Cela fait un petit moment que je farfouille dans des archives que j'ai faites au fil des dernières années. C'est assez terrifiant, ma capacité à archiver tout et n'importe quoi. Le numérique m'aide particulièrement puisqu'il est véritablement aisé de sauvegarder à peu près n'importe quelle information sous n'importe quelle forme grâce à trois clics de souris bien placés.

En faisant un peu de rangement chez moi, je suis tombé sur un DVD qui était le backup d'un vieux disque dur que j'avais possédé et qui est mort il y a environ 5 ans de cela. C'est amusant de retomber sur des vieux cours d'une discipline que je ne pratique plus car j'ai changé entre temps de voie universitaire. Mais ce qui est encore plus plaisant, c'est surtout de retrouver un ensemble de souvenirs personnels.

Hier, je constatais avec étonnement sur le blog de Rouge-Cerise que cela faisait 5 ans que j'avais ouvert mon premier blog. Il y aurait quelques subtilités à raconter. Mais j'y reviendrai un de ces jours, même si ce « cinquième anniversaire » (je n'ai jamais fêté l'anniversaire de mon blog) est passé depuis quelques jours (cf. ce « premier billet »).

Pour l'heure, je suis plutôt amusé de retrouver des textes écrits quand j'avais à peine la vingtaine, avec une certaine fraîcheur grandiloquente et en même temps une certaine pertinence dans les propos, sans pleinement réaliser à l'époque toute la portée de ce qui était dit. Surtout qu'à 20 ans, on fait des trucs bizarres, parfois. On a une pensée fugace qu'on tient pour très profonde, et on la trouve tellement géniale qu'on la note.

A une époque, on l'aurait gribouillée sur un coin de table, derrière la couverture d'un agenda. Mais comme on était déjà à l'ère numérique (si, si, ils le disaient à la télé), j'ouvrais déjà vite, vite, pour ne pas l'oublier, un fichier .doc et j'écrivais la phrase avant de sauvegarder le document.

Et encore ! S'il n'y avait que ces pensées sporadiques... Mais on trouve là un véritable capharnaüm merveilleux de choses qui ont occupé mon esprit d'hier et qui, à la lumière de ce jour, apparaissent comme des trésors d'une futilité bien nécessaire ! Je me retrouve ainsi aujourd'hui avec ces archives personnelles sans queue ni tête, sorte de medley insondable de pensées éparses mais aussi de photos échangées sur Internet avec de parfaits inconnus, de morceaux de conversations MSN ou de chats de discussion archivées parce que sans doute intéressantes sur l'instant, des documents, des archives, des images, des liens orientant vers des sites internet divers qui n'existent plus depuis longtemps ou qui ont migré vers d'autres serveurs...

Bref : c'est là une symphonie de documents offline et online en tous genres qui, bientôt, auront 10 ans d'existence.

Je m'amuse de ce .doc écrit avec Microsoft Word 2000 et qui ne comporte qu'une phrase :

« Retrouver une aspiration d'hier, c'est peut-être trouver une réponse à une question qu'on se pose aujourd'hui ? »

Une ironie toute visionnaire à ma démarche de ces heures...

Je rigole en trouvant les interrogations d'un début de roman que j'ai laissé tomber (ou mis de côté pour l'heure ?) et qui commençait par ce paragraphe :

«  L'Ame Soeur. J’avais reposé le magazine et je m’étais plongé sur Internet avec nonchalance pour en apprendre davantage. Ici, un site rappelait en quelques mots qu’un philosophe grec l’avait mise en avant. C’était Socrate, peut-être Platon, on ne savait pas trop, mais c’était un de ces gugusses de l’époque qui avait inventé la philosophie. Là, on expliquait avec désenchantement que l’Ame Sœur nuisait pour la santé mentale et que seule une sexualité débridée, doublée d’une pratique assidue de la psychanalyse, parviendrait à procurer le bonheur dans l’épanouissement de l’éphémère généralisé. Entre les deux, une page personnelle d’une pauvre fille de 15 ans exposait son désarroi parce que Stéphane, qu’elle avait toujours aimé – en tout cas pendant la semaine qu’ils étaient ensemble – l’avait trompée puis quittée pour Maria, sa meilleure amie, et que l’Ame Sœur, elle n’y croyait plus, du moins jusqu’à ce qu’elle la rencontrerait à nouveau. Elle finissait par un « Carpe Diem » peu convaincant. »

Et la longue litanie des interrogations superficielles cédait la place à encore plus d'ironie quand on se rappelait qu'il s'agissait d'un garçon de 20 ans qui écrivait quelques phrases plus loin :

« D’un geste désabusé, je m’allumai une cigarette. Silence. Les clameurs de la ville perçaient à peine ma fenêtre, fermée, à grands coups de klaxons et de brouhaha bourdonnant. J’aimais fumer ma Chesterfield dans ce faux silence urbain. C’était rassurant. Au moins n’avais-je pas la sensation d’être seul : ma Chesterfield, la ville et moi. Voilà l’harmonie. »

C'était pas si mal, finalement.

Dans d'autres dossiers et répertoires, la cohorte d'ex's et autres plans cul laisse évidemment les traces de ces pseudonymes fugaces et photographies nombreuses, ces visages autrefois aimés, pour une nuit de passage ou une après-midi occupée, pour une semaine intense ou pour une année moribonde, des regards, des sourires, de la provocation et des souvenirs derrière ces images. On pourrait se dire que ces photos numériques – à l'inverse des photographies tirées dans un laboratoire – ne seront sans doute jamais délavées. Et pourtant, à bien y réfléchir, elles le sont déjà par les souvenirs datés et achevés qu'elles rappellent à elles.

Je trouve aussi une photo prise d'une caricature parue dans un magazine en 2003, « Le Virus Informatique » - j'ignore s'il existe encore. C'est une illustration de Bellamy (qui récemment, je l'ai découvert par hasard dans l'émission « Un monde de bulles » du 16 janvier 2009 sur la chaîne Public Senat, a participé à la conception de statuettes provocatrices de ses petits bouts de femmes, les Bellaminettes). Si vous avez du mal à lire le texte qui est d'une contemporanéité affolante, je l'ai retranscrit sous la photo :

virusinfo2003.jpg

« - L'internet, c'est le vecteur de la démocratie du futur ! Grâce à la pluralité d'informations, les gens vont enfin développer leur esprit critique et atteindre une forme de conscience collective qui va réveiller en eux un puissant et sincère élan de civilisation...
- Voyons voir... Philosophie politique, histoire des religions, crise économique et crise de conscience, culture et dictature, analyse transactionnelle, ah ! Voilà : sexe, cul, et gros nichons. Je vais enfin pouvoir développer mon esprit critique... »

Un poncif efficace. J'adore.

Et enfin, il y a bien sûr la somme conséquente de souvenirs qui n'ont aucun intérêt à être partagés sur un site internet, fût-il un « parfois-journal intime public ».

Et c'est comme cela que j'ai constaté avec effroi que j'avais archivé – faut-il être masochiste ou stupide ?! – ma conversation de rupture par MSN avec celui que j'avais nommé « Arnaud » sur un ancien blog aujourd'hui disparu, ce garçon avec qui j'avais fait un bout de chemin pendant presque trois longues années. Dommage qu'on ne puisse pas effacer les fichiers gravés sur un DVD. Quoique. Peut-être parviendrai-je à la relire dans 10 ans pour me rappeler cette époque douce-amère où j'étais encore un « vingtenaire » ?

Bref.

Pendant ce temps, mon copain est aux Etats-Unis depuis plus de trois semaines et, du fait de mon intermède niçois des fêtes de fin d'année, nous ne nous sommes vus que 48 heures les huit dernières semaines. Il me manque cruellement... Sa présence est structurante et m'aide à avancer dans mon travail ; sans lui, j'ai l'impression de tourner en rond comme un chien pouilleux dans sa niche.

C'est dingue que cela soit quand l'autre est loin qu'on en ressent l'impérieuse absence... Dépêche-toi de revenir, j'ai besoin de toi !