J'ai toujours détesté le film éponyme alors que je n'en ai jamais vu que la bande-annonce. C'est que j'ai bien trop peur de m'y reconnaître et d'y percevoir, désespérantes, mes angoisses du moment.

J'ai pris une décision il y a quelques semaines (je devrais dire quelques mois) et je suis sur le point de l'annoncer à ma mère, même si j'ai préparé le terrain : j'abandonne ma thèse.

Après trois années d'errances difficiles, de mauvaise organisation, d'angoisses et de peurs en tous genres sur un avenir professionnel bien trop incertain, je jette l'éponge. Non seulement la précarité matérielle m'est de plus en plus difficile à vivre, non seulement se profile - thèse en poche ou pas - le même état de fait sur les difficultés d'insertion professionnelle post-doctorat, non seulement mon sujet me sort par les yeux et mon objet d'étude doit se dérober au moins pendant un temps à mon regard d'aveugle, mais surtout j'ai besoin d'être rassuré sur des opportunités d'avenir professionnel.

L'ennui est que ce qui se profile m'engage inéluctablement vers des difficultés croissantes, de ce côté-là. Mon père prend sa retraite en janvier 2010 et, à partir de ce moment-là, mes parents ne seront plus en mesure de me donner le coup de pouce financier sur lequel je pouvais compter jusqu'à présent.

J'ai donc pris les résolutions suivantes :

  • préparer les concours administratifs de catégorie A et de catégorie B qui me sont accessibles pour espérer accéder à un poste intéressant d'ici mi-2010 ;
  • chercher un job alimentaire pas trop inintéressant d'ici septembre 2009 ;
  • trouver, à défaut de job alimentaire, un stage quelconque pas trop inintéressant qui soit un minimum rémunéré (merci le statut étudiant conservé jusqu'en décembre et renouvelable en janvier pour une ultime année) grâce à une convention de stage avec l'université - au moins pour parvenir à payer le plus gros de mon loyer (705 €, mein gott) ;
  • trouver des activités annexes rémunératrices en cas de stage (cours de soutien à domicile ?).

Il est délicat de faire le deuil d'une activité intellectuelle mais celle-ci, au cours de ces années de thèse, avait beaucoup trop tendance à entrer en contradiction avec mes angoisses du matériel systématiquement présentes, enivrantes et lancinantes.

Avec le recul, je me dis que quitter Paris pourrait être une solution. Retourner vivre dans le Sud de la France, en retrouvant ma chambre perso chez mes parents, par exemple. Cette solution serait séduisante s'il n'y avait trois problèmes fondamentaux :

  1. je ne crois pas que mes parents voient ce retour à la case départ d'un très bon oeil (cf. réflexion ci-après) ;
  2. retrouver une chambre d'adolescent (que j'ai entièrement réaménagée il y a à peu près un an) après avoir vécu 5 ans seul dans un studio est une régression personnelle insupportable ;
  3. mon petit-ami, avec qui nous fêterons nos deux ans en septembre 2009, habite Paris et ne peut pas quitter la capitale (et ses environs) dans son cadre professionnel (ni dans ses désirs personnels, d'ailleurs).

En clair, je suis supposé, donc, faire avec cette idée de vivre à Paris en gagnant très peu d'argent et en payant un loyer très élevé. Pire : compte tenu de l'évolution du marché de la location et de la stabilité relative de mon loyer depuis 4 ans, je ne suis même pas sûr qu'habiter en banlieue proche soit financièrement intéressant par rapport à mon loyer actuel.

Le plus angoissant, dans cette histoire, hormis le fait de ce changement de vie, de perspectives d'avenir, de projections dans le futur et d'incertitudes matérielles renouvelées (qui ne viennent, ceci dit, que se superposer à celles anticipées depuis des mois et des mois), c'est que je me retrouve à soupirer avec angoisse comme un enfant. Comme Tanguy l'adulescent qui ne parvient à se détacher de ses parents.

Car dans tout cela, toute cette question de l'abandon de la thèse, de la tentative personnelle de trouver une activité professionnelle solide dans un avenir proche, de l'aspiration à obtenir une vraie (même minime) autonomie financière, ne représentent  en réalité qu'une seule et même chose : le fait de couper le cordon avec ma mère. Et je ne m'en étais jamais rendu compte, jusqu'à présent.

J'ai prévu ce soir d'annoncer à ma mère, au téléphone, l'abandon définitif de ma thèse, pour laquelle mes parents se sont pourtant saignés pour m'aider à la tenir. J'ai appris, en fin de semaine dernière, que mon père aurait pu (et voulu) partir en CFC (Congé de Fin de Carrière) si je n'avais pas commencé une thèse... Et je n'en avais pas conscience jusqu'à présent... Alors, dans ce sens, l'annonce de l'abandon de la thèse promet d'être particulièrement douloureux pour notre famille et pour ce qu'il implique pour la suite des événements.

Est-ce cela, devenir adulte ? Assumer ses responsabilités face à un échec et couper effectivement le cordon rassurant avec ses parents ?