Je me retrouvai devant la porte de son immeuble. Un vieil immeuble à même la rue, avec une petite mais vieille et lourde porte en bois, et des vieux murs de pierre qui sentaient la vieille humidité froide. Et un interphone encastré dans le pan de mur. Neuf, l’interphone, pour le coup. J’avais sonné. Mais il n'avait pas répondu. Il était presque 21h : était-ce trop tard ? Lui et sa mère, que je n'avais toujours pas rencontrée, étaient-ils en train de dîner ? Est-ce que je devais faire demi-tour ? J'hésitai et attendis un instant devant la porte, ne sachant exactement que faire.
Alors qu'à l'horizon le soleil inexistant en ce jour assombri semblait se dissimuler derrière de noirs nuages, les oiseaux de nuit commençaient leur litanie lugubre pour avertir les passants de la fin de la journée. Une petite brise presque tiède vint me faire regretter de ne pas avoir prévu, malgré la chaleur, une veste légère pour accompagner mon escapade de début de soirée.
Je jetai rapidement un oeil autour de moi : alors que se profilait la période estivale en cette fin de juin, il n'y avait nulle âme qui vive dans les rues de notre petite bourgade de la banlieue niçoise. Une habitude pour cette ville résidentielle qui s'endormait bien tôt tout au long de l'année dès l'instant que les commerces abaissaient leurs rideaux de fer. L'esprit embrumé par l'alcool, le silence environnant ne se faisait pas rassurant ; un hoquet indélicat d'une bière de trop vint d'ailleurs me rappeler un souvenir d'un instant auparavant, lorsque je partageais avec mes collègues étudiants quelques éclats dorés d'orge liquide : et si le meurtre de Nathan n'était pas isolé mais le fait d'un serial killer ? Si l'hypothèse farfelue nous avait occasionné quelques frissons de rire, le ciel menaçant et lourd qui accompagnait le silence pesant contribua à la rendre - tout compte fait - un brin inquiétante.
Soudain, un coup de tonnerre tonitruant me fit sursauter ; les alarmes de quelques voitures garées dans une rue voisine se mirent à retentir, les vitres sans doute choquées par un éclair tombé pas très loin. Et alors qu'un petit bruit sec et répétitif montait doucement des alentours, je compris bien vite quelle en était la teneur lorsque l'odeur suave et écoeurante du bitume mouillé de grosses gouttes me parvint jusqu'aux narines. Si je restais devant la porte de cet immeuble, je finirais rapidement trempé par cet orage de chaleur en moins de temps qu'il n'eut fallu pour dire « ouf ! ».
La porte s'ouvrit à cet instant et un homme d'une trentaine d'années en émergea. Profitant qu'il me tenait la porte, je m'engouffrai dans le hall en le saluant d'un « merci » rapide, bien trop heureux d'échapper à la pluie violente qui s'abattait au dehors. J'étais ainsi seul dans cette entrée humide mal éclairée et à l'odeur de cave et profitait de l'aubaine pour poser le regard sur les boîtes aux lettres. Je ne mis pas longtemps à identifier celle qui Lui appartenait, son nom de famille inscrit sur l'étiquette, au milieu des quelques autres qui scandaient ses voisins au sein de cet immeuble à taille humaine. L'étage n'était pas indiqué mais étant donné qu'il ne devait y en avoir que trois ou quatre au maximum, l'occasion méritait bien une ultime tentative avant de m'en retourner chez moi.
Et ce fut au quatrième et dernier étage, après avoir sonné trois fois dans un dernier acte d'individu imbibé et donc nécessairement bien décidé, que la porte finit par s'ouvrir. Alors, c'était donc là qu'Il habitait...
(à suivre)