1/x - Lui

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

 
 Lui - partie 1 [2:55m]: Play Now | Play in Popup | Download

- Tu es sûr que c’est la solution ? me demanda-t-il.

- Oui, je le crains. finis-je par lui répondre, après un instant d’hésitation.

Il se tût un instant, me regarda de ses grands yeux bleus et finit par tourner les talons. Quelques instants plus tard, il était dehors. Il avait claqué la porte.

Je ne sais pas depuis combien de temps nous sortions ensemble : un mois, deux mois, peut-être trois ? Quand j’étais avec lui, je me sentais vivre. Je ne voyais pas le temps passer. Ce n’est pas anodin si je ne me souviens toujours pas, aujourd’hui, combien de temps nous étions restés ensemble. Ses grands yeux bleus, ses cheveux bruns courts, et son sourire radieux. Je m’en souviens encore aujourd’hui. Il avait un visage qu’on ne pouvait pas oublier. De ceux que, lorsqu’on les regarde, on se dit qu’on a vu une des plus belles choses du monde et que la grâce a fondu sur nous.

Mais il m’avait trompé. J’aurais dû le savoir dès le début : je n’étais pas assez beau pour lui, et puis trop intelligent. Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Et pourtant…

Je me souviens que lorsque je commençais à partir en live, il se mettait à sourire en silence et me mettait un doigt sur la bouche. C’était un jouisseur de la vie, pas un découvreur comme moi je l’étais – et le suis encore. Quand nous sortions au-dehors et que nous respirions le soleil et les effluves iodées du bord de mer, je ne pouvais m’empêcher d’entrouvrir mes lèvres et de commenter mes sentiments. Je crois qu’il ne le supportait pas. Parce que lui, c’est en silence que son esprit voyageait. C’est en silence qu’il attrapait les nuages et qu’il se laissait pénétrer des rayons dorés du plus vieil astre de notre monde. Je me demande encore pourquoi il m’avait souri la première fois. Et pourquoi il m’avait embrassé. S’était-il mis avec moi par erreur ? Etait-il resté par pitié ?

Il était mannequin. Ou du moins souhaitait-il le devenir. Grand, musclé, imberbe, un fin trait de pilosité venait s’enfouir de son nombril jusque dans son entre-cuisses. Je crois que ce qui était le plus effrayant, chez lui, c’était son insolente beauté. Celle de ses grands yeux bleus qui faisait fondre tout pédé qu’on croisait ici ou là. Celle de sa petite fossette au milieu du menton qui changeait de forme quand il souriait. Celle de ses belles dents blanches qu’il découvrait sans retenue lorsqu’il riait à gorge déployée.

Mais un jour, il m’avait trompé. Il ne m’avait rien dit. C’est moi qui l’avais découvert. Comme ça, du jour au lendemain. Tout était là depuis le début, devant mes yeux. Tout tenait dans ses virées nocturnes sur lesquelles je ne posais aucune question, ayant trop peur de ce qu’elles impliquaient. Et un beau jour, le hasard me révéla la vérité. Un beau jour, je découvrai par hasard qu’il était lié à toute cette histoire. Et ce, pour mon plus grand désespoir…

(à suivre)

S'abonner au flux RSS.

3/3 - L’émissaire

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

La petite salle était aménagée en salon. Ici, des tapis usés mal entretenus s’étalaient sur le sol ; là, accrochées aux murs, des tapisseries improbables depuis longtemps abimées. De part et d’autre de la pièce, de étagères en bois sombre présentaient des ouvrages obscures aux couvertures de cuir, dont les titres aux lettres d’or avaient [...]

Lire la suite...

2/3 - L’émissaire

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

Georges profita du trajet pour jeter un dernier coup d’œil au dossier : s’agissait-il de la personne adéquate ? Certes, il avait appris à reconnaître la valeur des hommes dès les premiers échanges, mais comment pouvait-il en avoir la certitude ? Et les enjeux étaient trop importants pour tolérer la moindre erreur. Il finit par [...]

Lire la suite...

1/3 - L’émissaire

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

 
 L'émissaire - (partie1/3) [4:46m]: Play Now | Play in Popup | Download

Le vieil homme replia le couvercle de la boîte en bois précieux qui reposait sur son bureau. Il saisit l’outil de découpe d’une main et, de l’autre, engouffra le cigare dans sa bouche. Il libéra le barreau de son cachet ; le temps de l’allumer avec son briquet Reitland en argent qu’il exhalait déjà un [...]

Lire la suite...

L’Age nouveau

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

Paris, 3h00 du matin. Dans la pénombre, le vieil homme jouait avec ses doigts sur le vieux Zippo qu’il tenait de son père. L’ouvrant, le refermant. L’ouvrant, le refermant. Clic, clac. Clic, clac. Un bruit sec qui résonnait dans son petit appartement bien vide. A mesure qu’il le faisait cliqueter, les flashs des étincelles de [...]

Lire la suite...

4/4 - After Hours

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

 
 After Hours - partie 4 [14:32m]: Play Now | Play in Popup | Download

Un léger bruit se fit entendre du dehors. Comme une rafale. Comme un claquement. Il n’y en avait jamais, à Nice. Du vent. Jamais il n’y avait de vent. Juste quand il pleuvait. Et là, dans cette petite pièce à la lumière rose tamisée, sans fenêtres sur l’extérieur ni vitres transparentes pour les passants [...]

Lire la suite...

3/4 - After Hours

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

 
 After Hours - partie 3 [16:59m]: Play Now | Play in Popup | Download

Il faisait froid. Il commençait à faire froid, putain.
Et j’étais là, errant dans le coton niçois, à presque 4h00 du matin, dans le froid de février. Et dans ce froid qui commençait à me piquer la chair partout, partout, une chose demeurait immuable : l’insoutenable pensée qu’un SDF bourré ne luttait même pas contre [...]

Lire la suite...

2/4 - After Hours

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

 
 After Hours - partie 2 [17:42m]: Play Now | Play in Popup | Download

Sombre nuit. Sombre et délicate nuit. Précipitation dans un univers parallèle. Dans une dimension faite d’ombres et de souvenirs. Derrière le miroir de Lewis Carol, qui jouerait avec sa petite poupée indécise – je suis Alice aux Pays des Merveilles. Sauf que les Merveilles, elles n’ont rien de merveilleux, pour le coup. C’est Arnaud au [...]

Lire la suite...

1/4 - After Hours

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

 
 After Hours - partie 1 [15:07m]: Play Now | Play in Popup | Download

Quelle soirée formidable ! Je venais de passer quelques heures dont le nombre m’échappe avec un plaisir rare. Ce pub du Vieux Nice m’était connu de nom mais je n’y avais jamais mis les pieds. Alors comme ça, le dimanche soir, ils y jouaient du jazz et la clientèle ne tombait pas en-dessous des 22 [...]

Lire la suite...

05/x - Le Rayon Jaune

Arnaud Seldon le 5 mars 2008

Aussi silencieusement que possible, je me levai de la cuvette, retenant la lunette pour éviter qu’elle ne claquât et ne révélât se faisant ma présence. Mon voisin continuait de vider sa vessie dans un bruit sinistre pourtant familier qui, dans la situation, me glaçait le sang. Je tentai de m’asseoir parterre dans le petit espace [...]

Lire la suite...