Jour de deuil pour moi. A croire qu'il y a des périodes où tout va mal et que les situations dégénèrent de mal en pis. Alors que le dernier pilier de stabilité dans ma vie me semblait tenir le choc face à mon effondrement et conservait une note d'espoir pour mon avenir ("Lorsque tu auras trouvé un emploi stable, tu pourras envisager ce dont vous avez déjà parlé avec ton copain : emménager ensemble."), c'est en plein dans la figure que la décision unilatérale a été prise.

En clair : me voilà de nouveau largué. On prend les mêmes et on recommence.

Ce n'est pas qu'il ne m'appréciait plus ; c'est que son désir sexuel pour moi, me disait-il, avait disparu ces derniers mois. Les crises de libido existent, dans les couples ; simplement, celle-ci a dûré de son côté et il n'a pas souhaité la résoudre. Je ne peux pas lui en tenir rigueur : en quoi serait-il responsable si son attirance vis-à-vis de moi a changé ? Ou bien si son désir sexuel disparaît ?

Mais peu importe, je perçois ce caractère inéluctable, je courbe l'échine et je m'incline : je suis de nouveau largué.

Et les dieux dans le ciel étoilé que de se gausser devant tant d'errance : "L'opération destruction d'Arnaud a été lancée ; annihilons tout ce à quoi il appartient et apprenons-lui la dépossession. Biens, finances, avenir professionnel et histoire de coeur : détruisons tout et voyons s'il est capable de se relever. "

Lorsque Nietzsche, le "trop de fois cité" Nietzsche, disait "Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort", il n'envisageait peut-être pas que les ruptures et les crises dans la vie, qu'elles soient financières ou amoureuses, étaient en soi autant de petites morts ajoutées les unes aux autres. Alors, finalement, la phrase si connue qui prétend justifier la résistance perd toute sa saveur car nombreux sont ces "Tout" qui à défaut de nous rendre plus fort, doucement nous tuent.

Voici la souffrance, voici la langueur, voici la flamme qui lentement s'essouffle, vacille et puis s'éteint.

Mais là où Nietzsche percevait avec pertinence le monde, c'est dans cet éternel retour, obsession peut-être même, du recommencement. Et c'est ce qui m'agace le plus dans cette histoire qui, de nouveau, s'achève. Pas tant le fait de le perdre lui en tant que personne mais plutôt le goût amer de la vanité. Deux ans d'investissement dans une relation à laquelle on a crû et tout cela pour ça ? Tout cela pour en arriver exactement au même point qu'auparavant ? Vanité que tout cela ! Vanité, tout est vanité !

Pour l'heure, dégoûté encore une fois de cette nouvelle mort et de ce deuil forcé qui s'ajoute à un mal-être lancinant de plusieurs semaines, je me retrouve las.

Je crois que jamais dans ma vie un mot n'a aussi bien correspondu à mon état d'âme : lassitude. Je suis las de vivre. Je suis véritablement las de vivre. Je suis las de devoir préparer des concours pour prouver mes compétences à une administration insipide alors que j'ai un cursus prestigieux derrière moi qui devrait suffire à m'ouvrir des portes closes. Je suis las d'être confronté aux mêmes obstacles et aux mêmes histoires que celles déjà vécues et de les voir s'achever toujours de la même manière. Je suis las de voir chaque rayon d'espoir sur un avenir heureux systématiquement transformé en désespérance assaisonnée à la sauce désillusion.

Je suis las de devoir recommencer encore une fois une histoire à zéro. Je suis las de devoir réapparendre à connaître un nouveau garçon, d'abord la rencontre, les hésitations et excitations des premiers instants qui désormais ne m'amusent guère plus de temps qu'il n'en a fallu pour qu'elles apparaissent, puis les premiers émois pour l'autre, et ensuite la longue pente à gravir pour construire quelque chose à deux, "Je dors chez toi ce soir, est-ce qu'on se voit demain ?", "J'ai amené une brosse à dents, ce sera plus pratique", "Tiens, je te le mets là, ce sera ton t-shirt pour dormir", "Et si on partait en week-end rien que tous les deux ?", "Je te présente mes amis, ce seront désormais les tiens", "Je crois que je t'aime, m'as-tu déjà aimé ?", "Je ne sais pas encore mais je ne veux pas de chien".

Le pire dans cette histoire ? Ce n'est pas le sentiment d'avoir complètement gâché à tous les niveaux les dernières années de ma vie. Ni le fait que c'est précisément ces projets de vie à deux hypothétique qui m'ont lentement incliné ces derniers mois vers un abandon de ma thèse et une tentative de professionnalisation. Non, ce n'est pas cela le pire. Le pire, c'est le clin d'oeil des dieux hilares tranquillement installés dans le ciel étoilé : angoissante période de l'année. Mon copain m'a largué le 8 juillet. Or, c'est un 5 juillet que lors de ma précédente histoire d'amour qui a compté, et qui s'achevait il y a 2 ans souvenez-vous, je me suis retrouvé le coeur déchiré de larmes.

C'est désormais décidé : début juillet sera mon antithèse personnelle du 14 février, une Anti-Valentin se prolongeant sur quelques jours d'écho macabre. Ce seront 4 jours, du 5 au 8 juillet, comme la Fête du Cinéma mais ce sera la Fête des Divorcés. On y célèbrera le Thanatos du coeur plutôt que l'Eros cupidonesque. Alors, chaque année je verrai poindre ce festival avec angoisse lors d'éventuelles histoires d'amour futures. Dans l'absolu, il est facile de dire qu'il y en aura, bien sûr. Mais ai-je vraiment envie, encore une fois, de perdre mon temps pour rien d'autre que des souvenirs mélangés à des cendres pleines d'amertume ?

Rencontrerai-je un jour celui pour lequel je pourrai dire qu'il est "le bon" ? Et surtout, aurai-je encore assez d'espérance pour le prendre par la main avec insouciance ?