24 janvier 2004, premier billet écrit sur un blog, aujourd'hui fermé.

En guise de souvenir, pour fêter annuellement et anonymement une pseudo date d'anniversaire, je conserve ici la candeur de ces premières phrases.

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Et ce qui devait arriver arriva... Voilà, mon premier blog... Et mon premier message sur mon blog...

Que dire, que dire, que dire...

[Tiens, pourquoi ne pas essayer de réfléchir à ce que pourrait représenter le blog pour notre société ? Déformation professionnelle, mais je me lance... ]

C'est quand même fou, quand on y pense, cet engouement pour les blogs. Dans toutes nos sociétés occidentales démocratiques. France, Europe, Etats-Unis, Monde... Tant de choses et de pensées ainsi projetées sur la toile... Chacun se jetant sur ce nouveau principe pour devenir rédacteur d'un jour. Ici, Monsieur se jette corps et âme dans un pamphlet pour exprimer sa hargne et ses concepts les plus profonds sur notre société. Là, Madame trouve enfin un confident virtuel pour confier ses angoisses et sa tristesse. Bref, le blog ou comment être quelqu'un dans l'anonymat d'Internet.

C'est une sacrée révolution, cet engouement pour les blogs. Un superbe outil pour des études sociologiques. Pensez-donc : pouvoir prendre la température de l'opinion individuelle en temps réel sur le ressenti dans et face à la société.

A ce propos, et si on voyait le blog comme une révolution de la démocratie ? C'est vrai, quand on y pense, a priori, c'est incroyable, le blog. C'est la possibilité pour chaque individu d'exprimer son opinion de façon claire et sans filet. Certes, ces opinions ne vont pas influer nos politiques, mais tout de même. Lorsqu'on peut s'exprimer librement (et la L.E.N. de Madame Nicole Fontaine, pour ce que j'en ai lu, me fait penser que ceci pourrait être remis en question), c'est un atout considérable. Mais d'un autre côté, a posteriori, une question se pose : ça n'est finalement que la dimension "individualiste" de l'expression démocratique. Et cet individualisme là, ce besoin de s'exprimer, soi et sur son identité, ça ne serait pas, en même temps, le témoignage d'un certain malaise démocratique ?

Oh, je ne vais pas partir dans un grande théorie sur la question, je n'ai pas envie de faire de la philosophie politique de comptoir à 5h40 du matin (argh... si tôt...). Mais j'ai cependant envie de faire une petite citation à laquelle me fait penser le phénomène du blog. Elle vient d'un article de l'excellente revue "Raisons Politiques", n°1 :

"L'individu hypercontemporain, que décrit Marcel Gauchet, aspirant à être soi tout en échapppant à lui-même, tourné vers les autres pour ne pas affronter sa propre solitude, tout en les fuyant, semble surgi du cauchemar de Tocqueville. Premier individu à vivre en ignorant qu'il vit en société, ce serait un individu déconnecté, délié, ne se définissant plus par son inscription dans le collectif, soucieux seulement d'adhérence à soi, oubliant que la démocratie est le pouvoir qu'une société fondée sur l'autonomie aspire à exercer sur elle-même. En portant atteinte aux possibilités d'intersubjectivité et de discussion politique, sans lesquelles le monde commun se déshumanise progressivement, cet individu saperait en réalité ce qui lui permet d'exister comme sujet. Comme dans la vision de Tocqueville, on pourrait imaginer une foule innombrable de "monades schizophrènes" tournant sans repos sur elles-mêmes, privées du partage d'un monde commun, usant néanmoins de leur égal droit à la parole. Dans le vacarme étourdissant que produirait une assemblée de sourds bavards, chacun appellerait les autres tout en se méfiant d'eux. Tous seraient tendus vers une même exigence absolutisée : "Reconnaissez-moi !", à laquelle seul l'écho répondrait : "Moi, moi, moi !".

"Tous seraient tendus vers une même exigence absolutisée : "Reconnaissez-moi !", à laquelle seule l'écho répondrait : "Moi, moi, moi !"... Le blog, ça ne serait pas ça, finalement ?

Soucieux d'essayer de répondre à cette question, mais aussi très hypocrite en n'étant qu'un homme qui se dit que, lui aussi, il a envie de partager au monde entier ses pensées fugaces, je suis là, devant vous, mes amis, et j'écris.

Et si le blog parvenait pourtant à diffuser des idées, à partager autre chose ? Nous verrons bien. En attendant, je pense donc j'écris.

A bon entendeur ! :o)