Burn-out
Par Arnaud Seldon le dimanche 24 juillet 2011, 12:26 - L'ermite - Lien permanent
A 3 heures du matin, je m'étais réveillé, angoissé, en pensant aux urgences que j’aurais à gérer au boulot dans cette journée de vendredi.
Cela faisait deux semaines que je bossais comme un dingue, restant à plusieurs reprises jusqu'à 21h passées à mon bureau, consacrant le temps de transport à planifier mes journées du lendemain sur l’agenda amélioré de mon iPhone, hiérarchisant les urgences, priorisant les tâches, estimant les volumes horaires d’activité, organisant les plannings pour savoir à qui déléguer quoi en ces temps d’organisation de crise. Forcément : ils auraient dû être au complet tous les trois et se trouvaient être tous en arrêt maladie.
Mais, à dire vrai, en retirant le caractère de crise à l’organisation de mon service, je suis confronté à une suractivité au sein de mon poste qui dure depuis que j’ai été embauché en avril 2010, au sein du Cœur, le centre décisionnel et de pilotage de l’ensemble des divisions et des départements de la compagnie, présidé par le Super Chef. Le Cœur est un lieu fascinant parce qu’hyper stratégique mais la pression a tendance à s’accumuler sur les responsables de façon excessive.
J’ai fait l’analyse avec ma N+1 en début d’année parce qu’il me semblait que, définitivement, j’avais vraiment beaucoup de choses à gérer en même temps : manager d’une équipe difficile peu autonome et averse au travail, référent sur des documents juridiques sensibles qui proviennent de tous les départements de la compagnie et que le Cœur centralise, chef de projet sur le déploiement d’un logiciel colossal aux conséquences organisationnelles fortes, analyste pour l’activité de pilotage du Cœur. Artisan-analyste, devrais-je dire, car je suis obligé de produire certaines données avec un comptage à la main. Et puis, bien sûr, je joue le rôle de pompier pour toutes les urgences et situations de crise en rapport avec mon service. En ajoutant le fait d’être directeur de projet pour un projet secondaire voué à être construit sur les deux prochaines années et de construire les habituels tableaux de bord tellement à la mode pour le « reporting », nous sommes parvenus à une estimation de volume moyen hebdomadaire oscillant entre les 55 et les 60 heures de travail effectif (sans compter les pauses y compris pour déjeuner). Ce qui, au bout d’un an et demi, commence à faire beaucoup.
Ces deux semaines ont donc été la fameuse goutte d’eau qui fait déborder le vase et, ce vendredi matin à 3h00 du mat’, mon esprit mortifère a fini par dire : FUCK.
Un mail envoyé à 4h00 du matin à ma N+1 lui indiquant ne pas me sentir bien, de longs paragraphes pour lui indiquer les urgences à traiter dans la journée et les correspondants à contacter, et j’ai filé chez mon médecin à la première heure. Au terme d’un entretien d’une demi-heure avec cette dernière au cours duquel je sens bizarrement les larmes me monter aux yeux, et alors que je me suis rendu chez elle pour être arrêté pour ce seul vendredi, celle-ci m’annonce m’arrêter pour deux semaines :
- Pardon ?! Deux semaines ?! Mais je ne peux pas être arrêté si longtemps, ça n’est pas possible, j’ai tout à gérer au boulot, et le projet comment va-t-il avancer, ce n’est pas possible, surtout en ce moment où je fais face à une équipe qui manifeste visiblement des arrêts de complaisance…
- Je pense que vous n’avez pas tout à fait compris ce qui vous arrive, M. Seldon.
Et elle me tend mon arrêt maladie. Dans la case du motif médical, sobrement : « burn-out ».
Je me défends, rechigne, affirme qu’elle doit faire erreur, qu’un burn-out c’est quand on est bloqué sans plus pouvoir quoi faire, qu’on ne ressent plus rien, qu’on ne parvient plus à se concentrer, à agir.
Et elle de me rétorquer que c’est là la phase finale du burn-out, celle où il est trop tard pour agir, où la reconstruction prend des mois voire des années. Et que c’est ce qui me guette d’ici quelques semaines si je ne m’arrête pas sur le champ. Interdiction formelle de consulter mes mails à distance ; interdiction de penser, lire ou réfléchir au moindre aspect du boulot ; obligation thérapeutique de m’accorder un plaisir par jour (culturel, sportif, culinaire ou autre). Elle pense que deux semaines ne seront sans doute pas suffisantes mais que c’est déjà un bon début. Qu’il conviendra de revenir si, le jour de reprise, je ne me sens pas de rentrer et qu’elle me prolongera alors pour un mois.
Les deux semaines ont passé, la situation de crise est à peu près la même, j’ai repris le travail très difficilement mais j’ai refusé d’entrer dans une spirale infernale des arrêts longue durée. Je tente donc de me ménager en apprenant à être plus directif vis-à-vis de ma N+1 (« Je partirai désormais le soir aux alentours de 17h30 et tâcherai de ne pas dépasser cet horaire ; c’est thérapeutique. » ; « Non, ça n’est pas possible dans le temps imparti pour une personne aux horaires raisonnables : il va donc falloir recruter ou reporter la deadline », « Non, je ne ferai plus cela. Pourquoi ? Parce que je ne peux pas être au four et au moulin. »). J’essaie (mais j’ai cette fois-ci beaucoup de mal) d’être désagréable avec les gens au téléphone. C’est une recommandation explicite de mon médecin qui m’en a même fait une démonstration éloquente : être cassant et sec au téléphone, c’est s’assurer une vraie tranquillité uniquement troublée lorsque des urgences réelles se font jour. Cela m’est toutefois assez difficile à mettre en œuvre ; cela dit, j’initie une technique qui consiste à réclamer de recevoir un mail stipulant la demande: cela permet, en deux clics de souris, de déléguer la tâche à un subalterne.
Parviendrai-je à m’astreindre à respecter cette règle d’aménagement d’un temps pour mon job en m’imposant, comme me l’a conseillé mon médecin, de me fixer une heure de départ comme référence, quitte à laisser de côté ce que je suis en train de rédiger pour le lendemain ? Depuis trois semaines que je suis rentré, cela fonctionne à peu près ; reste que je suis tout de même très irritable. A voir si je parviendrai à retrouver le calme intérieur. Où se trouve donc la quiétude qui m’habitait il y a quelques années lorsque j’étais un universitaire sans le sou et sans boulot, certes, mais à l’esprit affuté qui adorait prendre tout son temps pour couper les cheveux en quatre ?
Commentaires
C'est le passage à la vraie vie d'adulte (j'ai failli écrire "vide" au lieu de "vie"). On n'a plus le temps de rien, nous ne sommes plus que des vaches à lait du monde professionnel (je n'ose dire "du capitalisme" ne sachant exactement ton domaine d'activité).
L'univers professionnel me semble en effet particulièrement agressif...
Content de te voir commenter alors que je mets ce blog à jour deux fois par an... Tu fais partie d'un des derniers rares blogs que je lis de temps en temps, lisant les billets que j'ai laissés en suspens depuis plusieurs mois et prenant quelques nouvelles amicales.
Je te comprends mais je comprends également ton médecin.
Dans la société qui m'emploie, je peux dire que nous sommes à peu près dans la même situation sauf qu'en plus de nous charger de travail chaque jour un peu plus, on nous met également des bâtons dans les roues (changement de logiciel à la mauvaise période, aucune phase de test, etc...). Bref que du bonheur ! Mais sommes-nous idiots ?? Non nous avons juste une conscience professionnelle qui nous dit qu'il faut finir notre travail, réussir à tenir les délais, être plus efficient, encore mieux organiser notre emploi du temps, etc...
Mais par contre, par rapport à toi (enfin c'est ce que je suppose), tu n'as pas eu de soucis de santé avant ce "burn-out". Moi mon corps s'est déjà révolté et m'a fait comprendre que me ruiner la santé pour un travail, aussi intéressant soit-il, ne valait pas la peine.
Mon bureau déborde un peu plus chaque jour, mes bannettes de rangement dégueulent de documents à traiter mais s'il faut passer par le pourrissement d'une situation qui l'est déjà pas mal, je ne vais pas aller contre. Surtout que cette méthode m'a été conseillée (car appliquée) par mon N+1 pour que le N+2 daigne réagir. Aujourd'hui j'attends de voir si ça va faire bouger les choses réellement (j'en doute fort). Mais je précise que je ne suis plus du tout, à l'heure actuelle, le seul à appliquer cette méthode.
Maintenant ton médecin a raison : travailler oui. Mais te ruiner la santé pour tenir des délais intenables, boucler à temps des dossiers inbouclables, gérer une équipe ingérable, etc... Non !
Une seul mot par contre : courage
!
Pour tous ces mots, dont vous venez de me faire présent par leur lecture, je vous envoie tout mon amour

Bien sincèrement à vous,
caroline
later on on. The local weather performs an extremely crucial part in selecting what kind of outfits 1 must just take together for that vacation . Some seashores get a great deal of sunshine and therefore, are perfect for sunbathing. As a result, 1 must pack proper clothing and lotions to stop the pores and skin from sunlight uses up even though experiencing the heat stunning rays with the sunshine http://www.ratdresses.org/beach-wed... http://www.ratdresses.org/flower-gi... . You'll find some seashores which possess a comparatively chilly environment http://www.ratdresses.org/muslim-we... http://www.ratdresses.org/bridesmad... , and also although they're not incredibly well-known from your tourism viewpoint, they're really worth going to. Individuals, who want to go to this kind of locations, really should pack heat fair clothing to resist the chilly winds and reduced temperatures though savoring their vacation http://www.ratdresses.org/wedding-d... . http://www.ratdresses.org A lot of people pay a visit to this kind of