Quitter son appartement

Arnaud Seldon le 18 juin 2005

Tant de déboires administratifs auxquels nous sommes confrontés… Une résiliation d’abonnement France Telecom, une résiliation de Free, un dossier d’inscription envoyé ici, un autre envoyé par là… Des cours à ranger, des étagères à vider… Des cartons à remplir…. Partout, des cartons, qui se profilent et qui s’entassent, attendant leur heure…

Je pars dans quelques heures pour Nice, histoire de me poser un peu. Puis, dimanche matin, je prendrai l’avion pour Paris, la douce capitale, où je devrais (si tout se passe bien) poursuivre mes études pour l’année qui vient. J’y pars une semaine, accompagné de mon pôpa et de ma môman, pour chercher un appartement.

C’est drôle, quand j’y pense. Ma mère, qui ne m’a guère vu pendant cette année, a insisté avec une telle hargne pour m’accompagner à Paris que cela en était presque étonnant. Comme si elle voulait me rappeler qu’elle m’aimait. Comme si elle voulait me rassurer et me dire : « Oui, oui, on sait, tu es parti… Mais on t’aime, hein ! Et on est là, à côté de toi ! ».

Alors, à la toute fin juin, je reviendrai à Aix pour trois petits jours. Il ne restera qu’un lit, une cuisinière, un frigo et un bureau. De quoi ranger mes dernières affaires. De quoi dire au revoir à ceux que j’ai rencontrés à Aix – pas vraiment des amis mais au moins des gens que j’ai appréciés – et que je ne rencontrerai peut-être plus jamais. Nous échangerons parfois quelques mails, puis quelques coups de fil, et nous nous oublierons, dans les annuaires respectifs de nos téléphones portables. Jusqu’au jour où, y occupant trop de place, nous en serons effacés au profit d’une rencontre d’un soir.

Je suis allé rendre visite à un copain d’Aix, ce soir, justement, avec qui je suis tombé d’accord pour dire que nous n’avons pas assez organisé de soirées ensemble, pendant l’année, dans nos appartements respectifs. Maintenant, il est un peu tard. Et pourtant… Je suis certain que nous aurions pu nous lier davantage : je ne ferai pas la même erreur avec mes rencontres à Paris.

Quoiqu’il en soit, moins d’une année s’est écoulée depuis que j’ai emménagé. Je ne me sens pas encore tout à fait chez moi, ici – et je n’aurais pas l’occasion d’aller plus loin dans ce sens, de toute façon. Je n’ai jamais vraiment commencé ma décoration et je ne me suis pas vraiment approprié les lieux. Pourtant, je me suis senti bien, ici. Non pas que l’appartement était sympathique – même si c’est pourtant le cas. Non pas qu’il était bien placé – même si le quartier était plutôt agréable. C’est surtout parce que cet appartement était « mon » premier appartement. Le premier endroit où je pouvais recevoir de gens en mon nom propre. Le premier appart’ où je pouvais mettre le bordel et où le seul à pouvoir l’organiser n’était autre que moi. Le premier « chez moi » où j’étais responsable de la vaisselle, du ménage et du linge à y faire. En fait, le premier lieu où j’étais seul, tranquille, loin de mes parents, que j’aime pourtant énormément.

Dans une dizaine de jours, à mon retour de Paris, je réemménagerai chez mes parents. Mes livres prendront sans doute leur place sur mes anciennes étagères. Mes CD occuperont à nouveau mon armoire. Et mon ordinateur portable se posera sur mon bureau qui a dû prendre la poussière. Et je serai à nouveau hébergé. Et je serai à nouveau nourri. Et je serai à nouveau blanchi.

Je ne me suis jamais tout à fait senti chez moi dans mon appartement aixois mais je sais que je ne sentirai plus jamais chez moi dans l’appartement niçois de mes parents. Je serai « chez eux », pas « chez moi ».

En réalité, dans une dizaine de jours, je n’aurai plus de repères. J’aurai un appartement parisien que je louerai pour rien pendant les vacances d’été mais je n’aurai plus aucune racine. Je serai une âme vagabonde, qui passe d’un lieu à un autre comme une ombre qui glisse sur un mur blanc. Un nomade. Un « sans domicile fixe » hébergé dans un refuge.

Retrouverai-je un jour mon « chez moi » ? Ou dois-je simplement apprendre à le construire à l’intérieur de moi, pour simplement me sentir bien quel que soit l’endroit où je me trouverai ?

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