un pas. Qui l'eût cru ? L'étymologie est une "science" merveilleuse...
(rédigé à partir des sources du Trésor de la Langue Française Informatisé : Godemichet, Gamache)