Je suis amoureux !
Les jours passent et je me sens bien.
Cela fait maintenant plus de deux semaines que j’ai emménagé dans mon petit appartement parisien. La déco est loin d’être achevée, j’attends encore un ou deux meubles, mais je me sens chez moi.
C’est étrange… Autant Aix-en-Provence a été une expérience un peu morose, autant Paris est pour moi une sorte d’accomplissement. Je me sens profondément bien, dans cette ville. Je continue de ressentir, alors que j’y suis cette fois pour travailler et pour un bon bout de temps, cette étrange sensation de me sentir à ma place, que j’avais sentie lorsque j’étais venu pour trouver un appartement.
Il faut dire que mon quartier est sympa et tranquille. Je peux facilement me déplacer pour sortir le soir tout en pouvant dormir comme je veux lorsque je suis crevé. Et puis, mon appartement me plaît. J’aime le bichonner, y faire ma vaisselle – éclairé par la lumière du dehors dans ma cuisine, découvrir les joies de la lessive – qui devient sans doute ma tâche ménagère préférée – ou bien encore passer l’aspirateur en entretenant autant que faire se peut la moquette qui orne mon plancher. En fait, je me sens bien, dans mon appartement. Mes meubles me plaisent et la thématique de couleur que j’ai choisi d’installer pour ma salle de séjour (rouge/bordeaux et orange/ocre) me met de bonne humeur lorsque je suis chez moi. J’aime me lever le matin en entendant les oiseaux piailler dans les peupliers et les jardins de ma cour arrière. J’aime ouvrir les volets et voir les rayons de soleil balayer mon appartement du matin jusqu’au soir. J’aime, enfin, me dire que je n’ai que quelques pas à faire pour attraper une bouche de métro et arpenter les rues de la capitale.
Parlons en, de ces rues innombrables. Ce que j’aime, à Paris, c’est la diversité des rues. Des petites escarpées qui sentent les petites villes et la vie de quartiers, comme la rue Mouffetard. Des grandes aérées, cette fois, où on peut se balader avec délectation, comme le boulevard Saint-Marcel ou le boulevard Saint-Germain. J’aime ces petites places perdues au coin d’une église ou au fin fond des quartiers, aux noms énigmatiques, telle la Place du Puits de l’Ermite. Ou encore ces grandes places majestueuses qu’on prend plaisir à arpenter pour accéder à toutes sortes de grands magasins pour le shopping, comme la Place d’Italie. J’aime, en fait, descendre à chaque fois à un nouvel endroit, à un moment du jour ou de la nuit différent, dans un nouvel arrondissement, et découvrir un nouveau lieu, une nouvelle ambiance, de nouvelles merveilles, timides et mystérieuses, ou grandioses et majestueuses.
Et tout cela à pied, bien sûr, mais aussi par le métro. Ce réseau souterrain qui fascine tant d’étrangers, perd tant de touristes et blase tant de parisiens. Pour l’heure, j’aime y mettre les pieds. J’aime déambuler dans les couloirs en cherchant mon numéro de ligne et ses correspondances, car j’ai toujours été un grand gamin fan des labyrinthes et des jeux de piste. Et puis, n’ayant pas de voiture et étant coutumier des transports en commun à Nice, le métro et ses rames toutes les 10 minutes est une promotion sociale novatrice, pour moi.
J’aime aussi cette idée de mixité sociale plus ou moins importante selon les lignes sur lesquelles on se retrouve. C’est un plaisir que je découvre, dans cette capitale, dans le métro comme dans les rues. Malgré des dominantes sociales selon où je me retrouve, il y a tout de même une mixité que je n’avais jamais aperçue auparavant. Des blancs, des blacks, des asiats et des beurs, mélangés selon des savants dosages, précipitant différentes couleurs arc-en-ciel selon les quartiers découverts. Et j’aime cette idée. Si ce mélange n’est sans doute pas la spécialité de Paris, c’est en tout cas tout le contraire en ce qui concerne Nice ma belle contrée d’origine, la « ville la plus facho de France », disait Bernard Lavilliers. En fait, j’ai apprécié, il y a une semaine, être assis dans une rame de la ligne 10 et voir deux hommes lire devant moi. Celui de gauche, de peau blanche, lisait un livre dont le sous-titre était écrit en hébreu. L’autre, de peau noire, tournait les pages d’un ouvrage manifestement écrit en arabe. J’ai aimé, ça, et leur indifférence réciproque.
Je ne rentrerai pas dans le détail des découvertes régulières et de l’émerveillement perpétuel. Se retrouver subitement devant le bâtiment de l’hôtel de ville, percevoir au loin la Tour Eiffel éclairée la nuit, en prendre plein les yeux devant les enseignes lumineuses de Pigalle, fixer un rendez-vous devant le Palais Royal pour aller dans un resto des Halles, ou tout simplement vouloir prendre la ligne 5 parce que le métro est aérien et qu’on pose son nez collé à la vitre pour observer les lumières de la ville se refléter sur la Seine, ce sont autant d’occasions pour moi d’alimenter mon émerveillement perpétuel. Je suis loin d’être blasé, je suis un garçon urbain et je me laisse volontiers enivrer par ces plaisirs simples de newbie de la capitale.
Il faut dire que j’ai un petit coup de pouce, pour l’instant : je m’apprête à avoir des cours dans une discipline qui me plaît, le beau temps m’accompagne pour l’instant jusqu’à cette mi-octobre, et le hasard a voulu que de très bons amis (et de très bonnes amies) aient emménagé en même temps que moi à la capitale. Tout pour encourager une belle et heureuse rentrée universitaire dans une ville aussi grande que Paris.
Je regrette juste de ne pas avoir pu profiter de ces beaux jours pour entretenir ma forme en reprenant mon jogging au Jardin des Plantes ou au Bois de Vincennes : ma blessure au pied n’est pas encore totalement guérie et je préfère que tout soit clean avant de reprendre un effort physique soutenu.
En tout cas, je suis désormais un parisien et mes premières impressions confirment mon sentiment passé : je crois que je suis amoureux. De cette ville, à n’en point douter.




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